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Archive for the ‘Santé’ Category

 

Il est encore temps d’empêcher la zombification de l’humanité !

 

Le numérique ludique y compris tous les réseaux dits sociaux (donc ce numérique omniprésent, essentiellement californien, qui ne produit aucune valeur d’utilité réelle : FaceBook, WhatsApp, Twitter, SnapChat, YouTube, Netflix, Google, Instagram, Amazon, iTunes, LinkedIn, etc …), forme un autre monde, un au-delà du monde, dont la seule préoccupation (parce que c’est son business model) est de vous dévorer entièrement, de vous extraire du monde réel afin d’obliger le plus grand nombre possible d’humains à se connecter le plus longtemps possible et d’envoyer le plus possible de clics.

 

Et tout est bon pour réaliser ce triple but. Tous les moyens sont bons, même les plus abjects, même les plus nauséabonds, mêmes les plus maffieux.

Et ce sont, bien sûr, les esprits les plus faibles (donc 80% de la population) qui se font piéger, à commencer par les enfants et les adolescents, puis tous les crétins, les immatures, les acéphales, les débiles, les snobinards, les oisifs, les paumés de tous poils, … et ça en fait du (vilain) monde.

 

Chaque application que vous laissez s’installer dans votre monde numérique, est un gros tuyau aspirant qui veut vous voler votre vie réelle, une chaîne d’esclavage dont vous ceignez volontairement votre esprit. Le numérique ludique est la plus profonde et complète illustration et application de la « servitude volontaire » d’Etienne de la Boétie et de la « société du spectacle » de Guy Debord. Rencontre permanente entre exhibitionnisme le plus impudent et voyeurisme le plus éhonté.

Car là, tout le monde fait son show et se donne en spectacle (les selfies et les posts), tout le monde se crée une image de soi et ne vit plus que par et pour elle (et toutes ces images « individuelles » se ressemblent atrocement, tant les prototypes et les modes sont puissants).

 

Et puisqu’il faut absolument amplifier toutes les addictions et garder les esclaves numériques, enchaînés, l’escalade est criante en matière de messages sensationnalistes : infox, complotismes, insultes, extrémismes, abjections, … plus c’est gros, plus c’est nauséabond, plus c’est haineux, plus c’est débile … et plus ça marche.

Le sens et l’esprit critiques sont balayés : la vérité n’a plus aucun intérêt, seule le croyance (surtout si elle est invraisemblable … et très partagée) importe : il faut croire « avec les autres » et peu importe ce que l’on croit pourvu que ce soit en masse. A cette fin, les dispositifs manipulatoires abondent.

 

Comme l’écrit bien Eliette Abécassis : « Seules les personnes hors du temps ou les ‘zombies’ antisociaux ne réagissent pas au sacro-saint buzz. Ce buzz n’est rien d’autre qu’un événement ayant pris possession de notre quotidien. Sa définition s’est étendue : il ne désigne plus seulement ce qui arrive d’important ou ce qui cause une rupture dans l’ordre des choses, mais tout ce qui se produit. Absolument tout. »

Il faut absolument vivre dans l’effervescence de l’événement, aussi futile et stérile soit-il comme le sont 99% des « événements » du quotidien.

 

Il est temps de se réveiller. De sortir de l’illusion numérique. De rejeter l’invasion des gafas et de leurs émules. Il est temps d’enfin comprendre que tout cela n’est que machine à fric sans utilité réelle.

Il est temps de casser les ailes à l’avènement du « Big-Brother » généralisé et de la zombification numérique de tous les esprits faibles …

 

Marc Halévy

Physicien, philosophe et prospectiviste

Le 21 mai 2019

noetique.eu

 

 

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Nos « sociétés avancées » du XXIe siècle souhaitent-elles vraiment « être administrées en fonction du  projet politique » des multinationales? Et tout particulièrement celles de « l’industrie numérique », de l’agro-business, des biotechnologies ou du pétrole ? La journaliste Stéphane Horel, collaboratrice au Monde, explore de longue date l’impact du lobbying et des conflits d’intérêts sur les décisions politiques. Elle fait le constat implacable d’une manipulation de la science à des fins lucratives au détriment de la santé publique, de la vie des citoyens ainsi que de la démocratie.

 

Aujourd’hui, les dangers de l’amiante, des  pesticides, du tabac, de l’alcool ou des perturbateurs endocriniens semblent bien documentés et ne plus faire plus l’ombre d’un doute. Du moins, pour qui veut bien « s’informer »… Ou ne pas céder aux manipulations des marchands de doute…

S’agissant du tabac, il a fallu des décennies d’une bataille d’informations et de rapports plus ou moins « indépendants » pour en arriver à une conclusion aussi implacable qu’irréfutable : « Fumer tue »… Du moins ceux qui auraient succombé à leur addiction tabagique, comme dirait un Monsieur de La Palice de notre temps…

Mais le doute bénéficie toujours à d’autres « acteurs » de la vie économique qui usent de stratégies pernicieuses afin de continuer à diffuser leurs produits toxiques « voire parfois mortels » en bloquant toute vélléité de réglementation à leur sujet.

Ainsi des perturbateurs endocriniens. Stéphane Horel leur a consacré un livre, Intoxication (La Découverte, 2015), récompensé par le prix Louise Weiss du journalisme européen.

Des études continuent à être réalisées sur le Bisphénol A (BPA) ou sur d’autres nuisances qui interfèrent avec le système hormonal. Mais nombre de ces « études », subventionnées par l’industrie chimique, ne « trouvent » pas d’effets sur la santé de ces produits, en dépit de l’accumulation de faits bien établis et de preuves évidentes…

Bref, la recherche trouve parfois ce qu’elle veut – ou ce qu’ « on » lui suggère de « trouver »… Ainsi se fabrique, de déformations de preuves scientifiques en fabrique de mensonges, une « industrie du doute » au profit des marchands de nuisances dont la dynamique d’illimitation emporte toutes les digues de la décence commune et de la santé publique…

 

L’industrie du doute

 

Dès l’introduction de son nouveau livre, Stéphane Horel dresse ce constat glaçant et sans appel : « Depuis des décennies, dans le seul but de maintenir sur le marché des produits parfois mortels, des firmes sont engagées dans une entreprise de destruction de la connaissance et de l’intelligence collective. Elles font commerce de la science, créent le conflit d’intérêts, disséminent leur propagande : la mise en oeuvre de ces stratégies pernicieuses est au coeur d’une gigantesque manufacture du doute. Devenue rouage essentiel de l’économie de marché et du monde moderne, la manipulation de la science a progressivement redessiné jusqu’aux contours de la démocratie. »

Mais qu’est-ce que « la science », au juste, si ce n’est un « processus de construction de la connaissance et de production du savoir » ?

Ainsi, la psychanalyse, « conçue pour comprendre et soulager la souffrance des êtres », a été « hybridée avec la propagande dans le but de vendre » tout et n’importe quoi aux « consommateurs » dont on « malmène l’humanité ».

