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Archive for the ‘L’Alsascope’ Category

Après un travail conséquent sur la Neustadt au service Inventaire du patrimoine de la Région (2006-2017), Marie Pottecher dirige désormais le musée alsacien.

 

Le XIXe siècle savait cultiver sa mémoire.

Cela lui vaut de se prolonger dans notre présent à travers les institutions qu’il nous a léguées – celles notamment qui prospèrent dans nos paysages urbains où il se renouvelle par le regard posé sur lui.

C’est ainsi qu’une jeune médiéviste, Marie Pottecher, a redécouvert le visage de sa ville natale de Strasbourg au cours d’une féconde décennie au service Inventaire du patrimoine en travaillant sur la Neustadt : celui d’une ancienne capitale impériale qui n’était pas seulement d’avant-garde comme laboratoire d’urbanisme mais aussi une « ville de référence en matière sociale » – voire une cité résolument en avance sur les métropoles régionales de l’Hexagone telle que les soldats français entrant en Alsace l’ont découverte, en 1918, avec ses réseaux d’adduction d’eaux, d’électricité, son université, sa gare centrale et ses caisses d’assurance sociale. Sans oublier son Ecole municipale des arts décoratifs et son musée alsacien, créé juste une décennie auparavant, où s’est s’affirmée une forte identité régionale…

 

 

 

« L’œuvre d’art comme source d’histoire »

 

Marie Pottecher est née à Strasbourg et assume ses origines alsaciennes, mais aussi lorraines, auvergnates et parisiennes… Son père, Thierry, est l’un des éminents professeurs de la Faculté de médecine et sa mère, Betty, est médecin au Centre Paul Strauss…

Dans sa ville natale, elle étudie l’histoire, l’histoire de l’art et l’archéologie – un triple cursus propice à une féconde confrontation des savoirs. Elle travaille avec les professeurs Jean-Michel Mehl et Roland Recht qui dirigent son mémoire de maîtrise sur Le mécénat de Jean de Bourbon, abbé de Cluny, au XVe siècle.

Immergée dans un milieu familial de haute culture, la jeune historienne avance dans ses études avec la conviction forte que toute œuvre d’art est un foyer d’énergie et de croisement d’expériences décisives, avec ce qu’il faut parfois de force insurrectionnelle pour faire sens à son époque comme dans la nôtre où elle s’inscrit dans la ligne d’un temps de plus longue durée pour nous interpeller : « L’œuvre d’art est un objet d’étude approprié pour comprendre la relation de l’homme avec son univers. »

Elle étudie successivement à Strasbourg, Lyon (master 2 Patrimoine, 2000-2001) et Paris (Ecole du Louvre, Sorbonne et Institut national du Patrimoine, 2001-2006).

En 2002, elle est titulaire du concours d’animatrice du patrimoine et d’attachée de conservation, et prend son premier poste à la Ville de Bar-le-Duc : « J’étais à la fois animatrice du patrimoine et responsable du musée barrois. C’était comme une plongée dans une confrontation avec le réel, j’ai du apprendre à gérer un budget et une équipe, à présenter des projets au conseil municipal… »

Fin 2004, elle réussit le concours de conservateur et intègre l’Institut national du patrimoine à Paris.

L’automne 2006, elle est nommée conservatrice, adjointe à la chef de service de l’Inventaire du patrimoine de la Région Alsace. Elle quitte son objet d’études, le Moyen Age, pour le XIXe siècle – mais non sans avoir dirigé un livre de référence, 1400 : L’Alsace au cœur du Moyen Age (éditions Lieux-dits, 2008).

Elle travaille sur l’histoire de l’urbanisme, d’abord celle de la ville de Schiltigheim puis celle de la Neustadt (2011) – cette ambitieuse vitrine qui allait faire de Strasbourg la capitale d’un nouveau territoire…

En 2012, après le départ de Frédérique Boura, elle prend la direction du service de l’Inventaire du patrimoine : « J’ai travaillé sept ans sur des questions d’urbanisme entre la France et l’Allemagne. Ce qui m’a toujours guidée, c’est de vouloir comprendre une société à travers une œuvre matérielle, à travers ses réalisations… ».

 

La postérité d’une Belle Epoque

 

Nos perceptions du XIXe siècle ne sont-elles pas marquées par la vision que ses acteurs avaient d’eux-mêmes et par l’image réfléchie de ce « nouveau monde » dans les moyens de communication qu’ils ont mis en place – dont sa presse de masse ?

Le souvenir de ce long siècle de « mémoire organisée » est hyperdocumenté par ces moyens de communication et par les innombrables traces écrites qu’il a laissé : « Il y a des kilomètres linéaires de documents. Il est impossible de les exploiter tous et il a fallu mettre en place un protocole de recherche bien défini. L’image que l’on peut avoir d’une Neustadt bien pensée, programmée voire idéologisée s’estompe devant l’évidence d’une démarche très pragmatique qui s’est accomplie presque pas après pas…»

S’agissant des grandes avenues de la Neustadt, l’on n’a pas manqué d’évoquer l’ « hausmannisation » de Strasbourg. Mais, comme le rappelle Marie Pottecher, l’extension de Strasbourg menée par le Strasbourgeois Jean-Geoffroy Conrath, architecte de la ville, et par ses successeurs (Johann Karl Ott, Fritz Beblo et Paul Dopff), a été très respectueuse du bâti, de la nature et de la population : « Cette période, présentée comme très autoritaire, a le souci de ménager l’avis de la population. Les autorités engagent des rénovations après concertation avec les comités de résidents. Le maire et l’architecte de la Ville ont dû composer avec cela et le résultat est là… Les édiles toujours en éveil et en recherche n’ont pas hésité à aller voir ailleurs ce qui se passe, elles ont manifesté une ouverture d’esprit remarquable pour faire de Strasbourg non seulement une grande ville mais aussi une ville de référence en matière sociale… »

Parmi les monuments remarquables de cette période, elle cite bien sûr les Bains municipaux, mais aussi l’immeuble de la Caisse sociale d’assurance-maladie (au 12 rue de Lausanne) édifié en 1912 par Gustave Oberthur, les logements sociaux de la cité Spach, du Katholischer Bahnhof ou, hors Neustadt, de la Cité Siegfried (Neudorf) et, bien sûr, les maisons de la cité-jardin du Stockfeld : « Strasbourg dispose d’un patrimoine de logements sociaux dont bien peu de villes peuvent se targuer… La ville a été pionnière pour sa politique sociale et d’hygiène, pour ses réseaux d’adduction d’eaux par rapport à la France…»

Pour réaliser son extension, la Ville s’est endettée dès 1875 de 17 millions de marks – non, les Français n’ont pas tout payé en « dommages de guerre » : « Le maire Otto Back a été très attaqué pour cette raison. Il a acheté les terrains des fortifications Vauban, qui appartenaient à l’armée… »

Ville fortifiée, Strasbourg était supposée se défendre par ses ouvrages hérités de Vauban contre « l’envahisseur venu de l’est »… Ces ouvrages rasés, les terrains étaient libérés pour l’agrandissement d’une ville, désormais défendue par une nouvelle ceinture de forts à l’ouest, qui prend ses aises de capitale impériale autour de sa Kaiser Platz… C’est ainsi que Strasbourg est devenue, selon l’expression de l’historien de l’architecture François Loyer, « la plus belle ville allemande de la fin du XIXe siècle »…

