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Archive for the ‘Littérature’ Category

D’une vie d’évadée perpétuelle en lambeaux, achevée dans sa trentième année, Albertine Sarrazin (1937-1967) a tiré la substance meteorique de trois livres adaptés à l’écran…

 

La nuit du vendredi saint est particulièrement glaciale au château de Doullens (Somme)  ce 19 avril 1957. Albertine, un joli brun de fille aux grands yeux noirs en amande qui refuse de porter un soutien-gorge sous ses pulls, évalue la situation. C’est-à-dire la distance qui sépare sa cellule de la terre ferme, beaucoup plus bas. Depuis janvier de l’anné dernière, elle est pensionnaire du château sous le matricule 504, pour une histoire de fous. Avec une amie, elle avait tenté de braquer une boutique de confection dans le quartier de la Place de l’Etoile à Paris. Et l’amie avait fait usage du revolver de service qu’Albertine avait volé à son père adoptif – une vendeuse avait été blessée.

Elle n’a pas encore vingt ans et tant à vivre! La voilà condamnée comme « meneuse » à sept ans de réclusion dans ce château de François 1er transformé en prison-école pour femmes. Elle mesure tout juste 1,47 m comme sa grande aînée, la môme Piaf. Elle a tout juste douze mètres à descendre pour s’envoler vers sa liberté. Douze mètres, soit huit fois sa hauteur à elle ou l’équivalent de quatre étages. Alors, elle s’accroche au lierre et commence sa descente vers la liberté ou la mort… Un craquement et elle lâche prise… Voilà, elle est tombée au pied de la citadelle, avec cette douleur vive qui lui perfore l’os du pied – c’est l’astragale qui commande l’articulation entre le tibia et le pérona. C’est ce qu’elle apprend plus tard…

Elle rampe comme elle peut vers la route, la N25 qui relie Arras à Paris. Des phares providentiels trouent la nuit glaciale, un bruit de moteur se rapproche – c’est encore l’élan de la « motorisation heureuse » des Trente Glorieuses qui s’ignoraient et c’est Julien, un autre grand brûlé de l’existence qui passait par là, entre deux opportunités… Il a treize ans de plus que la gamine qu’il recueille, une belle petite gueule d’amour et il a lui aussi passé une bonne partie de sa vie en cage – voler, c’est un mode de vie bien aléatoire quand on ne naît pas du bon côté du manche… Plus jamais, il ne quittera ce petit bout de femme. D’abord, il la cache  chez sa mère, puis chez une fille de joie… Chez ces gens-là, on a les joies qu’on peut – et le mode de vie qui peut aller avec…

 

Un bon « petit roman d’amour »…

 

Albertine Damien est abandonnée dès sa naissance à Alger le 17 septembre 1937. Déposée à l’Assistance publique, elle est appelée ainsi, du nom du saint du jour, puis adoptée à l’âge de dix-huit mois, en février 1939, par un couple de bourgeois sans enfant qui avait plutôt l’âge d’être grands-parents. Son père adoptif est médecin militaire à Alger, il boit et écrit des poèmes. La petite se fait violer à l’âge de dix ans par son « oncle » – depuis Mauriac au moins, on sait que « les familles » s’avérent parfois d’inextricables « noeuds de vipères »… La gamine devient de plus en plus insoumise et fugueuse – on le serait pour bien moins…

Alors que la famille rentre en métropole et s’installe à Aix-en-Provence, le médecin-colonel place la petite « en maison de correction », à la prison du Bon Pasteur à Marseille. Il  entame même une procédure de renonciation à l’adoption. Pendant une visite, Albertine lui vole son arme de service et « monte » à Paris où elle survit de chapardages et de prostitution. Avec une amie du Bon Pasteur, elle braque cette boutique de confection et ce malencontreux coup de feu part… Bravache, Albertine avait lancé aux jurés de la Cour d’assises : « Je n’ai aucun remords. Quand j’en aurais, je vous préviendrai »…

Le 7 février 1959, la fille de personne épouse Julien Sarrazin entre deux gendarmes, à la mairie du Xe arrondissement de Paris – elle a désormais un nom bien à elle, pour deux et pour la vie comme pour la littérature… Ils vivent de peu, c’est-à-dire de larcins, parfois de « piges » pour Albertine qui arrive à écrire pour Le Méridional , et ils se retrouvent à nouveau en prison, chacun de son côté. Elle, c’est pour, cette fois-ci, avoir volé une bouteille de whisky au Prisunic…

Pendant ce nouveau séjour en taule, à Nîmes puis à Alès, Albertine écrit sur des carnets à spirales « un petit roman d’amour », entre avril et août 1964. Elle pense l’appeler Les Soleils noirs et le confie à Christiane Gogois-Myquel, la psychiatre qui l’examina au château de Doullens – ce « seizième de mère » à qui Albertine dédie son livre. Sur ces carnets-là, Albertine avait déjà écrit des poèmes et un premier roman inédit, Trois guides indisciplinées.

La soignante envoie le manuscrit de sa protégée à Simone de Beauvoir (1908-1986).

Séduite, l’égérie féministe du moment répond au docteur Gogois-Myquel avant de l’envoyer aux éditeurs : « C’est la première fois qu’une femme parle de ses prisons. Elle a, par moments, un ton magnifique, un style saisissant ».

Le jeune éditeur Jean-Jacques Pauvert (1926-2014) emporte la mise sur le vieux Gaston Gallimard (1881-1975). Il a reçu le manuscrit par l’intermédiaire du journaliste René Bastide, pour qui Albertine faisait des piges au Méridional. Pauvert publie L’Astragale ainsi que La Cavale en 1965. Le succès est immédiat, près de 80 000 exemplaires s’en vendent en deux mois, jusque dans les stations-service Elf dans une France qui se délecte avec une « curiosité vicieuse » des aventures forcément coupables d’une délinquante, ex-prostituée, qui raconte jusqu’aux relations entre taulardes dans les prisons de femmes…

Voilà qui change la vie des Sarrazin, installés dans une ferme retapée, près de Montpellier, des cigales et des étoiles plein la tête. Julien entreprend des études de géologue, qu’il ne finira jamais – mais il fait le prospecteur comme sa femme fait l’écrivain.

