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Archive for décembre 2017

Adaptant une « archéologie des medias » pensée aux Etats-Unis, le philosophe Yves Citton invite à prendre la mesure de l’emprise du système médiarchique à l’ère de la grande accélération. Ainsi que de toutes les implications socio-environnementales de la « matérialité paradoxale » de ces «nouveaux media censés assurer le triomphe de l’immatériel ». Alors qu’ils monétisent nos existences ,  maximisent les « profitabilités financières  à nos dépens communs » et colonisent notre avenir …

 

Voilà un peu plus d’un an, l’on vit le « temps de cerveau disponible » d’une nation occupé par un humble bout de tissu féminin qu’une « caste politico-médiatique » agitait en brûlant enjeu de société aux yeux médusés d’une population confrontée à des urgences autrement plus vitales… On vit tout ce qu’un pays compte comme présumée « intelligence collective » jeter de l’huile sur le feu pour alimenter un feuilleton de pure folie médiatique enjoignant de se « positionner » contre ledit tissu… Le voile ou le nombril ? Le choc des incultures avant le choc des civilisations ? Est-ce ainsi que l’on déchire une vieille trame civilisationnelle ?

C’est ce que le philosophe Yves Citton considère comme un cas d’envoûtement médiatique dont il invite à « repérer les effets architecturaux de voûte résonnante » – là où l’on ne pourrait voir pour le moins qu’un décalage ou une désynchronisation patente : « Ce qui circule autour de nous a besoin de passer en nous pour prendre sens et faire matière »…

Dans un essai d’une haute exigence au confluent de tous les champs de connaissance, Yves Citton redessine la déroutante cartographie d’une « médiarchie » saisie en « milieu de conditionnements croisés » dont la globalisation numérique semble l’ultime aboutissement à l’ère de toutes les aberrations tant environnementales que sociales – et de toutes les dilapidations…

Le terme « médiarchie » désigne « le pouvoir qu’exercent les médias en tant que milieux » tel que l’anthropologue Edward Sapir (1884-1939) l’avait déjà formulé en 1929 : « Nous voyons, nous entendons, nous éprouvons certaines expériences très largement en fonction des habitudes langagières de notre communauté, qui nous prédispose à certains choix d’interprétation ».

Nous sommes en médiarchie « en ce sens que notre attention au réel comme nos capacités d’agir sur lui passent aujourd’hui majoritairement par l’intermédiaire d’appareillages techniques qui conditionnent ce que nous sentons, pensons, exprimons et faisons »…

 

Derrière le fond d’écran…

 

La magie factice de nos clinquants écrans, petits et grands, comme la puissance de calcul de notre appareillage de computation reposent sur le pillage de terres rares extraites dans des conditions sociopolitiques tragiques – à en juger la conflictualité meurtrière pour le contrôle de ces ressources : « Tout cela afin de construire des appareils « intelligents » que des pratiques commerciales injustifiables condamnent à une obsolescence programmée en termes de mois (…) Du point de vue géologique, le développement et la large diffusion des media électroniques se présentent donc comme une « vaste immolation et involution des cavités minérales de la planète », selon des modalités de circulation qui conduisent aujourd’hui des « minéraux originellement extraits du Congo à se retrouver en Californie via la Chine avant d’être démantelés à la main et brûlés ou enfouis (…) dans des lieux de décharge pas loin du site originel d’extraction »…

Ainsi,  la géologie des media proposée par Yves Citton « réinscrit l’absurde précipitation d’un tel circuit de consommation de surface dans les millions d’années qu’il a fallu aux processus naturels, en amont, pour accumuler, dans les strates profondes de l’écorce terrestre, ces précieuses réserves d’éléments rares que nous dilapidons en quelques décennies »…

Et que dire des contaminations plus profondes (au plomb, cadmium, mercure, baryum, à l’arsenic, etc.) dans les corps comme dans les terres, les eaux et… les consciences ? Et de l’hallucinante quantité d’énergie nécessaire au fonctionnement de notre infrastructure numérique – jusqu’aux transactions en crypto monnaies annoncées comme inéluctables ?