La faute à Edward Bernays (1891-1995), ce « profiteur de la psychanalyse » ? Neveu de Freud, le publiciste austro-américain avait inventé la propagande institutionnelle et l’industrie des relations publiques au service des industriels du tabac pour… convertir les femmes aux fumeux « plaisirs » de la cigarette durant les Années folles – en faisant passer la vessie goudronnée de cette addiction tabagique pour la lanterne folle d’une lumineuse manifestation de liberté…

Le langage est vidé de son sens par l’artifice des « renominations ». Ainsi, les pesticides et autres produits avec leur suffixe « cide » (venu du latin « tuer ») sont rebaptisés en « produits phytosanitaires » et infestent la chaîne alimentaire… Stéphane Horel avait reçu, avec Stéphane Foucart, le European Press Prize de l’investigation pour la série sur les Monsanto Papers – mais les pesticides « renommés » n’en poursuivent pas moins leur oeuvre mortifère dans nos écosystèmes…

Il n’y a pas que la malbouffe (junk food) ou les poisons industriels qui abîment le corps : il y a aussi la « malinformation » qui gangrène l’esprit. Comme celle fabriquée par les lobbyies qui passent commande de « recherches » dites « scientifiques » aboutissant aux « résultats » exigés par les industriels. Ou celle de ces « experts juges et parties » qui conditionnent pour des décennies les politiques de santé publique sans que cela ne trouble un seul « responsable politique »…

Cette manufacture du doute, cette fabrique de controverses, cette « science de diversion » achetée au prix de son reniement (junk science) gangrènent aussi nos démocraties.

 

Détournement de richesse publique

 

Serait-ce là le « prix à payer » juste pour une illusion de confort dans un système de fraude et d’irresponsabilité généralisées ? Stéphane Horel en rappelle le coût caché :  « Nous ne pourrions nous permettre l’opulence de la société de consommation si le coût astronomique de cette destruction de la connaissance était compris dans le prix des biens que nous achetons. Les dégâts qu’elle engendre sont le plus souvent à la charge de la collectivité, c’est-à-dire nous, individus, par le biais de nos cotisations sociales ou des atteintes à notre santé. »

Mais qui va payer le « juste prix » de ce gâchis et de cette dévastation planétaire ? Qui « responsabiliser » à cet effet ? La journaliste laisse entrevoir une piste de réflexion : « Les responsables de ce désastre ne sont des sociétés « anonymes » que d’un point de vue juridique. Les sociétés engagées dans cette destruction de l’intelligence collective et de la connaissance scientifique possèdent des noms, des logos et des adresses. »

Mais que fait l’Europe ? La Commission européenne ferait-elle le choix de s’appuyer sur des études financées par les industriels ? Stéphane Horel interroge le fonctionnement d’une machine qui semble rouler au-dessus des moyens et des intérêts de citoyens tenus à l’écart des décisions : « Qu’est-ce donc que ce système politique où interrogations et critiques provoquent l’inverse de ce qu’elles devraient dans un débat démocratique ? (…) Embarqués dans une opération de repli hostile, les responsables européens se sont retournés contre le public (…)

L’appareil administratif de l’Union européenne n’est-il qu’une gigantesque machine à traiter les besoins des acteurs économiques, un ustensile dont la vocation serait d’infuser leurs desiderata ? »

Le sentiment de confiscation démocratique éprouvés par les peuples européens se traduit par une désertion des urnes… Faudrait-il interroger aussi la nature du « projet européen » ?

Serait-il réaliste d’exiger une « repolitsation, urgente et nécessaire, de ces questions », sachant que « le pire cauchemar de ces industriels de la dissimulation et du cancer, c’est en fait la démocratie » ?

Si le « crime de destruction de la connaissance » n’existe pas, est-ce à dire que l’impunité est assurée pour ceux qui captent à leur profit la science et la production de connaissance ?

Pour Stéphane Horel, il ne s’agit rien moins que d’une captation de la démocratie : « Nos sociétés ont mis des siècles à développer des processus raffinés de production et de contrôle des connaissances. En se les appropriant, les industriels sont parvenus à implanter l’ignorance au coeur de la décision collective en quelques décennies seulement. »

Le « curseur de l’intérêt général semble déréglé » dans nos « démocraties avancées » dont le jeu politique faussé n’assure plus des gouvernements véritablement représentatifs.

Si le « totalitarisme marchand » n’est pas une fiction et si la frénésie accaparatrice de quelques uns n’est pas seulement une hypothèse « complotiste », la démocratie ne relèverait-elle pas, alors, d’un mythe non avenu et non opérant puisque le « mirage des urnes » s’avère impuissant à constituer un frein à la plus corrosive des corruptions ?

Jacques Maritain appelait « démocratisme » ce « mythe religieux » d’une démocratie incantatoire et fétichisée dont les infortunes ne pourraient cesser qu’avec l’abolition de la domination de l’homme par l’homme et de la recherche de « profit » à tout prix…

Dans Les Misérables (1862), Victor Hugo (1802-1885) rappellait : « Il vient une heure où protester ne suffit plus : après la philosophie il faut l’action ; la vive force achève ce que l’idée a ébauché ». Quelle arme de reconstruction et de repolitisation massive pourrait contrer ces armes de destruction massive qui empoisonnent l’air, l’eau, la nourriture et le « doux commerce » des hommes dont elles dévastent la planète  ?

La santé actuelle et à venir de « l’espèce non inhumaine » est consubstancielle à notre capacité à répondre aux exigences fondamentales et vitales d’une démocratie authentique dans un état de « réalité » où la dite « réalité » serait de plus en plus optionnelle.

Stéphane Horel, Lobbytomie, La Découverte, 368 p., 21,50 €

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Une avocate alsacienne livre un guide de « l’éco-développement personnel durable » et met sa belle énergie tant articulatoire que persuasive au service d’une saine philosophie de l’agir : « Prendre soin de soi pour prendre soin de la planète ». Avec elle, « l’écologie » ne se laisse pas dénaturer en éco-tartufferie « punitive » mais se vit en mode jubilatoire…

 

Flora Hebrige (c’est le quasi anagramme de son  nom d’état-civil) est une guerrière des temps postmodernes, toute en douceur et persuasion, qui pense loin donc « global » sans se priver d’agir « local », sur son terrain de vie alsacien, au plus près et au plus fort de cette indicible trépidation qui scande notre aventure vitale, du berceau au tombeau.

Avocate au barreau de Colmar exerçant depuis 2004, elle œuvre dans le domaine du droit immobilier et ne se prive pas davantage de défendre des causes qui ne sont perdues que lorsqu’on les déserte. La première d’entre elles est celle de la santé publique : ne s’agit-il pas d’habiter notre demeure terrestre de la façon la plus saine et la plus poétique possible afin de lui faire honneur?