Au fil de ses pas dans le « quartier allemand », le piéton passe ainsi du Jungendstil berlinois ou viennois au néobaroque, au néoclassique voire au néogothique – comme celui de l’église Saint-Paul où il a pu admirer l’exposition « La Neustadt de Strasbourg, laboratoire urbain/1871-1930) » (du 29 septembre au 10 décembre 2017) qui constitue la restitution finale de l’étude menée par l’Inventaire général du patrimoine culturel (IGPC) de la Région Grand Est et défendue par Marie Pottecher :

« Je suis heureuse d’avoir pu vivre une mission aussi enthousiasmante. J’ai eu le sentiment d’un changement de regard de la postérité sur cet héritage. Bien sûr, il y a eu la labellisation de l’Unesco et bien d’autres bonnes raisons à cela. Mais ce travail sur le passé a permis aux générations d’après de se l’approprier – ou du moins de s’approprier cette partie de son histoire comme un fondement de la culture française et alsacienne… »

 

Le musée alsacien : un potentiel à actualiser

 

Depuis novembre, Marie Pottecher dirige le musée alsacien.

Elle compte bien ouvrir l’établissement dédié aux arts et traditions populaires à des projets résolument contemporains et à des créateurs bien d’aujourd’hui : « Le Musée alsacien est très apprécié par les touristes et la population locale y est très attachée. Pourquoi ne pas en faire un acteur à part entière de la vie strasbourgeoise, y rassembler les communautés ? Notre région compte un riche tissu de créateurs, qu’ils soient issus de la Haute Ecole des Arts du Rhin (HEAR) ou d’autres filières. Sans oublier les créateurs venus d’ailleurs… Ce n’est pas seulement un musée du passé, ce n’est pas le conservatoire d’une identité repliée mais ce qui nous permet de réfléchir aux autres, à notre appartenance au territoire : ça veut dire quoi, être Alsacien ? Ceux qui s’y retrouvent ont envie d’y faire des choses…»

Longtemps, les Strasbourgeois avaient la réputation d’ignorer l’existence de leur ville allemande. Dans les années 90, les premières mesures de classement aux Monuments historiques de certains de ses édifices ont contribué à la réhabiliter. A commencer par le classement du Palais du Rhin, l’ancien palais impérial, qui avait échappé de peu à la démolition en 1954 grâce à l’intrépide ténacité de Maurice Roche, alors secrétaire général de la préfecture de région… C’est là, au service de l’Inventaire du patrimoine, qu’une jeune conservatrice a œuvré pendant plus d’une décennie à la connaissance d’une Belle Epoque, grande époque de l’historicisme, qui a allègrement archivé, muséifié, patrimonialisé – et jeté vers son propre passé des passerelles que nous empruntons toujours…

 

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Le slam compte à Strasbourg ses fines lames, ses lâchers de poètes en scènes ouvertes et ses événements dont Lucie Rivaillé et Florent Schmitt sont les organisateurs. Leur mot d’ordre : oralité, convivialité, écoute et partage.

 

Le printemps ne fait certes pas seul le poète : en toute saison, l’Hexagone est saisi par une véritable fièvre poétique qui fait bondir un genre hors de la page, signant son retour en grâce – et ce, en risquant de nouvelles dynamiques d’échange… Désormais, la poésie, mise en voix et en spectacle, est à la fête et se vit comme un véritable sport de combat collectif… Dans les bars, théâtres et autres sites, les rimes fleurissent et enflamment tant les auteurs en transe qui montent sur scène que les amateurs transis. Les auteurs qui ne savent plus où donner de la plume ou de la voix gagnent également une nouvelle visibilité grâce à une foison d’initiatives orchestrées par les ministères de la culture, de l’éducation nationale, les collectivités locales – ou par de fervents pratiquants…

Tandis que l’offre poétique s’élargit à une centaine de revues rebondissant sur le net, une internationale de la poésie semble avoir pris corps avec les premières manifestations de slam, cette nouvelle tchatche, née à Chicago où elle est pratiquée en « tournois » depuis les années 80, jusqu’à la génération actuelle, héritière de la performance et du mélange des genres : les digital natives lèveraient-ils la tête de leurs écrans sans visibilité pour faire entendre cette voix intérieure créant son espace de liberté dans la langue commune ?

 

 

 

La raison poétique en partage

 

Cette nouvelle génération de poètes, née dans la société de l’image, serait-elle en train de renouveler la poésie en la transformant en spectacles interactifs ? Lucie Rivaillé et Florent Schmitt y sont pour beaucoup à Strasbourg, dans leur pratique articulant nouvelle oralité, travaux langagiers des oulipiens, improvisations, arts de la scène et flirts avec d’autres muses.

Après la faculté de philosophie à Bordeaux, Lucie Rivaillé (alias U-Bic) se sent aimantée par le pouvoir des mots, tel qu’il peut être restitué par l’oralité. Elle arrive durant l’été 2006 à Strasbourg : « Je suis vraiment devenue active en montant en 2007 l’association Oaz’Art dédiée à la poésie et à l’oralité. Nous avons mis en place des ateliers d’écriture, travaillé la déclamation, monté des scènes slam à thème et des tournois poétiques. Pour compléter mon travail dans l’oralité, je suis allée vers d’autres disciplines comme celles de la scène, en suivant notamment une formation de clown de théâtre… Il s’agit d’aller sur l’immédiateté, l’improvisation… Le 18 avril dernier, notre scène ouverte accueillait aussi des dessinateurs et illustrateurs au Kitsch’n bar…»

Au piano, elle met très tôt ses textes en musique avant de répondre à l’appel d’une poésie à ciel ouvert : « J’ai tout de suite été dans l’écriture de mes textes, sans trop me laisser influencer par des lectures… Mais je me suis senti à l’aise dans l’univers de Pablo Neruda et de Raymond Queneau, surtout ses poèmes parlés. J’ai été intéressée par l’art de la déclamation poétique – plus que par la publication… On oublie toujours que la poésie était populaire. Nous sommes les derniers à ramener la poésie dans les bars, en encourageant les auteurs à proposer la leur en partage. Nous envisageons la poésie en termes de partage de textes, pas de spectacle… »

Alors président de la toute jeune association Littér’Al, l’écrivain Pierre Kretz assiste à une soirée slam au Kitsch’n bar et lui propose d’en faire partie : « Il m’a proposé de faire partie du conseil d’administration, puis je suis devenue trésorière. Dès le premier événement de Littér’Al à Selestat en février dernier, le slam a été présent. Litter’Al donne aux auteurs une plus grande visibilité et les rend plus actifs. C’est une belle initiative de rassemblement car les auteurs sont trop solitaires et démunis devant leur écran… »

Le slam est né d’une idée du poète Marc Smith, par ailleurs entrepreneur en bâtiment et travaux publics, qui entendait rendre les lectures poétiques moins élitistes et moins compassées : « Pour lui, la poésie ne ment pas et il avait le sens de l’oralité, tout comme ses ouvriers sur les chantiers. En 1986, il a créé à Chicago le premier événement slam populaire. Slam poetry signifie « tournoi de poésie ». Il s’agissait de revenir aux joutes verbales médiévales, de susciter la performance sur le mode ludique de la rencontre et de motiver même les plumes les moins aguerries. Un jury est désigné pour décerner des notes et voter, ce qui pose d’emblée le côté absurde de l’événement, car la poésie évidemment ne se note pas… Depuis, la formule a cartonné et a débarqué en Europe en 1993. La France était plus réfractaire aux notes mais l’important, c’est de faire œuvre et que ça exalte… »