Albertine est invitée à la télévision. Le 7 décembre 1966, elle passe à « Lecture pour tous », la grande émission littéraire de Pierre Dumayet (1923-2015). Peu dupe des raisons de son succès, elle récuse l’étiquette d’ « écrivain » : « Ecrire, pour moi, c’est un moyen de me survivre, uniquement. Le reste, le fric, la gloriole, c’est accessoire. »

Dumayet insiste : « Mais comment écrivez-vous? »

Très nature, Albertine confesse : « Un jour, le tintamarre me prend et j’écris. Ce n’est pas moi qui écris, c’est ma main, mon Bic. Moi, je ne suis pas responsable… »

Les « intellectuels » de Saint-Germain des Prés veulent en faire la petite soeur jumelle de Jean Genet (1910-1986), un autre « taulard littéraire » qui a accédé à la célébrité…

Le 19 janvier 1967, lors de l’émission « Dim Dam Dom », Albertine rétorque : « Je tiens à mes années de prison, je ne veux pas faire de rédemption par le mal, comme lui a fait. »

Elle a tout juste le temps de finir et de publier La Traversière, tout en travaillant à l’adaptation de L’Astragale au cinéma par Guy Casaril (1933-1996) – le film est distribué en 1969. Souffrant d’une addiction à l’alcool pour tenter d’apaiser ses souffrances (elle est réopérée de l’astragale), elle doit aussi se faire opérer des reins. Mais l’anesthésiste n’a pas son diplôme et ne juge pas utile de rencontrer sa patiente avant l’opération, ne serait-ce que pour lui demander son groupe sanguin… Albertine meurt des suites de cet acte chirurgical si mal préparé, le 10 juillet 1967 – une ultime cavale réussie en mode absurde…

« Albertine Sarrazin termine son étrange destin » titre « la presse ». Elle n’a même pas trente ans et n’a connu pendant un tiers de sa vie, entre révolte, résignation et rédemption, qu’une succession de grilles, de portes closes, de couloirs, de lits durs, de parloirs où personne ne venait jamais et de matricules – rien que ce « coma doré de la taule, où rien ne trace, où n’importe quoi peut chatoyer ». Soit, en tout, neuf maisons d’arrêt (pour vol à main armée, recel, prostitution, etc.) dont aucune n’aura soufflé sa flamme ni arrêté la « tremblote » de son Bic – jusqu’à ce qu’un homme lui donne son nom pour une incertaine postérité…

Fou de douleur, Julien se retourne contre l’équipe médicale de la clinique Saint-Roch de Montpellier et réussit à faire condamner en appel le chirurgien et l’anesthésiste : deux mois de prison avec sursis et 90 000 francs d’amende pour « homicide involontaire ». Ainsi, il fit évoluer en faveur des patients les protocoles pré et post-opératoires.

Lui aussi contaminé par le démon de l’écriture, il laisse Contre-escarpe (1974), une manière d’autobiographie du bout des lèvres et sans apitoiement, avant de s’éteindre le 13  juillet 1991. Son second livre, Chausse-trappes, écrit en 1981, ne trouve pas d’éditeur et ne paraît  chez Edilivres que trente-quatre ans plus tard. Albertine et lui n’auront pas eu droit à leur happy end de cinéma. Mais au moins ils se seront accordé celui de « gueuler leur existence » de mal partis comme personne…

 

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En fabulant sur la « fin du monde », les fictions postapocalyptiques nous parlent-elles de notre présent sans espoir afin de nous faire entrevoir des brèches et des possibles dans la « catastrophe civilisationnelle » en cours ?  La destruction imaginaire de notre monde ne serait-elle pas plutôt celle du « mode d’existence qu’il implique » ? Ne s’agirait-il pas plutôt de sortir d’une postmodernité dévastatrice afin de réinventer un nouveau commencement « malgré tout » ?

 

 

Est-il concevable qu’une « société » tue ses propres enfants – voire toute forme d’avenir sur Terre ? Les fictions de fin du monde n’ont pas attendu la controverse entre partisans de la thèse du « réchauffement climatique » et « climatoseptiques » ni la catastrophe de Fukushima pour alerter sur ce qui menace les populations. Dès le commencement de la Révolution industrielle, rappelle Jean-Paul Engélibert, l’universelle fabrique de fictions s’est mise en branle avec Le Dernier Homme (1805) de Jean-Baptiste Cousin de Grainville (1746-1805) qui mettait en scène des Jardiniers attendant le Déluge.

D’emblée, l’industrialisation a suscité la défiance de esprits avertis qui, à l’instar de Charles Fourrier (1772-1837), s’inquiétaient de la dégradation de l’environnement, déjà observable dès le Premier Empire.

En éclairant d’une lumière crue « l’évidence d’un monde qui court à sa perte », les fictions postapocalyptiques dissipent tout faux espoir et réarment les consciences pour imaginer d’autres mondes possibles : « La littérature ne doit pas consoler. Au contraire, elle doit nier l’idée de salut, refuser le désir de consolation : elle doit affirmer l’énergie du désespoir. C’est là sa force, au moins pour la raison que c’est à cette condition qu’elle ne conduira pas au renoncement. Survivre à la fin du monde suppose que les rêves ne soient pas consolateurs. La fiction ne doit entretenir aucun espoir, c’est ainsi qu’elle donnera au rêveur l’énergie de survivre, ou du moins qu’elle ne la lui retirera pas. »

 

« Regarder l’histoire depuis l’après »…

 

Pour le philosophe Jean-Luc Nancy, la « menace globale et persistante de l’anéantissement de l’humanité résulte de l’interconnexion qui absorbe toutes les sphères de l’existence des hommes, et avec eux de l’ensemble des existants ». Cette intrication exacerbée entre « le capitalisme et le développement technique ne laisse aucune marge aux êtres vivants pris dans la connexion d’une équivalence et d’une interchangeabilité illimitée des forces, des produits, des agents ou acteurs, des sens ou valeurs ».

Professseur de littérature comparée à l’université Bordeaux-Montaigne, Jean-Paul Engélibert rappelle à propos de Fukushima qu’il n’y a « pas de catastrophes naturelles mais seulement une catastrophe civilisationnelle qui se propage à toute occasion et qui est justement l’intrication des techniques et de la nature, l’interdépendance, sous le régime de la technique et du capital, de toutes les dimensions de l’existant ».

Si on ne peut pas se préserver de cette « catastrophe civilisationnelle » avec les moyens de cette même civilisation devenus notre mode d’existence, autant en sortir par un saut dans l’imaginaire : « Regarder l’histoire depuis l’après, c’est prendre acte des ruines, nier l’idée de progrès et dire les restes. C’est se donner le lieu d’où réveiller les morts et, peut-être, commencer à reconstruire. »

Les fictions postapocalyptiques, de Margaret Atwood à Antonio Saramago, permettent une « critique radicale » du système qui précipite notre fin : « C’est une représentation de notre présent qui se situe fictivement dans l’avenir pour le déjouer : nous placer dans le temps de la fin pour nous mettre en position d’imaginer comment prévenir la fin des temps »…

Elles créent une « véritable conscience tragique : fabuler la fin du monde n’est synonyme ni de l’espérer ni de désespérer de l’éviter, mais peut signifier tenter de la conjurer et ainsi rouvrir le temps ».

Imaginer la fin des temps, ne serait-ce pas aussi rendre son sens à l’expression « faire de la politique » – celui qui consisterait à « lutter pour faire advenir un monde qui mérite d’être vécu » ?

Contre le « grand récit du progrès », les fictions de fin du monde « mobilisent le mythe de la destruction universelle » et oeuvrent à la « restauration d’un sacré quand la modernité a soumis toutes les sphères de l’existence au calcul et à rationalité économique » … La roue (dentée…) du progrès fait dévaler les espèces à tombeau ouvert sur la pente de leur effacement mais la catastrophe ne mène-t-elle pas aussi à l’utopie ?

 

Une utopie de l’après ?