Youtubeuse très suivie, elle a mis en ligne sur sa chaîne « écolo-thérapie » une vidéo sur les « Gilets jaunes », intitulée « Merci pour le positif » où elle décrypte le choix de la diffusion d’images de violence par les médias : « Il ne faut pas se laisser diviser sur des manipulations, mais se retrouver sur ce qui nous relie et voir le positif à l’oeuvre. Il y a de plus en plus de tension autour de cette notion d’écologie alors qu’elle nous devrait nous fédérer : nous sommes bel et bien embarqués sur le même bateau. Le conflit vient toujours d’un manque d’information et de savoir véritables… »

Et si chacun répétait son rôle positif jusqu’à ce que se créent les comportements adaptés et les situations désirées ?

 

Linky, le compteur « intelligent » qui fait chanter…

 

Alors que se propage dans tout l’Hexagone l’onde de choc suscitée par l’installation à marche forcée (30 000 poses par jour) du compteur Linky dit « intelligent » depuis la loi dite de « transition énergétique » du 18 août 2015 (l’expression fait fureur depuis – et voir jaune fluo, jusqu’à enfler une vague de refus de la couleur dudit compteur « communicant »…), elle fait une vidéo intitulée « Enedis me rassure ». Elle-même avait subi l’installation dudit compteur dans des conditions pour le moins malignes, en dépit de son refus dûment notifié :

« J’avais écrit deux lettres recommandées avec accusé de réception à l’opérateur ex-ERDF rebaptisé Enedis pour leur signifier mon refus de me faire installer ce compteur « communicant » et radiatif  à obsolescence programmée alors que mon bon vieux compteur électrique, installé à l’extérieur de ma maison, fonctionnait très bien et sans effets « potentiellement cancérigènes » : il avait été conçu pour durer soixante ans au moins sans nécessiter l’érection d’une armée d’antennes-relais supplémentaires… Bien sûr, j’ai invoqué le problème de l’électro-sensibilité, qui se répand comme une épidémie, proportionnellement à la pose de ces compteurs, d’antennes-relais et à la prolifération d’objets connectés. En guise de réponse, j’ai reçu deux lettres stéréotypées disant en substance : « Rassurez-vous, nous  sommes assurés »… La filiale d’EDF m’avait donné une période approximative d’installation par un sous-traitant désigné comme « société partenaire » (Agiscom) :  j’ai donc pris mes dispositions pour me libérer afin de confirmer de vive voix aux installateurs mon refus déjà notifié par voie épistolaire. Seulement, ils n’étaient pas venus pendant la semaine prévue, mais  en notre absence, au mépris du refus déjà signifié. »

En réponse à ce mépris cavalièrement manifesté par un opérateur oublieux de ceux qui le font vivre (et qu’il est censé « servir »…), elle a poussé la chansonnette et mis en ligne une vidéo « virale » narrant cette mésaventure, « Enedis me fait chanter », suivie par plus de 2500 « followers » à ce jour. Leur nombre pourrait bien croître à mesure que s’étend la fronde suscitée par la si invasive avancée du compteur « intelligent » dans des foyers guère demandeurs de cette « modernisation » imposée par d’autres intérêts que celui du consommateur comme de l’ayant-droit à une vie digne, saine et décente… Et la vague jaune du mécontentement pourrait bien converger avec une autre, plus audible encore, en un océan de fureur et de couleurs qui emporte les digues d’une lobbycratie en folie – ainsi rêvent les idéalistes pour qui « un autre monde est possible »…

 

Le chant du monde

 

Chacun cherche sa voie et trouve sa voix, se découvrant parfois en corps à cordes, vibrant et accordant ses résonances avec l’univers qui lui parle. Ainsi Flora interprète à sa manière la partition diffuse dans l’univers comme la plainte des sans-voix ou des sans-dents : « J’aurais aimé un métier en rapport avec la nature et les animaux. Je me sens bien en forêt et quand je chante, mais je n’ai pas trouvé de métier qui convienne dans ces domaines. Alors, en attendant de telles opportunités, j’ai fait des études de droit car je ne supporte pas l’injustice. Et je chante depuis l’âge de quatorze ans. J’ai chanté dix années au sein du chœur de l’Orchestre philarmonique de Strasbourg avec le plus charmant des ténors, Patrick Labiche, qui m’a recommandée à mon professeur de chant, Louis Bronner. »

Quand il y a une vocation, il y a une voix – ainsi Flora donne la sienne aux causes qui l’appellent, prenant sa part de colibri de la plainte du monde et faisant entendre entre les notes toute la musique de ce qui pourrait être…

En 2013, elle fonde avec son mari Frédéric le groupe musical Spica (www.spica-art.com) : « Nous l’avons baptisé du nom de l’étoile double de la constellation de la Vierge. »

Un premier album a suivi, baptisé Eden – une musique d’inspiration celtique, avec des chants traditionnels irlandais et anglais et la Terre comme source d’inspiration. Chacun n’a-t-il pas son instrument de musique dans la gorge ? « Maître Hebrige » en fait aussi un instrument de justice et de pédagogie innovante. On imagine aisément la justice donnant de la voix en instance de préservation de la planète…

Elle publie un premier roman auto-édité par crowdfunding, Le Rêve et la balance, narrant les aventures d’une jeune avocate idéaliste … Et enfin ce guide pratique, agrémenté de photos de chats, pour aider à honorer la vie comme un miracle à préserver, en bonne intelligence avec l’esprit de l’univers :

« Ce livre m’a été inspiré en créant moi-même mes produits de soin et d’entretien, à base de bicarbonate de soude, de vinaigre blanc et d’huiles essentielles. Je donne des ateliers et des conférences intitulés « Eco-Logique » pour apprendre aux gens à ne pas se contenter de passer des « produits tout faits » aux « recettes toutes faites ». La notion de bon sens y est très appréciée. Il s’agit de changer nos habitudes de consommation vers plus de simplicité, de liberté et de qualité en travaillant sur nos croyances, en conscience et réflexion. L’insatisfaction est le moteur  de l’action. Elle nous fait changer d’habitudes. Nous sommes conditionnés par nos croyances et il est si difficile de nous informer quand nous sommes justement abreuvés d’informations.  Le doute nous aide à être dans une démarche d’ouverture. »

Alors, « l’écologie punitive » et férocement taxatoire sert-elle vraiment la cause qu’elle prétend défendre ou en trahit-elle les enjeux vitaux au profit d’intérêts plus inavouables? Pas question de se résigner à une planète vitrifiée en non-lieu où les causes perdues seraient retournées à leurs promesses trahies après la destruction de toute intelligence collective : « Il n’y a pas de culpabilité à avoir ni d’effort démesuré à faire quand on entre dans un cadre de vie et d’écologie véritables. Il s’agit de faire des choix de vie en conscience en restant dans la bienveillance. Quand on prend vraiment soin de soi, on rejoint la défense de l’environnement et on prend soin de la planète. »

Celle qui aime chanter, écrire et plaider cite la fable du Loup d’amour : « Nous avons deux loups en nous, un vorace plein de haine et un autre empli d’amour. Le loup qui gagne, c’est celui que tu nourris…»