 

En vers et pour tous…

 

Donc, avec Florent Schmitt, elle fait descendre l’art poétique dans la rue, le fait entrer dans les bars – ou monter sur scène… Natif de Weyersheim, Florent a fait des études d’arts plastiques et soutenu une thèse de doctorat sur le thème de l’art et du jeu. Aujourd’hui animateur jeunesse pour la Fédération des MJC d’Alsace, il contribue à la création d’un vivier d’auteurs régionaux se dédiant à cet art désormais polymorphe et bien moins hermétique qu’au temps de Stéphane Mallarmé, lequel ne comptait que quarante lecteurs : « J’ai surtout lu des textes d’artistes qui écrivaient de la poésie. J’ai rencontré Lucie voilà dix ans à La Grotte, rue des Juifs, l’un des premiers lieux strasbourgeois dédiés au slam. Puis on a fait les Cycleux, le Troc Café, le Diable bleu et la Mine, le bar associatif des Arts décoratifs. Il faut que la poésie soit vivante. Nous avons créé des espaces de rencontre pour la partager et la faire résonner dans un maximum de lieux ouverts, avant d’être accueillis au Kitch’n bar, notre ancrage. Les compétitions ont lieu à l’Iliade et à la Vill’A (Illkirch-Graffenstaden). Le but, c’est d’encourager les gens à écrire, à les faire se reconnaître les uns par les autres, à faire découvrir des auteurs de leur vivant… C’est bien plus nourrissant de faire pratiquer un art que de consommer des créateurs seulement en volume. L’important, c’est de s’aimer soi-même, d’aimer ce qu’on fait et d’aimer les autres à travers ce qu’ils font…»

Serait-ce la réinvention d’un « vivre ensemble » par la grâce d’une nouvelle oralité, de nouvelles sonorités – ou par un retour au son, à la source vive et au chant intérieur tel que chacun peut l’éveiller en lui-même ? Cet art de proximité éprouvé confronte chacun à un vécu de la poésie depuis François Villon voire l’avènement des religions du Livre … Précisément, l’avenir du livre ne passerait-il pas par l’oralité, le spectacle vivant et la proximité vibrante ? Le poète n’est-il pas engagé dans le monde, en célébrant fragile et vivante incarnation d’une parole poétique en résistance contre la dévitalisation d’une langue réduite à la « communication » voire à l’insignifiance ?

Après tout, il n’y a pas de genre qui supporte plus mal la langue de bois, le bavardage, la ritournelle ou le slogan que la poésie. Au tableau d’honneur des bonnes ventes livresques, Prévert l’emporte avec ses Paroles (plus de deux millions d’exemplaires vendus) devant Apollinaire (plus d’un million d’exemplaires vendus d’Alcools). Et le cercle des poètes qui ne résignent pas à disparaître n’en finit pas de s’élargir à tous ceux qui veulent juste entendre ou écrire des mots, des vrais, capables de dire le vrai de l’humain ou d’agir comme un baume sur les fêlures et les tarissements d’une civilisation essoufflée… Davantage homme orchestre dégourdi que marginal « maudit », le poète du XXIe siècle abat les cloisons artistiques pour vivre des intensités communielles dans un univers poétique en expansion continue – aussi loin que peut l’entrevoir son insatiété d’être refusant l’écrasement par l’illusion de l’avoir dans un monde vivant sa chute au ralenti.

 

Slam prêt à l’emploi tous les 3emes mardis du mois au Kitsch’n bar, 8 Quai Charles Altorffer à Strasbourg

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Le peintre bulgare Valeri Tsenov a exposé à la galerie BW Collection du 14 mai au 14 juin et fait souffler un vent d’art sur Strasbourg en transposant en leurs équivalents plastiques des harmonies universelles comme pour rajeunir le vieil art de peindre…

 

Sur quoi sont bâties les civilisations, si ce n’est sur des fondamentaux comme « la beauté », « la justice », « l’ordre » ? L’art de Valeri Tsenov (il signe « Valer ») éclaire ces notions capitales, tout comme celles de « nature », de « création », de « forme » – et bien entendu de « civilisations », à commencer par celles des Balkans et d’une antiquité thrace magistralement revisitée… C’est un art dont la complexité et la nécessité extrême refuse de se laisser déposséder de ses enjeux poétiques et métaphysiques pour gagner toute son ampleur en demeurant, en son essence, « trace sensible » dont la qualité esthétique établit d’emblée sa reconnaissance comme « œuvre d’art »…

La peinture n’est pas faite que de pâte, de couleurs et de glacis mais aussi et surtout de style – et la sienne manifeste tout à la fois une expérience esthétique, une expérience de l’âme et une vision s’abstrayant du sujet imageant pour embrasser  l’infinité humaine et poétique d’un Univers qui consentirait à tenir dans ses toiles comme pour y prendre conscience de lui-même.

S’il fallait chercher à établir un statut ontologique de l’œuvre d’art, les tableaux de Valeri Tsenov réalisent, dans leur maîtrise narrative, la fusion de ces deux modes d’existence des objets artistiques : l’immanence (présence tangible) et la transcendance (son idéalité) – comme pour réconcilier l’âge de l’image envisagée comme réceptacle du sacré et celui de l’art considéré comme expression du Beau, entre l’imago et « l’œuvre d’art ».

Dans l’économie esthétique de l’aérien, du terrien et de l’océanique qui s’y déploie, chaque détail ajoute un supplément de sens métaphysique au tableau, révélant ce pouvoir sur le visible qui ne le laisse pas déborder : anthropologues, archéologues ou astrophysiciens pourraient voir dans sa peinture ce qu’ils voient dans les vestiges de civilisations disparues ou à travers leur télescope scrutant l’Univers…

Choisi pour représenter la culture de son pays lors de la présidence bulgare du Comité des ministres au Conseil de l’Europe (novembre 2015-mai 2016), Valeri Tsenov est un familier des expositions internationales dont à Strasbourg (Mondes retrouvés à l’Aubette, du 7 au 28 avril 2016) où il fait souffler un vent d’art, assurément régénérant, contre un temps de régression où il n’y a plus rien à transgresser ni à transcender. Mais l’art n’est-il pas refus de la capitulation ?

Dans le cadre de l’exposition « Est-Ouest : fenêtres du temps », son univers entre en résonance sensible avec l’abstraction poétique du peintre Jacques Lamotte comme en réponse croisée aux doutes accompagnant toute activité créatrice – et à la double question : qu’est-ce qui pousse un homme à donner une œuvre au monde, qu’est-ce qui fait monde dans une œuvre ?