 

Pour nombre de ces fictions de fin du monde installées dans notre « anthropocène », la destruction absolue rend possible « l’utopie du commun ». Ne nous prouvent-elles pas amplement, comme l’écrit Margaret Atwood, que jusqu’alors nous avions mis en oeuvre de « bien meilleures idées pour faire de la terre un enfer plutôt qu’un paradis » ? Les récits d’un monde néoféodal « où les riches s’isolent derrière de hautes murailles des territoires ravagés » sont monnaie courante depuis deux siècles. Elles nous parlent bien d’un « pire des mondes » réduit à sa machinerie et livré à la prédation sans borne d’exploiteurs/pollueurs dont les crimes contre l’environnement (« le climat »…) demeurent impunis alors que le droit le plus élémentaire d’habiter notre  commune demeure terrestre est interdit aux dépossédés : « La dystopie de l’hypermodernité est encore une façon de représenter l’apocalypse »…

Une société vivable se doit de penser son rapport à la technique et à ce qui la détermine fondamentalement – elle se doit de préserver la possibilité d’une vie de l’esprit et de respect du vivant contre la pression d’un présent sans présence véritable à soi et aux autres.

Ne s’agirait-il pas, finalement, de faire advenir l’inestimable d’un paradis possible pour la communauté des espèces en portant notre attention, pendant qu’il en est encore temps, à ce qui seul est susceptible de résister à l’apocalypse annoncée plutôt que d’avoir à imaginer ce qui lui succéderait ? Et si le délai qui nous sépare de la fin promise n’était pas une avenue ouverte à la capacité de prédation illimitée de quelques uns, toujours prompts à jouer « le coup d’avance » sur une scène de catastrophe investie en scène de crime aux indices effacés, mais une opportunité offerte à des « stratégies intersticielles » de transformation pour le meilleur plutôt que pour le pire ? Ce serait le ressort non pas d’une « littérature engagée » mais simplement engageante et fertilisante…

 

Publié dans les Affiches-Moniteur

 

Jean-Paul Engélibert, Fabuler la fin du monde – la puissance critique des fictions de l’apocalypse, La Découverte, 240 p., 20 €

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« Ne pas laisser un souvenir, mais une source »

Pierre Dhainaut

 

 

 

il neige des nano particules

et du plastique sur nos matricules

quelles lèvres parleront le bleu si nu

du poème retenu ?

la Terre n’a pas entendu

la vie n’a pas attendu

tu tombes le ciel

tu pulvérises nos prisons de chiffres et de fiel

juste là où nous avons pied perdu

de tout ce qui se sent désert sans toi

de tout ce qui veut passer au pressoir de ta joie

  • juste là où il nous est fait selon notre foi

 

 

la vie s’en va

à grands éclats

Tu surgis là

où se perdent nos pas 

 

il neige de la perplexité

plein les écrans désertés

  • si vides de toi !

sous quel toit dis-moi

se répand ta joie ?

d’un jour sans beauté

à une nuit hyperconnectée

quel verbe misera sur le bleu sacré?

tu décroches le ciel des évadés

même pour les âmes morte-nées

mais la vie n’y est plus

nul signe sur l’ardoise effacée

pourtant il a bien fallu

retenir cette promesse qui ne serait pas tenue

 

la vie s’en va

quel rêve d’enfer déchire les draps ?

tout s’accomplit dans tes bras

qui vive là ?

 

le vertige de te nommer

juste d’un frisson de rosée

parcourir la Terre mère

si loin de ta lumière

te sacrer reine de l’univers

le cœur neigeant si bas si dru

de t’avoir tant de fois perdue

traverser l’écume des constellations pieds nus

se taire se défaire et puis attendre

la rencontre de la neige et de la cendre

pour effacer  jusqu’à la mémoire d’avoir failli

de cette détresse des fourmis

si près de ton mystère

avant que ne se referme la malle de fer

sur ce qui sur Terre

était si clair…

 

la traversée d’une vie

comme un désert qui fuit

vers son oubli –

ou ses impatiences d’infini…

 

in Le Vin des Affligés (modifié)

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« Ils ont couru après des riens, et ils ont été comptés pour rien »

Jérémie

 

Alors que nos sociétés découvrent qu’à l’ère de l’instantanéité numérique, elles ne disposent plus d’aucune espèce d’appui possible dans la Nature, un livre à trois voix autopsie le chaos contemporain. Ses auteurs, animateurs de la revue « Ligne de Risque », opposent à la prédation sans limites du Marché global un « renversement des clartés » en retournant le verbe dans la plaie d’une époque de spoliation générale.

 

Une autruche qui consentirait à lever sa tête du sable ou une dinde de son écran seraient-elles capables de réaliser qu’elles sont entrées dans « l’âge de la fin » – quand bien même elles n’y seraient pour rien ? Une fin d’ores et déjà… derrière elles ?

Alors que l’inéluctabilité même de cette fin s’est inviscérée dans leur métabolisme d’animal terminal, elles continuent à vouloir faire comme si, à la manière de ces volatiles sans tête se croyant assurées de leur becquetée de futilités et d’insignifiance, alors que plus rien ne supporte l’aventure vitale de leur espèce… Mais, comme dirait l’expert en Cygnes noirs Nassim Nicolas Taleb, que pourrait apprendre une dinde sur ce que lui réserve Noël en se fondant sur son expérience des mille jours précédents ?

Désormais, en ces temps de grande détresse, l’espèce animale présumée consciente est confrontée, à chaque rare éclair de lucidité qui illumine sa bulle, à « l’imminence de son effacement » comme le rappellent les trois auteurs de Tout est accompli qui citent Günther Anders (1902-1992) : « Nous ne vivons plus dans une époque mais dans un délai » – un délai étranglé dans « l’instantanéité des connexions numériques » d’une économie zombifiée qui détruit toute perspective d’avenir.

 

La mise sous écrou numérique

 

Les flux du grand brouillage numérique dictent leur tempo et ajustent chaque individu présumé conscient, entre les parois d’une prison électronique auto-gérée, à une mise en concurrence implacable à l’échelle planétaire  et à un totalitarisme marchand ne supportant aucune entrave : « Le plus grave, peut-être, c’est la tendance dominante à traiter nature, travail et monnaie comme des marchandises alors que de manière évidente aucune de ces trois notions ne peut être réduite à une chose mobilière destinée à être vendue. En effet, nous avons part à la nature du seul fait d’être nés, et réduire celle-ci à l’état de marchandise nous expose forcément au même sort. »

Mais l’évidence même de cette irréductible part de réalité est passée par pertes et profits par les maîtres des algorithmes qui construisent et imposent la leur(re…) :

« Les Temps modernes avaient mis l’ « Homme » en position de souveraineté en lieu et place de Dieu. Mais l’ « Homme » est supplanté à son tour par quelque chose de plus puissant : la virtualisation du monde à travers la mise en réseau numérique. »

Désormais, le Dispositif « contrôle à partir du virtuel tout ce qui existe » et « s’impose comme seul réel », devenant, à la place du « Sujet », « l’unique sous-jacent à tout ce qui arrive », se produisant à l’infini à travers un « usinage frénétique » de ce qui est. En tant que « puissance transnationale » reliant toutes les oligarchies « affranchies de toute appartenance », le Dispositif « totalise la planète à travers la mise en joue nucléaire, les réseaux numériques et le Marché global ».