Société fracturée cherche dirigeants bienveillants… Dans l’ordre admis des choses, la personne humaine et le monde à (sur)exploiter, ça fait deux. Dans un ordre de bienveillance, ça peut faire trois : l’humain, le monde et une conscience, bien plus vaste, qui s’émerveillerait d’être là, en harmonie avec son écosystème planétaire, et oeuvrerait  à s’en montrer digne, comme la petite note bleue et allègre d’un chant universel…

 

Epilogue disjoncté

 

Mais dans les mauvais comptes d’Enedis, une fausse note s’est invitée au foyer de Me Flora :  peu de temps après la pose « frauduleuse » du compteur « intelligent » dont elle ne voulait pas et à deux jours de Noël, elle se faisait cambrioler… Ce sont là des « choses qui arrivent » dans le monde survolté de Linky où des gadgets se mettent en branle à quatre heures du matin et où des maisons partent en fumée. Quand elles ne sont pas « visitées » avant…

Dès la pose des premiers Linky, des hackers avaient démontré comment ils avaient piraté l’un de ces compteurs si « intelligents »… Pour sa part, la CNIL avait démontré que Linky s’avère un « mouchard » dans les deux sens : par la captation de ses flux, « on » peut savoir avec précision si le logement ainsi équipé est  vide ou occupé, combien de personnes y sont présentes et même ce qu’elles sont en train d’y faire…   On imagine sans peine le parti que des bandes organisées ou des « officines » en tous genres pourraient en tirer : « Big Brother en a rêvé, Linky l’a fait »… On imagine sans peine l’épidémie de maladies des ondes, de cancers et de cambriolages à venir dans le pire des mondes possible…

Combien de nos concitoyens prendront à l’insu de leur plein gré le risque de vivre en bonne « intelligence » avec ce monde-là, si frénétiquement « communicant » et si dangereusement « intelligent »?

 

Le Phénix disjoncté…

 

Flora Hebrige, Ecolo-thérapie – Prendre soin de soi, en prenant soin de la Planète, sans prise de tête, ça va de soi !,

I.D. l’Edition, 88 p., 14 €

 

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Les intérêts de l’industrie numérique dictent le rythme de notre époque et font danser nos existences sur leur tempo – la « doxa de l’inéluctable »… L’espèce humaine se serait-elle dotée, par sa soumission à ces intérêts-là, d’un « organe de dessaisissement d’elle-même, de son droit à décider, en conscience et responsabilité, des choix qui la regardent » ? Le philosophe Eric Sadin appelle à cultiver une « éthique de la responsabilité soucieuse de défendre le droit à l’autodétermination de chacun et de celui de la société toute entière ». Un enjeu « à portée civilisationnelle »…

 

Voilà une génération apparaissait une espèce nouvelle, l’Homo connecticus, qui ne connaît plus de frein à sa prolifération placée sous le signe de l’exponentiel.

Qu’est-ce qui préoccupe cette « espèce non inhumaine » dans une société ultraconnectée dont tous les fils et filaments se touchent jusqu’au faux contact voire au court-circuit ?

Rien moins que la « propriété » de ses « données personnelles » – et la peur de « n’être rien » voire de se retrouver « déconnecté »…

Mais apparemment, pas celle de s’être laissé transformer en algorithme et d’avoir produit des milliards d’informations exploitées par des opérateurs de « l’industrie numérique » pour qui la vie privée n’est plus une « norme sociale ».

Ni d’avoir laissé à des «  systèmes computationnels », modélisés sur le cerveau humain, le pouvoir d’ « expertiser le réel » et d’ « énoncer la vérité »… Il y aurait de quoi avoir peur, pourtant, de ce nouvel ordre des choses induit par la « main invisible automatisée », à l’ère de la « substitution logicielle » dans laquelle nous serions entrés, ainsi que le déplore Eric Sadin : « Aucun autre motif que le respect de la vie privée ne les préoccupe. Rien d’autre ne les mobilise, ni la marchandisation intégrale de la vie induite par les velléités prédatrices sans limite des géants de l’économie du numérique et la floraison ininterrompue de start-up, ni l’extrême rationalisation des sociétés soutenues par « l’innovation disruptive », ni le recul de la faculté de jugement entraîné par l’implantation de systèmes particulièrement sur les lieux de travail, non, rien de tout cela ne fait l’objet d’investigations et de rapports concernés. »

Mais à qui donc appartiennent nos big data ? Qu’est-ce qui se cache vraiment derrière nos navigations sur les « réseaux sociaux » et ces sempiternelles injonctions à nous adapter perpétuellement à la cadence des flux ondulatoires supposés assurer « à chaque instant la meilleure marche des choses » ?

Ce qui se joue dans des expressions emblématiques comme la « transformation digitale » c’est le laminage de nos existences par des « protocoles de guidage automatisé » prétendant aligner les « performances des personnes sur celles des systèmes ». Ceux-ci privent « les individus et les sociétés de leur droit d’évaluer les phénomènes et de témoigner ou non de leur assentiment » – bref, de « décider librement du cours de leurs destins » face à une si peu résistible expansion technolibérale.

Partout, les algorithmes se substituent à l’humain selon les diktats d’un « ordonnancement logistico-managérial » s’assurant de la quasi-totalité de « nos opérations cognitives et matérielles ». Et le seul souci de cet humain menacé d’éradication et d’ores et déjà frappé d’obsolescence, c’est celui de sa « petite liberté personnelle », à l’image de ces associations de « défense d’un Internet libre »…

 

 

Une « administration indéfiniment maximisée des choses »

 

 

En vrai penseur de la numérisation du monde, Eric Sadin prend acte de ce statut anthropologique inédit qui voit « la figure humaine se soumettre aux équations de ses propres artefacts, dans l’objectif prioritaire de répondre à des intérêts privés et d’instaurer une organisation de la société en fonction de critères principalement utilitaristes ».

Après avoir rappelé que la « volonté historique de rationalisation » qui taraude les organisations humaines a atteint un seuil critique avec la soumission des « scientifiques et ingénieurs à la doxa techno-économique », il souligne que « l’obsession étriquée de la seule « liberté personnelle » n’est pas à la hauteur de l’enjeu, à ce tournant décisif de l’histoire de la civilisation – elle ne fait que le jeu d’un « guidage toujours robotisé des affaires humaines » et d’une « systématique promise à s’appliquer à tous les pans de l’activité humaine »…

L’expression d’« intelligence artificielle » relève d’un abus de langage caractérisé « laissant croire qu’elle serait, comme naturellement, habilitée à se substituer à la nôtre en vue d’assurer une meilleure conduite de nos affaires »… Il ne s’agit en vérité que d’un « mode de rationalité fondé sur des schémas restrictifs et visant à satisfaire toute sorte d’intérêts » – rien moins qu’une vision du monde transcrite dans une « énonciation robotisée de la vérité » fondée sur une puissance de calcul orchestrant la « mise au ban de l’humain ».

