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Archive for août 2017

Face à l’actuel désenchantement démocratique, un éditeur et un philosophe dialoguent, en spectateurs émancipés de leur époque, et s’efforcent de tracer des chemins ou des perspectives sur une carte du pensable, à partir de mots-clés comme « démocratie », « peuple », « insurrection », « lutte », « travail » ou « communauté »…

 

 

 

Entre août 2016 et février 2017, l’éditeur Eric Hazan et le philosophe Jacques Rancière dialoguent, le temps d’une campagne électorale, sur ce qui se défait dans une démocratie quand un parti arrivé au pouvoir trahit systématiquement ses promesses électorales – ou quand le matraquage médiatique fait du port (ou non) d’un costume de bain une « cause nationale » voire « la question » dont dépendrait l’avenir d’une « civilisation »… La défaite de la démocratie doit-elle être confondue avec la faillite de son système représentatif  alors que les pouvoirs étatiques et économiques se retrouvent inextricablement entremêlés comme jamais avant? Pour Jacques Rancière, « ce n’est pas le peuple qui se représente mais la représentation qui produit un certain type de peuple ». Et le professeur émérite de l’Université Paris VIII, aiguillonné par l’éditeur, de rappeler l’effet de découragement qui fait tenir le dit système, au risque de décourager plus d’une vocation de stratège de chambre face à ce qui oppose un monde de l’égalité d’un monde de l’inégalité : « Le système présidentiel français se soutient moins par les espérances qu’il suscite que par le découragement qu’il produit (…) On consent non parce qu’on est dupes mais pour montrer qu’on n’est pas dupes (…) On se soumet à une forme de domination dans la mesure même où elle vous offre la possibilité de la mépriser. La plupart des formes de domination aujourd’hui fonctionnent ainsi : il n’y a pas besoin de « croire » aux messages médiatiques, d’être séduit par les images publicitaires ou d’espérer quelque chose des gens qu’on élit. Le système marche très bien à l’incroyance, ce qui revient à dire que la prétendue incroyance est aujourd’hui le mode normal de croyance, le mode normal d’intériorisation de l’état des choses qui affecte aussi bien ceux qui votent et ceux qui ne votent pas. »

 

La fin du travail ?

 

De même, la « loi travail » ne doit-elle pas être comprise comme une « déclaration de péremption définitive du travail comme monde commun » ? Le « travail » n’aurait-il plus de « raison de faire communauté » dans nos sociétés d’ultranumérisation et de marchandisation de nos vies ? Pour l’ancien élève de Louis Althusser, il ne « fait plus monde » et il n’y a plus de « communauté déjà-là qui garantisse la communauté à venir » : « La communauté est devenue avant tout un objet de désir. C’est le phénomène marquant du mouvement des places et des occupations »…

Comment alors « garder le moral » envers et contre tout face à l’insoutenable ? Comment refuser de céder à un grand sentiment d’impuissance et retrouver des raisons d’espérer dans un monde organisé par et pour les puissances financières? Comment « s’émanciper » et libérer de nouvelles potentialités voire « construire du commun » ?

Pour le philosophe, il s’agit moins d’aller plus loin « en avant » que « d’aller à contre-courant du mouvement dominant » en se défiant de toute volonté de puissance et en cultivant l’écart : « L’émancipation, cela a toujours été une manière de créer au sein de l’ordre normal du temps un temps autre, une manière différente d’habiter le monde sensible en commun. Cela a toujours été une manière de vivre au présent dans un autre monde autant – sinon plus – que de préparer un monde à venir. On ne travaille pas pour l’avenir, on travaille pour creuser un écart, un sillon tracé dans le présent, pour intensifier l’expérience d’une autre manière d’être. (…) Nous avons aujourd’hui non la voix d’un mouvement mais des paroles singulières qui essaient de penser la puissance commune incuse dans des moments singuliers, de les maintenir dans l’actuel et de maintenir ouvert l’espace de leur compossibilité.»

Mais… « l’insurrection » ? L’horizon du penseur n’est pas celui de l’activiste ou du bateleur d’estrade : « Pour qu’il y ait insurrection populaire, il faut qu’il y ait peuple, c’est-à-dire un sujet politique »… Donc, un peuple capable de faire preuve d’une « imagination politique » pour concevoir des institutions et des symboles, pour effectuer un « travail de réélaboration du perceptible et du pensable », formuler d’autres « propositions de monde » dans le tissu déchiré du « monde dominant » – et manifester assez de « force unitaire » à cet effet…

