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Archive for février 2017

« Mi-philosophe et mi-journaliste », André Gorz (1923-2007) s’est donné pour tâche de renverser le savoir établi pour « créer une rupture dans la façon de penser les problèmes » au fil d’une œuvre visionnaire, « fervente et exigeante »… L’une des toutes premières à proposer une alternative à un « capitalisme » confronté à ses limites internes…

 

« Deux fois rebelle », André Gorz (né Gerhart Hirsch à Vienne) était, nous rappelle l’historien Willy Gianinazzi, un « individu inassimilé qui apprit à vivre en dépassant son refus juvénile d’exister par son rejet du conformisme social » et d’autre part un « écrivain subversif refusant la mainmise de la machine technocapitaliste sur la vie et la nature ».

Mais, s’il est connu du grand public, c’est par sa Lettre à D. (Galilée, 2006), considérée comme l’un des plus beaux textes d’amour de la littérature : une lettre en soixante-seize pages adressée à son épouse Dorine, avec qui il se donna la mort un an plus tard, au crépuscule d’une vie multiple minée par la maladie dégénérative de son alter ego – et marquée par une irréductible quête de sens et d’utopies concrètes ainsi que par le refus de l’aliénation fondamentale de la société d’abondance (l’injonction de consommer pour faire tourner l’économie), la dénonciation des coûts humains et écologiques de la folie productiviste et consumériste …

Avant sa rencontre avec la jeune Anglaise Doreen Keir, survenue à la fin de l’été 1947, le jeune Gerhart, hanté par l’idée du suicide, s’était lancé dans l’écriture pratiquée comme un palliatif qui le dispenserait de vivre tout en l’assurant de se maintenir en vie par l’illumination d’instants créateurs dont la vibrante intensité fait de lui un auteur-phare pour deux générations de « chercheurs de vérité ».

 

La qualité de la vie et la qualité d’une civilisation

 

Confronté à l’épuisement de l’élan de la Libération, devenu journaliste pour la revue Servir puis pour Paris-presse l’Intransigeant, Les Temps modernes et L’Express avant de participer à la fondation du Nouvel Observateur (1964) où il signe ses articles par le pseudonyme de Michel Bosquet, il fait ce constat : « le journalisme n’est pas un moyen d’expression : c’est un compromis. »

Ce compromis nourrit la réflexion du philosophe tout en lui permettant d’acquérir une solide culture économique – et de voyager, notamment aux Etats-Unis dont il dénonce, dès les années 50, le modèle de consommation par une stratégie de multiplication de « besoins » renouvelables attisés par l’obsolescence des produits.

Dès son premier livre publié, Le Traître (Seuil, 1958), un roman autobiographique préfacé par Sartre, le jeune autodidacte postule : « L’homme est impossible dans ce monde-ci, donc c’est ce monde qu’il faut changer, impérativement. »

Ce précurseur de l’écologie et de la décroissance a toujours manifesté dans ses écrits le « souci du milieu de vie en tant que déterminant de la qualité de la vie et de la qualité d’une civilisation » ainsi qu’il le synthétise dans une interview donnée au Nouvel Observateur (Où va l’écologie ? 14 décembre 2006).

Le penseur journaliste fut l’un des premiers a percevoir l’illusion du « plein emploi » alors que la « troisième révolution industrielle » permet de produire toujours plus avec un volume décroissant de travail. Plaidant pour une réduction massive du temps de travail et pour l’instauration d’un revenu minimum garanti indépendant du travail, distribué sur la base de la richesse produite, il estime que, dans une économie alternative, « le temps de vie n’a plus à être géré en fonction du temps de travail : c’est le travail qui doit trouver sa place, subordonnée, dans un projet de vie » (Métamorphoses du travail, quête du sens. Critique de la raison économique, Galilée, 1988).

A la logique productiviste, il oppose une toute autre, centrée sur le plein emploi de la vie et une autre vision de la production des richesses selon une « rationalité écologique » qui consiste à « satisfaire les besoins matériels au mieux, avec une quantité aussi faible que possible de biens à valeur d’usage et durabilités élevées, donc avec un minimum de travail, de capital et ressources naturelles » (Capitalisme, socialisme, écologie, Galilée, 1991).

 

Vers un « revenu universel » ?

 

Alors que la production de biens nécessite de moins en moins de travail et distribue de moins en moins de salaires, alors que l’emploi salarié se raréfie, pourquoi encore réserver le droit à un revenu aux seuls titulaires d’un emploi ? Et pourquoi faire dépendre le niveau du revenu de la quantité de travail fournie par chacun alors que l’obsolescence d’une économie fondée sur le travail-marchandise est flagrante ?