Tout aussi abusif est le terme de « voiture autonome » car le véhicule, « piloté par l’industrie de la donnée et de l’intelligence artificielle », est conçu pour, en vérité, piloter son « conducteur »…

 

Vérité instituée et guidage algorithmique des conduites

 

Comment se fait-il que cet enjeu vital ne suscite guère de mobilisation pour préserver de l’éradication ce qui nous fonde? Aurions-nous d’ores et déjà consent à être dépossédés de notre « faculté à composer librement avec le réel » au profit de « logiques autoritaires d’un genre inédit » et d’une systématique s’appliquant à toute notre vie à partir de machineries régulatrices et ordonnatrices ?

Refusant le discours de l’inéluctable et l’utilitarisme généralisé assénés par une techno-idéologie prétendant imposer un « ordre unilatéral et infondé des choses », le philosophe appelle non seulement à manifester notre désaccord face à cette vaste entreprise de confiscation par l’industrie des données et à réaffirmer nos exigences fondamentales mais aussi à faire émerger des contre imaginaires et des contre discours témoignant de la « nature irréductible de l’expérience humaine » laquelle ne saurait se réduire à une « schématisation univoque et définitive ». Cela suppose une « simultanéité d’opérations menées partout où elles doivent l’être », contre une « puissante coalition qui est en train d’organiser un effondrement civilisationnel »…

En d’autres termes, il s’agit bien là de l’une des luttes politiques de notre temps, avec l’avènement de l’interconnexion globale et de la « contractualisation généralisée » : comment mettre fin à ce « bannissement de l’essence de nous-mêmes » et renouer avec une réalité humaine fondée sur d’autres aspirations ?

Cette réalité échappe à la mise en concurrence des individus, à « l’interchangeabilité continue des êtres », à la « prise en charge » de l’intégralité des existences et à la « contrôlocratie » insidieusement mise en place, faisant fonction de fantasme de « civilisation »…

Après avoir montré à quel point nos principes, les fondements de notre humanité et de notre société sont en voie d’éradication, Eric Sadin invite à reprendre pied dans un « monde commun fondé sur l’axiome cardinal consistant à ne léser personne » par une véritable éthique de l’action : plus on compte nous déposséder de notre pouvoir d’agir, plus chacun doit « se montrer agissant », que ce soit en refusant tout capteur ou objet connecté générant des données exploitables ou en initiant d’autres façons d’ « être en commun ».

Dans le sillage des « Lettres à un jeune poète » de Rilke revisitées par Colum McCann à l’ère de la captation automatique des données personnelles, le livre-manifeste d’Eric Sadin rappelle que nos existences sont loin d’être déjà écrites par certains intérêts en « plateformes » et que d’autres possibles peuvent jaillir de la confrontation « plein les yeux » avec le réel. Briser le miroir de la servitude volontaire, lever les yeux de l’écran pour conjurer la mise sous écrou du vivant pendant qu’il en est encore temps ?

Eric Sadin, L’intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle – Anatomie d’un antihumanisme radical, L’Echappée, 304 p., 18 €

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Au moins un million de personnes se suicident chaque année dans le monde, soit une toutes les 40 secondes, selon une étude de la revue The Lancet – 800 000 selon l’OMS qui ne tient pas compte des « suicides assistés ». L’universalité et l’impensable de l’acte volontaire consistant à décider de sa mort dans un monde qui échappe à notre appréhension interpelle et ébranle : qu’est-ce qui donne « envie » de quitter cette vie? Et le « droit » de le faire?

 

 

La question du suicide a fait l’objet d’un colloque international et interdisciplinaire à Strasbourg (17-18 novembre) dont les Actes viennent de paraître avec les contributions de dix-huit chercheurs, sous la direction de  Frédéric Rognon, professeur de philosophie à la Faculté de théologie protestante de Strasbourg sous le titre Penser le suicide. 

L’humain, ce vivant mortel jeté au monde indépendamment de sa volonté, se reconnait volontiers le « pouvoir » de s’en retirer par une « libre décision » d’anéantissement que l’on pourrait réduire à une dérisoire protestation contre un ordre des choses contrariant. Face à une vie « offerte » comme un « beau risque à courir », le non-être s’imposerait-il quand le risque n’en vaut plus la peine ? Faute de pouvoir exprimer leur vouloir-vivre ou ce qui les empêche d’accéder à une « vie bonne », un million de mortels s’arrachent chaque année à la douleur d’être et à l’injonction de faire : « Le dégoût de la vie est le seul motif qui nous fait la quitter » constataient deux jeunes officiers répondant au beau nom d’Humain qui, le jour de Noël 1773, se retirèrent d’un commun accord de la « scène universelle » sans permission.

 

La vie, « bien suprême » ?

 

David Le Breton, professeur de sociologie à l’Université de Strasbourg, souligne la fonction de soutien de l’imaginaire suicidaire qui parfois permet d’endurer la vie : « Le suicide est rarement une recherche de la mort, il vise d’abord à mettre fin à une souffrance. A défaut de trouver une solution pour s’extirper d’une impuissance, et fort du sentiment que la situation est irréversible, la mort paraît la seule issue pour mettre un terme à une insupportable tension. La décision du suicide traduit le moment où le temps se fige pour l’individu, elle marque la conviction que le présent ne sera plus que la répétition inlassable et douloureuse de l’instant. La vie n’est pas nécessairement pour tous « le bien suprême » (…) Le suicide n’est pas toujours une impulsion, il est parfois une décision étalée dans le temps, et d’abord une représentation, un apprivoisement intérieur de la volonté de disparaitre. L’imagination du suicide possède une forte ambivalence, elle est pour les uns, à leur insu, une forme radicale de prévention, une manière de reprendre le contrôle d’une vie qui échappe. En pensant sans cesse qu’ils peuvent mourir à leur gré, ils en repoussent la tentation, et au fil du temps le maniement de l’idée de leur mort volontaire leur fait franchir la zone de turbulence où ils se perdaient. »

Marie-Frédérique Bacqué, professeure de psychopathologie à la Faculté de psychologie de l’Université de Strasbourg, rappelle la portée de cette liberté irréductible qui se manifeste comme une possibilité de renoncer à sa vie à tout moment : « Le suicide est une issue en réserve pour certains. Cette possibilité, étrangement, les rassure face à l’adversité de la vie. »

Ce que confirme la pratique de Michèle Zeisser, médecin anesthésiste aux hôpitaux universitaires de Strasbourg : « Porter une attention particulière à l’expression de la souffrance face à une demande de mort anticipée peut conduire à une reprise du cours de la vie chez une personne dépressive, ou à une nouvelle interrogation sur le sens de la vie ou de ce qui reste à vivre. »

Avant d’envisager de « n’être plus rien », ne vaudrait-il pas mieux s’assurer de la possibilité envers et contre tout d’une vie d’accomplissements, au-delà de la question d’une « naissance non choisie et impossible à choisir »? Pour ceux qui auraient raté leur entrée, y aurait-il une possibilité de « rattrapage à la sortie » ?