Le philosophe invite à voir les mines et décharges d’Afrique « derrière le fond d’écran » de nos gadgets de destruction massive de l’intelligence du monde comme son archéologie des medias nous aide à « entendre les basses continues qui scandent souterrainement notre attention à l’actualité, à repérer la persistance de media zombies sous la surface brillante des dernières innovations, à questionner les divers modes protégés verrouillant les applications qui organisent des pans croissants de nos existences »…

Bref, il nous montre ce que les medias font de nous c’est-à-dire des « zombies, des morts-vivants, des somnambules hallucinés qui rêvent éveillés au sein d’une bulle coupée de la « réalité »… Chaque consommateur de radio et de télévision ne serait-il pas devenu un « travailleur à domicile non rémunéré qui contribue à la production de l’homme de masse » ?

 

 

Exponentiellement vôtre…

 

L’emprise de la médiarchie aurait-elle commencé dans la seconde moitié du XIXe siècle avec l’essor de la presse périodique ? Son explosion « fut rendue possible à la fois par l’élévation du taux d’alphabétisation, par certaines innovations techniques dans l’impression des images et par un réseau télégraphique permettant aux informations de circuler avec une vitesse inédite auparavant » – le câblage du monde a commencé…

La « dynamique de circulation qui structure le fonctionnement des medias » est liée étroitement à la circulation de l’électricité – « l’autre face du processus » qui intensifie « l’électrisation de nos vies intérieures »…

Cela s’est fait en quatre phases : la première (1840-1880) dominée par la technologie du télégraphe, la seconde (1880-1920) correspondant à l’émergence de la communication sans fil et aux pratiques de radio amateurs, la troisième caractérisée par la mutation du medium radiophonique et la quatrième (1960-2000) correspondant à la « colonisation télévisuelle des ménages » – jusqu’à l’actuelle trajectoire de surabondance numérique, de dictature de l’urgence et de gouvernementalité algorithmique… Ce stade ultime de l’économie de consommation et de destruction, fait « de la paupérisation potentielle d’anciens bénéficiaires du colonialisme, désormais soumis à une surexploitation sauvage à l’intérieur même de leurs pays riches »…

Les médias suscitent suspicion voire rejet… Aussi, leur critique est un exercice universitaire obligé pour le philosophe, enseignant à Paris-VIII, qui prône une « éducation aux media c’est-à-dire aux « moyens » par l’intermédiation desquels nous pouvons construire notre accès à certaines vérités »… Elle constituerait « le cœur de ce que nous devons apprendre les uns des autres, pour décloisonner nos curiosités et aiguiser nos capacités de recherche »…

Pour, en somme, mieux habiter notre médiarchie numérisée dont le « pouvoir le plus sournois » tient sans doute à la « projection de solutions abstraites (mathématisées) indifférentes à la taille des relations concrètes » – et rendre notre planète à nouveau hospitalière…

Le philosophe familier de l’économie de l’attention suggère comme « condition de survie collective » de « zombifier » à notre tour la médiarchie qui fait monter la température de notre bain civilisationnel c’est-à-dire de « continuer à la décoloniser » – en nous affranchissant de la colonisation culturelle, publicitaire et mentale qu’elle orchestre… Il s’agit de « prendre soin de nos media et de nos médiations comme de nos environnements » et de préserver nos possibilités créatives face à un système « écocidaire » dont la folie exponentielle « conduit à détruire les milieux »… Et, pourquoi pas, d’imaginer « des médias de masse dont la visée soit davantage de stimuler les esprits que de les occuper » – histoire de conjurer ou différer l’embrasement final ?

Yves Citton, Médiarchie, collection « la couleur des idées », Seuil, 410 p., 23 €

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Sommes-nous « Modernes » ou « Terrestres » ? Partageons-nous encore la même planète ? Serions-nous tous « en migration vers des territoires à redécouvrir ou à réoccuper »? Un intellectuel de renommée internationale, Bruno Latour, dresse une cartographie de notre postmodernité et propose d’atterrir quelque part en retrouvant un sens de l’orientation jusqu’alors bien altéré…

 

Que s’est-il passé après la chute du Mur de Berlin ? L’avènement de la démocratie planétaire ou « la Fin de l’Histoire » ? Les observateurs attentifs ou de bonne foi (ou du moins ceux qui commençaient à sentir le sol se dérober sous leurs pieds…) ont plutôt constaté la perte d’un monde commun à partir de la vague de « dérégulation » des années 80, le démantèlement de l’Etat-providence et la vertigineuse croissance des inégalités.