Gorz reprend l’idée d’un « revenu social garanti », non fondé sur l’emploi, prônée dans l’entre-deux-guerres par Jacques Duboin (1878-1976) dans le cadre de son économie distributive, et l’expose dans Misères du présent, richesse du possible (Galilée, 1997) car il pressent qu’elle correspond le mieux aux mutations de la société et à cette économie dont il voit se dessiner les contours : « Ce capitalisme qui s’automatise à mort devra chercher à se survivre par une distribution de pouvoir d’achat qui ne correspond pas à la valeur d’un travail »… Mais l’occasion est manquée par la « gauche plurielle » qui a gouverné le pays entre 1997 et 2002…

Plus soucieux que jamais de rendre la vie meilleure pour tous, ce chercheur d’utopies concrètes a inscrit sa pensée dans le cadre de la gauche syndicale puis de l’écologie politique dans le sillage d’Ivan Illich (1926-2002) pour imaginer des issues positives, porteuses de liberté, à la sortie convulsive d’un « capitalisme » qui ne sait plus quoi faire de la plus-value produite par sa « financiarisation » : « Aujourd’hui, l’argent cherche à produire de l’argent sans passer par le travail »…

A la fin de sa vie, il a vu les « avancées » de la technoscience servir l’accélération d’un turbo-capitalisme asservissant le vivant à la « rationalité mathématisante » et nous plongeant dans une ère postbiologique et posthumaine, comme le souligne Willy Gianinazzi : « Il existe en effet une étroite parenté entre la domination qu’exerce la connaissance scientifique objectivée et la domination qu’exerce le capital à travers un procès de valorisation détaché de tout contenu substantiel et concret ». C’est l’abstraction fondamentale qui nous dérobe la réalité : « L’achat et la vente de capital fictif sur les marchés boursiers rapportent plus que la valorisation productive du capital réel ».

Dans un monde où la « valorisation du capital » ne se nourrit plus de « l’extension du travail productif » mais de fictions monétaires hypervolatiles et du travail gratuit des consommateurs via une « économie de la contribution » pouvant se traduire en « captations d’externalités positives », André Gorz nous lègue une boîte à outils permettant de penser la « décivilisation » en cours et d’assurer une transition apaisée vers une « économie au-delà du travail-emploi, de l’argent et de la marchandise »…

Auteur d’ouvrages sur le syndicalisme révolutionnaire, Willy Gianinazzi nous livre, dans une autobiographie vibrante, le parcours d’un homme, l’itinéraire d’une pensée et la portée d’une œuvre au service d’une vie meilleure pour tous, lorsque la dignité et la vérité de l’être auront remplacé la fétichisation de l’avoir perverti en accumulation illimitée – quand bien même avoir n’empêcherait pas d’être dans une demande humaine d’avenir bien posée…

 

Willy Gianinazzi, André Gorz, une vie, La Découverte, 384 p., 23 €

 

 

 

 

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Après une édition grand format à succès, Les Petites filles (Albin Michel, 2016), le second roman de Julie Ewa, est paru le 8 février en livre de poche.

 

Et si nous vivions dans un univers intelligent qui répondrait à chacun de nos états d’esprit ? Et si cet univers-là répondait à l’infini vibrant dans chacun de nos désirs, s’il fécondait chacun de nos états de foi ?

Pour la jeune romancière à succès Julie Ewa, rompue à la lecture du philosophe Henri Bergson (1859-1941), cette interrogation relève plutôt d’une évidence tranquille : « Pour moi, il y a une énergie dans l’univers qui nous répond, de même qu’il y a un processus créateur en chacun de nous. Bergson appelle «la création de soi par soi » le fait que nous nous créons continuellement nous-mêmes, de la même manière que nous créons notre propre réalité… Je pense qu’il était en avance sur son temps car il avait l’intuition de la physique quantique. La matière est faite de vibrations, c’est notre intelligence qui lui impose ses formes… Dès lors, il n’y a pas de réalité, ou plutôt, elle est construite, il y a autant de réalités que d’individus…»

Julie Ewa, qui a consacré un mémoire à la nature de la relation entre la matière et l’esprit selon L’Evolution créatrice de Bergson, est partie de bonne heure du point de conscience le plus élevé possible. Pour elle, une philosophie ne saurait demeurer lettre morte, quand bien même elle se laisserait formuler en mots, aussi académiques ou brillants soient-ils – elle se vit avant tout pleinement : « Ma philosophie me définit et m’habite… J’ai la conviction que j’attire vers moi ce en quoi je crois. Si j’ai réalisé mon rêve de devenir écrivain, c’est car j’y ai toujours cru et que tous mes efforts sont allés en ce sens.»

Sa matière à elle, ce n’est pas seulement la fiction ou l’ésotérisme voire le merveilleux : n’est-ce pas tout simplement ce qui change la vie ? Et s’il suffisait de ne penser que ce que nous désirons vraiment vivre en expérience ? Les choses et les événements ne seraient-ils que l’apparence extérieure de l’activité intérieure de la pensée ?

