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Archive for the ‘Uncategorized’ Category

Le chercheur militant Benoît Borrits entend contribuer à « refermer définitivement l’impasse de la propriété collective » pour lui substituer une « économie des communs dans laquelle tout individu trouvera sa place dans la délibération »… Pour cela, il invite à penser un « cadre d’appropriation sociale véritable, c’est-à-dire sans propriétaire des moyens de production ».

 

Au lendemain des journées d’insurrection de juin 1848, Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865) constatait : « Je ne dois pas dissimuler que, hors de la propriété ou de la communauté, personne n’a conçu de société possible : cette erreur à jamais déplorable a fait toute la vie de la propriété. »

Rejetant la communauté tout autant que la propriété dont il prônait le dépassement, Proudhon a cherché à rebâtir la société sur une base alternative – et à promouvoir une « Banque du peuple ».

Pour sa part, Benoît Borrits, animateur de l’association Autogestion, s’attache à un impensé du mouvement ouvrier, à savoir « l’appropriation collective des moyens de production » comme pierre angulaire de la construction d’une « société postcapitaliste ». Dans son essai préfacé par Pierre Dardot, il invite à rompre avec cette notion de propriété, qu’elle soit privée ou collective.

Car cette dernière, « quelle que soit l’échelle, celle d’un pays ou celle d’une coopérative, reste privée pour les personnes extérieures à cette propriété : la propriété est excluante par nature ».

Ainsi, le « socialisme » réalisé dans l’Union soviétique n’était jamais que « celui d’une économie de propriété collective réalisée par un Etat tout-puissant ».

Pour le chercheur militant et son préfacier, « l’organisation sociale de la production de l’avenir post-capitaliste doit se proposer d’aller au-delà de la propriété comme telle, au lieu de viser la substitution de la propriété « collective » ou « commune », sans parler de la propriété d’Etat, à la propriété privée ».

Entre « l’économie de marché » et l’étatisme, il y a bel et bien une « troisième voie » fondée sur la « constitution d’autogouvernement à partir du bas » et Pierre Dardot invite en préface à remettre en question la « logique propriétaire sous toutes ses formes » : « Tant qu’on n’en aura pas fini avec la propriété productive en tant que telle, la démocratie sociale et politique ne sera qu’un vain mot ».

 

Une « propriété » si peu habitable…

 

Au vu de l’échec de tous les courants se réclamant de la « transformation sociale », y aurait-il vraiment impossibilité à penser la dite alternative à la propriété privée « en dehors du cadre même de la propriété » ?

Les « forces de transformation sociale » seraient-elles condamnées à se retrancher toujours derrière ce concept de « propriété sociale » définie comme propriété de « tous et de chacun » ? Ou à se satisfaire de la chimère d’un « marché », de surcroît en version « libre et non faussée » sans pouvoir se doter d’un « outil de socialisation des revenus monétaires issus de la production » ?

Par nature, l’exercice d’un « droit de propriété » apparaît, compte tenu de l’épuisement des ressources terrestres, comme une illusion de moins en moins habitable puisque privant le reste de l’espèce d’une jouissance que le présumé « propriétaire » peinerait à assumer pleinement par temps de troubles.

En 1839, le jeune Edouard Laboulay (1811-1883), alors fondeur de caractères, constatait dans son Histoire du droit de propriété foncière en Occident : « La détention du sol est un fait que la force seule fait respecter, jusqu’à ce que la société prenne en main et consacre la cause du détenteur ; alors, sous l’emprise de cette garantie sociale, le fait devient un droit »…

L’accaparement privatif, fût-il sanctuarisé par le droit, ne constituerait-il pas une dilapidation permanente d’un « bien commun » en voie de raréfaction accélérée – aussi peu assuré fût-il de sa permanence ? D’ailleurs, le « découvreur » d’un trésor dans son jardin peut-il s’en prétendre l’unique « propriétaire » ? Qui se targuerait d’être l’absolu « propriétaire » du sous-sol de ses arpents de « propriété » sur Terre, avec le droit d’en user et d’en mésuser à sa guise alors que d’autres urgences se précisent?

Et s’il n’y avait, en vérité, non pas une propriété exclusivement « privée » voire « absolue » dont la jouissance n’est fatalement qu’abusive et transitoire, mais des « biens communs » que l’humanité serait amenée à se partager ?

Pour la « nouvelle économie du partage » souhaitée par l’auteur, l’alternative n’oppose pas une forme de propriété à une autre, mais « le commun à la propriété sous toutes ses formes ».

Benoît Borritz défend la « nécessité de donner corps à la notion d’un commun productif, un commun qui se serait définitivement débarrassé du carcan de la propriété et dans lequel travailleurs et usagers, du simple fait de leur participation et non d’une quelconque qualité de propriétaire, même coopératif, seraient appelés à délibérer pour le gérer conformément à leurs attentes ».

Cette économie des communs suppose la conscience d’avoir des ressources à partager, à gérer ensemble et à préserver collectivement par une communauté politique éclairée sur les enjeux vitaux. Au préalable, elle suppose l’exercice d’une « citoyenneté » réelle voire éclairée et non pas purement incantatoire…

 

Vers une utopie réaliste ?

 

Après un panorama historique des mouvements socialistes et communistes, Benoît Borrits fait le bilan des expériences « révolutionnaires » (et tout particulièrement de l’autogestion yougoslave) ainsi que du mouvement coopératif pour pointer les limites de « l’appropriation collective ». Selon lui, le mouvement coopératif ne remet pas en cause le « fondement du capital » puisque « la part sociale coopérative reste un titre de propriété privée ».

Dans un monde où le travail humain n’est plus une nécessité, le revenu de base pourrait-il constituer un nouveau pilier de la protection sociale ? Benoît Borrits rappelle qu’il en existe deux approches : « La première d’orientation libérale, voit dans le revenu de base un filet de sécurité pour les exclus du système économique qui permettrait de conserver un minimum de cohésion dans la société. (…) La seconde consiste à établir un lien avec l’objectif marxien d’abolition du salariat. »

Cette seconde approche « peut être vue et interprétée comme un premier mode de répartition égalitaire de la production en fonction des besoins non du travail de chacun ».

Le salaire à vie de Bernard Friot réaliserait une « socialisation à 100% du revenu disponible ». Et pose la question de la « copropriété d’usage »… L’un et l’autre pourraient bien contribuer positivement à l’efficacité sociale et au revenu national. Pourquoi ne pas partir des cotisations sociales et du financement des actifs des entreprises par endettement?

La société est-elle prête à organiser une économie sur le principe du commun plutôt que sur celui de la propriété ?

L’outil pour cette transformation pourrait-il être un « fonds socialisé d’investissements » susceptible de nous faire renouer avec « ce que les expériences du XXe nous ont légué de meilleur » ? Pourquoi s’interdire de recréer la richesse collective dilapidée en privatisations prédatrices, faute de continuer à générer des volumes de « croissance » factice ? Cette richesse-là, c’est bien connu, ne se crée pas par le haut mais « par en bas ».

 

Benoît Borrits, Au-delà de la propriété – Pour une économie des communs, La Découverte, 248 p., 19 €

 

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L’arrivée de Peugeot à Mulhouse en 1962 fut un événement considérable qui éclipsa la crise du textile…

 

 

 

La saga Peugeot prend racine au pays de Montbéliard – une terre aux abondantes ressources hydrographiques. Installée au carrefour de l’Alsace, de la Suisse et de la Bourgogne, en Franche-Comté, la dynastie forge sa réputation à partir de ses moulins, de ses teintureries, de ses filatures puis de ses aciéries. Avant de diversifier à la fin du XIXe siècle, sous l’impulsion déterminante d’Armand Peugeot, ses réalisations métallurgiques avec les cycles – puis les automobiles.

 

Avant l’usine, le moulin…

 

Le nom de Peugeot fait son apparition pour la première fois en 1435 dans le village de Vandoncourt, à l’occasion du mariage du dénommé Hans Peugeot.

En 1719, Jean-Jacques Peugeot (1699-1741) épouse Catherine Mettetal, l’héritière du moulin d’Hérimoncourt, sur un affluent du Doubs baptisé « le Gland ».

En 1793, l’un de ses fils, Jean-Pierre Peugeot (1734-1814), tisserand-teinturier et maire de la commune d’Hérimoncourt, se forme à Mulhouse et Bâle à l’impression et la teinture des indiennes. A son retour au pays en 1763, il édifie au lieu-dit « Sous-Cratet », sur « le Gland », un autre moulin destiné à l’écrasement du lin et du chanvre.

En 1804, ses deux fils aîné, Jean-Pierre (1768-1852) et Jean-Frédéric créent à Sous-Cratet une filature puis une fonderie (1810) destinée à la fabrication d’acier laminé à froid pour l’industrie horlogère et les scies.