Daniel Frey rappelle que l’on doit à Camus d’avoir fait de la question du suicide « l’unique problème philosophique digne de ce nom » dans son Mythe de Sisyphe : « Vivre n’est pas contradictoire avec vouloir mourir ; précisément parce qu’elle se sent et sait vivre, la conscience veut parfois, face aux souffrances de tous ordres qu’inflige l’existence, penser à la possibilité de mettre un terme à celle-ci en mettant fin à celle-là (…) Le suicide est pour Camus la tentation de la pensée qui a reconnu l’absurdité totale de l’existence, c’est-à-dire l’absence totale de toute justification de et dans l’existence, l’absence de toute raison profonde de vivre, le caractère insensé de cette agitation quotidienne et l’inutilité de la souffrance (…) On pourrait noter que si la question du sens de la vie devrait, si elle est bien posée, distinguer pourquoi existe le sujet qui se la pose et pour quoi il existe. »

 

Une humanité trahie…

 

Le « monde du travail » semble entré en deuil avec l’accélération sociale qui fait dudit « travail » une entreprise de démolition humaine, à en juger les suicides en série dans certains secteurs « productifs ». Le mémorable slogan « travailler plus pour gagner plus » signifierait-il en vérité « travailler plus pour vivre plus mal et mourir plus vite » ?

Ergothérapeute, psychologue du travail et médiatrice, Florence Bègue rappelle la « forte résonance symbolique du travail avec l’identité personnelle » sous le règne d’une « pensée opératoire » qui prive chaque salarié de « l’exercice de l’intelligence, de la vie, du travail vivant » : « Le caractère obsessionnel de la pensée opératoire est mortifère. La logique obsessionnelle se retrouve bien dans l’obsession de la trace, du contrôle du reporting, puis du contrôle du contrôle (…) La référence n’est plus le travail bien fait mais la tenue des indicateurs quantitatifs déterminés par la hiérarchie. Autrement dit, le « bien travailler » signifie atteindre, voire améliorer les indicateurs statistiques ! Traqué par les référentiels et les procédures, le salarié doit en permanence donner la preuve de ce qu’il fait (la traçabilité). Il est toujours en situation d’être pris en défaut (…) Sentiment d’absurdité et perte de sens prédominent (quand le travail devient essentiellement orienté vers la production de traces aux dépens de sa finalité). (…) Le suicide est toujours une rupture avec la société. La solitude, l’isolement, le désespoir se nourrissent du fait qu’on désespère d’un travail qui se défait sous nos yeux, de la société, d’une humanité trahie. »

Les vagues de suicides devraient servir d’alerte majeure dans un « meilleur des mondes » érigeant « le bonheur » comme un « critère essentiel de la valeur comparée des sociétés ». François Galichet, professeur émérite de philosophie de l’Université de Strasbourg invite à considérer la sortie de la vie comme une « composante fondamentale du pacte social » : « Assurer cette sortie dans les meilleures conditions possibles constitue une obligation pour les sociétés démocratiques (…) Il incombe à une société démocratique et républicaine de rendre aussi doux, heureux et libre que possible le congé que ses membres prennent d’elle – comme il lui incombe de rendre doux, heureux et libre l’accueil qu’elle fait aux nouveaux arrivants en son sein. »

Quel horizon peut donner encore une société de précarité et de paupérisation instituées qui tient comme une valeur absolue  cette « dynamique économique » qui investit chaque instant de la vie, de la naissance à la mort?

Professeur de sociologie à l’Université de Strasbourg, Pascal Hintermeyer analyse Les paradoxes de l’euthanasie volontaire  dans nos sociétés médicalisées hantées par un esprit managérial misant sur les technologies de l’augmentation : « L’affirmation de l’autonomie personnelle s’exalte jusqu’à cette extrémité où elle se transforme en prérogative de se supprimer. L’individu revendique un droit fondamental sur sa propre existence qui se prolonge négativement en un droit à cesser d’exister. (…) La médicalisation est parvenue à accroître l’espérance de vie et à différer considérablement son terme. La critique paradoxale de la médicalisation, à l’œuvre dans la promotion de l’euthanasie volontaire, raccourcit l’échéance, ce qui est une autre façon de prendre l’initiative. La nécessité de mourir est ainsi ramenée à une maîtrise, ou à une illusion de maîtrise, sur le moment, des circonstances et des conditions de l’ultime événement de l’existence. »

Professeure d’éthique et théologie morale, Marie-Jo Thiel reformule l’invitation à recevoir la vie et à accueillir la mort  : « La vie ne fait pas devenir tout-puissant. La recevoir, c’est donc consentir aussi à accueillir la mort, la finitude, la fragilité, cette porosité ontologique qu’est la vulnérabilité. Non seulement au moment de mourir, mais chaque jour de l’existence pour en faire une instance de créativité et de vie débordante. »

Alors que certains pays proposent aux personnes âgées le suicide médicalement assisté (SMA) tout en fermant nombre d’établissements d’accueil de ces personnes âgées « responsabilisées » pour vivre de manière « autonome » à la maison, elle met en garde quant au détournement de cette illusoire notion d’ « autonomie »: « Mais aujourd’hui, n’a-t-on pas l’impression que la figure tutélaire de l’Etat, de la technoscience combinée à l’économie des GAFAM, s’appuie sur cette autonomie pour mieux la détourner, en la figeant dans l’activisme managérial d’une consommation individualiste éperdue, sans plus se soucier de la communication perdue, des relations distendues ? »

Jean-Daniel Causse, professeur au département de psychanalyse de l’Université de Montpellier, rappelle que « dans un temps où rien n’échappe à la logique marchande, il importe de soutenir la dignité de ce qui n’appartient pas à l’utile, qui n’est l’instrument de rien » et invite à considérer l’acte de suicide comme pensable en tant qu’ « effort tragique d’instaurer ou de restaurer une existence soustraite à toute exigence de justification » – n’entrant dans « aucun critère d’utilité et d’efficacité », il « n’a pas d’autre raison que d’attester que la vie doit être saluée là où elle est sans raison ».

Au chevet de cet enjeu de santé publique, savoirs de connaissance et savoirs de spiritualité interrogent lors de ce colloque ce qui pourrait faire consolation et société en terre commune d’angoisse – lorsque le sujet présumé souverain en éprouve les impasses et les impensés, quelles que soient son identité, ses propriétés et ses « capabilités » à actualiser dans le laminoir postmoderne. Si l’avenir promis à tous est celui d’une liquidation universelle, est-il bien utile d’en devancer l’échéance ?

Frédéric Rognon (sous la direction de), Penser le suicide, Presses universitaires de Strasbourg, 252 p., 23€

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Les Français sont-ils bien dans leur assiette ? Alors que leur gastronomie est inscrite au patrimoine immatériel de l’Unesco, le « modèle agricole » hexagonal se révèle incapable de préserver tant l’emploi que la santé publique et d’assurer un revenu décent à nombre de producteurs exposés de surcroît aux « produits phytosanitaires » – terrible oxymore… Le végétarisme, le bio et la lutte contre le gaspillage peuvent-ils nourrir la planète ? Le dernier dossier d’Alternatives économiques, « Manger autrement – vers une alimentation durable », propose un état des lieux de la question alimentaire. Et interroge le lien entre alimentation et civilisation.