La pratique de la jeune romancière ouvre des boulevards de réflexion. Si elle confesse volontiers des lectures stimulantes voire psychodynamiques comme Conversations avec Dieu de Neale Donald Walsh ou les livres de Paul Wazlawitzch, elle ne lit en revanche pas de fictions – sauf exception notable : « Je prends tellement de plaisir à inventer des histoires que je me sens très proche de mes personnages. Ce plaisir, je ne le retrouve pas dans les livres des autres, et puis je ne veux pas me laisser influencer… Mais j’ai été très impressionnée néanmoins par les polars de Ian Manook sur la Mongolie… »

 

« Il te sera fait selon ta foi »

 

Julie est née à Altkirch, a grandi dans le village de Courtavon, au cœur du Sundgau, entre un père mécanicien et une mère aide-soignante : « Déjà, à l’âge de six ans, je disais à ma mère que je voulais écrire… Peut-être parce que mon grand-père écrivait des petite histoires pour le plaisir… ».

En CM1, son maître d’école M. Gaessler l’encourage à taper ses rédactions à la machine et à les lire en classe à ses camarades. « A quinze ans, je me suis dit qu’il serait intéressant d’écrire sur une série de meurtres se déroulant dans un village de 300 habitants où tout le monde se connaît : chacun deviendrait un suspect potentiel et les villageois mèneraient l’enquête…J’ai donc commencé à écrire un polar.»

Mais il se trouve qu’elle est aussi bonne en sport. Au lycée, elle suit la filière sport-études et devient pensionnaire au Creps, la pépinière des athlètes de haut vol. Mais au cours d’un saut en hauteur, elle se réceptionne mal : la blessure compromet son avenir de sportive mais lui donne une autre vie, riche en autres « compétitions », bien moins douloureuses… Elle avait déjà consacré ses années lycée à la rédaction de ce premier roman dont l’intrigue se situe pendant la guerre d’Algérie : « C’est un thriller ésotérique dont l’idée m’était venue en rêve… »

Les Bras du diable remporte le prix du Polar de l’année 2012 organisé par l’hebdomadaire VSD et le livre de la jeune romancière de vingt ans est publié chez Les Nouveaux Auteurs : « J’avais trouvé ce concours en surfant sur Internet et j’avais vu que Jean-Christophe Grangé présidait le jury, alors je me suis sentie en confiance… »

Elle suit des études de philosophie, consacre son master à Bergson – mais décide de s’immerger dans « la vraie vie » en donnant de son temps libre aux personnes âgées dépendantes à la maison de retraite de Schiltigheim : « Je ne me voyais pas finir professeur, devant une classe, comme au théâtre. L’aide à la personne, le social, c’est du concret et ma place est là… »

La vraie vie, c’est aussi une formation d’éducatrice spécialisée – et c’est la sienne en ce moment : elle officie dans un service de protection de l’enfance en accompagnant des parents en difficulté avec leurs enfants – assurément une autre façon de transmettre…

 

L’éveil à la Chine

 

Outre l’appel vers un devenir humain à accomplir, elle en ressent un autre vers l’Empire du Milieu. Sur « la toile », elle lit des articles sur la Chine et sa politique de l’enfant unique, visionne des reportages à la télévision, dévore le livre d’une journaliste chinoise – et l’idée d’un second roman lui vient comme dans un état d’urgence confiante, selon son habitude de ne rien retenir d’elle-même : « Je suis partie là-bas, sac au dos,en juillet 2013 pour me renseigner et éprouver les choses par moi-même, m’imprégner des décors, des ambiances naturelles et rencontrer des Chinois. »

La grande blonde se fait des amis, ramène des carnets de notes bien remplis et se jette à corps perdu dans un travail d’écriture qui lui prend deux ans – sans oublier six mois de réécriture sur les conseils de l’éditeur : «J’ai entrepris une fiction basée sur des faits réels et sur deux niveaux narratifs, l’un se situant en 1991, quand une mère part à la recherche de sa fille disparue, et l’autre en 2013, quand une étudiante strasbourgeoise sinologue, Lina, va travailler en Chine pour une ONG, avant d’être happée par les secrets d’un village en zone rurale, Mou Di… »

Envoyé à Albin Michel (l’éditeur de Jean-Christophe Grangé…) par la poste, le roman est publié en janvier 2016 dans la collection « Spécial Suspense » – non sans un contretemps : le premier envoi s’était égaré, elle a du le renouveler. .. Mais tout arrive, même la publication d’un roman confié aux bons soins du service public postal – quand bien même une certaine catégorie de citoyens (dont les journalistes…) observerait quelques dysfonctionnements dans l’envoi de manuscrits ou de livres qui n’arrivent plus « comme avant » en service de presse : « Il faut toujours croire en ses rêves ! J’y ai cru et j’en suis là… »