Le philosophe et sociologue Bruno Latour voit à l’œuvre une « mutation climatique » sans précédent. Prenant le mot « climat » au « sens très général des rapports des humains à leurs conditions matérielles d’existence », il s’empare à son tour de la métaphore exténuée du Titanic pour désigner ces initiés qui s’approprient les rares canots de sauvetage avant le naufrage assuré – non sans avoir demandé à l’orchestre de surjouer des berceuses anesthésiantes à souhait afin de mettre à profit le répit et la nuit noire « avant que la gîte excessive n’alerte les autres classes »…

 

Un nouveau « régime climatique » ?

 

L’arrivée du « négationniste climatique «  Donald Trump à la Maison Blanche inspire à l’intellectuel familier des liens entre écologie et inégalités sociales un mordant essai d’urgence et d’intervention à partir d’un constat aussi glaçant qu’attristé : « tout se passe comme si une partie importante des classes dirigeantes (ce qu’on appelle aujourd’hui de façon trop vague « les élites ») était arrivée à la conclusion qu’il n’y aurait plus assez de place sur terre pour elles et le reste de ses habitants. Par conséquent, elles ont décidé qu’il était devenu inutile de faire comme si l’histoire allait continuer de mener vers un horizon commun où « tous les hommes » pourraient également prospérer . »

Pour organiser leur « fuite hors du monde commun » vers des Olympe ultrasécurisées, elles se débarrassent de « tous les fardeaux de la solidarité » – pour ne plus avoir à partager le « monde commun avec le reste des neuf milliards de braves gens dont le sort –du moins le prétendaient-elles – avait toujours été leur principal souci »…

En d’autres termes, l’espèce se trouve « clairement en situation de guerre » – mais une majorité écrasée préfère ignorer cette drôle de guerre larvée, déni de réalité et passion de l’ignorance obligent… Trois événements se lient inextricablement : outre l’élection de Donald Trump, le Brexit et l’amplification des migrations révèlent que le « sol rêvé de la mondialisation est en train de se dérober » – tout comme la « notion même de sol est en train de changer de nature »…

Aux migrants venus « de l’extérieur » après le démantèlement systématique des frontières (et l’aspiration grandissante à leur rétablissement…) s’ajoute la tragédie vécue par ceux « de l’intérieur » qui se sentent « quittés par leur pays » : personne n’est plus assuré d’un « chez soi » ni de sa sécurité, de ses biens, de son métier, de son mode de vie ou de son « identité »… Un même vertige étreint anciens « colonisés » et anciens « colonisateurs », menacés d’être expropriés de leur terrain de vie. Quand bien même il serait possible de restaurer des frontières et d’assurer leur étanchéité, rien ne pourrait arrêter ces « migrations sans forme ni nation qu’on appelle climat, érosion, pollution, épuisement des ressources, destruction des habitats »…

Qui a tiré le tapis sous nos pieds ? Comment surmonter cette « perte d’orientation commune » ? Comment reprendre pied là où « tous se retrouvent devant un manque universel d’espace à partager et de terre habitable » ?

Pour Bruno Latour, il  va bien falloir « atterrir quelque part ». Encore faut-il savoir s’orienter, retrouver un ancrage dans un morceau de réalité, un territoire sous ses pas. De quoi Donald Trump serait-il le nom sinon de ce retard à l’atterrissage, histoire de rêver encore un peu, avec un parachute doré dans le dos, à ce qui peut encore être accaparé ?

Le professeur émérite associé au médialab de Sciences Po tient le premier acte politique décisif du président Trump, à savoir la dénonciation de l’engagement des Etats-Unis dans les objectifs de la COP 21, pour un aveu et un « tournant planétaire »… Mais ne serait-ce pas là attacher trop d’importance à cette conférence à grand spectacle que nombre d’écologistes atterrés tiennent pour une tonitruante « éco-tartufferie » ? Présidant « le pays qui avait le plus à perdre d’un retour à la réalité », Donald Trump a tout simplement rendu explicite ce qui était si implicite entre initiés : il a entériné cet abandon d’un monde commun et assumé frontalement une « désolidarisation » tant à l’égard des moins favorisés que des générations futures par une « politique postpolitique, c’est-à-dire littéralement sans objet puisqu’elle rejette le monde qu’elle prétend habiter »…