 

Qui depuis Hippocrate (« que ton aliment soit ta seule médecine »…) nierait que l’alimentation et la santé sont étroitement liés ? En ces temps de nourriture industrialisée et de marchandisation du vivant, nos pathologies tant individuelles que sociales peuvent-elles s’expliquer par notre exposition à des polluants aussi joyeusement variés que les perturbateurs endocriniens, pesticides, nanoparticules et autres substances étrangères, susceptibles de modifier notre système hormonal  et généreusement dispensées par les multinationales de l’agroalimentaire? Mais pourquoi tant de diablerie « phytosanitaire » partout ?

Si notre Terre, perturbée par les mutations climatiques et la surexploitation de ses ressources, ne tourne plus rond,  quelque chose non plus « ne tourne pas rond dans nos assiettes » constate Naïri Nahapétian dans le dossier d’Alternatives économiques réalisé à l’occasion du festival Alimenterre pour rappeler : « L’alimentation est un enjeu transversal, à la fois économique, social, sanitaire et environnemental, qui pose des questions de solidarité et de coopération internationale. »

 

Reconquérir la saveur de l’existence ?

 

Sous-alimentation au Sud et obésité au Nord seraient-elles les deux faces d’un modèle alimentaire aussi absurde qu’insoutenable ? La « mondialisation » a diffusé une vaste gamme d’aliments industriels transformés, dont l’excès de calories vides s’accompagne de carences nutritionnelles – et suscité une insécurité alimentaire croissante…

Dans ses Mémoires d’espoir (Plon, 1971), le général de Gaulle constatait : « N’étaient les aléas que comportent les intempéries, l’agriculture n’est plus que la mise en œuvre d’un appareillage automatique et motorisé en vue de productions étroitement normalisées »…

Catherine André rappelle qu’un « nombre croissant de producteurs et de cuisiniers s’engagent dans la reconquête du plaisir de manger », indissociable de « la nécessité de repenser nos modes de production et de consommation ». L’arrivée de la nouvelle génération d’agriculteurs sonnera-t-il le glas d’une production standardisée et sans saveur ?

Lorsque « cinq grands groupes semenciers s’accaparent aujourd’hui le vivant », comment rebâtir de nouvelles pratiques pour « manger juste » ? L’enseignement agricole sera-t-il le vecteur privilégié de transformation des pratiques actuelles des exploitants ? Et la restauration collective sera-t-elle à la hauteur des enjeux environnementaux, sociaux, économiques et territoriaux à honorer ?

Pour Bleuenn Le Sauze, le scénario Afterres 2050 pourrait permettre à l’agriculture de mieux nous nourrir, de préserver notre santé et notre environnement et de fournir de l’énergie en rapprochant bassins de production et de consommation tout en divisant les émissions de gaz à effet de serre par deux.

Du Nord au Sud, des initiatives essaiment pour donner à tous accès à des produits de qualité, frais et variés et remédier à la précarité alimentaire et rompre le cercle vicieux de la mauvaise nutrition générant l’accroissement des dépenses de santé ainsi que le rappelle Anne Dhoquois : « En 2016, selon une étude du ministère de la Santé, les crédits de l’Etat dédiés à l’aide alimentaire s’élevaient à près de 34,7 millions d’euros. Une enveloppe qui finance notamment les banques alimentaires, premier réseau d’aide alimentaire en France, qui distribue chaque année, via ses 5 400 associations et centres communaux d’action sociale (CCAS) partenaires, 212 millions de repas à 2 millions de personnes démunies. »

Sans oublier les circuits courts comme les associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (Amap) ou l’association « Vers un réseau d’achat en commun » (Vrac)… Et les alternatives mises sur pied par des consommateurs décidés à devenir leurs propres vendeurs comme Supercoop à Bordeaux.

Si la mobilisation des consommateurs permet de remporter certaines batailles et de porter certains sujets sur la place publique, le fort lobbying de l’industrie agroalimentaire continue à peser comme une pierre sur l’estomac des consommateurs. « Au final, peut-on parler de lobbying citoyen ? » interroge Bénédicte Weiss. Et peut-on éviter les OGM dont la question de leurs conséquences sur la santé humaine ne fait toujours pas consensus ?

Les scandales alimentaires en série qui font couler tant d’encre mettent en lumière la nécessité de renforcer encore et toujours la surveillance d’une filière alimentaire mondialisée qui inspire de plus en plus de défiance. Sans oublier le vin français qui peine à décrocher des pesticides – des viticulteurs en font les frais en première ligne… Cela changera-t-il vraiment lorsque les professionnels de la filière rencontreront des problèmes conséquents à l’export ?

S’il faut réduire sa consommation de produits carnés pour d’évidentes raisons de mauvais rendement énergétique, les insectes sont-ils une alternative ? Bien moins gourmands en eau et en sol que l’élevage conventionnel, ils ne permettent pas pour autant de bâtir un « système durable », selon Eva Mignot : « Comme pour la viande ou le poisson, la production d’insectes pourrait ne bénéficier qu’à un petit nombre d’individus (…) Surtout, comme le rappelle le Programme alimentaire mondial (PAM), nous produisons bien assez pour nourrir les sept milliards d’humains de la planète et la Terre est capable d’en alimenter plus de 12 milliards. C’est une combinaison de plusieurs facteurs et d’acteurs économiques qui freine l’accès des plus pauvres à la nourriture. »

Retour au « réel » – qui n’est pas le même pour tous… Pour l’heure, toute prise de conscience ou mise en garde se heurte encore à des intérêts puissants qui se sont allègrement affranchis de tous « repères éthiques »… Et toute tentative de changement de pratique se heurte au mur d’argent de cette « fabrique du diable » dénoncée par le Dr Dominique Belpomme.

Tant que la « présomption d’innocence » bénéficiera aux multinationales de l’agroalimentaire et que persistera le déni des « pouvoirs publics » se refusant à aborder les problèmes de santé autrement que sous l’angle financier, la « confiance » citoyenne s’érodera sous l’inexorable déversement de toxiques sur notre planète ainsi que sur la non moins inexorable dégradation du contexte social et de notre milieu de vie en résultant… L’humanité ne s’est-elle pas éveillée à la conscience d’elle-même en domestiquant sa subsistance ? Au-delà de la valeur de ce que nous mettons dans notre assiette, c’est la relation nourricière entre notre espèce et sa planète qui est interpellée alors que l’industrie nous mitonne le « meilleur des mondes nutritifs » – jusqu’à nous transférer l’insoutenable charge individuelle et sociale de pathologies souvent invalidantes ou fatales. La qualité de notre alimentation participe d’une approche préventive contre ce qui est baptisé « cancer » – et représente la première cause de mortalité dans nos sociétés gavées de produits dénaturés voire ultratransformés sans égard pour notre santé.