Décidemment, la vie n’apporterait-elle pas à chacun la récompense de sa propre vision ? De salons du livre en séances de « signature », Julie Ewa se recharge comme une batterie par le contact avec un public enthousiaste et se sent confortée dans sa voie créative : elle a même l’idée d’une trilogie, en reprenant le personnage de Lina et son ami Thomas dans une autre communauté. Le prochain opus se passera dans l’univers des Roms : « Je ne fais pas que des fictions de divertissement, mais je tente de sensibiliser le public à certains débats comme la situation des familles roms. La fiction, ça sert aussi à ça, à faire passer des idées et des messages, surtout sur des sujets dont personne ne veut parler… »

La pratique personnelle de Julie Ewa rejoindrait-elle les découvertes récentes de la science ainsi que les grandes traditions spirituelles ? Et si notre esprit était le véritable créateur de cet univers que nous persistons à explorer comme s’il nous était une donnée extérieure ?

Cette thématique, la jeune praticienne du bonheur de conter pourrait bien la mettre en fiction… N’a-t-elle pas déjà d’ores et déjà révélé par l’exemple que les barreaux et les murs contre lesquels nous nous heurtons n’existent pas ? Ou qu’ils n’attendraient que la poussée créatrice d’une générosité vitale pour se reculer sur l’immensité de territoires encore inexplorés ? Après tout, il y a bien des manières de conquérir le monde sans se l’approprier…

 

 

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Femme fatale considérée comme l’une des reines de Hollywood, Hedy Lamarr (1914-2000) a également laissé une invention à l’origine de nos communications par téléphone portable…

 

 

En 1933, le film Extase, réalisé par Gustave Machaty (1901-1963), fait entrer une jeune actrice de dix-huit ans dans l’histoire du cinéma comme la « première femme nue à l’écran ». En vérité, cette année-là était particulièrement faste pour le naturisme : un Kulturfilm allemand, La marche vers le soleil, avait fait triompher la nudité en extérieur et en mouvement, tandis qu’en France, la « femme de lettres » Colette Andris arrache de haute lutte le droit de danser nue au music-hall avant de se produire dans cet appareil au cinéma…

Mais l’histoire du cinéma a retenu Extase, cette anodine production tchèquo-autrichienne, présentée en Amérique sous le titre My Extasy, et condamnée par le pape Pie XII… Elle a surtout révélé la perfection décomplexée d’une starlette folâtrant dans les bois en tenue d’Eve jusqu’à l’orgasme (le scénario s’inspire de L’Amant de Lady Chatterley) – et provoqué un tremblement de chair planétaire…

La bombe anatomique devient l’épouse de Fritz Mendel (1900-1977), le quatrième industriel d’armement au monde, fournisseur attitré de Mussolini – ses parents rêvaient pour elle d’une sécurité à toute épreuve… L’heureux époux n’aurait pas supporté que des millions d’admirateurs inconnus se délectent de la nudité de sa jeune épouse et aurait traqué toutes les copies disponibles du film pour faire disparaître le corps du délit …

L’écran et au-delà…

 

Celle qui sera connue dans le monde entier en femme fatale naît Eva Maria Kiesler le 9 novembre 1914 dans une famille de banquiers juifs viennois convertis au catholicisme – sa mère, pianiste, est une beauté exceptionnelle… Elle suit les cours de l’école d’art dramatique de Max Reinhardt (1873-1943) à Berlin et débute au théâtre où elle joue notamment le rôle de l’impératrice Elisabeth d’Autriche, dite Sissi… A seize ans, elle décroche ses premiers rôles cinématographiques aux studios Sascha de Vienne, dans d’anodines comédies où il est beaucoup question d’argent : dans Geld auf der Strasse (« De l’argent sur la route », 1930) de Georg Jacoby (1882-1964), elle donne la réplique à Rosa Albrecht-Retty (1874-1980), la grand-mère de Romy Schneider… Wir brauchen kein Geld (« Nous n’avons pas besoin d’argent », Boese, 1931) conforte sa jeune notoriété.

A dix-sept ans, elle devient la vedette de Die Koffer des Herrn O.F. (« La Malle de M. O.F. », Granowski, 1931) qui lui vaut les honneurs du New York Times.

En 1937, Louis B. Mayer (rencontré à Londres après qu’elle eut quitté son premier mari) la prend sous contrat et lui fait adopter le nom de Lamarr, en souvenir d’une vamp du muet disparue une décennie plus tôt, Barbara La Marr (1896-1926).

L’année suivante, elle enchaîne, pendant une vingtaine d’années, des tournages de films de série B, depuis Casbah (Conway, 1938) jusqu’à The Female Animal (« Femmes devant le désir », Keller, 1957).