La démocratie est « le pouvoir de ceux qui ne sont pas qualifiés pour exercer  le pouvoir » et le « capitalisme » n’est pas une citadelle à prendre d’assaut – juste notre milieu à aménager sans se fracasser contre toute illusion de frontalité : « Le capitalisme n’est pas une forteresse en face de laquelle nous nous trouverions, il n’est pas simplement une force qu’on subit, il est un milieu dans lequel nous vivons : un milieu qui détermine le type normal de choses auxquelles nous avons affaire, des actes et des comportements par lesquels nous nous rapportons à elles, des relations dans lesquelles nous entrons les uns avec les autres (…) Le Capital et le milieu au sein duquel nous vivons et agissons et dans lequel notre activité normalement reproduit les conditions de la domination. Dans ce milieu enveloppant, on essaie de creuser des trous, de les aménager et de les élargir plutôt que d’assembler des armées pour la bataille. »

Et… « Nuit debout », une occasion manquée ? « La bonne issue pour Nuit debout aurait pu être une intervention inusitée dans le domaine des institutions, par exemple une campagne pour la non-présidence »…

Refusant toute parole surplombante, « paresseusement marxiste », et tout défaitisme, la petite musique dissonante de Jacques Rancière n’en fait pas moins danser l’espoir d’une « communauté de lutte » dans le non-lieu où se démantèle l’armature de ce qui faisait société  et vibrer la piste d’une perpétuelle réinvention par la grâce des écarts, rejouée à chaque pas de côté ouvrant à d’autres communions en toute lucidité jusqu’à la possibilité d’un monde en commun, si peu commun…

Jacques Rancière, En quel temps vivons-nous ? Conversation avec Eric Hazan, éditions La Fabrique, 80 p., 10 €

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Comment l’espèce humaine en est-elle arrivée à vivre sur une planète invivable ? Le néologisme de « l’Anthropocène » s’est imposé comme un concept-maître qui fait débat dans l’étude des transformations environnementales… Andreas Malm interroge l’héritage du « capitalisme fossile » qui force le passage « à travers la croûte terrestre, à la surface et dans l’atmosphère de la Terre » depuis le début du XIXe siècle…Et propose d’introduire dans nos contradictions un autre concept, le « Capitalocène », pour expliquer la pose des rails vers le « réchauffement climatique »…

 

L’idée semble communément admise depuis la bonne fortune médiatique du terme d’ « Anthropocène » posé par Paul Crutzen à l’orée du nouveau millénaire : les humains ont bouleversé les rapports naturels qui constituent le système terrestre et ont « pris le contrôle de leur propre évolution ». Jusqu’à arriver à manquer d’air ?

Maître de conférences en géographie humaine à l’université de Lund (Suède), Andreas Malm pose d’emblée la question simple qui s’impose : « qui a allumé et propagé ce feu qui caractérise notre époque ? » Pour lui, ce n’est pas l’espèce humaine toute entière (« l’ennemi c’est nous tous »…) qui a tiré le tapis climatique sous ses pieds mais une minorité climaticide qui y trouva son intérêt. Certes, « le fait historique fondamental du réchauffement climatique est le début de la consommation à grande échelle de combustibles fossiles, jusqu’à alors à l’abri du cycle actif du carbone : extraits dans le sol et enflammés, ils ont suscité, à partir du début du XIXe siècle, une « économie fossile ». Définie comme une « économie de croissance autonome fondée sur la consommation croissante de combustibles fossiles et générant par conséquent une croissance soutenue des émissions de CO2 », celle-ci a entraîné l’espèce dans une spirale ascendante constante de frénésie consumériste et productiviste. A qui cela profitait-il ?

Rappel du chercheur dont la pensée prend appui sur les études d’économie marxienne : « L’énergie de la vapeur n’a pas été développée et diffusée sur toute la surface de la Terre par l’Homo sapiens sapiens mais par la classe dirigeante britannique (suivie par les classes dirigeantes française et américaine). Ce sont les propriétaires des moyens de production et de transport d’un petit royaume insulaire qui ont mis le monde sur cette voie qu’il n’a pas quittée depuis »…

 

« Le feu exige son combustible »

 

Berceau du machinisme et « lieu de naissance du bussiness-as-usual », la Grande Bretagne a « universalisé » le charbon comme combustible pour la production de marchandises et comme source d’énergie mécanique – « et, plus précisément, du mouvement rotatif »…

En effet, « ce n’est qu’en associant la combustion du charbon à la rotation d’une roue que les combustibles fossiles ont pu enflammer le processus général de croissance : l’accroissement de la production – et du transport – de tous types de marchandises ».

La faute à James Watt quand il a breveté en 1784 son mécanisme pour « adapter le mouvement du piston pour produire un mouvement circulaire continu » ?