Les crispations identitaires perceptibles partout (à commencer par le positionnement anti-immigrationniste de Donald Trump), les tentations avouées pour les « réalités alternatives » et les tentatives de retour au local mettent à nu une tension qui s’élargit en gouffre entre « peuples froidement trahis », dépouillés de la « sécurité d’un espace protégé », et « ceux qui ont abandonné l’idée de réaliser pour de vrai la modernisation de la planète avec tout le monde »… Fin de la chimère d’une « croissance pour tous » et des « idéaux de solidarité jetés par-dessus bord par ceux-là même qui les dirigeaient »… L’injonction à se « moderniser », à « aller de l’avant » a creusé l’abîme dans le monde commun – jusqu’à l’escamoter sous nos pieds, à force de « dérégulations » et autres « pompages massifs » de ressources tant naturelles qu’humaines…

Jusqu’alors, ce qu’on appelle « civilisation » s’est déroulé au cours des dix derniers millénaires et au fil des sagesses accumulées « dans une époque et sur un espace géographique étonnamment stables »…

Voilà désormais le système-terre bouleversé par la « Grande Accélération » d’un nihilisme qui bloque les boussoles, anesthésie les consciences, artificialise les existences, escamote la question sociale surgie au XIXe siècle, vide la politique de sa substance, dérobe un horizon de sens et volatilise le réel au profit d’une abstraction au quelle la Terre peine à donner corps… « Progresser » à marche forcée dans la « modernité », c’est s’arracher au « sol primordial », à son appartenance terrestre et basculer vers le « Grand Dehors » : « Ce grand déménagement – le seul vrai « Grand Remplacement » -, on va prétendre ensuite le faire subir au monde entier qui va devenir le paysage de la mondialisation »…

L’écologie politique n’a pas su prendre le relais de cette question-là – pas plus que de la question sociale camouflée au profit d’une opposition fantasmée entre « modernes » globalistes accélérationnistes et « archaïques » défenseurs d’une temporalité respectueuse tant de « la nature » que de la « nature humaine »…

L’urgence n’est-elle pas désormais de se réapproprier le sol contre d’autres intérêts que ceux du vivant, de « découvrir en commun quel territoire est habitable et avec qui le partager » ? Il s’agit bien de vouloir cohabiter entre « terrestres » conscients de leurs terrains de vie : quoi de plus vital pour chacun que de s’occuper enfin de ce qui lui permet d’exister ? Société de liens contre société de biens ?

En 1972, les prévisions du Club de Rome donnaient moins de six décennies au système économique mondial avant de se fracasser contre les limites physiques de la planète…

Depuis, la tourmente de la globalisation a pulvérisé ces limites comme les frontières – à l’Occident de « déglobaliser », ne serait-ce que pour reprendre le globe en mains… Le souci du terrestre transcendera-t-il l’illusoire opposition du local contre le global pour rendre à chacun une terre de possibilités réelles sous ses pas ? Un conte d’autrefois disait que nous serions tous « propriétaires » d’un beau palais où il ferait si bon vivre… Mais voilà : nous préférons camper à côté dans une vieille tente percée qui prend l’eau et le froid de partout… Réintégrer notre palais originel ou un territoire de vie habitable serait-il aussi aisé que de repasser par le trou d’une aiguille ?

 

Bruno Latour, Où atterrir ? La Découverte, 156 p., 12 €

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Alors que se précise le commencement de la fin de chimériques aventures comme celle d’une « monnaie commune », adossée à rien et greffée à des sociétés ayant des économies différentes, un chercheur d’avenirs nous convie à respiritualiser notre existence. Face à une « incertitude généralisée et durable », le polytechnicien Marc Halévy nous rappelle de « servir notre destin » dans un monde dont les aiguilles tournent dans un sens résolument contraire aux plus élémentaires de nos aspirations.