Si sa filmographie compte un seul chef d’œuvre, elle le doit à Cecil B. De Mille (1881-1959) qui lui confia le rôle inoubliable de Dalida dans Samson and Delilah (1949). Productrice indépendante, elle connaît le succès avec Le Démon de la chair (1946) mais échoue à garder les faveurs du grand public avec La Femme déshonorée (1947).

Elle a donné la réplique aux plus prestigieux interprètes masculins de son temps, dont Charles Boyer (1897-1978), Spencer Tracy (1900-1967), Clark Gable (1901-1960), Victor Mature (1913-1999) ou Jimmy Stewart (1908-1997) – elle incarna même Hélène de Troie dans un film de Marc Allégret (1900-1973).

Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle se souvient des plans de missiles entrevus chez son premier mari et dépose en juin 1941 avec son troisième époux, le musicien américain Georges Antheil (1900-1959), le brevet d’un système de guidage de fusée par fréquence radio qui marque l’histoire scientifique des télécommunications : ce principe de transmission, appelé la « technique Lamarr », est à l’origine de la téléphonie portable et de nos GPS…

Jusqu’en sa quarantaine épanouie, cette femme de tête incarne l’éternel féminin et s’assure d’une débordante carrière matrimoniale (six mariages au compteur, sans compter ses liaisons innombrables de « croqueuse d’homme » dont Charlie Chaplin et John Kennedy). Mais elle a échoué à devenir « la nouvelle Greta Garbo » (1905-1990).

Disparue des écrans en 1957, elle refait la Une… des faits divers pour vol à l’étalage : en 1960 et 1965, elle est surprise en train de dérober des produits de beauté… Elle profite de ce regain d’intérêt médiatique pour négocier la publication de ses Mémoires (Ecstacy and Me, 1966) – considérés comme les plus érotiques du genre depuis ceux de Casanova.

En 1990, elle fait une rechute en kleptomanie au supermarché Eckerd de Casselberry en Floride, après avoir dilapidé sa fortune en frasques et chirurgie esthétique.

Son corps sans vie est retrouvé le 19 janvier 2000 dans sa résidence à Altamonte Springs (Floride). Son étoile porte le numéro 6247 dans le Walk of Fame. Une urne contenant la moitié de ses cendres repose au cimetière central de Vienne. Son fils Anthony Loden en a dispersé l’autre moitié dans les bois autour de la capitale autrichienne – où elle n’avait jamais remis les pieds après avoir été happée par la machine à rêves hollywoodienne.

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Muse et modèle du photographe Edward Weston, Tina Modotti (1896-1942) a également été, en une vie brève et passionnée, mannequin, actrice hollywoodienne, photo-journaliste engagée et militante révolutionnaire…

Durant la nuit du 6 janvier 1942, une femme dont l’âge mûr s’avançait avec grâce vers une fin prévisible s’effondrait subitement dans un taxi à Mexico – elle sortait juste d’un dîner avec l’architecte du Bauhaus Hannes Mayer (1889-1954). Son nom est Tina Modotti. Elle doit sa célébrité posthume à la redécouverte des photographies qu’Edward Weston (1886-1958) a laissé d’elle : indéniablement, ces nus ont rapproché leurs noms pour la postérité, suscitant une floraison d’expositions, de livres, de documentaires voire de bandes dessinées – comme si elle posait à jamais dans les dunes ou sur la terrasse, dans la lumière tranchante du Mexique postrévolutionnaire, sous l’objectif de son amant.

Lorsqu’ils se rencontrent en 1921 à Los Angeles, elle est sur le point de devenir une actrice de premier plan du cinéma muet avec The Tiger’s Coat (1920). Ils partent s’installer au pays du peintre « muraliste » Diego Rivera (1886-1957), formant un couple de légende, véritable « point de mire » du monde artistique mexicain. De modèle préféré, elle devient en 1923 son apprentie favorite, réalisant portraits commerciaux, paysages, montages, scènes de rues ou fiestas.

En novembre 1924, le président du Mexique, Alvaro Obregon (1880-1928) consacre leur aventure photographique en inaugurant en fanfare leur première exposition – vingt photos « bien accrochées, simplement »…

Mais déjà, cette vie exaltée et intense les sépare : chacun aura ses aventures –tous deux sont « par ailleurs » encore mariés… Dans son Journal, il dit d’elle : « J’affirme que sa présence au Mexique n’est pas mon seul pôle d’attraction, bien que cette dernière ait exprimé le désir de me suivre là où nous souhaitions être ensemble. »

Dans une lettre datée du 7 juillet 1925, elle écrit à Weston : « Je suis sans arrêt en train de lutter pour modeler la vie selon mon tempérament et mes besoins – en d’autres termes je mets trop d’art dans ma vie – trop d’énergie – et, par conséquent, il ne me reste pas grand-chose à donner à l’art. »