Pour Andreas Malm, « la question de la machine à vapeur est celle de la raison de son adoption et de sa diffusion – en Grande-Bretagne et, tout d’abord, dans l’industrie du coton ». Jusqu’alors, l’énergie hydraulique était la « source traditionnelle d’énergie mécanique ». Mais vers 1830 l’industrie du coton passe de l’eau à la vapeur – et l’économie fossile émerge de ce choix pour une autre force motrice… Abondante et bon marché, l’énergie hydraulique ne peut cependant « être obtenue qu’à des emplacements particuliers » alors qu’une « manufacture alimentée à la vapeur pouvait être implantée à n’importe quel emplacement commode où l’on peut se procurer du combustible »…

En d’autres termes,  la vapeur permettait d’accéder à la ville et à une main-d’œuvre exploitable : « Alimentée au charbon et non par les cours d’eau, la machine à vapeur délivrait le capital de ses chaînes spatiales, un avantage suffisant pour l’emporter sur l’abondance, le bas coût et la supériorité technologique constante de l’eau ».

« Ontologiquement soumise à ceux qui la possédaient », la vapeur est, avec son combustible de prédilection, la « matière première optimale pour les débuts de l’abstraction spatiale », « libérant les forces de l’accumulation » – les modes de productions antérieurs étaient structurés par un « temps concret » inscrit dans les cycles naturels… Voilà arrivés les « temps abstraits » des « rapports de propriété capitalistes » et de la contrainte pour assurer la perpétuation de l’abstraction, sa souveraineté sur le travail et la nature…

Les combustibles fossiles sont par définition un « condensé des rapports sociaux inégalitaires », ils représentent « la compression géologique du temps et de l’espace requis pour la photosynthèse » – leur énergie dense « permet au capital de produire sa propre spatio-temporalité abstraite pour la production de survaleur ». Ainsi, le combustible fossile est « incorporé au capital comme sa force motrice propre »…

Mais qu’est-ce que « le capital » ? Andreas Malm le définit comme un processus spécifique voire « supra-écologique » se déroulant comme « une appropriation universelle des ressources biophysiques »… L’abstraction gouvernerait-elle le monde avec sa spatio-temporalité particulière qui s’extrait de tous les aspects de la vie naturelle au seul profit d’une classe « hors sol » ?

Depuis, les grands sites industriels occidentaux comme Manchester sont désertés par un « capital » prompt à investir d’autres lieux où « les réserves de force de travail offrent les taux de survaleur les plus élevés »… Ainsi, « certaines des plus grandes cheminées de l’économie fossile sont désormais en Asie » et l’atmosphère terrestre semble devenu un déversoir à substances diverses – jusqu’à l’asphyxie du vivant et l’extinction des espèces…

Comment changer d’atmosphère avant la commercialisation de l’  air – ou son embrasement avec la première « étincelle climatique » ? Comment échapper à l’épave du paquebot qui s’engloutit avant l’extraction de l’ultime goutte de « survaleur » ? N’y aurait-il de canots de sauvetage que pour les privilégiés ? En « avertisseur d’incendie » lucide, Andreas Malm n’estime pas inutile de préciser : « Si le changement climatique représente une forme d’apocalypse, celle-ci n’est pas universelle mais inégale et combinée : l’espèce est une abstraction en bout de chaîne autant qu’à la source. »

La question climatique mêle niveau physique et conscience spirituelle d’une humanité pyromane qui voit le fossé s’élargir en son sein – tant que durera cette « combustion ininterrompue permettant de repousser toujours plus loin les limites de l’exploitation et du « profit »… Ainsi, dans une « communauté internationale » dissoute dans l’abstraction du marché, « les victimes de la violence systématique que représente la combustion d’énergie fossile sont peut-être simplement trop éloignées de leurs auteurs » pour pouvoir prétendre à un embryon de « justice climatique »…

L’expert en écologie humaine propose des mesures pour tenter d’échapper au désastre annoncé par la déliquescence des marchés du carbone que l’on prétend traiter en les étendant… Certes, les sinistrés de l’économie fossile auraient intérêt à « reconvertir leurs usines à la production des technologies nécessaires à la transition énergétique plutôt que de les voir disparaître pour une destination à bas salaires »… Pour peu qu’ils soient fondamentalement convaincus de l’ardente nécessité de tenter ce saut de conscience pour désactiver la machine folle à surchauffer la planète – et sortir de l’âge des énergies fossiles avant leur évaporation…

Andreas Malm, L’anthropocène contre l’histoire – le réchauffement climatique à l’ère du capital, La Fabrique, 248 p., 15 €

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« Il faut fortifier le faible et amener le fort à la raison »

Zoughbi Zoughbi

 

L’amour du pouvoir aveugle et perd… Mais… le pouvoir de l’amour ? Serait-il possible de susciter une meilleure dynamique de changement social dans un monde meurtri voire de changer l’histoire humaine avec rien moins qu’une… puissance d’amour et de pouvoir se fécondant mutuellement?

 

Et si le pouvoir de l’amour était le levier pour soulever le monde ? Pour créer de nouvelles réalités sociales et donner forme à un avenir commun désirable, autant travailler ensemble, en assurant sa prise sur la réalité – plutôt que les uns contre les autres en une chimérique « compétition »… « Ensemble on va plus loin » dit un proverbe africain.