 

De Plodiv à Strasbourg : les vérités de la palette

 

Valeri Tseunov vient de Plodiv, la « ville des peintres » qui est aussi la capitale culturelle de la Bulgarie, la future capitale culturelle européenne (2019) – et « la plus ancienne cité d’Europe occupée de façon continue depuis quatre mille ans ». Formé à la prestigieuse Académie des Beaux-Arts de Sofia, il est très lié à la France – et fréquemment sollicité pour exposer tant à Saint-Paul de Vence qu’à Strasbourg ainsi qu’à Berlin, Francfort et d’autres capitales. Ses tableaux, aussi réels que le monde, peuplent de ses univers vertigineux les salles de réception des institutions bulgares et internationales comme les cabinets des collectionneurs – dont celui du Patriarche Bartholomée à Constantinople ou de la présidente de l’Unesco, Mme Irina Bokova.

L’on n’a jamais assez mis en lumière le rôle du poète dans les arts visuels. L’œuvre poétique de Dostena épouse en son saisissement l’univers pictural de Valer et l’interroge dans cet ouvert où tout se relie : « Comment un tableau qui se veut réaliste au premier abord se révèle être une mise en scène quantique d’espaces-temps multiples ? Son expression, très contemporaine, n’imite pas la nature, mais réinterprète et révèle ses codes. Une expression qui ne sacrifie ni le contenu, ni le contenant, ni la tradition, ni sa transformation permanente. Profondément poétique, elle est proche de l’icône, du symbolisme et du réalisme magique, elle est… sur-existentielle, si on nous obligeait à déclarer la couleur de ses yeux pour lui obtenir un passeport officiel. » (Dostena, préface de son recueil Il est temps, éditions Belladone).

Le regard poétique est indissociable de celui du peintre pour dresser une cartographie de ce monde qui rendrait visible de puissantes lignes de force reliant l’art à l’or du temps – l’art, comme le poème, est événement et provocation à être, « don ou blessure », déchirure qui ouvre l’Univers… La peinture aussi devient fantastique quand l’infini pose du bout du pinceau sa grille sur les objets et les transfigure, en nous embarquant dans une traversée des signes et des symboles, comme sur les bateaux de Valer glissant sur d’ardentes profondeurs où montent au visible, par la grâce du métier, cet accord entre le monde sensible et « certaine lumière intérieure », selon l’expression de Rouault. L’appel qui se saisit de l’œuvre n’est-il pas plus haut que tout ce qui pourrait l’empêcher ?

Est-Ouest : fenêtres du temps

Exposition de Valeri Tsenov et Jacques Lamotte

Du 14 mai au 14 juin

Galerie BW Collection

10 rue Touchemolin à Strasbourg

 

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Jean-Paul Klée publie son onzième recueil de poésie, Décembre difficile. Un livre-cri sur les temps insoutenables à venir et un premier jalon mémorable pour la jeune maison d’édition parisienne Belladone, fondée par Aurore Guillemette, et pour Grégory Huck qui inaugure avec lui la collection de poésie « L’Olifant » .

 

 

« Est-ce que la poésie va continuer d’exister ? » s’inquiète le poète né dans le fracas des bombes de la dernière guerre. Comme au chevet désormais des peuples en danger, il se sent à nouveau projeté en pleine Absurdie et multiplie les mises en garde contre les mines à retardement posées depuis les quatre dernières décennies sur cette planète surexploitée : « Nous vivons une époque pré-révolutionnaire, en dépit d’un apaisement apparent suscité par cette élection… La poésie a le droit et le devoir de parler de cet état de choses inimaginable qui aurait mis au défi Dante lui-même…. Une poésie qui ne parlerait pas de l’extinction imminente de l’espèce resterait vaine, esthétisante ou décorative… Il y a quinze millions de pauvres en France et ça ne fait bouger personne. Mon dernier recueil est résolument engagé, quitte à ce que le poétique soit écrasé…»

Le matin encore lui était venu un poème sur ce qu’il appelle pudiquement le marasme bancaire : « Peut-on seulement imaginer ces milliards de transactions passées à la nanoseconde ? C’est comme une mérule en train de dévorer les fondations d’une maison : elle jette ses filaments depuis la cave jusqu’à la charpente… Il faudrait un poète immense comme le Hugo de La Légende des siècles ou un Shakespeare pour décrire ça – à défaut de l’empêcher… Il n’y a pas eu de grand texte poétique français sur la Grande Guerre ou Auschwitz comme si la sidération rendait mutique… Je rêve d’un poète qui puisse saisir l’esprit collectif et tendre ce miroir à sa société…»

 

Notre mère la poésie

 

Dans les premiers jours de mars 1963, un grand jeune homme roux d’à peine vingt ans monte les escaliers de l’imprimerie Istra (alors sise au 15, rue des Juifs), vers les bureaux d’Antoine Fischer (1910-1972), le mythique fondateur des Saisons d’Alsace : il lui amène son premier article sur le Sturmhof alors voué à la démolition. Jean-Paul Klée vient d’entrer dans l’histoire littéraire – deux ans avant, il avait déjà publié son premier texte dans L’Almanach du Messager boiteux :

« J’habitais alors rue des Sœurs, j’avais juste deux rues à traverser, ce 13 mars. Antoine Fischer était un remarquable chroniqueur d’opéra et le frère de Monseigneur Eugène Fischer, un ami de mon père. Il lisait mes textes sur le champ et me les prenait. Je le revois encore, avec sa moustache grisonnante et ses grosses lunettes. Il était d’une modestie et d’une discrétion admirables…»

A la librairie Gangloff, il avait découvert un superbe exemplaire de la revue Le Point (faite à Mulhouse) : « J’ai compris que la poésie, au XXe siècle, ce n’est plus Victor Hugo mais des choses simples, sincères, autobiographiques et accessibles. J’étais encore dans l’écriture d’un journal et je suis entré en poésie grâce à cette revue. »

En 1970, il publie L’Eté l’éternité (Chambelland), son premier recueil de poésie préfacé par Claude Vigée : « J’avais donné une quarantaine de poèmes et j’avais reçu bien plus… ».

En 1972, la revue Poésie Un consacre un numéro consacré à la jeune poésie d’Alsace, tiré à vingt mille exemplaires. Cette année-là, Jean-Paul Klée voit sa Crucifixion alsacienne reprise dans une double page du Monde que Jean Egen consacrait à la poésie alsacienne – ainsi que dans La Nouvelle Revue socialiste.

De surcroît, Le Panorama de la poésie depuis 1945 (Bordas) de Serge Brindeau lui fait une place de choix, ainsi que l’anthologie de Georges Holderith – un « envahissement de renommée » et la reconnaissance d’une poésie de combat – déjà… Son combat s’appelle alors Fessenheim puis les inflammables collèges Pailleron – et, toujours, l’insoutenable qui laisse sans voix…

 

 

Le livre d’une absence

 

 

Son père, Raymond Lucien Klée (1907-1944), ami de Simone Weil (1909-1943), est reçu second en 1931 à l’agrégation de philosophie, devant Claude Levi-Strauss (1908-2009). Il travaille à une thèse sur Husserl – de quoi nourrir avec Jean-Paul Sartre (1905-1980) des discussions passionnées à la Maison de France à Berlin où ils vivent une année (1933) : « Il a peu écrit : il s’occupait surtout des autres et publiait une revue d’aide aux candidats à l’agrégation qu’il imprimait à son domicile, rue Lemoine, à Paris. Il s’intéressait à la sociologie, estimant qu’il faudrait une psychopathologie de la vie politique. C’est devenu une tendance des sciences sociales… ».