Leur épreuve amoureuse prend fin en novembre 1926 : ayant connu la pauvreté dans son enfance, elle découvre celle d’une population et se donne corps et âme à la Révolution… La petite Italienne aux appareils photos et aux amours libres devient communiste dans le Nouveau Monde, une nouvelle aventure à hauts risques…

 

Amours et Révolution

 

Tina naît Assunta Adelaïde Luigia Modotti Mondini le 17 août 1896 dans un quartier populaire d’Udine (région du Frioul-Vénétie). Son père est mécanicien dans une usine de bicyclettes et émigre en 1908 aux Etats-Unis. Dès l’âge de quatorze ans, Tina travaille comme ouvrière dans une usine textile pour faire vivre sa famille, tout en assistant son oncle Pietro, photographe réputé. En 1913, elle rejoint son père en Amérique. D’abord couturière dans le magasin de mode Magnin, elle est « remarquée pour sa beauté » et devient mannequin pour présenter les dernières collections de Paris.

En 1917, elle épouse le peintre et poète Roubaix de l’Abrie Richey qui la fait entrer dans le monde de l’art et de l’amour libre. Actrice dans des théâtres italiens, elle enchaîne les opérettes puis les rôles à Hollywood. Le couple reçoit toute l’avant-garde mais son mari meurt en février 1922 de la variole. Tina poursuit cette accueillante tradition, faisant de sa maison le lieu de rencontre des exilés dont elle soutient la lutte.

Après sa liaison avec Weston, elle mêle étroitement l’art, l’engagement photographique et la politique. Elle vit avec Antonio Mella (1904-1929), un jeune réfugié cubain, rédacteur en chef de la revue El Machette où elle publie notamment Les contrastes du régime, reportage confrontant des images d’une pauvreté extrême au luxe indécent des possédants. Le soir du 17 janvier 1929, son amant est assassiné sous ses yeux alors qu’ils revenaient du cinéma : soupçonnée de « crime passionnel », elle passe au laminoir d’une véritable inquisition. Les photos de nus de Weston sont utilisées afin de la discréditer auprès des masses populaires – la « communiste dépravée » perd aussi sa clientèle aisée…

Sous l’identité de Carmen Ruiz, elle œuvre encore au soutien des réfugiés de la Guerre d’Espagne, partageant la vie du très controversé Vittorio Vidali (1900-1983) chez qui elle s’était exilée à Moscou en 1931 – après avoir fait escale à Berlin… Soupçonné de l’assassinat de Trotski en août 1940, Vidali est un agent du Komintern : Tina, vacataire du stalinisme sous la coupe d’un « amour de combat » ?

L’année de sa mort, elle passe le réveillon du Nouvel An chez Pablo Neruda (1903-1973) avant de succomber à une « crise cardiaque» dans ce taxi – « elle est morte parce qu’elle en savait trop » estime Diego Rivera.

« Ce qui ne me tue pas me rend plus forte » aimait-elle à répéter. Cinquante ans après sa mort, « les Roses », un des 400 clichés qu’elle a pris durant ses années Weston s’est vendu 165 000 dollars. La révolutionnaire au front soucieux dont les hommes tombaient « naturellement amoureux » n’a plus jamais quitté le monde des images qui plantent leurs roses dans les cœurs.

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Comment l’espèce pourrait-elle cesser enfin de « produire les conditions de son autodestruction » pour retrouver les racines de la véritable humanité – et se réconcilier avec son devenir? Peut-être, comme le propose l’historien Jerôme Baschet, en refusant le « capitulisme » et en procédant à une «déséconomisation radicale de l’univers collectif »… Ce qui suppose un « monde de l’égalité et du commun » fondé sur une « construction coopérative du bien commun »…

 

La vie va-t-elle encore de soi dans une « hypermodernité » qui survalorise l’avoir aux dépens de l’être et promeut la « valeur travail » aux dépens de la créativité quand bien même le dit « Travail » (du moins sa forme salariée…) semble en voie de raréfaction voire d’évaporation dans un « marché de l’emploi » pour le moins « tendu »?

Pour Jérôme Baschet, l’espèce humaine que l’on croyait manifestation particulière de la vie créatrice est passée au laminoir d’un « système d’exploitation, d’oppression, de dépossession et de déshumanisation » dont les rouages lui dérobent le réel pour la plier à une frénésie de fausses nécessités, de fausses urgences et à bien des injonctions contradictoires dont celle de « compétitivité »… Ce système-là, qui est véritablement une « société de l’économie » instituant un « devenir-marchandise de la vie » et une vision mécaniste du monde, fait divorcer l’humain d’avec sa nature véritable et l’asservit à une double abstraction (« celle qui se situe au cœur de la marchandise et celle qu’incarne l’Etat en tant que mode de constitution totalisant de la collectivité ») dans un vide éthique abyssal.