Au cours de sa pratique d’acteur de l’intelligence collective, Adam M. Kahane, directeur de Reos Partners, a appris à jouer des deux moteurs fondamentaux du changement : d’abord, il importe de « s’ouvrir et se connecter à soi-même, se relier aux autres et à l’écosystème afin de percevoir ce qu’il exige de nous ». Ensuite, il nous faut croître : « nous devons à la fois exercer l’amour (le moteur de l’unité) et le pouvoir (le moteur de la réalisation de soi). »

 

Les deux faces du pouvoir

 

Selon le théologien et philosophe Paul Tillich, « l’amour est la force qui relie et rend complet ce qui était devenu ou apparaissait fragmenté », il est « le moteur vers l’unité de tout ce qui est séparé » – et ce qui rend le pouvoir « génératif » c’est-à-dire porteur de vie (donc non dégénératif). Ainsi, « le pouvoir sans amour est inconscient et abusif, et l’amour sans pouvoir est affectif et anémique »…

Le pouvoir a deux faces : la face générative (le pouvoir-de) comme moteur d’accomplissement et une face dégénérative (le pouvoir-sur), consistant à anéantir l’accomplissement de l’autre. Tout observateur de bonne foi pourrait mesurer les conséquences d’un pouvoir-sur déconnecté de la « vraie vie des vrais gens » et dégénératif, qui considère l’humain comme une ressource jetable : « Le pouvoir sans amour entretient une guerre planétaire latente susceptible de se déclarer à tout moment et lorsque cela arrive, elle détruit ce qui nous est cher. L’amour sans pouvoir produit une paix inerte qui paralyse l’action. »

Martin Luther King (1929-1968) disait : « La collision d’un pouvoir immoral et d’une moralité sans pouvoir constitue la crise majeure de notre temps ». Aujourd’hui, des hommes d’affaires semblent mettre en œuvre les travaux de Paul Tillich sur le pouvoir génératif, comme a pu l’observer Adam M. Kahane au cours de sa pratique à Shell (il a co-dirigé le département Scénarios de la firme à Londres) qu’au service de la transition démocratique dans l’Afrique du Sud post-apartheid : « Notre pouvoir est génératif quand nous nous réalisons nous-mêmes en aimant les autres et en nous unifiant avec eux. Il est dégénératif et limitant, imprudent et abusif, voire pire, quand nous négligeons, renions ou amputons notre amour et notre sens de l’unité»…

La preuve lors d’une mission au Guatemala en 1998, accomplie selon cette force motrice (« une force d’amour qui tend vers l’unité de ce qui a été séparé ») entre participants de bonne foi s’immergeant ensemble dans la complexité d’une réalité commune : « L’expérience d’amour vécue par les membres a augmenté leur intelligence et leur capacité à contribuer à la guérison et à la croissance de leur pays. »

Le physicien quantique David Bohm disait : « La plus importante des avancées humaines est de casser les frontières entre les personnes afin de commencer à opérer comme une intelligence unique. L’état naturel de l’humanité, c’est la séparation sans la division. »

Si l’amour « crée de l’ouverture, du potentiel et des opportunités », le pouvoir est nécessaire pour les mettre en œuvre – en prenant soin de distinguer le pouvoir-de (qui détruit les institutions oppressives) et le pouvoir-sur (qui détruit les personnes). L’aspect tragique de l’amour ? Sa dépendance vis-à-vis du pouvoir : « Créer de nouvelles réalités sociales implique à la fois une puissance d’amour unifiante et une puissance de pouvoir génératrice d’unité. Exercer le pouvoir avec amour nous oblige à effectuer des transformations systémiques sans détruire ce que nous essayons de nourrir. »

Il n’y a à proprement parler de dilemme entre deux forces que d’aucuns vivraient comme opposées, mais une pratique conjointe assurant un équilibre dynamique comme pour la marche, en avançant sur une jambe après l’autre de façon rythmée et harmonieuse – c’est ainsi que les acteurs de l’intelligence connective reconnectent la force d’accomplissement des individus à celle de la nation : « Nous mettons le pouvoir et l’amour en jeu simultanément, chacun équilibrant l’autre, chacun valorisant et construisant l’autre (…) Passer du pouvoir à l’amour nous permet de voir plus clairement comment nous faisons partie du problème et donc, comment nous pouvons faire partie de la solution.»

Compte tenu de l’extrême complexité d’écosystèmes devenus aussi instables qu’insoutenables, des scénarios adaptés s’imposent pour négocier les bons tournants dans la géographie d’un monde de moins en moins compréhensible, entre positions à préserver, confrontations à éviter, ajustements à de nouvelles réalités multipolaires et partitions à jouer dans de nouveaux essors sans dommages pour la planète. La conscience d’un destin commun en partage peut-elle réécrire l’ordre vacillant des choses pour faire advenir de nouveaux possibles ? Si, dans la vie réelle comme dans le concert des nations, les miracles sont rares, l’accomplissement d’un seul permettrait-il de retrouver un centre de gravité voire de remettre un monde refaçonné sur ses pieds ? Une lecture stimulante pour jouer de nouvelles musiques du hasard et faire advenir le génie des bonnes coïncidences.