Mort au Struthof le 18 avril 1944 (arrêté au lycée de Versailles où il enseignait, il y a été déporté pour « propagande gaulliste »), Raymond Lucien Klée n’a pas eu le temps d’accomplir son œuvre. Son fils entend lui rendre son destin volé – en 1976, il adresse dans Elan une lettre à celui qui aurait dû alors entrer dans sa soixante-dixième année.

Entretemps, le comte Odon de Montesquiou-Fezensac (1906-1963), issu d’une famille du Gers et parent du comte Robert de Montesquiou (1855-1921), fait un tour de piste dans sa vie : « Le comte de Montesquiou a inspiré à Marcel Proust le personnage du baron Charlus. L’un de ses descendants devient le compagnon de ma mère. L’été, je me retrouvais comme en réclusion au

château de Courtanvaux, près de Bessé-sur-Braye (Sarthe), en Vendômois,  la terre des rois de France et des courtisans… Il y avait des bibliothèques grillagées à tous les étages, c’était un coin de France pourri de littérature : Ronsard, Musset et Proust y avaient leur gentilhommière. »

En 1957, le jeune Jean-Paul s’entraîne toute une après-midi à faire un baisemain à la princesse Marthe Bibesco (1886-1973), alors annoncée en visite chez son cousin le comte : « J’ai baisé la main qui avait serré celle de Marcel Proust. Entre la Belle Epoque et la dernière guerre, la princesse avait fait chavirer toutes les têtes couronnées d’Europe et ébloui par son esprit. Ses œuvres poétiques étaient comparables à celles de sa parente Anna de Noailles…»

Il apprend à lire et à écrire dans Le Figaro, que le comte achetait tous les jours au numéro : « Tous les lundis, il y avait une chronique signée Guermantes (c’était le pseudonyme de Gérard Baüer), Instants et visages, d’une grâce incomparable. Elle m’a déterminé, autant que la lecture de Flaubert, dans ma recherche stylistique. Toute l’Académie Goncourt, d’André Billy à Roland Dorgelès, y chroniquait alors : j’ai grandi avec eux ! ».

 

La parole élue et le livre inachevé…

 

Professeur de lettres à Saverne (1971-1979), il crée en 1973 sa propre structure éditoriale, publiant à mille exemplaires des recueils d’élèves ou d’amis comme Conrad Winter (1931-2007) : « Il y avait de véritables effusions poétiques : on ne quittait plus la poésie ! Les élèves les vendaient dans la rue, l’aventure a duré jusqu’en 1977… »

Cette année-là paraît le dernier cahier de la collection, Le sacrifice de Jean-Lumière contre Fessenheim-Hiroshima, un « sketch-cri » mis en scène par la Compagnie du Lys de Louis Perrin : la centrale nucléaire de Fessenheim venait d’être achevée et Jean-Paul Klée s’impose comme la voix dominante des poètes alsaciens de langue exclusivement française.

Le successeur d’Antoine Fischer à Saisons d’Alsace, Auguste Baechler (1928-2006), envisage de lui confier la responsabilité d’une collection de monographies consacrées aux grands auteurs d’origine alsacienne (comme Claude Vigée, Alfred Kern ou Marcel Schneider) – mais survient le premier choc pétrolier …

En quarante années d’amour de la poésie, Jean-Paul Klée a donné une quinzaine de livres dont onze recueils-jalons finement ciselés, toujours nés d’une extrême nécessité œuvrant d’elle-même – de Poëmes de la noirceur de l’occident (bf 1998) à… Oh dites-moi Si l’Ici-Bas sombrera ?… (Arfuyen, 2002) et le récent Décembre difficile.

Aujourd’hui, il confesse avoir une quarantaine de volumes inédits dans ses tiroirs : « Il m’en vient tous les jours sans interruption. Je ne passe pas une journée blanche sans poésie, ce qui fait environ 800 feuilles par an… »

Mais il devient un poète de plus en plus écouté qui déplace les auditeurs : « Sans rien demander, je suis amené à multiplier les lectures poétiques, comme récemment à Bruxelles, Montmeyan, Woippy, Goussainville ou l’Ecole normale supérieure de Lyon où enseigne Cédric Villani. La poésie, c’est un rythme, un ton, une intonation, un accent, je n’écris que pour retrouver ça. Quand Cézanne peignait des pommes, le sujet n’existait plus : c’était juste du Cézanne… Pour la poésie, ce qui importe, c’est la manière dont c’est cadencé, peu importe le sujet : c’est un plaisir de déclamer en laissant descendre les mots, dans des lectures claires et courantes où le texte peut se déployer… Des audio-livres sont en projet… »

Dans son vaste appartement de Neudorf s’empilent des cartons d’archives – un témoignage irremplaçable sur un demi-siècle de vie littéraire qui s’impatiente de prendre volume. Face au vertige de tout ce qui se meurt d’avoir cru se perpétuer, le poète ne désarme pas : « L’autre jour, j’ai vu un moineau blessé : il ne peut plus s’envoler, un chat le guette. Alors, venu d’où ne sait où, une nuée d’autres moineaux s’abat sur le chat et le met en déroute… »

Tout, dans l’univers, se répond : la danse de l’abeille à la douleur muette de la pierre, la guerre à la fête – et la poésie à la foi, tant que le monde s’éveillera et se couchera dans la parole élue…

 

Jean-Paul Klee, Décembre difficile, éditions Belladone, 110 p., 12 €

 

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La Städische Galerie et le Kunstverein Offenburg consacrent une rétrospective à l’œuvre dense de Raymond-Emile Waydelich.

 

Raymond-Emile Waydelich manifeste depuis plus de quatre décennies une déconcertante fidélité à Lydia ainsi qu’à l’archéologie de notre futur sans avenir. Précisément, Lydia Jacob, sa muse imaginaire et son alter ego à jamais inscrite dans la mémoire collective, serait-elle l’autre nom de l’engagement d’un créateur dans une œuvre au long cours face à l’accélération des rythmes, l’emballement des horloges et à l’effondrement des repères ? Depuis les premières boîtes-reliquaires et l’exposition à la Galerie Regio (Fribourg, 1974) que l’artiste lui a consacrés, l’humble petite couturière d’un autre temps témoigne du  pouvoir souverain de l’art à manifester la vie par l’union entre la fulgurance de l’instant créateur et des âges incalculables…

S’il a exposé partout dans le monde, de Dallas (1986) à Tokyo (2000) ou Venise (il y représenta la France lors de la biennale en 1978 avec son Homme de Frédehof), Raymond-Emile Waydelich, tout à la fois collectionneur, conteur, conservateur et poète inassouvi devant l’Eternel autant que plasticien prolifique et inventeur, n’avait pas encore eu les honneurs d’une rétrospective. Voilà qui est réparé, sur l’autre rive du Rhin, par cet hommage qui réunit 150 œuvres et plus de quatre décennies de création en deux espaces d’exposition partageant le même bâtiment – une ancienne caserne du Kulturforum d’Offenburg…

Que de chemin parcouru depuis le Prix de la ville de Strasbourg en 1957 voilà soixante ans exactement – mais peut-être son itinéraire créatif commença-t-il avec la découverte de la vie de l’archéologue Heinrich Schliemann, le découvreur de Troie et du masque d’or d’Agamemnon, dans Spirou, à l’internat de Matzenheim…

Raymond-Emile Waydelich ne s’était pas seulement donné la peine de naître, mais aussi d’apprendre les techniques de la poterie antique (après la sculpture sur bois auprès de son ébéniste de père), avant d’inventer ses formes, son décor, sa saga et ses vies rêvées en retissant sans cesse le lien entre notre passé et ses visions d’avenir, dont ce grand assoiffé de présent et de « modernité » est prodigue, depuis la mise au point, en 1960, de son « archéologique art du futur » à la faveur d’un chantier de fouilles lors de la guerre d’Algérie.