Depuis la Silicon Valley et Wall Street, des milliardaires  « rêvent de recalibrer l’espèce présumée humaine pour la rendre plus conforme au profit ». Ils  la passent au laminoir d’une déraison étroitement comptable et la réduisent en donnéees exploitables à merci comme ils réduisent la planète surexploitée en lignes de crédit. Ils envisagent même de réinventer cette espèce « à partir de la technique » avec des organes « remplaçables à volonté ». Si les transhumanistes et « nababs de la Silicon Valley » proclament vouloir « supprimer la mort », c’est parce qu’ils ne « l’envisagent plus comme une porte mais simplement comme un terme qui les prive de leurs biens » et met fin à leur monde, celui de privilèges indus où il suffirait aux uns d’ajouter d’un clic des zéros à leur rente pour disposer de la vie de tous les autres… Il est question d’ « augmenter » la « part non biologique » de chaque être voire de les « produire » en batterie par ectogenèse ? Ainsi  s’annonce « le règne des spectres » : « Ces derniers ne seront ni vivants ni morts. Ils n’auront plus de sexe, de genre, d’ancrage. Le Dispositif sera tout en eux, et ils ne seront à leur tour qu’un moment du Dispositif. »

Toutes les populations mondiales, « substituables les unes  aux autres », sont « requises au service du Dispositif », désormais leur alpha et leur oméga. Celui-ci « agence l’entièreté de ce qui existe ». Ces populations reconfigurées en « cyborgs unisexes » sont jetées en pâture au « Marché global », broyées par des puissances de calcul incommensurables et destinées à se fondre dans un tramage numérique – rivées inexorablement à l’illimité « comme succédané à l’infini »…

La faute à Galilée et à Descartes ? Aux Lumières ?

Dès l’éclosion de la cybernétique, son père fondateur Norbert Wiener (1894-1964) n’avait-il pas prévu que chaque être parlant allait être « sommé de devenir un moment du Dispositif – une fonction du flux » ? N’est-il pas déjà trop tard pour « remettre l’hydre dans sa bouteille » ?

 

 

Dévastation générale à tous les étages…

 

 

Un homme se tient debout place de la République à Paris avec une pancarte au cou qui dit : « On m’a tout volé »… Il ne veut rien d’autre si ce n’est, peut-être, de témoigner de cet « invivable qui a pris la place de la vie » et menace tous ceux qui tentent de survivre dans ce qui n’est plus vivable ni une vie… Ne sommes-nous pas tous, sans vouloir le voir en face, en voie de spoliation accélérée dans une « société liquide » qui n’envisage chacun d’entre nous que « sous l’angle du calcul »? Certains ne commencent-ils pas à s’en rendre compte « à mesure que l’invivable s’élargit » ?

Pour les auteurs de ce livre à trois voix, l’attitude de l’homme à la pancarte « témoigne de l’expropriation dont les hommes sont aujourd’hui l’objet ».

Chacun de nous ne serait-il  « voué qu’à courir au-devant de son remplacement » dans une non-vie de rongeur peinant de plus en plus à faire tourner la roue de son infortune ? Les plus lucides ne se vivent-ils pas « comme déjà remplacés » à ce moment de l’histoire mondiale où « l’expropriation bat son plein » ? Les salariés ne se sentent-ils pas « soumis à un calcul d’intérêt en temps réel » qui les oblige à « travailler dans l’horizon de leur remplacement » ? Sans parler de ceux, de plus en plus nombreux, qui, décrétés « sans valeur économique », ne pourraient plus que porter leur dépouillement à la face de ce monde devenu celui d’une « immondialisation » dévastatrice…

Chacun de nous n’est-il pas sommé de participer au cycle de la marchandisation et de prendre sa place dans la file vers la déchetterie décrite à satiété par Michel Houellebecq ? N’est-il pas requis pour participer à la dévastation générale sous peine d’exclusion immédiate ? N’est-il pas voué à collaborer sans appel à son obsolescence et à hâter son propre effacement ?

 

Trouver le Passage

 

Tout serait-il vraiment accompli ? Le titre du livre exprime la dernière parole du Christ et propose une voie étroite pour échapper à la « confiscation générale » et à l’emprise du Dispositif. Multipliant les ouvertures bibiliques et rabbiniques, il entend rappeler que « même au coeur du nihilisme planétaire, il est toujours possible de trouver le chemin de l’indemne » voire une étincelle de conscience qui veillerait.

Alors que « la nature cybernétique du fonctionnement global menace les possibilités de toute existence vivante », il est possible de donner une chance encore à la vie et d’accéder à ce qui nous libère, là même où ça s’ouvre et nous répond, «  à ce point où chacun de nous se sépare de l’inessentiel »…

C’est bien connu, « le rapprochement de deux visages a un impact beaucoup plus vertigineux que la mise en relation de deux atomes »… Des alliances demeurent possibles en conscience et lucidité à chaque regard d’instant-lumière arraché à la pulsation perverse des bytes numériques, aux inputs et outputs de la machine infernale à broyer les vies. Chaque « habitant de l’antimonde cybernétique » garde la faculté de faire ce « saut ardent vers l’intérieur » (Maître Eckhart), de s’établir dans cette « part irréductible » de l’existence où il peut éprouver tant l’éloignement du divin que sa proximité.

Serait-ce là se payer de mots ou faire advenir un véritable événement de parole crevant l’écran de nos renoncements – de notre consentement à l’anéantissement ? Si demain n’est même plus l’espoir vaguement entrenu de meilleurs lendemains, est-il temps encore, envers et contre tout, de combiner force intérieure et agir commun dans ce mouvement qui nous met en mots voire en mots d’ordre pour renverser l’insoutenable ? Serions-nous encore capables d’un quelconque secours les uns pour les autres dans le déchaînement du ravage ?

Après tout, il y a bien des livres qui ne ressassent l’impossibilité d’une vraie vie hors du miroir aux alouettes électronique que pour mieux la réfléchir par un retour aux sources. Là aussi est la résistance du livre à l’écoute de ce qui se tarit pour en réécrire le jaillissement.

 

 

Yannick Haennel, François Meyronnis et Valentin Retz, Tout est accompli, Grasset, 366 p., 22  €

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La rencontre d’une jeune héritière américaine et de la reine des courtisanes de la Belle Epoque, alors « meilleur article d’exportation de la France », constitue l’un des plus brûlants romans d’amour célébré en son temps. L’édition de 172 lettres inédites de la correspondance amoureuse de Liane de Pougy (1869-1950) et Nathalie Clifford Barney (1876-1972), établie et annotée par Suzette Robichon et Olivier Wagner, fait revivre  « l’ivresse solaire de deux pionnières », à leur manière, de la libération des femmes dans une société que l’on ne disait pas encore « hétéronormative ».