Initiateur de la branche métallurgie, Jean-Pierre est le fondateur de la première société, Peugeot frères aînés (1810), bâtie sur la transformation du moulin familial. Toute la vision industrielle des Peugeot a pris sa source là, dans cette fonderie sur un affluent du Doubs.

 

Sous le signe du lion…

 

Un orfèvre de Montbéliard, Justin Blazer, conçoit en 1847 l’emblème des scies Peugeot aînés et Cie, inspirée du lion figurant sur les armoiries de Franche-Comté depuis 1279. L’image, déposée en 1858, devient l’emblème de la marque Peugeot Frères.

Devenus incontournables dans la métallurgie de transformation, les Peugeot se diversifient dans les baleines de crinoline, les ombrelles et parapluies, les moulins à café ou à poivre, les tondeuses mécaniques, les ressorts d’horlogerie ou de phonographe, les buses à corse, les machines à coudre et… les vélocipèdes.

L’ingénieur centralien Armand Peugeot (1849-1915), parti se former à Leeds, constate l’engouement des Britanniques pour ce nouveau mode de locomotion qui tient alors de l’engin de funambule. Il le met en fabrication dès 1885 dans son usine de Beaulieu et lie la destinée de sa société aux avancées de la mobilité individuelle.

Lors de l’Exposition universelle de 1889, Peugeot présente aux visiteurs, outre les bicyclettes « Lion », la première « voiture mécanique » sortie de ses ateliers – un tricycle actionné par un moteur et un générateur instantané de Léon Serpollet.

Sur le stand voisin, Armand découvre un moteur compact qui anime une machine à travailler le bois : la société Panhard et Levassor l’a construite sous licence de l’ingénieur allemand Gottlieb Daimler.

L’année suivante, Peugeot réalise un quadricycle à deux places animé par un moteur deux cylindres Daimler de 565 cm3 fabriqué par Panhard : c’est le type 2, présenté les 6 et 7 avril 1891 à la presse et aux revendeurs de cycles.

La Peugeot type 3 à quatre places, aux allures de sauterelle, équipée d’un guidon, est sans doute la première voiture fabriquée en série – à 64 exemplaires. Le 6 septembre 1891, elle suit (à une vitesse moyenne de 14,70 km/h) la course cycliste Paris-Brest-Paris (1 200 km) organisée par Pierre Giffard (1853-1922), le directeur du Petit Journal : cette traversée de la France, abondamment relayée par la presse, assure sa réputation.

En 1896, Armand fonde à Audincourt (Doubs) la Société anonyme des automobiles Peugeot – SAAP au capital de 850 000 francs, qui met au point son moteur « horizontal breveté Peugeot ».

En 1910, il s’allie avec son jeune cousin Robert Peugeot (1873-1945) et crée Cycles et Automobiles Peugeot SA – la date marque le centenaire de la Maison Peugeot.

La production s’oriente vers des voitures à petite cylindrée. Ettore Bugatti vend à Robert Peugeot la licence de fabrication de sa voiturette deux places de 855 cm3 – la Bébé Lion Peugeot. Mise en fabrication à l’usine de Beaulieu, elle devient le gros succès commercial de la société : produite à 3 095 exemplaires entre 1913 et 1916, elle coûte deux fois plus cher que la « voiture du siècle », la Ford T.

 

 

La 201, un sacré numéro…

 

Après la guerre, la Quadrilette Peugeot connaît le même succès avant d’être remplacée en 1923 par la 5 CV, unanimement saluée dans la presse comme « le véhicule le plus économique que l’on ait encore offert au public » et « le moyen de transport qui met le km au prix le plus réduit ».

Le 1er juillet 1929, l’usine de Sochaux démarre la fabrication de la 201, un modèle 6 CV présenté au Salon de l’Auto.

Le constructeur traverse alors une passe difficile et les concessionnaires acceptent de passer des commandes anticipées du nouveau modèle (le premier de grande série pour Peugeot), signant des billets à ordre acceptés par les banquiers. La Société Générale lève soixante-dix millions de francs en obligations des Automobiles Peugeot ainsi que trente-cinq millions en obligations des Fils de Peugeot frères, aisément placées en dépit de la crise économique.

Dès le printemps 1930, les commandes affluent alors qu’un vent mauvais souffle d’Amérique depuis le krach de Wall Street. Cette année-là, la 201 (proposée à partir de 20 900 francs) est produite à 43 303 exemplaires et les cadences s’accélèrent jusqu’à 240 véhicules par jour en mars 1931. L’Ecole des voyageurs Peugeot (créée en 1929) accompagne l’accélération des ventes grâce à de jeunes vendeurs formés à cet effet – ainsi qu’à une victoire providentielle au rallye de Monte-Carlo et à une mission transsaharienne. La 201 se révèle la « première grande chance historique » du constructeur au Lion et un véritable « amortisseur de crise » : en huit ans, il s’en vend 153 000 exemplaires, une « grande première »…

Après le coup de maître qui sauve leur société, Robert et Jean-Pierre Peugeot lancent deux ans plus tard la 301 (une 8 CV dont la version Coupé est équipée du système Eclipse qui permet de le transformer en cabriolet), redessinée par Henri Thomas, un ancien de chez Bugatti.

L’appellation des véhicules du constructeur innove par un jeu de chiffres qui suscite une nouvelle identité : le premier en indique la taille, le zéro central donne l’unité de marque et le dernier chiffre numérote la génération.

Lancée en 1935, la 402 à six glaces, équipée d’un moteur à soupapes culbutées de 1 991 cm3 développant une puissance de 55 cv, à l’avant plongeant et à l’arrière fuyant en fuseau, aux phares logés derrière la calandre bombée et à l’allure de belle américaine est le premier modèle français de grande série à présenter une élégante ligne aérodynamique. Cette 11 CV, qui concurrence la Traction Citroën, est lancée avec le slogan : « le fuseau Sochaux, du vent et de la vitesse ».

 

Le choix de Mulhouse

 

Après guerre, Peugeot monte en puissance grâce à l’élévation du niveau de vie et le lancement réussi de la 203 (1948). 40 000 ouvriers se sentent entassés sur le site de Sochaux qui doit être délesté. Jean-Pierre Peugeot se met en quête d’un autre site de fabrication et de montage afin d’absorber une partie de la production. La balance ne penche vers les grandes étendues d’une plaine d’Alsace orpheline de Bugatti et Mathis.

En octobre 1959, Jean-Pierre Peugeot prend la décision de s’installer à Mulhouse, dont le maire, Emile Muller, appuyé par le président de la société industrielle, Jacques-Henry Gros, avait préparé le terrain, en mettant en avant la proximité géographique avec la Franche-Comté, la présence d’une main d’œuvre textile qualifiée et la disponibilité d’un foncier idéal pour une activité industrielle.

Peugeot achète 314 hectares de la forêt de la Hardt (ce vestige de la forêt rhénane originelle en compte 18 000), à proximité de la ville, et y investit jusqu’à 50 milliards de francs anciens.

Lors du Salon de 1960, sa production globale est de 145 346 véhicules – Peugeot vend en France 75 451 exemplaires de sa 403 et encore 15 854 de sa 203 finissante. Il se paye même le luxe de lancer à l’assaut de la Citroën DS l’élégante 404, une 9 CV (d’une cylindrée de 1 618 cm3 développant 72 cv) dont la ligne trapèze dessinée par Pininfarina (1893-1966) rappelle de belles anglaises. Le projet d’implantation de Peugeot dans la région mulhousienne se fait sous le nom d’Indenor et les travaux commencent en 1961.

L’usine de Mulhouse, mise en service en octobre 1962, grandit rapidement, faisant appel à une main d’œuvre locale qualifiée – tradition textile oblige.

En septembre 1963, la première boîte de vitesse des modèles 403 et 404 est entièrement fabriquée et montée à Mulhouse. Soucieux de renouer avec une veine qui avait si bien réussi au constructeur (avec la 201 et la 202), Maurice Jordan (le père de la 203) réfléchit à un modèle du « juste milieu » ( 6 CV), délaissé avec l’arrêt de la 202, en 1949.

En mai 1965, il lance la 204, au moteur transversal en alliage léger de 1 130 cm3, aux freins à disque, à la traction avant, aux phares carrés dont la caisse est (encore…) dessinée par Pininfarina. La petite dernière, déclinée en berline, coupé, et cabriolet s’installe confortablement en tête des ventes, loin devant les Simca 1000 et 1100.

En 1972, le site Peugeot de Mulhouse fabrique dans sa toute nouvelle unité terminale sa première voiture complète : la 104, « la plus courte berline du monde » qui rééquilibre l’offre vers le bas…

Le premier choc pétrolier en octobre 1973 ouvre la voie aux économies d’énergie – et une avenue au moteur diesel dont Peugeot maîtrise la technologie : il devient « le seul constructeur français à gagner de l’argent en construisant des voitures » (1). Ainsi, il rachète tout logiquement à Michelin son concurrent Citroën qui en perd…

 

Le sens de l’histoire

 

En mars 1977, alors que la 204 arrive en fin de carrière, Peugeot est devenu un groupe industriel de dimension mondiale et… les problèmes (re)commencent, à une toute autre échelle. Dans sa politique d’ « expansion raisonnée », il lance en mars 1975 la 604 au moteur V6 pour conquérir le marché haut de gamme – un saut dans l’inconnu peu concluant, compromis par le second choc pétrolier (1979).