L’historien estime qu’il est « temps d’admettre que la construction du bien commun n’est pas nécessairement vouée à s’incarner dans l’Etat » ni dans aucune « entité abstraite et unifiante » : le bien commun ne peut se construire que par la « coopération des dignités et des autonomies locales »… Adieu à la prédation et à l’exploitation de l’homme par l’homme qui rend chacun si étranger à sa propre existence ?

 

Un autre temps, un autre devenir…

 

Historien partageant son enseignement entre l’EHESS et l’Universidad Autonom de Chiapas, Jérôme Baschet prend ses leçons chez les peuples amérindiens et   constate que, depuis les années 70, nous avons glissé « du capitalisme disciplinaire des Etats-nations (…) à un capitalisme sécuritaire mondialisé, caractérisé par une forme managériale de l’Etat et à un formatage de plus en plus généralisé des conduites sociales par la logique de l’économie »…

Ainsi, la « société marchande » soumet l’espèce laborieuse à une grille de contraintes – dont un « formatage concurrentiel des subjectivités » et une « dictature des temps brefs, des rythmes syncopés et d’une urgence artificiellement entretenue » qui fait que « plus on gagne de temps plus c’est le temps qui gagne »…

Nos contemporains se feraient-ils déposséder de leur temps de vie – comme du reste de tout ce qui fonde leur vie ? Cela ne fait pas l’ombre d’un doute pour l’historien : « Il est inscrit au fondement même du capitalisme que la force de travail est une marchandise ; mais désormais c’est la vie, en tant que vie-pour-le-travail, qui devient elle-même une marchandise. En bref, la marchandisation enveloppe la vie triplement : comme temps de travail vendu pour la production, comme temps disponible pour la consommation et comme temps (quasi permanent) de constitution d’un soi conforme aux exigences du marché. »

L’écart n’en finit pas de s’élargir entre « ce qu’engendre la logique de la marchandise et les besoins humains élémentaires » – d’où un sentiment d’absurdité, « marque d’un système qui produit pour la destruction et dont les promesses de croissance et de bien-être dérivent en une croissance de mal-être et de la déshumanisation ».

Comment adhérer encore au mythe du « plein emploi » de masse et maintenir l’asservissement à « l’idole Travail comme fondement de la logique sociale » alors qu’il est impossible de mettre toute la population dite « active » au travail ? Comment justifier encore la vampirisation des êtres par la « production de l’employabilité de soi » alors que la « reproduction du système capitaliste, intrinsèquement mû par la nécessité d’une expansion illimitée de la production-pour-la-production »  compromet les conditions de vie sur la planète et jusqu’à l’existence même de l’espèce ? Autant imaginer d’urgence un après à cette « société marchande » fondée sur la « chrono-contrainte » à rebours de l’humain, un autre temps où l’activité humaine serait libérée des exigences du « travail », de toute servitude chronométrée et de « tout sens comptable » usuraire – et une civilisation libérée de l’économisme…

Cela suppose une rupture avec ce « devenir-marchandise du monde » et ce « capitulisme » qui sacrifie la vie à une chimère de survie (ou de non-vie) dans une jungle sociale harassante afin de penser une « forme politique non étatique, fondée sur la dé-spécialisation et la réappropriation collective de la capacité à participer aux prises de décision ». Cet « agir coopératif est la condition d’existence du bien commun ».

Pour Jérôme Baschet, « le bien vivre, c’est d’abord l’affirmation de la vie, humaine et non humaine, contre ce qui la nie, à savoir la puissance destructrice de la production-pour-le-profit ».

Cette « humanité en quête de réalisation hors des formes sociales marquées par l’exploitation, la domination et la dépossession » se devrait ainsi non seulement d’aborder un revirement de civilisation libérateur mais également de se réinventer en lieu opératoire d’une véritable alchimie existentielle et sociale. Ne serait-ce que pour réaliser le grand œuvre d’une vie vécue hors de la soumission aux choses, de la dépossession des êtres et de la destruction du vivant – une vie réaccordée à son dépassement au large de cette société de prédation ? Est-ce ainsi que s’opèrerait la transmutation des rapports de force imposés par un système d’exploitation de la nature et de l’homme en une nouvelle alliance entre les « subjectivités coopératives » et le règne du vivant dans un univers de résonances qui répondrait à ce nouvel état de conscience et d’être?

Jérôme Baschet, Adieux au capitalisme, La Découverte/Poche, 206 p., 8,50 €

 

 

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Toucher le ciel

Tu es venue dans la capitale de Noël

Faire toucher le ciel

Le vin chaud avait un goût de nativité ou d’or fin en bouche

Sous ton pas le Vieux Monde s’est défait

De son écorce d’amertume

En pleine vague de froid et d’effroi

Des ombres d’hommes se ranimaient à la grâce de ton feu

Ton apparition ravivait la lumière à sa source

Le bruit de la guerre se reculait aux marges de ton empire

Là où l’éternité s’épuiserait à ce rêve d’être… Toi enfin !