 

Cela se passait au temps du trot, des beaux équipages hippomobiles amenant de belles dames au Bois, en une époque que l’on disait si Belle, juste avant la Grande Guerre… C’est là, au Bois de Boulogne, que Nathalie Clifford Barney, une blonde et intrépide Américaine de vingt-trois très tendres printemps, entrevoit, alanguie dans sa victoria en cet hiver 1899, la Belle d’entre toutes les belles – celle dont la « sveltesse angélique » et la diaphane apparence la brûlent vif au coeur. Incontestablement, Nathalie voyait la « plus belle femme du siècle», l’objet de « désirs universels » qui faisait chavirer toutes les têtes couronnées des deux hémisphères, celle qui incarnait en sa personne « les Etats-Unis de l’Europe galante » – elle entrait dans l’histoire de la courtisane de haut vol Liane de Pougy, alors dans la splendeur rayonnnante de sa trentième année, et dans l’histoire de la littérature.

La jeune Américaine fait le siège de l’hôtel particulier de la Belle, sis au 13 rue de la Néva (8e), lui envoie des poèmes accompagnés d’un déluge de lys et de ces mots insistants : « D’une étrangère qui ne voudrait ne plus l’être pour vous ».

Enfin, la reine du Tout-Paris lui accorde rendez-vous le 14 février 1899, jour de Mardi Gras. Nathalie commande un fort seyant costume  de page en velours vert amande à la maison Landolf, se présente à son idole en messagère de l’amour envoyée par Sappho « pour servir sa divine beauté » – et tombe sous son emprise…

La suite, c’est une « histoire de baignoires » – celle où Liane « trempait comme une rose » ou celle du théâtre où Sarah Bernhardt (1844-1923) jouait Hamlet. Nathalie a obtenu sans doute bien plus qu’elle n’espérait de sa « fleur-soeur » et se retrouve de surcroît couchée sur papier dans Idylle saphique, le roman que Liane tira de leur histoire si peu commune – il est vrai que la Belle d’entre toutes les belles ne se « réduisait pas à un physique », à en juger l’esprit « vif et assuré » de ses lettres comme de ses livres…

 

« Quelle prostitution pour une fleur ! »

 

Après un mois d’une liaison sans nuages parcourue par « le frisson du Beau » et moult « joies d’âmes », rappelle dans sa préface Olivier Wagner, le conservateur du département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France qui a sorti cette correspondance inédite d’un long silence, « Nathalie connut encore la grande angoisse de ne pouvoir apercevoir son amante que dans des moments volés, devant aussitôt céder la place à une plus solvable clientèle »…

Ce qui les rapproche, c’est leur détestation de l’Homme – de la bête velue voire ventrue, « l’être le plus laid de la terre » mais si prompt à imposer son désir, comme l’exprime Nathalie qui souhaite avec Liane une vie qui ne serait pas « une suite de devoirs envers la bête pour la bête »… Car, c’est bien connu, « l’homme descend du singe et la femme des anges »…  Mais cette bête-là en haut-de-forme est un aliment complet pour Liane dont le quart d’heure est évalué à 120 000 francs or, bien sonnants et trébuchants – au moins ces animaux dorés sur tranche ont-ils le bon goût de convoiter cette beauté sur laquelle ils sont si peu assurés de leur empire…

Dès l’été 1899, Nathalie reproche à son ensorceleuse : « Tu peux pourtant te payer le luxe d’aimer les gens pour ce qu’ils sont, en dehors de ce qu’ils peuvent te donner. Tu ne vois pas cela et voilà pourquoi j’en veux tant à ta vie qui met tout dans une balance de fausses valeurs. »

Elle reproche aussi à celle dont la « lassitude ne connaît pas la résistance » de se sentir  « obligée de lui faire de la peine afin de faire plaisir aux autres » : « Tu vas encore livrer mon culte, ton fragile corps aux impies »… Et Nathalie soupire encore : « J’ai tant envie de te tenir tout près et de me pâmer d’extase en regardant la longue étendue frêle de ton corps, souple et replié, serpentin et exaspérant. Et la douceur de ton regard me donne envie de pleurer ! Lilly adorée, ta beauté me change en bête fauve et en apôtre. Je suis  divisée entre le désir de mordre et de me prosterner ! »

La belle Lilly, aguerrie par une décennie de haute courtisanerie, répond à son « rayon de lune », à sa « suave fleur de lin » : « Tu sais très bien que si j’avais de quoi vivre et pour toujours jamais un homme ne m’aurait touchée. Ta clarté n’est pas assez brillante ni sûre, Moonbeam, pour me guider en ligne droite ».

Le biographe des deux belles, Jean Chalon (dépositaire du legs de Nathalie Barney), souligne que Liane incarnait trois femmes à la fois : la courtisane, l’artiste (elle se produisait aux Folies-Bergères ou à l’Olympia) et la romancière.

Toutes deux appartenaient, rappelle Olivier Wagner, aux « cercles d’une aristocratie de l’argent dont les privilèges, loin d’être symboliques, les plaçaient très à part des autres femmes de leur temps » – pour leurs contemporaines, elles étaient des Olympiennes dont les portraits, voire les moindres pensées, faits et gestes étaient imprimés dans les gazettes.

Nathalie est la fille d’Albert Clifford Barney (1850-1902), héritier d’une entreprise familiale qui manufacture des wagons de chemins de fer, et d’Alice Pike (1857-1931), héritière d’une distillerie de whisky qui cultive ses talents d’artiste peintre. Selon les critères de calculs retenus, la fortune de la caste industrielle des Barney oscille entre 85 millions et 4 milliards de dollars – à la fin de sa longue vie aventureuse qui n’aura jamais été soumise à la « misérable loi de la nécessité », Nathalie dit n’avoir touché qu’aux intérêts de sa fortune, pas au capital… Elle n’en disposera qu’à la mort de son père, alors que s’achève la phase passionnée de sa liaison avec Liane qu’elle n’aura pu arracher à la courtisanerie. La relation (« je suis marquée tienne éternellement »…) se prolonge en tendre amitié propice encore à de « voluptueux engourdissements ». Elle  forge Nathalie en Amazone qui à son tour fait chavirer le Tout-Paris – elle tient dans l’entre-deux-guerres un salon très couru… Toujours, elle écrit à Liane, lui citant Shopenhauer : « On ne paie jamais trop cher pour l’expérience »…

 

La favorite des princes de ce monde …

 

La belle Liane naît Anne-Marie Chassaigne le 2 juillet 1869 à La Flèche au foyer de Pierre Chassaigne (1812-1891), ancien officier de cavalerie, et d’Aimée-Marie-Gabrielle Lopez.

La famille a quatre enfants et vit pauvrement sur la maigre pension (300 francs) du père qui apparaît à la petite Anne-Marie comme un « vieillard misanthrope » dont « la barbe piquait » et dont l’odeur de pipe la suffoquait. Dans ses mémoires, Mes cahiers bleus, elle écrit : « J’étais ardente et toujours attirée par les femmes, craintive et dégoûtée près des hommes ». A l’âge de sept ans, elle veut quitter sa famille pour l’écuyère  Annette Secchi, aperçue au cirque Bazola.

Au couvent des Fidèles Compagnes de Jésus, elle apprend « la bonne tenue » qui fera d’elle la favorite des princes de ce monde… Ses parents se hâtent de marier celle dont la jeune beauté fait tourner toutes les têtes : le 15 juillet 1886, elle épouse à dix-sept ans l’enseigne de vaisseau Armand Pourpe (1862-1892).