Une fois encore, le lancement en février 1983 de la providentielle 205 permet de renouer avec le succès : cette année-là, Peugeot-Mulhouse, confirmé comme centre de production à part entière, en construit 154 993 exemplaires – en sus de 20 046 de la 305 et encore 30 831 de la 104 – avant de se consacrer exclusivement à la fabrication de la petite nouvelle.

Mieux, l’usine devient site pilote de la 106 en 1991 – et, à partir de 1998, de la 206, qui devient la voiture la plus produite et la plus vendue de l’histoire de la marque.

En 2004, le site de Mulhouse connaît une véritable révolution culturelle en produisant, pour la première fois, une Citroën, la C4 – sept ans plus tard, ce sera au tour de la DS4.

En 2012, le site de Mulhouse souffle ses cinquante bougies et mise sur la 2008, produite uniquement en Alsace. Alors premier employeur privé d’Alsace avec près de 8500 collaborateurs, le groupe PSA dispose à Mulhouse d’un des sites les plus performants qui fait vivre près de 45 000 personnes dans le Haut-Rhin.

En juillet 2018, le groupe PSA annonce le remplacement de Corinne Spilios, la directrice du site de Mulhouse, par Jean-Baptiste Formery, alors que démarre la production de la 508.

L’entreprise qui a fait prendre aux Français le train de « la vie moderne » au quotidien depuis le Premier Empire négocie un virage crucial de plus – en prenant son temps comme d’habitude, alors que tout n’en finit pas de s’accélérer sur une autoroute de moins en moins dégagée pour une industrie automobile jadis colonne vertébrale d’une seconde révolution industrielle s’exténuant vers sa fin. Elle n’entend pas perdre pour autant le volant dans une fuite en avant menée à un train d’enfer dans la nouvelle économie de ressources qui se précise  avec un homo mobilis arrivé à maturité sur ses territoires de vie.

  1. Alain Frerejean, Les Peugeot, deux siècles d’aventure, Flammarion, 2006

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Reine de Hollywood consacrée un temps « plus belle femme du monde », Hedy Lamarr (1914-2000) a également fait œuvre scientifique en laissant une invention à l’origine de nos communications par téléphonie portable… Son autobiographie, Ecstacy and Me (1966), dernièrement traduite en français, rappelle le destin romanesque d’une icône du septième art finalement reconnue non seulement pour sa beauté mais aussi pour sa contribution pionnière à l’informatisation de masse…

 

 

Il était une fois dans l’histoire du cinéma un petit film tchèque baptisé Extase, réalisé en 1932 par un jeune réalisateur nommé Gustave Machaty (1901-1963) : il a fait entrer dans cette histoire-là une petite starlette autrichienne de dix-huit ans, désormais connue comme la toute « première femme nue à l’écran ». Deux séquences d’une dizaine de secondes chacune la montraient courir nue dans les bois et se baigner dans un lac. Un gros plan sur son visage renversé suggérait une montée vers l’extase avec son partenaire Aribert Mog (1904-1941), en un jeu diablement emporté – et plutôt réaliste…

Le 10 août 1933 à Vienne, la bombe anatomique devient l’épouse du richissime héritier Fritz Mandl (1900-1977) : le premier industriel d’armement du pays (et le quatrième au monde) ajoute à sa collection l’actrice désormais la plus connue d’Autriche. Et découvre, en projection privée dans sa salle de conférences où se jouent les affaires du monde, les images de sa femme « courir toute nue sur cet écran haut de six mètres » …

Dès lors, il s’acharne à racheter toutes les copies du film (dont le prix et le nombre se mettent à flamber…) et à garder en cage (une suite personnelle de dix pièces avec domesticité pléthorique et sept voitures…) son actrice désormais interdite de caméra…

 

Avant l’écran, la vie…

 

Celle qui sera connue dans le monde entier en femme fatale naît Hedwig Eva Maria Kiesler le 9 novembre 1914 dans une famille de banquiers juifs viennois convertis au catholicisme. Sa mère Gertrude née Lichwitz (1894-1977) est une beauté exceptionnelle qui délaisse une carrière de pianiste pour l’élever. Son père Emil (1880-1935), passionné de mécanique, lui donne une enfance de petite princesse de la Mitteleuropa et lui explique de surcroît le fonctionnement de toutes les technologies, de l’horloge au tram. Sous son bureau, la petite fille improvise son théâtre des merveilles : «  Je m’installais en dessous et je faisais comme si j’étais sur une scène, inventant des pièces qui reprenaient les histoires fantastiques que mon père me racontait. Mon désir de devenir actrice vient de là. L’attirance que j’éprouve pour les hommes entre trente-cinq et quarante-cinq ans n’est pas bien difficile à analyser »…

Elle dilapide son argent de poche en magazines de cinéma, suit les cours de l’école d’art dramatique de Max Reinhardt (1873-1943) à Berlin et débute au théâtre où elle joue notamment le rôle de l’impératrice Elisabeth d’Autriche – elle croule aussitôt sous les envois de roses d’un admirateur nommé Fritz Mandl…

A seize ans, elle décroche ses premiers rôles cinématographiques aux studios Sascha de Vienne, dans d’anodines comédies où il est beaucoup question d’argent. Dans Geld auf der Strasse (« De l’argent sur la route », 1930) de Georg Jacoby (1882-1964), elle donne la réplique à Rosa Albrecht-Retty (1874-1980) et en pince pour son fils Wolfgang (1906-1967) – ils sont respectivement la future grand-mère et le futur père de celle qui allait devenir la star Romy Schneider (1938-1982)… Wir brauchen kein Geld (« Nous n’avons pas besoin d’argent », Boese, 1931) conforte sa jeune notoriété remarquablement bien accompagnée par le réseau de relations familial.

A dix-sept ans, elle devient la vedette de Die Koffer des Herrn O.F. (« La Malle de M. O.F. », 1931) d’Alexis Granovsky (1890-1937) dont le battage publicitaire lui vaut les honneurs de quelques lignes dans le New York Times. Elle se rapproche de son but : devenir une star – « être une star, c’est posséder le monde, et tous ceux qui s’y trouvent »…

A dix-neuf ans, devenue Mme Mandl, elle préside les réceptions en l’honneur des clients de son mari – « tout le monde savait que la guerre le rendrait bientôt dix fois plus riche qu’il ne l’était déjà » – et se souvient tout particulièrement de deux d’entre eux : « Un Adolf Hitler compassé m’a une fois fait le baise-main tandis qu’à une autre occasion, un pompeux petit Mussolini a avancé ma chaise »..

En 1937, elle parvient à s’évader de sa cage conjugale, déguisée en domestique et gagne Paris où elle trouve un agent… Le tout-puissant Louis B. Mayer (1885-1937), le patron de la Metro-Goldwyn-Mayer (MGM), venu faire son marché de talents sur le vieux continent promis à cette guerre si irrépressible, la prend sous contrat et lui fait adopter le nom de Lamarr, en souvenir d’une vamp du muet disparue une décennie plus tôt, Barbara La Marr (1896-1926).

En 1938, Casbah, remake de l’hexagonal Pépé le Moko tourné avec Charles Boyer (1899-1978), la propulse vers les sommets – la presse salue la « performance surprenante et essentielle d’une nouvelle venue »…

Les films s’enchaînent avec des hauts et des bas, jusqu’au semi-échec de The Female Animal (« Femmes devant le désir », Keller, 1957) qui marque son retrait de l’écran. De son propre aveu, la « plus belle femme du monde » manque de discernement dans le choix de ses scenarii, sans doute à cause d’une connaissance imparfaite de la langue anglaise – elle rate notamment Casablanca et Autant en emporte le vent

Si sa filmographie compte un seul véritable chef d’œuvre, elle le doit à Cecil B. De Mille (1881-1959) qui lui confia le rôle inoubliable de Dalida dans Samson and Delilah (1949) – mais la suite de sa « carrière » ne s’avère guère à la hauteur de sa beauté ni de son talent.

Productrice indépendante, elle connaît un certain succès avec Le Démon de la chair (1946) et La Femme déshonorée (1947) mais se heurte au machisme hollywoodien.

Elle a donné la réplique aux plus prestigieux interprètes masculins de son temps, dont Spencer Tracy (1900-1967), Clark Gable (1901-1960), Victor Mature (1913-1999) ou Jimmy Stewart (1908-1997), multiplié les aventures avec bien d’autres talents comme Errol Flynn (1909-1959), David Niven (1910-1983), Erich Maria Remarque (1898-1970) ou George Sanders (1906-1972) et épousé de bonnes fortunes comme le pétrolier texan Howard Lee (1908-1981), qui l’emmène à Houston où elle trompe son ennui en doublant la superficie de leur vaste demeure.