 

 

Un spécialiste de la complexité convie notre espèce prise dans la mutation numérique de son écosystème à faire sa « révolution spirituelle ». C’est-à-dire à « se consacrer exclusivement à l’essentiel » puisqu’en vérité, nous ne valons que par cet essentiel-là…

Il s’agit bien d’œuvrer ici et maintenant à se forger une vie en se reliant à Soi et non à ce « moi » illusoire qui est « un obstacle artificiel » à ce processus d’accomplissement cosmique. Celui qui nous fait passer de la potentialité à la réalité…

 

Accomplir tout l’accomplissable…

 

Mais comment s’affranchir de cette illusion d’un « je » permanent, du leurre de cet ego hypertrophié « pour que vive enfin la vie en soi » ? Cette vie placée « sous le signe de l’absolu, de l’éternel, de l’invariant, du transcendant » perpétuerait cette intention d’accomplissement à l’œuvre dans l’univers et réaliserait la seule morale qui vaille, ainsi formulée par le philosophe : « accomplis tout l’accomplissable, ici et maintenant, au service de la Vie afin que jaillisse ta joie de vivre »…

Après tout, nous ne sommes que la somme de tous nos actes, ni plus ni moins… Et nous ne sommes là pour accomplir notre vocation profonde, car « tout homme qui, consciemment, délibérément, constamment, accomplit sa vocation d’homme vit dans la joie permanente ».

Faire œuvre de joie passe par l’exercice d’un métier « artisanal » et libre nous permettant d’assumer notre autonomie – donc de ne pas dépendre d’un « statut » dans une quelconque machinerie sociale vouée à s’achever par un « plan social » ou un collapse. L’important est de demeurer dans l’axe de nos potentialités traduites en actes par la grâce de cette joie armée et bienveillante…

Car « l’homme devient ce qu’il fait » – plus précisément « ce qui se fait à travers lui » en se mettant « au service absolu et intégral de l’œuvre impersonnelle qui passe par lui ».

Ainsi, le jeu de la vie consiste à accorder ses potentialités intérieures avec les opportunités du dehors, à repousser toujours plus loin ses limites pour grandir en vivant « chaque instant avec virtuosité » : se dépasser pour s’atteindre ?

Ce programme de dépassement permettrait d’atteindre l’universel voire le cosmique et de rompre avec une conception comptable et étriquée de la vie.

Celle-ci devient alors une  affaire d’intuition et d’improvisation permanente, de coups de cœur et d’élans sans entrave, d’adaptations faisant le lit de belles surprises possibles… pour celui qui demeure bien conscient qu’il n’est que « la manière dont il magnifie la réalisation de ce qui se passe à travers lui et qui est universel »…

 

Le devenir du monde

 

Car « venir au monde, c’est naître comme devenir singulier et unique au sein et au service du devenir du monde »…

La joie dans l’accomplissement « de soi et de son monde » suppose « l’engagement total de soi, en liberté, en volonté et en responsabilité » en mettant au travail notre « capacité de reliance » car « toute personne est à la fois affirmation de soi et reliance au monde ».

La joie naît de l’action pour les autres, selon son talent, en bâtissant un palais intérieur assez accueillant pour les recevoir – et les aider à construire le leur…

L’image taoïste de la vague et de l’océan donne davantage une idée de l’infini contenu dans chaque vie que le spectacle de l’abyssale dilapidation de l’être en cours dans nos sociétés du tout-à-l’ego : « La vague n’existe réellement qu’en tant que manifestation de l’océan qui lui donne sa raison d’exister »…

Chacun d’entre nous vit, « à la fois, une vie intérieure précieuse et une vie communautaire utile » – autant le faire sur le mode d’un « perpétuel qui-vive, calme et souriant, bienveillant » en se laissant porter et féconder par cet infini qui donne voix à ce qui s’impatiente de s’accomplir par nous…

Le reste, c’est tout ce qui est écrit dans les livres qu’on oublie, aussitôt refermés – enfin, ceux qui divertissent, nous volent notre attention ou nous dérobent le réel…

Les livres du promoteur de la « révolution noétique » nous éveillent à ce qui nous fonde et à cet univers de possibilités qui s’écrit à travers nous – à la véritable richesse qui s’impatiente de se créer par nous…

Si les aiguilles du monde s’affolent vers le rien, il y a des paroles d’éveil pour nous rappeler de les régler dans le sens de l’intelligence de la vie ainsi que de notre vocation à la servir.

 

Marc Halévy, Une spiritualité pour notre siècle, Oxus, 176 p., 15 €

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