Sa nuit de noces et son accouchement sont un cauchemar – elle donne naissance, le 18 mai 1887, à un garçon prénommé Marc, qu’elle abandonne après une incartade qui lui vaut deux balles conjugales dans les fesses… Divorcée à vingt ans, elle gagne la capitale du monde, célébrée pour son plus bel article en vitrine : la Parisienne…

Accueillie au 34 rue de Chazelles chez la courtisane Valtesse de la Bigne (1848-1910) qui eut Napoléon III comme « client »,  elle devient Liane de Pougy – une allusion à sa sveltesse inaccoutumée de  cygne perdu  parmi les poules et autres dindes d’élevage – et à un château de l’Aube. Sur 80 000 « filles publiques », une quarantaine d’hétaïres souvent à particule, croqueuses de diamants, tiennent alors le haut du pavé. Sa protectrice l’initie à la haute galanterie :  bonnes fortunes et grands noms se bousculent au portillon – si Liane en  fait sa spécialité et fait payer l’homme très cher, elle « réserve ses soupirs les plus sincères aux dames » selon Jean Chalon.

Une Yulka Radziejowska subjuguée, « ex-baronne de Rothviller », la tient pour un « objet d’art » et l’introduit dans la noblesse d’Europe centrale. La cote de la beauté professionnelle, devenue stratosphérique, force le cercle très fermé des Quarante. « La presse » se fait l’écho servile de ses exploits de « grande horizontale de marque » – elle est notamment « Notre Dame du Gil Blas » (1) qui emplit ses Potins de Cythère de ses frasques…

Le librettiste Henri Meilhac (1830-1897) lui verse 80 000 francs-or rien que pour contempler son corps nu et l’introduit aux Folies-Bergères où elle présente un numéro de magie rose en collant noir avec des lapins blancs, fort applaudi par le prince de Galles…

En 1894, lors d’une tournée en Russie, elle joue la fée Urgèle dans Le Baiser de Bainville et Sylvie dans Le Passant de Coppée, prenant langue avec les grands-ducs, fort prodigues en diamants et fourrures, qui s’empresseront de la retrouver dans son hôtel particulier à Paris, fréquenté notamment par le banquier Bischofheim, le neveu du maréchal Mac-Mahon dont elle gobe la fortune,  Lord Carnavon (1866-1923) – et bien d’autres dont on ne donne que les initiales…

En 1893, elle décline une offre de mariage du maradjah de Kapurtala mais

épouse, le 18 mai 1910, le jeune prince Georges Ghyka (1884-

1945), neveu de la reine Nathalie de Serbie – et de 15 ans son cadet.

 

En lisant distraitement Le Gaulois, elle apprend que Marc, son fils oublié,

devenu aviateur, est mort au champ d’honneur le 2 décembre 1914…

 

A la mort de son princier mais décevant époux en avril 1945, l’ancienne « reine d’amour de l’Europe » se retire au couvent  à Lausanne, se rappelant toujours Nathalie « l’inconstante qui sait être si fidèle malgré ses infidélités » – le roman d’amour qu’elles se sont écrit à quatre mains tient toujours au coeur comme au corps…

 

Devenue soeur Anne-Marie de la Pénitence, elle rend l’âme le soir de Noël 1950 à l’hôtel Carlton de Lausanne – parfois, elle soupirait : « Nathalie aura été mon plus grand péché ! ».

Cette dernière tire sa révérence vingt-deux ans plus tard, le 1er février 1972, après avoir fait chavirer encore en son troisième âge inassouvi bien des belles fortunées, parallèlement à sa liaison au long cours avec la peintre Romaine Brooks (1874-1970).

Ses biens sont mis aux enchères le même jour que le grand lit Louis XV de Liane lors d’une mémorable collision mobilière dans les salons de l’hôtel Drouot – il arrive que des objets si riches de souvenirs et si chargés d’Histoire manifestent aussi leur âme…

 

Nathalie Clifford Barney & Liane de Pougy, Correspondance amoureuse, édition établie et annotée par Suzette Robichon et Olivier Wagner, Gallimard, 360 p., 24 €

 

 

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« … l’individu ne possède rien de ce qui constitue le monde, il ne peut que donner »

Albert Schweitzer

 

 

Le poète Albert Strickler livre le seizième volume de son Journal perpétuel entamé en 1994 – une  sorte de « machine à (dé)coudre le temps » dont l’entêtant cliquetis pourrait s’énoncer ainsi : « Je suis la Pénélope de ma propre absence »… Une oeuvre de longue haleine, lestée de doutes écrasants sur la vanité de l’entreprise tant livresque qu’autobiographique – mais la valse des aveux ne souffre aucune interruption …

 

 

« Le sot projet qu’il a eu de se peindre » disait Blaise Pascal (1623-1662)  de son prédecesseur le châtelain Michel Eyquem de Montaigne (1533-1592)  tout aboli dans ses Essais. Mais qui veut « employer » son temps plutôt que de le tuer s’en donne les moyens sans « ménager sa volonté » – et,de surcroît, fait indéfectible acte de présence sur tous les fronts de  « la culture »…

Le 29 janvier, « belle exposition Hélène de Beauvoir au musée Würth » – et fuite lors du vernissage, lors d’une si prévisible charge de sangliers sur des « nourritures terrestres » pour le moins dénaturées : « Fuite due au souvenir de vernissages précédents, où la ruée sur le buffet des traditionnels pique-assiette, dont certains huppés !, et les commentaires entendus – snobinards et/ou convenus – entre les tintements de verre des toasts portés au vide, m’avaient littéralement écoeuré. »

Est-ce le « prix à payer » pour une ubiquité culturelle vaillamment tirée à quatre roues motrices par monts et par vaux en toutes saisons alors que le corps et l’âme aspirent à une toute autre qualité de présence à soi ?

Mais montée régénérante chez Claudie Huntzinger à Bambois le 8 février pour la conception de son prochain livre « de grand air », L’Affût ou comment je me suis transformée en cerf.

En 1965, Claudie et Françis Huntzinger s’étaient installés dans une bergerie des Hautes-Vosges pour vivre en-dehors des contraintes du monde industriel d’alors. Tour à tour bergers, tisserands, artistes et bouquinistes, ils ont « fabriqué des pages d’herbes, des livres en foin, des bibliothèques en cendre » – et exposé à Colmar, Paris ou Montréal, en inspirant deux générations depuis la parution de Bambois, la vie verte ( Vivre/ Stock 2, 1973).