Le jour du jugement de leur divorce, prononcé en 1960, elle envoie sa doublure au tribunal, se voit déboutée de toutes ses demandes – et, dans la foulée, épouse son avocat…

 

Une si belle inventivité…

 

Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle se souvient des plans de missiles entrevus chez son premier mari et des conversations « très professionnelles » entendues lors de son rôle d’hôtesse de maison. Après le torpillage du paquebot britannique City of Benares au milieu de l’Atlantique dans la nuit du 17 au 18 septembre 1940, elle décide d’utiliser sa connaissance de l’armement allemand et conçoit avec le musicien américain Georges Antheil (1900-1959), un système de guidage de torpilles par fréquence radio. Baptisée Secret Communication System, cette technique dite de « l’étalement de spectre par saut de fréquence » est inspirée par les travaux de l’ingénieur allemand Hellmuth Walter (1900-1980) dont la société développait un système de propulsion au peroxyde d’hydrogène pour les sous-marins… Déposé le 10 juin 1941 au National Inventors Council (NIC), le brevet (n°2 292 387) est acheté par l’US Navy et, classé secret Défense, finit dans un carton – l’armée privilégiant alors les explosions aléatoires de ses torpilles plutôt que leur trajectoire…

Hedy Lamarr avait conçu bien d’autres inventions comme la formule d’une pastille de coca lyophilisé à diluer dans l’eau, développée avec le milliardaire Howard Hugues (1906-1976) – mais demeurée lettre morte.

La « technique Lamarr » n’en marque pas moins l’histoire scientifique des télécommunications : utilisée pour la première fois pendant la crise des missiles à Cuba en 1962 puis au Vietnam, elle est à l’origine d’applications ultérieures comme la téléphonie portable, le wi-fi, le GPS ou le Bluetooth…

Ainsi que le rappelle Charles Villalon dans la postface à cette autobiographie dérangée due à la plume d’un journaliste en verve, cette invention procède d’une préoccupation bien plus anatomique : « incertaine de ses attraits (…) concernant la taille plutôt modeste de ses seins », la bombe hypersexuelle d’Hollywood espérait que George Antheil, auteur d’une série d’articles sur l’endocrinologie dans Esquire, l’aiderait à augmenter son tour de poitrine. Leurs entrevues ne débouchent pas sur la moindre « extension » plastique mais sur une toute autre – celle d’une immense « toile » bouleversant la carte et le territoire d’une humanité désormais « en réseau »…

Jusqu’en sa quarantaine épanouie, cette femme de tête incarne l’éternel féminin et s’assure d’une débordante carrière matrimoniale (six mariages, sans oublier ni ses liaisons innombrables de « croqueuse d’hommes », de Charlie Chaplin à John F. Kennedy, ni toutes ses semblables les plus semblables possibles…).

Disparue des écrans en 1957, elle refait la Une… des faits divers pour vol à l’étalage : en 1960 et 1965, elle est surprise en train de dérober des produits de beauté… Celle qui avait gagné et dépensé trente millions de dollars dans sa « carrière » profite de ce regain d’intérêt médiatique pour négocier la publication de ses Mémoires, parues en 1966 – Playboy les considère comme les plus érotiques du genre depuis ceux de Casanova.

En 1990, elle fait une rechute en kleptomanie au supermarché Eckerd de Casselberry en Floride, après avoir dilapidé sa fortune en frasques et en actes de chirurgie esthétique pour tenter de conjurer un destin d’usure échu à tou(te)s…

Lors de la phase d’expansion des « nouvelles technologies », son œuvre d’inventrice est consacré en 1997 par le Prix des Pionniers de l’Electronic Frontier Fondation.

Moins de trois ans après cette reconnaissance tardive, son corps sans vie est retrouvé le 19 janvier 2000 dans sa résidence à Altamonte Springs (Floride).

La traduction en français de son autobiographie rappelle ce que l’algorithmisation de notre société ultraconnectée doit à une ancienne icône d’Hollywood qui, faute de pouvoir s’assurer de la pérennité d’une beauté crevant l’écran, n’a jamais douté de son « esprit inventif » assignant le devenir de ses semblables à… de tous autres écrans. Ceux qui les relient à d’autres destinées que la sienne, s’écoulant dans les flux de nouvelles néo-féodalités digitales qu’aucune histoire du cinéma ne peut encore saisir ni conter…

Hedy Lamarr, Ecstasy and me, la folle autobiographie d’Hedy Lamarr, éditions Séguier, 440 p., 22 €

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Depuis une vingtaine d’années, une épidémie insidieuse agresse le foie d’un Français sur trois, serait-ce en l’absence de tout alcoolisme… Son nom est apparu pour la première fois au printemps 2017 dans la presse grand public : NASH pour Non Alcoholic Steatosis Hepatitis.

 

Les maladies du foie s’en viennent à pas légers, comme en chaussons, sans prévenir – quand bien même il serait l’organe le plus volumineux qui soit à l’intérieur du corps et son centre anti-poison… Même en l’absence de douleur, elles n’en mettent pas moins « en jeu le pronostic vital »… Si « l’échographie régulière du foie n’est pas entrée dans les mœurs », il existe néanmoins des marqueurs biologiques permettant de les voir venir, rappelle le Dr. Dominique Lannes : « le bilan hépatique perturbé, mais aussi, basiquement, trop de cholestérol et de triglycérides (gras), de glycémie (sucre), parfois jusqu’au stade diabète ».

Spécialiste du foie, le Dr. Lannes est hépato-gastro-entérologue à Paris, en cabinet, ainsi qu’à la Clinique du Trocadéro et à la Clinique du Mont-Louis. Il vient de consacrer à la maladie en voie d’identification, la stéato-hépatite non alcoolique (NASH) surnommée aussi « la maladie du soda », un ouvrage qui ne passera pas inaperçu. Et qui devrait inquiéter un bon tiers de nos concitoyens qui en seraient atteints, souvent à leur insu – l’ignorance ne préserve de rien : « Le foie se détruit marche après marche, selon un mécanisme d’escalier bien repéré par la médecine. Tout commence par une gentille stéatose. Sans régime alimentaire qui dégraisse le foie, elle reste « gentille » quelques années. Sept ans en moyenne. Ensuite, le foie peut en avoir marre d’être agressé par le gras et le sucre. On peut alors passer à ce qu’on appelle la NASH, quand « la graisse agresse » et fait se développer une fibrose, c’est-à-dire que des fibres dures commencent à agresser le foie. Elles étouffent les hépatocytes, un peu, beaucoup, jusqu’à durcir tout le foie si on ne fait rien. C’est la cirrhose. »

La cirrhose rappelle le Pr Didier Samuel, est un « processus lent qui se constitue sur plusieurs années, souvent vingt ou trente ans, en raison d’une agression chronique et permanente du foie » : « Cette agression entraine une modification de la structure hépatique qui devient nodulaire (on observe des micro- ou des macronodules à la surface du foie), ferme, voire dure, alors que le tissu d’un foie sain est lisse et souple. »

 

De la qualité du greffon contemporain…

 

En une génération, le foie sain est devenu rare : « Un tiers de la population a aujourd’hui une stéatose, c’est-à-dire de la graisse dans le foie, sans le savoir. » Et l’épidémie ne fait que commencer – la faute à l’agro business, la « malbouffe » outrageusement chargée en sucre, en gras et en bien d’autres douteuses substances…

 

En cas de maladie avérée, il n’y a souvent que « la greffe en point

de mire » – bien entendu, « si le malade est greffable »…

Elle est envisagée s’il n’y a pas « un envahissement de la veine porte ou des artères environnantes, ou des métastases extra-hépatiques qui rendent la récidive inéluctable »…

Mais voilà : compte tenu de l’expansion de la maladie, il est de plus en plus difficile de trouver des greffons sains, c’est-à-dire non stéatosés – le donneur décédé ayant pu « passer par la case malbouffe »… Sans oublier que les dits greffons ne se trouvent pas « à disposition en rayons dans un supermarché »…

Le problème de pénurie n’en est qu’au début. Il se pratique environ mille trois cents greffes du foie chaque année en France, « dans une grande majorité consécutive à la décompensation d’une cirrhose » – ce qui fait du foie « l’organe le plus greffé après le rein »…

L’immunothérapie suscite beaucoup d’espoirs : « La méthode, par injections, consiste à faire appel à nos propres défenses immunitaires, qu’elle stimule pour aller attaquer directement le mal à la racine. On voit des cancers éradiqués grâce à cette nouvelle méthode, qui dresse notre propre organisme à se battre contre les cellules tumorales. »

L’habitué de la grande distribution ou de la restauration rapide, l’amateur de bonne chère, l’addictif à la junk food ou l’inconditionnel de la dive bouteille qui soupçonneraient une anomalie hépatique peuvent toujours « tenter le sevrage du sucre rapide pour redevenir maître de son destin »… La prévention se joue sur le terrain de l’hygiène de vie, de la lutte contre le surpoids et la sédentarité. Sans oublier l’adieu à l’incomparable savoir-faire de nos viticulteurs, digne d’être classé au patrimoine immatériel de l’humanité : l’alcool est « l’agresseur numéro un du foie »… Autant renoncer aux trois verres de vin quotidiens consentis par l’OMS aux hommes – deux pour les femmes…

Après, « plus la graisse est incrustée depuis longtemps, plus elle sera difficile à éliminer, parce que la graisse se fibrose »… D’un cirrhotique, l’on dira qu’il que « jusque là » il était en parfaite santé, pour la simple raison qu’il n’avait rien remarqué d’ « anormal » – alors que l’encrassement de son foie se poursuit à bas bruit…

En attendant, la « quête du Graal anti-NASH » se poursuit dans les laboratoires – et plus particulièrement dans ceux de deux sociétés de bio-technologie, Genfit et Intercept. Les multinationales suivent le mouvement, compte tenu de la progression exponentielle de la maladie.

