Feeds:
Articles
Commentaires

Archive for the ‘Logement’ Category

 

« L’avenir n’est pas fait pour être prévu, il s’agit de le rendre possible »

Antoine de Saint-Exupéry

A l’orée du 25e anniversaire de la fondation d’Habitation et Humanisme, Bernard Devert a réuni des hommes et des femmes au sein du comité de réflexion de l’association, autour de l’ancien ministre de l’Industrie Roger Fauroux (il a été président de Saint-Gobain et directeur de l’ENA), pour un ouvrage collectif qui rappelle à une impérieuse urgence : en finir avec le mal-logement. Alors que se conjuguent offre insuffisante, désengagement de l’Etat, spéculation exacerbée et court termisme prédateur insultant l’avenir, ce fléau national touche trois millions de nos compatriotes privés de logement ou logés dans des conditions indignes.

En février 1954, lorsque l’abbé Pierre lançait son appel, 100 000 personnes étaient à la rue. Cinquante-six ans, les sans abri sont tout aussi nombreux à dormir à la rue alors que les fonds qui pourraient les en arracher « dorment », eux, bien à l’abri…La ville demeurerait-elle irrémédiablement inhospitalière à « ceux qui n’en partagent pas les codes et les clés » ? L’humain n’aurait-il droit de cité dans l’urbain qu’à condition de peser son trébuchant poids d’avoir et exhiber sa capacité à (sur)consommer ?

« L’homme n’est pas seulement l’homo economicus, qui fait que la personne est trop souvent reconnue à partir de ce qu’elle possède. Que de discriminations pour ne pas posséder un travail, un domicile, des papiers, jusqu’à être désignés les « sans »… sans intérêt. L’acte d’exister ne procède pas d’un avoir » constate Bernard Devert, ancien promoteur immobilier de Lyon devenu prêtre qui a posé la pierre d’angle d’un « mieux vivre ensemble ».

Une brèche dans le mur

Si avoir n’empêche pas d’être et réciproquement, des brèches peuvent être ouvertes dans le mur de l’indifférence, des « béquilles fiscales » pourraient être orientées afin de « répondre aux attentes les plus urgentes ».

Si « les avantages fiscaux non assortis d’avantages sociaux » sont injustes, Roger Fauroux invite à « élargir à l’ensemble de  notre système français le principe de l’économie solidaire selon lequel tout privilège fiscal doit être assorti de la part du bénéficiaire d’un engagement social ». Le déni d’humanité n’est pas une fatalité, l’argent ne sert pas qu’à emmurer et le droit de propriété peut se laisser interroger par celui de l’accès au logement, comme le rappelle Bernard Devert : « Le droit de propriété offre de réelles ouvertures pour rejoindre le « droit des gens » (…) Alors que des centaines de milliers de logements sont vacants, leurs propriétaires peuvent désormais céder aux bailleurs sociaux un droit d’usage temporaire pour un minimum de quinze ans ».

Depuis 1985, Habitat et Humanisme, « née à Lyon dans une tradition du catholicisme social », a logé plus de 10 000 familles en grande difficulté. Les 170 salariés et les 2000 bénévoles de l’association œuvrent inlassablement « sur le terrain » pour conjurer le pire qui peut guetter chacun d’entre nous et poursuivent une « expérimentation créative pour bâtir des villes fraternelles où il fera bon vivre » (Brigitte Camdessus).

« Cette naissance à une société plus humanisée » passe par le développement de l’épargne solidaire comme par le devoir d’interpellation et certains rappels, comme ceux de Bernard Lacharme, secrétaire général du Haut Comité pour le logement des personnes défavorisées : « La générosité courrait aussi le risque de s’épuiser, à vouloir toujours compenser les effets de mécanismes qui ne cessent de produire de la pauvreté au sein d’une société d’abondance. On ne peut faire comme si l’exclusion sociale résultait uniquement de la faiblesse de celui qui la subit. Elle provient aussi, sinon d’abord, de processus structurels qui touchent à l’organisation sociale, à la façon dont les richesses sont réparties au sein de l’entreprise entre ceux qui la créent, à la fiscalité qui permet ou ne permet pas de corriger les inégalités les plus criantes, à l’efficacité des dispositifs de solidarité assurés entre les générations, entre le bien portant et le malade, le valide et le handicapé, aux actions à mener pour combattre les discriminations. Dans le domaine du logement, une des principales sources de discrimination est le marché, quand l’évolution des prix rend le logement inaccessible aux plus modestes, ou ne le permet que loin, très loin du territoire où l‘on travaille… et d’ailleurs que l’on fait vivre par son travail ».

La solidarité ne doit pas être envisagée comme une charge mais vécue comme un facteur de développement pour la société et de « bien vivre ensemble », une source de richesse potentielle et de « bonne croissance ». « Tout habitat est social, au sens où tout habitat est une construction humaine dont les dimensions politique, économique, culturelle et environnementale dépassent de loin la somme des matériaux qui le composent » souligne Pierre-André de Chalendar, directeur général de Saint-Gobain. L’approche solidaire du logement mise en œuvre par Habitat et Humanisme constitue une « rupture » avec la barbarie ordinaire d’une marchandisation infiltrée jusque dans les moindres interstices de nos vies, affirme un devoir d’humanité et contribue à construire un avenir social et humain solidaire et durable. Refuser l’insoutenable et l’inhabitable, prendre soin de l’habiter et du cohabiter pour retrouver la foi dans la ville – en somme, ouvrir un monde…

Le Phénix bâtisseur…

Bernard Devert et Roger Fauroux (sous la direction de), En finir avec le mal-logement, une urgence et une espérance, éditions du Cerf, collection « L’histoire à vif », 192 p., 12 €

Publicités

Read Full Post »