 

Autoportrait du poète en « jeteur d’éponges »

 

Parfois, il suffit d’un message reçu d’une lectrice : « Grâce à votre journal, je tiens » – et le diariste de se rappeler : « n’ai-je pas écrit naguère que si je tenais un journal, il me tient tout autant »…  D’autres lui déclarent bien : « Vous êtes sur mon chevet ! »

En écho, cette citation de Michel Onfray : « Le haïku nous écrit bien plus que nous ne l’écrivons. Il nous oblige à être aux aguets de l’infime. Il nous apprend aussi que l’infime nous guette. Ou que l’absence est une présence. »

Et une mine de titres pour de prochains volumes du Journal perpétuel rien que dans ce passage…

Le 17 mars, « vivifiante rencontre » à La Ligne bleue avec René Frégni dont Annick Geille aime tout particulièrement dans son Salon littéraire (le site créé par Joseph Vebret), le petit dernier, Les Vivants au prix des morts – et douloureux rappel sur « les prix littéraires pipés, les trois arrondissements parisiens où se joue – ou se truque ? – la vie culturelle de notre pays »…

Rencontres avec l’ami Jean-Paul Klée, le signataire de la vibrante postface du Journal, qui lui recommande de tenter sa chance auprès de Claire Paulhan qui « serait prête à publier » l’intégrale du Journal quotidien de Jehan-Rictus, né Gabriel Randon (1867-1933) – dont un premier volume de plus  de 400 pages vient de paraître : il s’étend du 21 septembre 1898 au 26 avril 1899 et porte en guise de sous-titre : « La question du pain à peu près résolue, restent le loyer, le pétrole et l’amour »…

Les années s’enchaînent avec leur cortège de soucis de santé, d’arrachements et d’enterrements d’amis (Nadine, Fernand et Pascal). Justement, un poème de l’ami Michel Fuchs revient en mémoire : « Ne venez pas le jour de mon enterrement/Le cortège trouvera son chemin tout seul »

Doutes lancinants sur cette inconscience sacrificielle qui pousse à s’abîmer dans un écran « à la façon dont une mouche va s’immoler dans la vasque sacrificielle d’une lampe halogène »…

Questions pertinentes de Philippe Lutz. La première concerne l’aventure du journal suspendue à l’acceptation  de ses limites : « Ne contient-il pas trop de plaintes ? »

La santé fuit de toutes parts comme le temps mais le texte du corps doit poursuivre  vaille que vaille sa transmutation en corps du texte jusque dans l’ébranlement de ses assises premières … Même les cendres d’un avenir vidé de ses promesses se recueillent et palpitent  – ainsi se nourrissent les bonnes terres arables et leurs moissons, ainsi l’arbre trouve-t-il son humus – comme le poète, des racines à la cime… Justement, Ludimilla Podkosova-Fermé signe dans Poésie première un portrait d’Albert Strickler en « poète des cimes »… Voilà qui aide à « rester l’homme qui marche, vers la Source comme vers sa propre évidence »…

L’autre question porte sur l’accès au Tourneciel : « Pourrais-je y séjourner encore longtemps ? »

Vivre « au-dessus du brouillard » a son prix – surtout en hiver, quand on avance en âge dans l’implacable vérité de l’écriture et que les livres ne font plus qu’épaissir les murs du chalet dont ils dévorent l’espace vital  …

Se pose aussi la question de l’équilibre entre une vie de poète, de diariste et d’éditeur – sans compter toutes les vélléités romanesques… Il arrive qu’un « pêcheur d’étoiles » se fasse « jeteur d’éponges », en lâchant une prometteuse « poiêsis » pour l’ombre d’une autre, au débit bien plus torrentiel…

Il y a les bonheurs de l’éditeur : rituel du champagne avec Jean Chalon dont il a publié Ultimes messages d’amour (Prix Maurice Genevoix – ville de Garches) – nous  devons au journaliste-biographe (un autre élu d’Annick Geille) le vibrant souvenir de ces grandes dames d’une époque que l’on aimerait à croire si Belle, et tout particulièrement de sa grande amie Nathalie Clifford Barney (1876-1972) consumée d’amour pour la haute courtisane Liane de Pougy (1869-1950), dont les multiples talents en faisaient le plus bel objet de la chronique mondaine d’alors…

« Merveilleux retour » de Jean-Paul Sorg après lecture du dernier recueil du poète-diariste, Le Diamant et le duvet, « dans la mesure où il y fait écho avec un passage de son cher Albert Schweitzer sur un… flocon de neige « qui brille dans la main et qui est vie, manifestation de la vie » – ça vient d’un sermon du 16 février 1919…

La leçon enseignée par le flocon de neige ne se perd jamais dans le blanc inassouvi de la page – et ne fond pas dans sa clarté trouant le vide… Danser avec les flocons pour ne pas toucher terre ni fondre en boue – se jeter au ciel jusqu’à se sentir pousser des ailes ? La parole s’affole toujours autour de la question du vide qu’elle ne peut s’empêcher de mesurer d’un bord à l’autre du livre – ou de la vie hors livres…

« Pouvoir dire que ma vie n’aura été qu’un lâcher d’anges ! »

En toute vie balbutie le Verbe – en chacune s’impatiente l’infini jusqu’à la naissance du livre. Celui qui les dirait tous en rendant enfin lisible la coulée du temps aboli dans le dire et le déjà joué d’un univers si attentif à notre présence d’esprit, du premier ou du dernier mot jusqu’au dernier souffle. Ainsi le diariste, le journalier du temps qui passe se donne-t-il une règle de vie dans ce qui s’écrit à travers lui.  Et le poète interroge-t-il son reflet dans ce que l’univers retiendra de lui – ou pas.

 

Albert Strickler, Le coeur à tue-tête, Journal 2018, éditions du Tourneciel, 456 p., 20 €

Claudie Hunziner, L’Affût ou comment je me suis transformée en cerf, éditions du Tourneciel, 20 €

 

Paru dans les Affiches-Moniteur du 28 juin 2019

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Le Cantique des cantiques, l’un des plus beaux chants d’amour de la littérature universelle, fait l’objet de nombreuses exégèses, interprétations et traductions. Jean-Yves Leloup en propose une traduction commentée qui  révèle tant les abîmes que les pics ontologiques de ce chef d’oeuvre de la littérature hébraïque ancienne.

 

Le Cantique des cantiques, long poème de cent dix-sept versets composé voilà plus de deux millénaires, est sans doute l’un des textes les plus traduits, les plus commentés – et les plus inspirants.

De célèbres couples artistiques comme Alain Baschung et Chloé Mons en ont fait une « histoire d’amour et de musique » à eux, l’enregistrant ensemble en studio et le portant sur scène (2001). Irène Papas l’avait récité sur l’album Rapsodies de Vangelis (1986) et Rodolphe Burger l’avait mis en musique pour une lecture à la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg (2016).

Ce « chant des chants » célébrant le désir mutuel et l’union de deux amoureux, a sans doute été écrit vers 450 avant l’ère chrétienne. Certains l’attribuent au roi Salomon, d’autres à un compilateur inconnu – voire à une femme…  Docteur en théologie, philosophie et psychologie, Jean-Yves Leloup en propose à la fois sa vibrante traduction et son  commentaire à l’érudition ondoyante :

«  Il est de Salomon ou « pour Salomon », d’après les analyses stylistiques (présence de termes perses, grecs et araméens) qui règna en Israël de 968 à 928 (…) Le mot shalom à l’origine du mot Shlomo (Salomon), l’homme en paix, veut dire « l’homme entier ». Nous ne sommes pas en paix tant que nous ne sommes pas entiers ; être spirituel sans être charnel, être charnel sans être spirituel, être une moitié de soi-même. Le Cantique des cantiques est peut-être une invitation à reconcilier ces contraires ou à découvrir qu’en YHWH/Dieu ou dans l’amour, ils n’ont jamais été opposés et c’est de cette intégration, shalom/paix, que l’archétype du sage, Salomon, témoigne. Le chant des chants, la révélation de l’essence de l’être, n’est donné qu’à l’être humain accompli qui, en réalisant « la coïncidence des opposés, s’approche de la Sagesse et de la paix. »

Les exégèses du Cantique des cantiques se succèdent au fil des siècles, qu’elles soient chrétiennes, juives ou profanes. Les interprétations vont d’une lecture littérale d’un poème érotique à la proclamation de l’union de l’âme avec la divinité ou du peuple d’Israël avec son  Dieu.