Pour sa part, le Dr Pierre-Jean Thomas-Lamotte, neurologue, met ses pas dans ceux des grands Anciens et rappelle que l’inconscient aussi est à l’œuvre dans les maladies du foie : « C’est le gardien de l’identité et du maintien de mes potentialités dans mon cercle de vie (vie familiale, vie professionnelle). Les cellules permettent de faire des réserves durables. Un hépatocyte peut vivre jusqu’à 500 jours et reconstitution est rapide après ablation d’une grande partie de l’organe. L’hépatocyte peut stocker, assurer des transformations des matières, assurer la détoxification et il sert à l’assimilation des graisses (bile). En pathologie, le foie doit se renouveler lorsque le sujet change d’identité et de cercle de vie (hépatite pour détruire les anciennes réserves puis renouvellement hépatique correspondant aux fonctions nécessaires au maintien de la nouvelle identité), quand le sujet manque d’identité « en quantité » (tumeur bénigne, adénome ou cancer), quand le sujet est trop faible pour vivre son identité dans le groupe (cirrhose). »

Garder un foie sain, c’est une lutte de chaque instant contre bien de mauvaises habitudes, bien de renoncements ou de reniements aussi…

Afin de sensibiliser le grand public, des opérations d’information auront lieu, comme la première journée internationale d’information sur la NASH, qui aura lieu le 12 juin 2018 dans vingt-cinq grandes villes de France.

 

Dr Dominique Lannes, NASH – La maladie de la malbouffe, Flammarion

Pr Didier Samuel, La crise de foie n’existe pas, Marabout

Dr Pierre-Jean Thomas-Lamotte, L’interprétation des maladies qui compensent les petites et grandes blessures de l’âme et comment en guérir, Le Jardin des Livres

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TONIC200Dernières nouvelles de « l’Enfer vert » qu’on nous mitonne au nom de la « transition énergétique » : la loi du 18 août 2015 instaure sur le territoire français le remplacement à marche forcée de 35 millions de compteurs électriques bleus par le Linky dit « intelligent » – et radiatif… Des associations dénoncent un désastre industriel, financier, sanitaire et technique. La fronde n’en finit pas de s’étendre dans l’Hexagone…

 

L’homme est-il encore chez lui dans sa maison ? Il semblerait bien que l’humain d’ici ne soit plus le bienvenu dans sa demeure. Sera-t-il bientôt chassé de son « foyer » envahi de gadgets connectés et radiatifs ? Devra-t-il laisser sa maison derrière lui quand elle sera infestée de cafards électroniques et d’autres mouchards qui lui rendront la vie impossible sous prétexte de la lui « faciliter » ? L’homme ne serait-il plus maître « chez lui » parce que sa maison serait de plus en plus « intelligente » ? Ainsi en ont décidé ceux à qui nous n’avons absolument rien demandé et dont le délire pourrait bien menacer jusqu’à notre vie…

Rappel des faits : suite à la loi dite de « transition énergétique » promulguée le 18 août 2015, le nouveau compteur « communicant LInky sera déployé sans concertation dans chaque foyer jusqu’en 2021 à raison de 8000 compteurs posés par jour « en remplacement » de nos bons vieux compteurs bleus qui marchent si bien… Ce déploiement commencé de façon bien expéditive, semble-t-il, aurait été subitement accéléré à raison de 40 000 compteurs par jour…

Quelle nécessité, voire quelle urgence y-a-t-il à procéder à ce « grand remplacement » accéléré, au nom de quels « intérêts » ? Qui veut nous connecter de force ?

Parce que nous serions sommés de nous plier à la « révolution numérique » décidée sans nous – et contre nous ? Pour les rentiers de cette « révolution », la source de profit, rappelle le groupe Pièces et main d’œuvre de Grenoble (là où sont fabriqués les Linky…), se trouve dans les données que nous produisons à tout moment par notre activité numérique qui permettent aux entreprises de vendre produits et services à la bonne personne au bon moment » (1). Rien que ça ? Il s’agirait juste d’exploiter nos données, ce nouvel or noir du XXIe siècle, pour prévenir nos désirs et nous créer des besoins, surtout ceux que nous n’avons pas ?

 

 

Le Linky c’est bon pour la santé !

 

Au-delà du délire de pilotage automatisé de la ville (smart city) et de la planète (smart planet), il y a la question de la santé publique, allègrement évacuée par les technolâtres dealers de cette came électronique qui nous pollue : le tout-connecté épaissit davantage encore le brouillard électromagnétique dans nos cités.

Quand la propagande soutient : « Linky émet 150 fois moins d’ondes qu’une lampe basse consommation », Pièces et main d’œuvre rappelle toute la portée de cette insulte à l’intelligence – une de plus : « Même un ingénieur peut comprendre qu’il n’est pas question d’installer LInky à la place des lampes, mais en plus : de l’ajouter à la pollution ambiante (…) Il faut réduire le poids total des pollutions (en millions de tonnes), et de la consommation de ressources et d’énergie. C’est simple à comprendre : « plus de voitures moins polluantes » égale « plus de pollution », égale « arnaque » (1)…

En d’autres termes, à chaque gadget « connecté » de plus at sweet home, c’est l’exposition à la pollution qui augmente …

Le « consommateur » qui n’a absolument rien demandé pourrait bien payer de sa santé le « remplacement gratuit » de son compteur bleu ainsi que le rappelle Annie Lobé dans la lettre recommandée qu’elle a envoyée à la présidence de la République : Le Linky injecterait dans les circuits électriques des fréquences radio dites CPL (Courant porteur en ligne) reconnues comme « potentiellement cancérigènes » (catégorie 2B) par le Centre international de Recherche sur le Cancer qui dépend de l’OMS dans son communiqué du 31 mai 2011, confirmé par la monographie n°102 parue en 2013 (http ://www.santepublique-editions.fr).

Son fonctionnement exigerait l’implantation de « bon nombre » de postes de transformation (concentrateurs) équipés d’ordinateurs et d’antennes-relais GPRS émettant des micro-ondes pratiquement à hauteur d’homme – on parle de 700 000 : les cas d’electrosensibilité et de cancers pourraient-ils exploser en conséquence ?

L’Observatoire du nucléaire recommande aux Français de prendre soin de la « santé publique » en refusant l’installation du LInky et en notifiant leur refus aux conseils municipaux – à ce jour près de 200 communes l’ont refusé.

Mais le président de l’Association des maires de France (AMF), pourtant alerté par Annie Lobé, leur a adressé un document prétendant « illégales » les décisions des municipalités n’allant pas dans le sens des intérêts de la filière nucléaire…

Devant l’émoi soulevé par le déploiement à marche forcée du Linky, la Direction générale de la Santé a saisi l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) qui rendre ses conclusions à la fin de l’année. Alors, pourquoi cette précipitation à remplacer nos compteurs bleus avant les conclusions de l’Anses ?

 

Le Linky c’est bon pour la France !

 

Conçue en 2006, avant les smartphones, la technologie du Linky s’avèrerait d’ores et déjà obsolète : les câbles, fils et appareils électriques d’un réseau mal entretenu (faute d’investissements RTE suffisants) ne sont pas prévus pour transporter ces radiofréquences. Ce qui déclencherait des pannes et des incendies d’un genre nouveau dans les équipements domestiques : lors des expérimentations menées en Indre-et-Loire et en région lyonnaise en 2010, 8 incendies auraient ainsi été déclenchés en quelques semaines sans compter les pannes répétées de réfrigérateurs, d’ordinateurs ou de téléviseurs qui se soldent par de lourdes réparations – à la charge des victimes, bien évidemment…

Actuellement, en France, on en serait à 60 000 incendies d’origine électrique (dus à des « points de chauffe » sur les circuits électriques de 50 hertz) survenus dans les logements – ils auraient coûté la vie à 200 personnes et blessé 4000 autres… L’injection de radiofréquences dans les circuits démultipliera-t-il le nombre de ces incendies « d’origine électrique » ?