Le temps est son matériau de prédilection – le conteur transtemporel a plus d’une réponse facétieuse (ou grave, sans posture ni affectation…) à la question majeure de la temporalité qui taraude notre société – « vous horloges, profondes en nous » écrivait le poète Paul Celan. Temps de crise ou crise du temps ? La rétrospective Waydelich remonte les échelles du temps à l’heure de la téléprésence au monde comme le geste de l’artiste se resserre sur ce qui constitue l’assise même de toute société – quitte à « fossiliser » le temps présent, comme lors de ses actions-performances (Place du Château à Strasbourg en 1995 ou à Cassel en 1997) où il commémore le « caveau du futur »…

Bousculant, à la manière d’un Marcel Duchamp ou d’un Andy Warhol, les images d’une culture élitiste à force de dénaturations facétieuses ou mettant à jour des chefs d’œuvre de l’histoire de l’art, il réinvente un art populaire qui ignore le désoeuvrement et déplace les lignes de force de notre monde aux réalités si fugitives – si étrangères à notre besoin de repères, à notre appétit de stabilité – pour le réajuster, peut-être, en pures présences, assez présentes à elles-mêmes pour manifester leurs secrétions de sens en une pure présence d’esprit. D’Ettore Bugatti et d’Icare à Heidi, ainsi s’éternise un grand voyage dans un ordre du monde qui se contemple et se recompose sans modération – avec bonheur…

 

Raymond-Emile Waydelich

Du 11 mars au 28 mai 2017

Städische Galerie Offenburg

Kunstverein Offenburg-Mittelbaden

Amand-Goegg-St.2, Kulturforum

Offenburg

galerie@offenburg.de

 

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Après une édition grand format à succès, Les Petites filles (Albin Michel, 2016), le second roman de Julie Ewa, est paru le 8 février en livre de poche.

 

Et si nous vivions dans un univers intelligent qui répondrait à chacun de nos états d’esprit ? Et si cet univers-là répondait à l’infini vibrant dans chacun de nos désirs, s’il fécondait chacun de nos états de foi ?

Pour la jeune romancière à succès Julie Ewa, rompue à la lecture du philosophe Henri Bergson (1859-1941), cette interrogation relève plutôt d’une évidence tranquille : « Pour moi, il y a une énergie dans l’univers qui nous répond, de même qu’il y a un processus créateur en chacun de nous. Bergson appelle «la création de soi par soi » le fait que nous nous créons continuellement nous-mêmes, de la même manière que nous créons notre propre réalité… Je pense qu’il était en avance sur son temps car il avait l’intuition de la physique quantique. La matière est faite de vibrations, c’est notre intelligence qui lui impose ses formes… Dès lors, il n’y a pas de réalité, ou plutôt, elle est construite, il y a autant de réalités que d’individus…»

Julie Ewa, qui a consacré un mémoire à la nature de la relation entre la matière et l’esprit selon L’Evolution créatrice de Bergson, est partie de bonne heure du point de conscience le plus élevé possible. Pour elle, une philosophie ne saurait demeurer lettre morte, quand bien même elle se laisserait formuler en mots, aussi académiques ou brillants soient-ils – elle se vit avant tout pleinement : « Ma philosophie me définit et m’habite… J’ai la conviction que j’attire vers moi ce en quoi je crois. Si j’ai réalisé mon rêve de devenir écrivain, c’est car j’y ai toujours cru et que tous mes efforts sont allés en ce sens.»

Sa matière à elle, ce n’est pas seulement la fiction ou l’ésotérisme voire le merveilleux : n’est-ce pas tout simplement ce qui change la vie ? Et s’il suffisait de ne penser que ce que nous désirons vraiment vivre en expérience ? Les choses et les événements ne seraient-ils que l’apparence extérieure de l’activité intérieure de la pensée ?

La pratique de la jeune romancière ouvre des boulevards de réflexion. Si elle confesse volontiers des lectures stimulantes voire psychodynamiques comme Conversations avec Dieu de Neale Donald Walsh ou les livres de Paul Wazlawitzch, elle ne lit en revanche pas de fictions – sauf exception notable : « Je prends tellement de plaisir à inventer des histoires que je me sens très proche de mes personnages. Ce plaisir, je ne le retrouve pas dans les livres des autres, et puis je ne veux pas me laisser influencer… Mais j’ai été très impressionnée néanmoins par les polars de Ian Manook sur la Mongolie… »

 

« Il te sera fait selon ta foi »

 

Julie est née à Altkirch, a grandi dans le village de Courtavon, au cœur du Sundgau, entre un père mécanicien et une mère aide-soignante : « Déjà, à l’âge de six ans, je disais à ma mère que je voulais écrire… Peut-être parce que mon grand-père écrivait des petite histoires pour le plaisir… ».

En CM1, son maître d’école M. Gaessler l’encourage à taper ses rédactions à la machine et à les lire en classe à ses camarades. « A quinze ans, je me suis dit qu’il serait intéressant d’écrire sur une série de meurtres se déroulant dans un village de 300 habitants où tout le monde se connaît : chacun deviendrait un suspect potentiel et les villageois mèneraient l’enquête…J’ai donc commencé à écrire un polar.»

Mais il se trouve qu’elle est aussi bonne en sport. Au lycée, elle suit la filière sport-études et devient pensionnaire au Creps, la pépinière des athlètes de haut vol. Mais au cours d’un saut en hauteur, elle se réceptionne mal : la blessure compromet son avenir de sportive mais lui donne une autre vie, riche en autres « compétitions », bien moins douloureuses… Elle avait déjà consacré ses années lycée à la rédaction de ce premier roman dont l’intrigue se situe pendant la guerre d’Algérie : « C’est un thriller ésotérique dont l’idée m’était venue en rêve… »

Les Bras du diable remporte le prix du Polar de l’année 2012 organisé par l’hebdomadaire VSD et le livre de la jeune romancière de vingt ans est publié chez Les Nouveaux Auteurs : « J’avais trouvé ce concours en surfant sur Internet et j’avais vu que Jean-Christophe Grangé présidait le jury, alors je me suis sentie en confiance… »

Elle suit des études de philosophie, consacre son master à Bergson – mais décide de s’immerger dans « la vraie vie » en donnant de son temps libre aux personnes âgées dépendantes à la maison de retraite de Schiltigheim : « Je ne me voyais pas finir professeur, devant une classe, comme au théâtre. L’aide à la personne, le social, c’est du concret et ma place est là… »