 

Adam M. Kahane, Pouvoir et amour, éditions Yves Michel, collection Colligence, 200 p., 19 €

Scénarios pour la transformation sociétale, éditions Yves Michel, collection Colligence, 160 p., 17 €

 

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Depuis la crise systémique qui a paralysé l’économie mondiale en 2008, la machine à broyer les vies poursuit sa course infernale – contre le démenti des faits. L’anthropologue, sociologue et économiste Paul Jorion propose d’en finir avec la mécanique de cet entêtement mortifère qui menace jusqu’à la survie de l’espèce : « Se débarrasser du capitalisme était une question de justice au XIXe siècle, maintenant c’est une question de survie »…

 

Pourquoi la capacité de l’espèce humaine à « transformer le monde » ne se traduit-elle toujours pas par « la mise en œuvre raisonnée » d’un meilleur système d’organisation politique permettant à chacun une vie digne et décente ?

L’interrogation de l’anthropologue confronte une espèce colonisatrice et prédatrice arrivée « en bout de course » à un impensé qui ne fait l’objet d’aucun débat dans les « grands médias » : la destruction du travail humain et de l’emploi salarié par le « déferlement technologique » et la digitalisation de l’existence… Quelle « transition du travail » pour le « monde d’après » ?

On le sait : l’invention de l’ordinateur a exacerbé de plusieurs ordres de grandeur la complexité du monde humain – et d’une finance folle ne pouvant plus fonctionner autrement qu’en « régime de bulle »… Une complexité qui ne contribue en rien au bien commun et dont personne n’a plus la maîtrise, à en juger la folle « ubérisation » de la société : « Si l’on accepte le principe que c’est le marché qui dirige, c’est-à-dire le simple rapport de forces entre la main d’œuvre et les employeurs, les salaires se rapprocheront de zéro (…) La mécanisation est un progrès collectif. Mais si elle est confisquée par quelques-uns en opprimant tous les autres, ce n’est plus un progrès. La mécanisation doit être définie quelque part comme devant être au bénéfice de l’humanité dans son ensemble. »

 

 

Le fil rouge du risque systémique

 

L’emballement de la « machine à concentrer la richesse » a été à l’origine de la « crise » de 1929 comme de sa réplique de 2008 qui a servi de prétexte pour « la poursuite du programme de détricotage de l’Etat-providence en dépit du désaveu cinglant de son bien-fondé »…

Serait-il encore possible d’espérer une « politique drastique de redistribution de richesse » ? Est-il besoin de rappeler « l’incapacité cent fois prouvée des milieux financiers et de leurs représentants à s’identifier à l’intérêt général » et leurs « tactiques court-termistes mortifères pour l’économie » ? L’une des raisons de l’effondrement des civilisations anciennes ne tient-elle pas autant à l’attitude de défense « court-termiste » des « élites » crispées sur leurs privilèges qu’à l’épuisement des ressources naturelles dont dépendaient les dites civilisations ?

Pourtant, quand le « sens des affaires » supplante celui de l’Etat et que la monnaie reflète non pas la richesse véritablement créée mais « le montant des paris faits partout dans le monde », l’observateur infiniment moyen, même (et surtout !) non formé à la « science économique », voit arriver la collision avec le réel… Quoi de plus inapproprié que de comptabiliser comme bénéfice net « le pillage des ressources naturelles non renouvelables » alors que la richesse devrait se juger « à l’aune de la santé de la planète »  – et son épuisement être « enregistré au passif » ?

Loin de s’affliger, Paul Jorion démonte nombre d’absurdités dont le Pacte de stabilité et de croissance européen « miné par de grossières erreurs mathématiques ». Sans oublier ces « petites nations aux systèmes juridiques et fiscaux durs à leurs propres citoyens mais à l’élasticité sans égale pour les « non-résidents », ce « moins-disant juridique et fiscal » insoutenable que les grosses entreprises transnationales exercent sur l’économie mondiale… Ou notre représentation du « capital » : « Ainsi, le capital nous semble une chose qui grossit d’elle-même, cachant le fait qu’il pourrait y avoir là, dans les coulisses de cette croissance apparemment naturelle, la combinaison de la générosité de la nature nous ayant offert les rayons du soleil, le vent, la pluie bienfaisante, les richesses enfouies dans le sol, etc. et le travail d’êtres humains ayant éventuellement été insuffisamment rémunérés pour celui-ci et dont les gains se retrouvent entre les mains de personnes ne méritant peut-être pas d’en bénéficier. »

Comment desserrer l’étau de la concentration du « capital » ? Suffirait-il de briser la mécanique de l’intérêt ? Et d’interpeller la « propriété privée » qui permet à certains de s’approprier « plus que leur part » de la richesse du monde ?