Dans son rapport d’enquête sur les Linky déjà posés à titre expérimental, le Syndicat intercommunal d’énergie d’Indre-et-Loire indique que 19% des particuliers ont été confrontés à des problèmes de disjonctions à répétition, 4% à des soucis d’appareils grillés, de dysfonctionnement de la programmation du chauffage et d’embrasement du compteur et 5% ont vu leur facture gonfler..

L’opérateur EDF en est tellement conscient, souligne Annie Lobé, qu’il s’exonère de toute responsabilité ainsi que sa filiale ERDF (rebaptisée à grands frais Energis), dans ses conditions de vente en cas d’incendie ou de panne… Pour les commerçants, les TPE (très petites entreprises) et PME (petites et moyennes entreprises), les risques encourus pourraient osciller de la perte de marchandises jusqu’à la faillite – sans oublier les problèmes de santé… Donc, en cas d’incendie provoqué par le Linky ou par les radiofréquences injectées par lui dans nos câbles, fils et appareils électriques qui ne sont pas blindées contre elles, il incombe à la victime de prouver la responsabilité d’ERDF dans les « vingt jours calendaires »… Soit double peine pour les victimes et impunité assurée « légalement » pour les responsables-mais-pas-coupables…

Pour les associations (Next Up, Observatoire du nucléaire, Priartem, Robin des Toits) qui suivent « l’affaire » depuis le début, il s’agit rien moins que d’une « mise en péril délibérée de l’économie française toute entière » et de la vie des Français : ces « décideurs » et « représentants du peuple » qui ont promulgué cette loi instaurant le LInky (en dépit de tous les avertissements reçus au sujet des risques qu’ils feraient encourir à la population…) ne seraient-ils pas devenus civilement responsables des dégâts et décès consécutifs à ces incendies ou de l’épidémie de cancers à venir ?

Depuis… un bail, les associations dénoncent ce désastre industriel, ce gâchis financier, sanitaire et technique – ainsi que cette « logique de dilapidation » insensée : le remplacement de 35 millions de compteurs qui fonctionnent parfaitement, d’une durée de vie de 60 ans par des Linky (durée de vie 10-15 ans) est estimé pour l’instant entre 5 et 7 milliards… En d’autres termes : quand tous les « foyers » seront pris dans la nasse électronique interconnectée, le Linly sera obsolète et il faudra alors tout recommencer 10 ans après !

On n’ose imaginer le surcoût écologique de ces 35 millions de compteurs mis à la casse (mais où ?) par décision de ces « responsables-mais-pas-coupables » pressés de fracasser notre Titanic contre l’iceberg numérique… Ni faire le compte de ces substances toxiques utilisées pour fabriquer ce Linky ou nos smartphones tant bichonnés…

 

 

Vous avez dit « économies d’énergie » ?

 

D’abord, qui paie pour ce « grand remplacement » non souhaité alors que l’entreprise publique d’électricité avoue une « équation financière difficile » ?

C’est une règle bien connue par nos grands « amis » les phynanciers qui nous font danser sur leur musique au-dessus du volcan : « quand vous ne savez pas qui est le pigeon, ne cherchez pas plus loin : c’est vous ! »…

On nous dit que la mise en place de la nouvelle infrastructure (centrale de données, compteurs, réseau de communication) sera payée par « les économies sur la relève des compteurs » : plus besoin de personnel pour venir relever votre consommation effective puisque le compteur est « consultable à distance » et « gérable » – 4200 emplois ont été supprimés…

Avec Linky, « on » peut vous couper l’électricité à distance et vous surfacturer– c’est bien « la solution » envisagée … Rappel de Pièces et main d’œuvre : « Les milliards de relevés opérés chaque année par Linky et les montagnes de données à traiter consommeront infiniment plus que tout ce que vous pourrez économiser en obéissant à votre compteur numérique. » (1)

Pour UFC-Que Choisir, c’est bel et bien le consommateur qui va payer pour le LInky. Et sur toute la ligne, si on peut dire… Car les consommations « effacées à distance » par le système Linky ne seront pas déduites le moins du monde de la facture du client : son usage et celui du système de communication est si énergivore qu’il se traduit immanquablement par une surconsommation d’électricité – et de surcroît par une surfacturation là où ces Linky ont été installés : qui sont les « fraudeurs » ?  Le dit usager sera-t-il irradié et grugé pour le plus grand « profit » de « son » si cher distributeur à qui il ne demandait jusqu’alors rien d’autre que de lui distribuer du courant sans faire d’histoires ?

Si « on » veut vraiment diminuer les consommations d’énergie, il suffirait, au contraire, de refuser de s’encombrer de gadgets électroniques et d’écrans qui polluent nos demeures. De bannir les nuisances de la maison au lieu d’en rajouter sans cesse à la pollution électromagnétique ambiante avec des compteurs « communicants » de plus pour l’électricité, l’eau, le gaz – et d’avoir à les « gérer » de surcroît …

N’avons-nous pas autre chose à faire de notre vie qu’à « gérer » des gadgets qui se « connectent » entre eux ?

Autant prévenir cette hémorragie en refusant le « remplacement gratuit » de votre compteur : « Mon assureur m’a fait savoir qu’il refuse d’assurer ce risque. Alors, au nom de quoi devrais-je le prendre ? Le principe de précaution, vous connaissez ? »…

 

Linky c’est bon pour l’intimité !

 

Aujourd’hui, votre cher opérateur sait déjà tout de vous et de vos petites habitudes (pour ne pas en dire plus…) dès l’instant où vous lui aurez donné accès à votre intérieur : le bon « éco-citoyen » de la smart city radieuse n’est-il pas un citoyen « connecté », si prévisible sous son meilleur « profil » ? En acceptant chez vous ce que nos confrères de La Décroissance appellent « la saloperie que nous n’achèterons jamais », vous vous livrez à la meute qui piaffe au seuil d’un juteux marché : celui de la maison « intelligente »…

« Avant d’avoir posé le premier compteur LInky, rappelle le groupe Pièces et main d’œuvre, ERDF avait déjà signé un partenariat avec le fabricant de matériel électrique Legrand dès 2012 pour développer des solutions « Linky ready » pour les consommateurs »… Mais que vont devenir, dans ce meilleur des mondes by Linky, toutes les données captées ? Feront-elles de chacun de nous des proies pour d’autres prédateurs encore plus mal intentionnés au sommet de cette vertigineuse chaîne alimentaire « numérique » ?

Par compteur « intelligent » il faut d’abord comprendre, rappelle l’historien François Jarrige dans La Décroissance, « intelligence service » au sens de « renseignement » ou information exploitable au profit de diverses officines ou bandes organisées plutôt que celui de « faculté  humaine » susceptible de rendre le monde meilleur… Dans ce meilleur des mondes si « intelligent » où l’existence de chacun sera semblable à celle d’un menu gibier le jour de l’ouverture de la chasse, les cambriolages que vous subirez ne tiendront même plus de la plus aléatoire des petites musiques du « hasard mais seront bel et bien imputables à ce « machin » machinique entré chez vous par force ou effraction  …

Que deviendront tous ceux qui ne veulent ni « détecteur de présence », ni capteur design pour mesurer la moindre de leur consommation voire leur taux de cholestérol ? L’ « enfer vert » se travestit de fausses « bonnes intentions » pour mieux s’introduire dans nos foyers et faire avancer le désert sous nos pas. Dans la ville de demain, l’homme ne pourra plus respirer librement dans sa maison – ce sera elle qui le respirera avant de le débrancher parce qu’il le veau bien, faute d’avoir exercé son humanité…

Jusqu’à ce jour, le seul gadget connecté obligatoire est le bracelet électronique que l’on met à ceux qui sont censés purger une « peine » après un délit… Mais diable quel délit ont commis tous les Français condamnés (par qui ?) au compteur « communicant »? Quelles perversions et quelles turpitudes doivent expier tous ceux qui doivent endurer la pollution de tous ces gadgets « connectés » que l' »on » s’acharne à fabriquer sans nous demander le moins du monde si nous avons envie de les acheter ?

La ville de demain arrive si vite : l’homme y aura-t-il encore sa place dans sa maison devenue trop « intelligente » pour lui ? Y aura-t-il encore de la place pour tous ceux qui voudront juste vivre tranquilles, le plus simplement du monde, sans gadgets aussi nuisibles qu’inutiles à « gérer » ? La maison « intelligente » de l’homme sera-t-elle sa déroute, sa ruine – et son extinction?