 

 

Est-ce à Noël

Que tu nous fais toucher le ciel ?

C’est bien à Noël

Que l’ange nous prend sous son aile?

 

Tu étais venue à Noël

Renouer ta lune de miel

Avec un Vieux Monde désaccordé

Pour lui faire toucher le ciel

Des errances d’âmes, des impatiences de naufragés

Le cœur haché menu par les cordes de ta lyre te faisaient escorte

Jusqu’au seuil de ce qu’elles brûlaient d’être

  • Histoire de renaître de Toi

 

Est-ce à Noël

Que s’ouvre le ciel ?

Est-ce vraiment à Noël

Que l’amour nous appelle ?

 

Tu étais venue dans la vieille capitale de Noël

Ta clé ouvrait le ciel

Ta réponse à l’ange recompose tous les mots de passe

De ce Vieux Monde pris dans la nasse

Ta danse étreint le malheur du monde

Ta poésie désarme la bête humaine – éteint l’immonde !

Tu franchis nos leurres

Pour aveugler l’impossible…

 

 

Feu vert, c’est grand ouvert…

Que ton monde dansé est aimant…

Il martèle dans notre sang bien trop vert

Ce qui nous joue à chaque instant…

 

 

Depuis que tu t’es jetée au ciel

Chacun cherche en Toi son Noël

Tes traces devant Toi ou le Secret perdu

T’avaient menée à Valparaiso

Là où se touchent tendres jardins et déserts avant ta profusion

Là elle s’est tenue enfin

Ton alliance avec l’immensité d’avant Toi

  • Ou avec ce que chacun brûle d’être pour Toi…

 

 

Feu vert, c’est toujours ouvert

Que la ville est belle avec Toi

Quand tu nous prends dans l’impatience de ta si jeune lumière

Ta danse nous joue à l’orée de la joie…

 

 

 

Tu es repartie alors que s’ouvrait le théâtre de Davos

Même si depuis la Terre coule vers le ciel

Ceci n’est pas une chanson de Noël

Juste un refrain de rien

Pour retrouver ton chemin

Danser sur nos abîmes

Nous réchauffer à un brasier d’étoiles

Ou laisser surgir en nous-mêmes

Cette image perdue du plus beau jour du monde

D’avant le vide glacé sans Toi…

 

Seule la poésie allume le feu

Elle seule nous donne lieu…

Abreuvés à la sève de ton sourire

Nous recréons enfin notre devenir

 

Quand bien même l’Amour se mourrait

D’avoir trop cru en l’Homme

Nous avons fait le plein de ta lumière

  • A jamais conquise sur ce qui nous ramènerait à moins que l’Hum’Un…

Désormais commence ton règne – celui d’être enfin

La roue libre de nos commencements et de nos épuisements

L’aube toujours recommencée de nos célébrations – de ce miracle : Toi !

Ta musique s’accomplit contre la cendre qui nous habite

Cela est – nous sommes la voie : celle d’où tu viens

Elle s’efface devant tout ce qui se soumet à la grâce de ton pas

Elle est ta liberté souveraine de renaître à chaque élan de cœur

Frappé aux murs dans ce rêve toujours ravivé en des bras ouverts

 

Seule la poésie nourrit notre feu

Elle seule nous fait feu et lieu…

Aie foi en ce que tu veux…

Le monde chérit ton vœu…

 

 

 

 

 

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La poésie accomplie

« Celui qui a peur de l’amour ne doit pas sortir de son ombre »

Henri Meschonnic

 

Tu as tombé la robe de peur

Tu t’es dépouillée de la solitude des livres

Et de tes oripeaux d’insécurité

Tu as traversé un océan d’inaccompli

Pour danser ton Secret en poésie

sur un fil de lumière et de liberté

Dans un pays de musique et de danger

Tu as écouté la douleur des pierres tremblées

Tu les as changées en destins défaits ou en rêves brisés

Sans cesse rejoués

dans les pages envolées

D’histoires à jamais révolues ou sans cesse réinventées

Alors ce pays de tous les dangers

A fait de toi la reine de son grand récit

Et t’as révélé ton visage

  • Celui d’avant ta naissance et du Passage

C’est ainsi que ta poésie s’accomplit

Dans une langue et un corps si irréfutables

Aimés même contre l’amour

Avant que ne s’éteigne la lumière de chaque jour

Si meurtrie

De tout ce qui est toujours remis

En chaque vie

  • De tout ce qui est occis à bas bruit…

 

 

Mais qu’avions-nous promis

Si ce n’est cette poésie qui s’accomplit ?

 

 

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