La vraie vie, c’est aussi une formation d’éducatrice spécialisée – et c’est la sienne en ce moment : elle officie dans un service de protection de l’enfance en accompagnant des parents en difficulté avec leurs enfants – assurément une autre façon de transmettre…

 

L’éveil à la Chine

 

Outre l’appel vers un devenir humain à accomplir, elle en ressent un autre vers l’Empire du Milieu. Sur « la toile », elle lit des articles sur la Chine et sa politique de l’enfant unique, visionne des reportages à la télévision, dévore le livre d’une journaliste chinoise – et l’idée d’un second roman lui vient comme dans un état d’urgence confiante, selon son habitude de ne rien retenir d’elle-même : « Je suis partie là-bas, sac au dos,en juillet 2013 pour me renseigner et éprouver les choses par moi-même, m’imprégner des décors, des ambiances naturelles et rencontrer des Chinois. »

La grande blonde se fait des amis, ramène des carnets de notes bien remplis et se jette à corps perdu dans un travail d’écriture qui lui prend deux ans – sans oublier six mois de réécriture sur les conseils de l’éditeur : «J’ai entrepris une fiction basée sur des faits réels et sur deux niveaux narratifs, l’un se situant en 1991, quand une mère part à la recherche de sa fille disparue, et l’autre en 2013, quand une étudiante strasbourgeoise sinologue, Lina, va travailler en Chine pour une ONG, avant d’être happée par les secrets d’un village en zone rurale, Mou Di… »

Envoyé à Albin Michel (l’éditeur de Jean-Christophe Grangé…) par la poste, le roman est publié en janvier 2016 dans la collection « Spécial Suspense » – non sans un contretemps : le premier envoi s’était égaré, elle a du le renouveler. .. Mais tout arrive, même la publication d’un roman confié aux bons soins du service public postal – quand bien même une certaine catégorie de citoyens (dont les journalistes…) observerait quelques dysfonctionnements dans l’envoi de manuscrits ou de livres qui n’arrivent plus « comme avant » en service de presse : « Il faut toujours croire en ses rêves ! J’y ai cru et j’en suis là… »

Décidemment, la vie n’apporterait-elle pas à chacun la récompense de sa propre vision ? De salons du livre en séances de « signature », Julie Ewa se recharge comme une batterie par le contact avec un public enthousiaste et se sent confortée dans sa voie créative : elle a même l’idée d’une trilogie, en reprenant le personnage de Lina et son ami Thomas dans une autre communauté. Le prochain opus se passera dans l’univers des Roms : « Je ne fais pas que des fictions de divertissement, mais je tente de sensibiliser le public à certains débats comme la situation des familles roms. La fiction, ça sert aussi à ça, à faire passer des idées et des messages, surtout sur des sujets dont personne ne veut parler… »

La pratique personnelle de Julie Ewa rejoindrait-elle les découvertes récentes de la science ainsi que les grandes traditions spirituelles ? Et si notre esprit était le véritable créateur de cet univers que nous persistons à explorer comme s’il nous était une donnée extérieure ?

Cette thématique, la jeune praticienne du bonheur de conter pourrait bien la mettre en fiction… N’a-t-elle pas déjà d’ores et déjà révélé par l’exemple que les barreaux et les murs contre lesquels nous nous heurtons n’existent pas ? Ou qu’ils n’attendraient que la poussée créatrice d’une générosité vitale pour se reculer sur l’immensité de territoires encore inexplorés ? Après tout, il y a bien des manières de conquérir le monde sans se l’approprier…

 

 

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Après un premier grand rôle dans Chinese Zodiac, blockbuster record du box-office chinois, Laura Weissbeker est sacrée star en Chine et publie un livre-témoignage sur son parcours …

 

Aucune source d’accroissement de l’être ne lui semble étrangère : actrice, chanteuse, mannequin, productrice, mais aussi ingénieur de formation, Laura Weissbecker vient, en perpétuelle réinvention d’elle-même, de livrer en volume les enseignements d’une jeune vie aussi désentravée que bien remplie – celle d’une jeune Alsacienne qui a su écouter la voix de ses émerveillements pour suivre la voie royale qui mène à la souveraineté de soi…

Née à Strasbourg, dans le quartier de la Robertsau, Laura se souvient tant des pénétrants arômes maraîchers que des rues joyeuses, des pimpantes maisons fleuries de géraniums et des « vieux » films du patrimoine français (avec Fernandel et Gabin) qu’elle dévorait, lorsque ses parents les laissaient, avec sa sœur et son frère, devant le téléviseur.

Elle se souvient aussi des délectables spaetzle que mitonnait son grand-père, directeur financier d’une compagnie de transports, et des bredele confectionnés par ses parents, tous deux professeurs de mathématiques : « C’est à Strasbourg que la tradition de Noël est plus forte qu’ailleurs ! »

Bien évidemment, ses matheux de parents la destinent à une carrière scientifique. Si elle est sensible à l’élégance d’une équation ou à la complexité organisée de l’univers, Laura entend de bonne heure la voix qui lui dit ce qu’elle est – et non ce qu’il lui faudrait être juste pour « faire plaisir » à la famille… Comment répondre à l’immensité quand on se sent déborder d’une moisson dont on s’impatiente de dire la récolte ? Par la pratique du théâtre amateur, pour commencer : Laura débute à douze ans dans Le Bal des voleurs de Jean Anouilh : « J’ai toujours rêvé d’être comédienne : ce métier permet de vivre une multitude de vies différentes, de voyager dans les âges et de changer d’époque à sa guise. Si j’avais pu, je l’aurais été dès l’enfance, mais il fallait l’autorisation des parents… C’est une vocation, c’est comme prendre le voile ou la mer… »

 

China girl forever…

 

Après le lycée Marie Curie en classe européenne qui la fait voyager (notamment en Irlande du Nord) , la brindille blonde s’inscrit en maths sup’bio puis intègre l’Institut national agronomique Paris-Grignon (l’INAPG), Agro’Paris, l’une des écoles d’ingénieur les plus prestigieuses – un certain Michel Houellebecq l’y avait précédée…

Enfin, elle est à Paris et s’adonne sans retenue à la grâce toujours vacillante des enchaînements : auditions, castings, défilés, spectacles et court-métrages nourrissent la flamme et l’intensité… Elle joue une blonde princesse indienne au Festival d’Avignon et touche son premier cachet de comédienne (300 francs !) après un tournage pour la télévision japonaise – elle est la Dulcinée de Don Quichotte, la femme idéale qui n’existe que dans ses rêves…

Elle se rend une première fois en Chine pour défiler à la Fashion Week de Pékin. Elle négocie âprement son contrat pour ne passer qu’une semaine dans l’Empire du Milieu, et pas un mois, comme le souhaitent les Chinois – études obligent…

Elle mesure 1,75 mètre et fait cette découverte : « Voilà qu’en Chine, où pourtant je dépassais d’au moins une tête 90% des habitants, pour la première fois de ma vie, je suis trop petite ! Alors qu’en France, on me refusait souvent une audition à cause de ma taille, je découvre qu’on n’est jamais assez grande en Chine : les mannequins sont encore plus minces et plus grandes que moi. Pour ces défilés, les autres filles mesuraient 1,80 mètre minimum. De plus, il se trouve que mon visage et mon teint de porcelaine correspondent à ce que les Chinois recherchent dans les agences de mannequins occidentales… »