 

 

 

  1. Piecesetmaindoeuvre.com

 

www.observatoire-du-nucleaire.org

Priartem.fr

www.robinsdestoits.org

next-up.org

santepublique-editions.fr

 

cf. le mensuel Tonic n°200 (mars 2016) et 204 (juillet-août 2016)

 

 

 

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Le tsunami numérique à l’œuvre dans nos « sociétés postindustrielles en pleine crise identitaire » menace d’emporter nos emplois et métiers, nos protections sociales, notre relation au travail et jusqu’au cadre de vie connu – dont « l’Etat providence » privé des ressources nécessaires au maintien de ses missions…

 

« Aucun pan de la société n’est à l’abri de la révolution numérique » rappellent Philippe Escande, éditorialiste au Monde et Sandrine Cassini, journaliste aux Echos. Dit autrement, non sans insistance : « La machinerie numérique est en train de s’attaquer à toute la société et personne n’en sortira indemne »…

Mais, au-delà de cette sémantique insidieusement fataliste, est-il vraiment possible d’imaginer cet « avenir » ( ?) numérisé, voire de l’organiser dans un sens conforme à « l’intérêt général », dans ce nouveau monde algorithmique annonciateur de la « fin des temps » du salariat et du travail de masse ?

 

La « troisième révolution industrielle » ?

 

Le « premier âge du capitalisme » occupe tout le XIXe siècle – c’est « celui de l’acier, de la vapeur, de l’enthousiasme scientifique et de la misère ouvrière ».

Le second, commencé industriellement en 1908 notamment avec « l’organisation scientifique du travail » sur les chaînes de fabrication de la Ford T, est « celui de l’électricité et du pétrole ». Avec ce modèle qui s’imposera à la planète, Henry Ford (1863-1947) a inventé la voiture universelle dont la production massive appelle une consommation de masse – « organisation fordiste, grands conglomérats et société de consommation ont porté la plus formidable période de croissance de l’histoire »… Elle s’est épanouie dans « furie des Années folles où l’intelligentsia ne jurait que par l’automobile et l’électricité et où Manhattan se couvrait de gratte-ciel »….

Et voilà le troisième, « porté par la libéralisation financière, la mondialisation des échanges et la révolution numérique » – dont Philippe Escande et Sandrine Cassini, familiers des « acteurs » de ce bouleversement sans précédent, révèlent la folle machinerie s’emballant sous de suaves terminologies comme « l’économie de partage » aux résonances bien « sympa » et utopiques, compte tenu du « juteux business » qui s’y joue au grand casino… Cette économie-là, en ouvrant un boulevard au « travail indépendant », sonnera-t-elle la fin du salariat voire l’obsolescence du travail humain – si ce n’est purement et simplement celle de l’humain ?

« Le salariat est aussi le socle sur lequel s’est bâtie la société, qui permet d’ouvrir un compte en banque, d’obtenir un crédit immobilier, d’acheter un appartement. Sans salaire, construire l’avenir est un parcours hasardeux, semé d’embûches »…

Assurément, ce socle-là vacille dans l’épuisement de la société salariale, la fragilisation de plus en plus massive de l’emploi et la déconstruction du système de protection sociale élaboré tout au long du XXe siècle au sein d’un « compromis fordiste » désormais ébranlé par une accélération des ponctions parasitaires…

 

« L’or noir du XXIe siècle »

 

L’irruption numérique en cours a déclenché, à l’âge de la connexion permanente et de la téléprésence au monde, un nouveau cycle de « destruction créatrice », un « concept » cher à l’économiste américain Joseph Schumpeter (1883-1950) – et une dérégulation à outrance, agrémentée d’ « optimisation fiscale » qui prive « l’Etat providence » des ressources nécessaires à la poursuite de ses missions…

Le monde du big data, des imprimantes 3D et d’Internet serait-il celui de « retour vers demain » avec le travail payé à la tâche voire en promesses de « visibilité » et en « référencements » dans « la Toile » – celui du travailler toujours plus pour être payé toujours moins – et être de moins en moins « couvert » face aux « accidents de la vie »  ?

« Le lien social physique se distend, remplacé par le réseau social omniprésent. Le temps de travail n’est plus un objectif, seule compte la mission. Elle remplace la subordination, symbolisée par la pointeuse qui venait rappeler, comme une horloge, l’idée qu’avec le travail, on achète avant tout du temps humain dans un lieu donné ».

Assise sur la maîtrise de « la ressource la plus précieuse du XXIe siècle, celle sur laquelle se construit le capitalisme 3.0 », à savoir le logiciel informatique, l’irruption numérique dévore le monde à belles dents comme elle a déjà dévoré celui de la musique et de la presse – tout cela par « l’accroissement de la performance des composants électroniques »…

Comme les auteurs l’exposent avec clarté, « le nouvel or noir du XXIe siècle » ce sont les données : « Chaque jour, l’humanité entière alimente par pelletées de données fraîches la grande chaudière numérique »… Mais ces données personnelles se feront de plus en plus pirater et rançonner – et ce, au sein d’une société de surveillance généralisée qui insidieusement supplante la société assurancielle dont nous préférons ignorer être sortis…

Les « générations futures » apprivoiseraient-elles le « monstre numérique » ? Ou seront-elles laminées par la « fatigue d’être soi », à force de multi activité obligée (chauffeur Uber la nuit pendant que Google finalise la voiture sans chauffeur, promeneur de chien en début de soirée chez DogVacay et « entrepreneur de soi » toute la journée ouvrable et au-delà, sommé de « s’adapter » en permanence à l’insoutenable…) et de mise en concurrence perpétuelle ?

Entre mirages made in Silicon Valley et pratiques sociales régressives, « l’avenir » numérisé semble carburer avant tout à l’insécurité économique de ses soutiers, contrepartie à l’inquestionnable et insoutenable opulence de ses rentiers…

En conclusion, les auteurs interrogent : « Sommes-nous à l’aube d’un hypercapitalisme où tout sera marchandise – les corps et les âmes -, porte ouverte à tous les excès et à tous les despotismes ? Nous dirigeons-nous, au contraire, vers un post-capitalisme où le partage remplacera l’échange commercial ? Ou plutôt, quel sera le dosage final entre ces deux solutions extrêmes ? ».

Pour l’heure, cet avenir numérisé a tout d’un emballement incontrôlé, parfaitement étranger à la cadence naturelle de l’humain : serait-ce là l’horizon commun qui nous est assigné et prévoit-il vraiment de réintégrer dans « l’économie » les dépossédés du « monde d’avant » ? Comme dit le poète, « toute aurore est cruelle parce qu’elle est une promesse qui ne va pas s’accomplir – ou qui s’accomplira à moitié »…

Philippe Escande et Sandrine Cassini, Bienvenue dans le capitalisme 3.0, Albin Michel, 256 p., 18 €

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Le travail de tous est-il encore indispensable à la production de richesses dans une économie automatisée ? Le trimestriel « L’Economie politique » consacre un dossier au revenu de base qui refait débat : il pourrait bien constituer une alternative à la chimère d’une poursuite d’un plein-emploi salarial pour le moins introuvable – pour permettre, peut-être, d’expérimenter un « plein emploi de la vie »…

 

« Les idées simples sont celles qui font le plus de chemin » dit-on. Celle d’un revenu universel pour tous trace obstinément le sien depuis…1516. Cette année-là, l’humaniste anglais Thomas More (1478-1535) évoque dans son Utopie la nécessité d’ « assurer l’existence à tous les membres de la société, afin que personne ne se trouvât dans la nécessité de voler ». Pour la première fois dans l’histoire de notre espèce plus ou moins laborieuse, l’idée d’un revenu de subsistance garanti afin de prévenir la délinquance ordinaire ou la révolte des démunis est lancée…

Depuis, elle n’en finit pas de hanter le « monde capitaliste industriel » et de nourrir le « débat » tant « à droite » qu’ « à gauche »… Précisément, la voilà qui quitte les « débats » intellectuels pour répondre à « l’épuisement de la société salariale » et l’essoufflement d’un système de protection sociale fondée sur ce qu’André Gorz (1923-2007) appelait le « travail-emploi ».

Ce principe d’un « droit à vivre » a été mis en application pour de vrai à Speenhamland, une bourgade anglaise où des juges, réunis dans le comté de Berkshire en 1795, s’accordèrent pour garantir le sort des individus par l’instauration d’un revenu minimum versé aux pauvres – mais peut-être s’agissait-il simplement, selon Françoise Gollain, de « rendre socialement tolérable une extension de l’indigence ».

Cette première tentative de création d’un « capitalisme social » a été mise sous le boisseau par la création d’un « marché du travail », lieu théorique de rencontre entre une main d’œuvre prête à tout pour échapper à la faim et des entrepreneurs pourvoyeurs d’ « emplois »…

 

Le miroir brisé

 

C’est bien connu, « qui ne travaille pas ne mange pas » : comment accéder aux biens d’existence, à la reconnaissance sociale et à la « consommation » sans « emploi salarié » dans une société qui persiste à ne pas reconnaître son « sous-emploi » structurel tout en ne valorisant que cette forme-là de « travail » ?