Manger Autrement – Vers une alimentation durable, Les Dossiers d’Alternatives économiques n°11, 98 p., 9,50 €

 

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Pour le Pr. Dominique Belpomme, l’origine environnementale de la plupart des affections et maladies graves qui nous frappent ne fait plus aucun doute…

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Cancérologue bien connu et président de l’Association pour la recherche thérapeutique anti-cancéreuse (Artac), le Pr. Dominique Belpomme estime que l’accroissement du nombre de maladies graves (dont les cancers ainsi que des maladies dégénératives) vient de la dégradation accélérée de l’environnement dans les pays fortement industrialisés – donc « a priori pollués »…

Ainsi, nos pathologies peuvent s’expliquer par notre exposition à des polluants variés comme les perturbateurs endocriniens (ces « substances étrangères produisant dans l’organisme des effets délétères en raison d’une modification du système hormonal »), les pesticides, les particules fines et nanoparticules dans les poussières ou les métaux lourds comme le mercure des amalgames dentaires ou le plomb dans l’eau de boisson. Sans oublier les vaccins avec leurs adjuvants aluminiques dont l’utilisation a été rendue obligatoire « alors même que leur efficacité et leur innocuité n’avaient pas été sérieusement éprouvées ». Et que dire du « rôle mutagène et cancérigène des champs électromagnétiques », mis en évidence dès 1984 par les travaux du Dr. Roger Santini ?

 

La maladie d’Alzheimer : vieillesse « naturelle » ou exposition à l’environnement ?

 

Pour le Pr. Belpomme, « l’exposition prolongée à des champs électromagnétiques de basses ou extrêmement basses fréquences est, comme pour le cancer, un facteur de risques potentiellement impliqué dans la genèse de la maladie ». D’ailleurs, les compagnies d’assurance sont tellement persuadées de leur nocivité qu’elles refusent (comme elles l’avaient fait jadis pour l’amiante), de couvrir les risques liés à l’exposition aux radiofréquences…

Par ailleurs, il apparaît « de plus en plus évident que la maladie d’Alzheimer n’est pas à proprement parler une maladie de la vieillesse comme on l’affirme encore trop souvent, mais en réalité elle aussi, une maladie de l’environnement où interviendraient, comme dans le modèle cancer, des agents physiques, chimiques et peut-être microbiens »…

S’est-on préoccupé à ce jour de savoir si le « vieillissement biologique naturel des tissus » est vraiment en cause dans cette maladie ? Ne faudrait-il pas plutôt prendre en compte une « longue période d’exposition à des polluants environnementaux » ?

Au nombre de ces polluants, le rôle du mercure, « métal extrêmement toxique pour le système nerveux » et présent dans les amalgames dentaires comme dans les poissons contaminés, a pu être prouvé : « l’exposition à de faibles doses de mercure reproduit les lésions cellulaires caractéristiques de la maladie, en particulier les fameuses plaques amyloïdes et la dégénérescence neurofibrillaire ».

De surcroît, les champs électromagnétiques sont « capables de créer des courants électriques en bouche qui, en raison de l’érosion du métal qu’ils provoquent, génèrent des vapeurs de mercure » – ces dernières « passent la barrière hémato-encéphalique destinés à protéger les neurones des agents toxiques présents dans le sang »…

 

La « fabrique du diable »

 

Pour le cancérologue, le diable se manifeste par la création et la dissémination dans la nature des polluants physico-chimiques, par la « transformation de micro-organismes naturels en agents malfaisants » et la fabrication de médicaments dont certains se révèlent néfastes en raison des effets secondaires qu’ils provoquent : « Dans le contexte économique actuel, c’est donc la marchandisation du vivant qui est en cause et finalement le principe moral sur lequel repose l’exercice médical depuis Hippocrate »…

Mais toute mise en garde se heurte à des intérêts puissants qui se sont allègrement affranchis de tous « repères éthiques » et au mur d’argent de cette « fabrique du diable » : en dépit des dommages constatés jusqu’à ce jour, cette dernière arrive encore à nous vendre ses gadgets de destruction massive (smartphones, tablettes, etc.) et à nous convaincre de les utiliser sans limites comme s’ils nous étaient indispensables…

Ces « facteurs environnementaux structuraux » peuvent expliquer aussi la « décroissance de fertilité observée dans les pays riches »… Ainsi que des pandémies virales comme la grippe aviaire, liées aux conditions de stress dans « l’espace contingenté des élevages en batterie, à l’utilisation de nourritures artificielles et au dopage chimique et productiviste très éloigné des conditions de vie naturelle » – ainsi favorise-t-on chez les animaux d’élevage « l’émergence d’un déficit immunitaire capable d’entraîner la prolifération et la mutation du virus et par conséquent l’exacerbation de sa violence »…

 

Pour une prévention environnementale

 

Le Pr. Belpomme propose de mettre en place une véritable « prévention environnementale », basée sur le principe de précaution « lorsque le risque est présumé grave ». Il s’agit tout à la fois de « protéger les personnes exposés aux agents toxiques présents dans l’environnement et éviter que ces agents polluent l’environnement ».

Cela commence par le choix du lieu de vie : ne pas s’installer à proximité d’une voie à grande circulation, d’un garage ou d’une station à essence, d’un aérodrome, d’un incinérateur, d’une antenne relais, d’un pylône ni bien entendu d’une zone industrielle…

On pourrait préférer une zone rurale, mais loin d’une zone d’agriculture intensive, des antennes relais dissimulées dans les forêts ou les clochers, des lignes à haute ou très haute tension, etc.

Il faudrait éviter la pollution de l’air intérieur, préférer une cuisinière à gaz ou en vitrocéramique aux plaques à induction, les ampoules à filament à celles dites « à basse consommation » – et s’assurer que toutes les prises de courant sont mises à la terre, etc.

Evidemment, on réduira la téléphonie mobile au profit du filaire, on préférera la connexion par câble au Wi-Fi, sachant qu’en matière de champs électromagnétiques, « toutes les expositions s’additionnent les unes aux autres voire se potentialisent entre elles au plan biologique » (Wi-Fi, WiMax, téléphone portable, DECT, console de jeu, ordinateur, tablette, télévision, réveil électronique, plaques à induction, ampoules à basse consommation, etc.)

Tant que la « présomption d’innocence » bénéficiera aux industriels, opérateurs ou sociétés pharmaceutiques et que persistera le déni des pouvoirs publics se refusant à aborder les problèmes de santé autrement que sous l’angle financier, la « confiance » citoyenne s’érodera jusqu’à la consommation finale de cette indigeste toxic story dans l’inexorable dégradation du contexte social et de notre milieu de vie où seules prospéreront les maladies en résultant…

Pr Dominique Belpomme, Comment naissent les maladies… et que faire pour rester en bonne santé, Les Liens qui libèrent, 432 p., 23,80 €

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