Au XIIe siècle, le mystique franciscain Jacopone de Todi déplorait que « les hommes n’aiment pas assez l’amour ». De quel « amour » s’agit-il ?

Si le Cantique des cantiques parle d’amour, cette « expérience fondamentalement positive de l’être humain » (Edgar Morin), il ne s’agit certes pas de nos amours transitoires qui naissent et meurent entre étrangers intimes voués à leur effacement… Mais peut-être de l’Amour où se ressourcer – celui qui accomplit son Grand Oeuvre à travers nous comme un appel à la transformation qui nous délivre de nos limites pour s’étendre et se prolonger « droit au coeur du monde »…

 

Le Secret des secrets

 

D’évidence, le Cantique ne prétend pas dire « ce qu’est l’amour » ni délivrer un savoir amoureux alors que l’inadéquation fondamentale s’avère la condition humaine même. Au carrefour des traditions babyloniennes, égyptiennes, proche-orientales et syriennes, il propose une aventure (« l’aventure de toute vie humaine avec ses rencontres » et ses rendez-vous manqués, aussi) et un chemin, vécus comme « une traversée des distances et des abîmes qui différencient un toi et un moi ».

Jean-Yves Leloup invite à le lire « comme un paysage avec ses alternances de pics et de vallées ou comme un corps que l’on ne caresse pas de la même façon de la tête aux pieds » : « Le Cantique des cantiques, plus que tout autre texte ou « corps scriptuaire », est un « texte à caresser » – il invite à devenir voyant, parfaitement éveillé, dans cet état de disponibilité et de veille émerveillée au sein d’un univers intelligent où il ne s’agirait plus d’être étrangers les uns aux autres mais pleinement conscients d’être engagés dans un même devenir.

En son temps, Carlos Suarès (1892-1976)  traduisait à sa manière ce « Chant des chants » en « résidu des résidus », invoquant les lumières de l’alchimie : « il s’agit de ce qui reste quand tout a été passé par le feu, ce qui reste quand il ne reste plus rien. « Quintessence des quintessences », le Chir ha Chirim nous conduit vers le « secret des secrets », l’essence de notre essence »…

Bien évidemment, « l’Amour est le « secret des secrets » – « c’est YHWH/Dieu lui-même, amour en hébreu se dit Ahava, aleph he het he, dont la valeur numérique est 13 » – il conduit vers le mystère de notre être et une connaissance intérieure, tournée vers l’autre comme vers une autre réalité qui tisse dans la trame du temps fini comme un motif d’absolu et d’éternité…

 

Comme un pommier

Entre les arbres

Tel est mon Bien-Aimé

Parmi les hommes

A son ombre

En désir je me suis assise

Son fruit est doux à mon palais

(Chant II)

 

Tout dépendrait-il de la façon de « croquer la pomme » sans séparer la sexualité de la connaissance ? « Consommer ou communier », là est toute la question : « Ce qu’on appelle la chute, c’est la chute d’un état de communion  dans un état de consommation. Ce que l’on appelle le paradis est un état de communion ; on communie à la Présence de l’Etre à travers tous les êtres respectés et aimés comme théophanies, comme manifestations visibles de l’Invisible »…

Serait-il possible de vivre « comme si l’Infini n’existait pas, comme s’il n’était pas le fond et le sens même » de notre existence ? Comment, dans un monde factice, à réalité plus qu’optionnelle, sursaturé de « réponses » comme de « solutions » non sollicitées, vivre dans son évidence ce mystère-là ?

Au fond, ne sommes-nous pas « ce que nous cherchons » ? S’agit-il de voir la Vie ou « seulement » les apparences éphémères qui la manifestent ? Parfois, « il arrive au regard éclairé par l’amour de « voir » cette Vie invisible dans le visible, et d’être émerveillé par la splendeur de son apparition »… Suffit-il d’emprunter ce « chemin d’amour partagé » pour l’accomplir jusque dans son ultime pas de côté – celui qui consiste à « desserrer son étreinte » et à « rendre à l’autre sa liberté » ?

L’amour vrai ne résiste-t-il pas à tous les changements d’apparences, de formes voire de « vérités » ? Si on peut vivre sans « pourquoi », peut-on vivre sans « pour qui » ni « sans Toi » dans un désentravement de la sphère privée et des illusions de la « possession » ?

Le fondateur de l’Institut pour la rencontre et l’étude des civilisations ainsi que du Collège international des thérapeutes souligne : « Le Cantique nous révèle que l’amour, c’est la grâce de vivre pour quelqu’un, et c’est pour cela qui donne sens et saveur à notre vie, c’est une relation sans cesse à entretenir, oui, entre-tenir, tenir ensemble, à ce qui est « centre » (…) Les sages taoïstes disaient déjà que la terre ne vit pas pour elle-même, elle vit pour le ciel, de même ne vit pas pour lui-même, il vit pour la terre. La terre est tournée vers le ciel, le ciel est tourné vers la terre et l’être de l’homme se tient au milieu, il est leur rencontre (…) L’Etre en soi et pour soi, c’est « l’être-pour-la-mort » : l’être pour l’autre, l’être pour l’amour et par l’amour, c’est l’être pour la Vie qui ne meurt pas, la Vie éternelle. Il n’y a pas que l’amour qui ne meurt pas ; ce que l’on a donné, nul ne peut nous le prendre. Une vie donnée, la mort ne peut nous la prendre, peut-être n’avons-nous le choix qu’entre une vie donnée et une vie perdue. »

La raison d’être de l’homme est-elle de « faire, de produire et d’accumuler avoirs, savoirs et pouvoirs » ? Jean-Yves Leloup rappelle sa « mission » – celle qui consiste à « être de plus en plus proche de Celui qui est l’Etre même » et de « faire un avec Lui » dans la conscience d’une communauté de destin avec ses semblables et de ce qui se manifeste à chaque rencontre.

Jean Giraudoux (1882-1944), auteur d’une pièce sur le « même t’aime » (1938), écrivait : « Les seules constellations qu’on voit du ciel sous les feux des couples humains ». Tous ces foyers et ces buissons ardents d’humanité convergeront-ils vers une « civilisation de l’intensité » enfin faite pour l’homme ? Une civilisation numineuse capable d’éclairer la grande nuit du monde ouverte sur la perpétuelle invention des possibles dans l’ici et le maintenant de la rencontre ?

Jean-Yves Leloup, Le Cantique des cantiques – la sagesse de l’amour, Albin Michel, 300 p.

 

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