Le « travail » peut-il être encore considéré comme la principale source de richesse alors que le nouvel horizon de l’industrie se réduit à la rhétorique de son « coût » et à la production sans hommes ?

La valeur d’une vie humaine se mesure-t-elle encore au montant d’un « salaire » décroissant alors qu’il faut de moins en moins de « travail » pour assurer une même « production » ou un même « service » ? Peut-on encore admettre que la vie des humains dépende de la « possession » d’un emploi salarié ou du déroulement d’une « carrière » tout confort dans un système centré sur une « croissance » de plus en plus introuvable – si ce n’est celle de « la dette » et du nombre de chômeurs ?

Voilà plus de vingt ans, l’économiste Yoland Bresson (1942-2014) constatait : « L’emploi est devenu le miroir unique, où il faut que nous nous regardions pour nous voir exister. Aujourd’hui, le miroir est brisé et beaucoup ne se reconnaissent plus, ils sont à la recherche de nouveaux miroirs. Vouloir réajuster celui de l’emploi, voilà l’utopie, le mauvais rêve qui condamnerait nos sociétés. » (1).

Depuis la première révolution industrielle, constate Françoise Gollain citant André Gorz, « la création de richesses marchandes distribuant de moins en moins de salaires, ces richesses devront être réparties sous une autre forme : une allocation inconditionnelle « est la mieux adaptée à une évolution qui fait du niveau général des connaissances, knowledge, la force productive principale ».

Ancien conseiller politique du ministre du Redressement productif et « intermittent du salariat », Julien Dorgnon constate : « La protection sociale, telle qu’elle s’est construite tout au long du XXe siècle au sein du compromis fordiste, a placé l’emploi salarié en régulateur central. Le fait de détenir ou non un emploi et les revenus qui l’accompagnent constitue la pierre angulaire sur laquelle est fondée toute la politique de redistribution. De fait, la très grande majorité des droits sociaux a été et demeure conditionnée à la position de l’individu au regard de l’emploi (…) La protection sociale en France suppose en effet un état de bonne intégration salariale de la population active, c’est-à-dire un équilibre stable et pérenne du marché du travail (…) La fragilisation de plus en plus massive de l’emploi et de la condition salariale devrait faire évoluer le modèle de protection sociale vers plus d’égalité, d’universalité et d’inconditionnalité et le rapprocher ainsi de la logique du revenu de base. ».

Quelles qu’en soient les appellations (revenu social garanti, allocation universelle, revenu d’existence, salaire à vie, etc.), l’idée gagne du terrain mais se heurte à de prévisibles réticences : être « payé à ne rien faire », n’est-ce pas une prime à l’oisiveté ? Etre payé juste « parce qu’on le vaut bien » ou « parce qu’on existe », cela fait-il société ?

 

 

Un « paradis imaginaire » ?

 

Dans une analyse synthétique des fondements du revenu de base, Denis Clerc met en garde contre l’apparente simplicité de sa dernière version en date, le Liber, ce « revenu de liberté pour tous », proposé par Marc de Basquiat et Gaspard Koenig – et inspiré par « l’impôt négatif » de Milton Friedman (1912-2006). Fixé à 450 euros mensuels par adulte et versé lorsque les revenus d’activité ne dépassent pas un certain montant (ce qui suppose d’occuper un « emploi » sous-payé…), il « n’améliore pas la situation des plus pauvres, ou seulement à la marge pour une partie d’entre eux, alors que cela améliore grandement celle des plus riches » : « Bref, il faut bien admettre qu’il est impossible de transformer un carré en cercle, quels que soient les efforts que l’on fait pour parvenir à en convaincre la population. Aider les pauvres est une chose, aider les riches en est une autre. Le propre du Liber est de laisser croire que l’on peut habiller Pierre sans déshabiller Paul (ou le déshabiller peu) (…) Faire rêver à des paradis imaginaires est une constante des périodes de crise. Il serait temps de revenir aux (dures) réalités et de s’attaquer à des questions plus compliquées : par exemple, la simplification de la protection sociale ou son caractère insuffisamment redistributif, comme le montre la progression des inégalités. Et ce n’est pas avec le Liber qu’on obtiendra des résultats sur ces deux terrains. ».

Pour Christian Arnsperber (professeur à l’université de Lausanne), « toutes ces variantes d’un revenu de base inconditionnel – national ou local – ont en commun de réenvisager assez radicalement la création monétaire afin de faire du RBI un réel outil de transition socioécologique, plutôt que de n’être que le simple appendice d’une économie monétaire dont les mécanismes mêmes enserrent et étouffent une telle transition ».

Pour Carlo Vercellone (université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), « l’institution d’un revenu social garanti instaurerait une « monnaie du commun », permettant de rendre soutenables certaines activités qui pourraient ainsi être socialement rémunérées » – ce qui suppose une réforme monétaire et fiscale fondamentale : l’instauration d’un revenu social fixé à 800 euros sans toucher au système de protection sociale impliquerait « un renforcement de la progressivité des prélèvements, une taxation des transactions financières, une fiscalité des brevets, notamment des brevets dormants, et la taxation des grands oligopoles d’Internet qui exploitent le travail gratuit des consommateurs ».

Privilégiant la voie de « l’universalisation de la condition salariale » plutôt que son élagage, Jean-Marie Harribey redoute que le RSG n’affaiblisse le salariat et toutes les protections et droits sociaux qui l’entourent : « Derrière l’idée de revenu de base, il y a le danger d’une flexibilité accentuée du travail, et non d’un renforcement du pouvoir de négociation des salariés ». Mais son approche reste peut-être « liée à une idée du plein-emploi salarié, proche de l’âge d’or du modèle fordiste keynésien »…

Pour Carlo Vercellone, «dans une société où les gains de productivité, la création de savoirs et de richesses sont une œuvre collective », l’inconditionnalité remédie à l’arbitraire établi entre droit au revenu et effort individuel ainsi qu’à la « stigmatisation inéluctable associée à la conditionnalité et à la demande de contreparties ». Tout en préservant les acquis du Welfare State, le versement d’un RSG indépendant de l’activité salariée « ne pourra que renforcer le rapport de force des travailleurs à l’égard du capital ».

 

 

La richesse et la vie

 

Dans ce riche dossier de L’Economie politique, Gilles Raveaud rend hommage à Bernard Maris, tué le 7 janvier dernier, cet économiste qui n’a guère « goûté le tournant scientiste pris par la « science économique » en direction des modèles mathématiques et de la réduction des phénomènes économiques à des interactions entre individus isolés ». Expliquant que ladite « science » était « le chant grégorien de la soumission des hommes » (Ariane Chemin dans Le Monde), Bernard Maris estimait que l’allocation universelle « prendra acte de la fin du travail et distribuera des droits à consommer sur le volume des richesses socialement produites ».

Dans le dossier que Libération consacre, en « pleine crise migratoire », au revenu de base, l’économise Philippe Van Parijs rappelle : « Cessons de prétendre qu’on a besoin du travail à temps plein de chacun pour assurer à tous un niveau de vie décent. Mais prenons acte qu’on a besoin de l’engagement de chacun pour rendre ou garder vivables nos communautés humaines de plus en plus hétérogènes. Le socle fourni par le revenu de base est un ingrédient essentiel du cadre institutionnel dont nous avons besoin pour affronter les défis du XXIe siècle ».

Dans l’entre-deux-guerres de toutes les occasions manquées, l’ancien député de Chamonix Jacques Duboin (1878-1976) fut le héraut, bien oublié aujourd’hui, du « revenu social pour tous » : le travail des machines permettait à l’homme, libéré de l’angoisse du lendemain par le versement de ce revenu, de se consacrer à d’autres tâches d’utilité sociale pour un « enrichissement de la vie par la joie de tous » – c’était déjà dans La Grande Relève des hommes par la science (1935) (2)…

Assurément, la garantie d’un revenu suffisant, indépendante de toute contribution au « processus productif », introduit une « rupture » dans notre imaginaire productiviste et consumériste. Elle déplacerait la « question sociale » du « travail-emploi » au « travail-œuvre » (la poïésis) – celui qui permet à l’individu d’accomplir son potentiel dans un « ordre des choses » fort différent des « constructions » de la « théorie économique classique », indexé sur la réalité des personnes affranchies de la contrainte d’une chimérique « rentabilité » à vie et sur celle d’une biosphère dont la révocable hospitalité n’est pas intégrée par la « rationalité économique ».

 

Le Phénix inconditionnel…

 

  1. Yoland Bresson, Le partage du temps et des revenus, Economica, 1994
  2. Un précédent article sur Agora Vox a été consacré à Jacques Duboin. Voir aussi l’article de Denis Clerc dans L’Economie politique.

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