Pour Paul Jorion, « mettre un terme au laisser-faire ultralibéral est devenu aujourd’hui pour le genre humain une question de survie » : « Comme Keynes l’avait déjà noté en son temps, la fin du laisser-faire doit s’accompagner de mesures complémentaires pour générer une société viable comme le retour de l’Etat géré pour le bénéfice de tous et non de seulement quelques-uns, ou la mise hors d’état de nuire de la spéculation ». Certes, « il est indispensable de repenser la manière dont se distribue la richesse nouvellement créée entre les revenus à haut rendement que génère le capital et la rémunération toujours faible de la force de travail ».

Cela suppose aussi de reconstituer un véritable savoir à la place de ce qui tient lieu de « science économique » – en vérité, plutôt un « programme politique » dont la dogmatique n’est pas étrangère à la « crise » qui lamine nos sociétés -, d’en finir avec la « tolérance à notre propre asservissement » et de guider enfin notre organisation économique « vers sa forme pacifiée ». Est-ce si difficile de comprendre que « la machine économique se grippe du fait de la concentration de la richesse » ? Et ce, pour deux raisons : « la baisse du pouvoir d’achat des moins riches et le fait que les sommes considérables qui se retrouvent aux mains des plus riches n’ont souvent pas d’autre débouché qu’une spéculation déréglant le mécanisme de la formation des prix »…

Faut-il envisager une « grande transition du travail » parallèlement à la « transition énergétique » en dissociant le revenu des ménages du travail salarié effectué dès lors que celui-ci ne constitue plus un « atout monnayable » ?

Une évidence pour l’anthropologue qui, dès 2005, avait vu venir, à son poste de trader, la crise des subprimes : « Le « miracle » de la mondialisation et les sacro-saintes exigences « naturelles » de la compétitivité (dont sont curieusement exemptés les dividendes des actionnaires et les bonus des dirigeants des grandes entreprises) continuera à entraîner nos salaires chez nous – et partout à l’échelle mondiale – vers le niveau du salaire de simple subsistance du pays de la planète le plus tragiquement exploité par les exigences du marché. (…) Quand commencerons-nous à tenir compte dans nos visions d’avenir du fait que l’emploi en tant que tel est en train de fondre comme neige au soleil ? »

Si une telle vision existait, notre société ne se fonderait plus sur d’absurdes « rivalités exacerbées par le lucre » mais sur trois axes : gratuité pour l’indispensable, redistribution entre tous des « bénéfices du progrès » et interdiction de la spéculation exerçant sur l’économie une prédation insoutenable…

D’ores et déjà, l’Occident n’est plus au centre du jeu, faute d’avoir compris ce qui se jouait. Le scénario proposé par Paul Jorion pourrait bien marquer le début de l’abandon d’une dogmatique mortifère dont la « compétition », le consumérisme et l’asservissement à un productivisme et une employabilité sans finalité. Voire le commencement d’une humanité apaisée ne se résignant plus à être réduite à un « coût à éliminer » lors du prochain cycle de réduction des coûts – une humanité reliée et reliant enfin ses actes à ce qui fait sens pour se faire présent d’un nouvel art de vivre tissé d’une qualité de vie authentique… Un rêve ou une urgence ardente ?

 

Paul Jorion, Se débarrasser du capitalisme est une question de survie, Fayard, 300 p., 19 €

 

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Depuis la dernière élection présidentielle, la vieille idée d’un revenu d’existence versé inconditionnellement à tout citoyen, durant sa vie, au nom de l’égalité des droits et en vertu de son appartenance à l’humanité, refait surface – et débat. Se battre pour « l’emploi » alors que la digitalisation du monde brouille les frontières du « travail », cela fait-il encore sens ? Le dernier numéro des Dossiers d’Alternatives économiques pose les termes de ce débat…

 

 

Durant l’été 1795, le quaker Thomas Paine (1737-1809), inspirateur de la révolution américaine et française, élu député de la Convention dans la circonscription de Calais en France (1792), monte à la tribune de cette assemblée et fait cette déclaration… révolutionnaire : « Liberté, égalité, fraternité ne peuvent se réaliser, associées, si inconditionnellement, le minimum de ressources n’est pas garanti à chaque citoyen ».

Le député de Calais connaît l’expérience tentée cette année-là à Speenhamland, une bourgade du comté de Berkshire, dans le « première patrie du capitalisme » où la montée de « l’économie marchande » se traduit par la destruction des formes d’auto-production et la « croissance » de… la misère.