Elle fait ses débuts au cinéma en 2002 lorsque Tonie Marshall lui offre un rôle aux côtés de François Cluzet dans France Boutique. Durant l’automne 2003, elle passe dans un hôtel parisien du huitième arrondissement de Paris la seconde étape du casting pour Harry Potter et la Coupe de feu. Alors qu’elle relit son texte, un homme d’âge mûr l’interroge sur la raison de sa présence : elle ne le reconnaît pas mais le directeur du casting lui apprend plus tard qu’il s’agit de David Lynch… Elle fait partie d’une présélection de cinq filles mais finalement, elle n’est pas retenue, alors que la sélection se resserre à deux comédiennes : « Ma taille m’avait éliminée : j’étais trop grande ! »

Elle joue une jeune fille russe dans Rue des sans-papiers avec Paul Belmondo – et apprend le russe. Durant l’automne 2004, elle tourne dans Les Poupées russes de Cédric Klapisch – et pense à ceux qui travaillent dur à l’usine pour gagner en un mois ce qu’elle touche en une seule journée en s’amusant – il y a dans nos sociétés tant d’insensés gaspillages de l’être et d’ « inégalités »…

En 2005, elle joue une jeune Polonaise dans O Jérusalem d’Elie Chouraqui. En 2007, elle incarne Mademoiselle de La Vallière, la maîtresse de Louis XIV, dans Versailles, le rêve d’un roi de Thierry Binisti.

Ainsi qu’elle le révèle dans son livre, elle a aussi eu affaire aussi à cette engeance de requins qui rôdent, en ces « eaux paradisiaques », autour des jeunes et jolies comédiennes inexpérimentées. Alors, elle a décidé de n’avoir plus affaire qu’aux 40% restants de réalisateurs « avec qui il ne faut pas coucher pour avoir un rôle »…

 

Les tribulations d’un tournage

 

Le vendredi 13 mai 2011, elle apprend qu’elle est choisie pour interpréter l’un des rôles principaux, celui d’une petite-fille de comtesse, dans le film Chinese Zodiac, de et avec Jacky Chan : « Trois ans plus tôt, j’avais passé une audition pour un film de Jacky Chan qui a été reporté et dont je n’avais plus eu de nouvelles jusqu’à ce que Paul Michineau, le directeur de casting français, m’appelle pour me dire : « Jacky Chan est à Paris et il veut te revoir… »

C’est ainsi que se noue son destin chinois. Elle vit pendant des mois dans une banlieue de Pékin pour les besoins du tournage et s’efforce de devenir chinoise du mieux possible : « J’avais appris le chinois en tournant, avec une méthode Assimil. Puis j’ai fait deux mois de chinois en immersion totale à Middlebury College, une université de la côte est américaine, afin de faire ma part de la promotion du film. Grâce à mes amis, j’ai bénéficié aussi d’une immersion totale dans la culture orientale. Il faut dire qu’un tournage en Chine emploie beaucoup plus de techniciens que dans le reste du monde. Il est moins coûteux de tout fabriquer du décor plutôt que de tout louer comme en France… Je suis devenue chinoise avec application, certes une blonde chinoise, ou pire : une Alsacienne blonde chinoise mais passionnément chinoise ! A la fin du tournage, Jacky Chan me dit : « Chinese Zodiac t’a amenée en Chine, j’espère que tu resteras en Chine !»

Après la sortie de Chinese Zodiac, en décembre 2012, le ministère chinois de la Culture choisit le film pour le projeter à tous les ambassadeurs, peu avant Noël. Arrivée au ministère, Laura est conduite non pas dans la salle dévolue aux diplomates occidentaux, mais dans une autre, où se trouvent les personnalités chinoises de premier plan : « Je suis flattée de ce traitement spécial : les Chinois me considèreraient-ils comme l’une des leurs ? »

Indéniablement, elle a trouvé une seconde famille – à commencer par la « JC Team », un nom chinois (Bài Lùna qui signifie « blanche rosée du matin féminine ») et une place de choix consacrée par le Best Emerging Global Actress à la cérémonie des Huading Awards à Macao (octobre 2013) pour ce film de tous les records, le deuxième plus succès au box-office pour un film chinois dans l’histoire du cinéma en Chine qui lui vaut de fouler le tapis pourpre du festival de Cannes…

A Pékin, Laure aime les hutongs, ces pittoresques quartiers de ruelles anciennes et de vieux passages si propices au vélo : « Mais depuis une quinzaine d’années, les Chinois sont incités à passer du vélo à l’auto, à l’inverse de ce qui se passe chez nous. Les routes deviennent de véritables autoroutes au milieu de la ville et il n’est plus question d’y circuler en vélo… »

Depuis septembre 2011, elle se partage entre Paris et Los Angeles, cette « ville des illusions et des désillusions » qu’elle résume sobrement : « c’est sun et business… »

La fille de l’Est n’y est pas dépaysée car certains quartiers sont majoritairement peuplés de Chinois – bien entendu, elle a aussi appris le kung-fu… Le miroitement à l’infini des signes extérieurs de richesse au sein de l’empire des modes, du calcul et des promesses intenables n’entame pas son ardente vie intérieure. Entre deux périodes de tournage pour le film de Jacky Chan, elle reçoit un « scénario sublime », celui des Malgré-elles, qui lui permet de tourner en Alsace : Denis Malleval lui offre le rôle de la petite-fille de Macha Méril…

Outre son Alsace natale, elle cultive un autre jardin secret : la poésie. Nourrie par la belle lumière tamisée des recueils de Baudelaire et Verlaine, elle vit un état de grâce poétique qui lui va comme une seconde peau : elle a écrit un poème en hommage aux victimes de la tragédie de Pourtalès durant l’été 2001 et déclame un poème de sa composition dans le film de Jacky Chan : « Je crois que mon esprit mathématique d’ingénieur trouve en la poésie le parfait allié de mon esprit artistique et bohême de comédienne, d’artiste et de rêveuse. »

De la poésie à la chanson, il n’y a qu’un souffle : elle chante les chansons traditionnelles chinoises à Los Angeles devant une salle remplie de Chinois et forme un étincelant duo avec le chanteur chinois Mencius Yan. Elle vient de créer une société de production et prépare son premier film, une coproduction franco-chinoise, comme il se doit…

Sa vie, elle l’avait rêvée ainsi en son parfait éclat : il y a tout ce qui fait les bons scénarios avec le feu des rencontres sur le tapis rouge s’étirant sous ses pas, vers la joie des dépassements pour mieux s’atteindre… De toute manière, elle a toujours « l’âge du rôle » pour ajouter encore longtemps plus de vie et de conscience au cumul des expériences, en un perpétuel renouvellement du champ des possibles – par la grâce d’un élan naturel qui lui a fait quitter le chemin où vaquait le plus grand nombre pour approcher le cœur de l’acte créateur… Après avoir signé un partenariat avec Alibaba, Steven Spielberg vient de s’ouvrir les portes du box-office chinois. Et si le monde avait le visage avenant des bonnes rencontres et le regard intense d’un poème pleinement vécu, sans mal des altitudes et des nuages ?

 

Laura Weissbecker, Comment je suis devenue chinoise, La Nuée Bleue/Tchou, 286 p., 19 €

 

 

 

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