Le 6 mai 1795, les juges du Berkshire, réunis à l’auberge du Pélican, à Speenhamland, avaient décidé d’accorder aux pauvres des compléments (subsidies in aid of wages) selon un barème indexé sur le prix du pain. Il s’agit de la reconnaissance d’un « droit de vivre » afin de garantir la survie des exclus et d’éviter la désagrégation de la société par l’octroi d’un revenu minimum, versé indépendamment de toute « activité productive »…

Cette expérience fut sans doute la première tentative de soumettre l’économique au social. Mais le système des allocations de Speenhamland revenait en fait à utiliser des ressources publiques pour… subventionner les employeurs, prompts à « faire baisser les salaires au-dessous du niveau de subsistance » comme l’analysa Karl Polanyi (1887-1964).

Depuis l’avènement du digital labor, de « l’intelligence artificielle », la course effrénée à la captation des données (le « pétrole » du XXIe siècle) et le consentement au travail gratuit, le thème a rejailli de la boîte à belles promesses électorales – forcément financées par « l’argent des autres » tant que l’illusion en persistera… Mais l’urgence n’est-elle pas de reconstruire un « modèle social » mis à mal en remplaçant une « valeur travail » en perdition, adaptée à la société industrielle du XIXe siècle, par une autre, « en ligne » avec nos sociétés désindustrialisée – et si désenchantées?

 

 

Une idée simplificatrice ?

 

Dans Les Dossiers d’Alternatives économiques, Philippe Frémeaux précise que l’idée d’un revenu de base est aussi portée par des penseurs libéraux qui y voient un moyen de « simplifier radicalement » un système de protection sociale hypertrophié. Pourquoi ne pas en diminuer la complexité par un regroupement en une prestation unique – et lisible ? Tel qu’il est défendu « à gauche de l’échiquier politique », le revenu de base « se veut d’abord une réponse au chômage de masse, en assurant à chacun un revenu sans contrepartie, lui permettant de bénéficier d’un minimum de sécurité ». Ne serait-il pas temps de « dissocier l’accès au revenu de l’occupation d’un emploi » alors que le retour au plein-emploi se révèle illusoire avec une « révolution numérique » chavirant un monde « ubérisé »? Dubitatif quant au « reste à financer » après suppression du système des indemnités actuelles, Philippe Frémeaux propose une « mise en œuvre progressive, mais avec le risque de lui faire perdre ses qualités principales : l’universalité et l’inconditionnalité »…

Conseiller de Benoît Hamon sur le revenu universel, Julien Dourgnon rappelle que « le salariat ne remplit plus sa promesse d’intégration » et plaide pour « de nouvelles modalités d’inclusion, complémentaires du CDI à temps plein d’emploi », sachant que le travail, « existe bien au-delà de l’emploi, davantage encore dans une économie de plus en plus fondée sur l’immatériel » : « La protection sociale actuelle a été imaginée pour une société de plein-emploi où les individus sont seulement soumis à des accidents de parcours rares et brefs. Elle répond imparfaitement aux besoins d’une société installée durablement dans le sous-emploi et le travail précaire. »

S’il s’agit de rompre le lien exclusif entre emploi et revenu, il n’est pas question de supprimer le premier : « Le revenu universel d’existence, qui sera continu, stable et inconditionnel, valide la participation des individus à des activités non salariées hors de l’emploi (…) Il est un dû, une rétribution au même titre qu’un salaire pour un salarié ou un dividende pour un actionnaire (…) et une manière de récupérer la richesse publique privatisée dans l’entreprise. Il vient rémunérer l’individu en tant que partie d’un tout appelé société. »

 

L’impensé

 

L’économiste Philippe Gillig propose de penser l’égalité des chances en termes de patrimoine et prône une « dotation universelle en capital, financée par une fiscalité sur l’héritage digne de ce nom » – c’était l’idée de Thomas Paine : « Dans sa version de droite comme de gauche, le revenu universel présente le problème fondamental de ne s’attaquer qu’aux symptômes des inégalités et non à leur cause structurelle. Car il faudrait d’abord se demander pourquoi a-t-on besoin de redistribuer, pourquoi les rémunérations primaires sont-elles si inégales ? La réponse tient au fait qu’une minorité concentre le patrimoine, notamment productif et lucratif. La défense d’un revenu universel repose donc sur un impensé : l’égalité des chances économiques n’est vue qu’à travers une égalisation du revenu, jamais du capital. »

Christian Arnsperber invite à repenser la création monétaire : « Promouvoir un revenu de base réellement porteur de justice sociale et de transition écologique, c’est devoir par là même remettre en question la façon dont est créée et mise en circulation a monnaie avec laquelle ce revenu est financé. L’idée ne serait pas de supprimer la création monétaire par le crédit bancaire, mais de lui adjoindre des mécanismes de création monétaire complémentaire, venant s’ajouter à la logique dominante, et en mitiger les effets problématiques. Rien n’empêcherait les Etats ou les collectivités locales d’instituer une création monétaire complémentaire spécifiquement dédiée au versement du revenu de base. »

Mais alors, ne serait-il pas plus simple encore de remplacer un imaginaire social centré sur la « compétition » et la « croissance » des « profits monétaires » par un autre, centré sur la coopération et respectueux des ressources sur une planète finie, débarrassée d’une création monétaire à tombeau ouvert ne correspondant plus aux dites ressources disponibles ?

Afin d’en faire un véritable outil d’inclusion sociale, le sociologue Alain Caillé propose de prévoir, « au-delà du socle du revenu universel proprement dit, une part de financement destiné à encourager l’engagement associatif ».

L’économiste Baptiste Mylondo propose de coupler le revenu universel à un revenu maximum tout en maintenant le système assurantiel : « Le suffisant ne définit pas un seul niveau de revenu mais deux : un plancher et un plafond délimitant une amplitude d’inégalités acceptables. Pour que tout le monde ait assez, il faut que personne n’ait trop (…) D’un point de vue économique, le plancher de la pauvreté s’accompagne du plafonnement des inégalités. Sur le plan social, le plancher préserve de l’exclusion, tandis que le plafond empêche l’exploitation d’autrui. Sur le plan écologique, il s’agit d’un plancher de la subsistance et d’un plafond de prédation ou de surexploitation de la nature. Enfin, sur le plan démocratique, le plancher est celui de la participation à la vie politique et le plafond celui de la confiscation du pouvoir par les plus fortunés. »

Le sociologue Bernard Friot propose l’instauration d’un « salaire inconditionnel à vie » par la hausse des cotisations sociales, en partant du statut de la fonction publique et donc du salaire attaché à la personne : « Généraliser le salaire à vie aux 50 millions de majeurs résidant en France suppose que la qualification de la personne soit construite comme un droit politique. Cela suppose aussi la copropriété d’usage de l’outil de travail, dans des services publics ou dans des entreprises de type coopératives qui ne génèrent pas de revenus pour les propriétaires. »

En conséquent, le professeur émérite à l’université Paris Ouest Nanterre préconise que chaque citoyen soit doté à sa majorité du « premier niveau de qualification et du salaire à vie qui lui est attaché et du droit de copropriété d’usage de son ou de ses outils de travail ».

Mais qui assume le simple fait d’être « payé pour sa personne », juste pour ce qu’il est et non pour ce qu’il fait ?

 

 

Le revenu de base aujourd’hui, ailleurs et demain…

 

 

Au début des années soixante, le revenu de base devient une réalité en Alaska, dans le petit port de pêche de Bristol Bay dont le maire conservateur, Jay Hammond (1922-2005), propose la création d’un fonds public, alimenté par une taxe de 3% sur les prises de pêche. Devenu gouverneur de l’Alaska (1974-1982), Jay Hammond instaure sur tout l’Etat un fonds, l’Alaska Permanent Fund, alimenté cette fois-ci par une taxe sur les hydrocarbures.

Mais, tempère Eva Mignot, le montant de ce revenu « fluctue dans le temps : 878 dollars annuels en 2012, 2072 en 2015 avant de retomber à 1022 dollars en 2016 » : « il ne peut donc constituer qu’un revenu d’appoint » – « de plus, il repose sur une ressource polluante, le pétrole, dont il est souhaitable de réduire l’exploitation, tarissant ainsi la source même de ce revenu inconditionnel, qui ne peut être généralisé à d’autres territoires »…

D’Alaska en Finlande et de Macao en Namibie, le revenu universel fait l’objet d’expérimentations mesurées qui laissent difficilement augurer de son universalité et de son inconditionnalité. De plus, il y a autant de scénarios de financement qu’il y a de revenus de base différents – et il y a urgence à s’accorder pour remédier aux destructions d’emplois générées par les avatars d’un progrès technique sans progrès social, la digitalisation et l’uberisation…

Le préambule de la Constitution de 1946 et de 1958 stipule que « tout être humain (…) qui se trouve dans l’incapacité de travailler a le droit d’obtenir de la collectivité des moyens d’existence convenables. »

L’évolution du salariat sur notre planète de robots remet le droit au revenu au centre du débat depuis la nouvelle mise en cause de notre modèle d’allocations avec la « crise » de 2008 – même si l’emploi salariant demeure la situation de référence dans une « société de statut ».

La garantie d’un revenu universel relèverait d’une ingénierie sociale tant préventive que curative et constituerait une « réponse adaptative » à la jungle numérique qui nous colonise : elle pourrait bien constituer le socle d’un nouveau « modèle de société » repensé non plus autour d’un emploi qui ne donne même plus le droit de vivre mais précisément de son absence devenue une « norme officieusement instituée »…

 

Les Dossiers d’Alternatives économiques, Revenu universel – comprendre le débat, n°10

 

 

 

 

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