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Archive for décembre 2016

Chasse aux sorcières

 

Quoiqu’on en dise, les Français n’ont jamais été « cartésiens ». Jamais autant de nos concitoyens ne se sont rués chez les astrologues, voyantes et autres praticiennes en arts divinatoires ou pythies de notre « hypermodernité » désemparée.

Jadis, ils n’ont pas été davantage inspirés en faisant subir un fort mauvais sort aux « sorcières ». Le livre de l’historien Jacques Roehrig fait revivre, à travers les procès (ou leurs simulacres…), l’impitoyable chasse aux sorcières qui a secoué aux XVIe et XVIIe siècles l’Europe chrétienne et plus précisément les territoires correspondant à l’Alsace et la Lorraine, anciennes terres du Saint-Empire romain germanique – et aussi la Franche-Comté. Ainsi, l’Alsace garde la mémoire de cette tragédie avec les vestiges de ses innombrables « Tours des Sorcières » (Bergheim, Sélestat, Rouffach , etc.)…

La situation des femmes, déjà peu enviable, s’était dégradée à la fin du Moyen Age, comme s’il fallait leur faire payer le mal prétendument introduit dans le monde par Eve et Pandore ou leur « commerce avec le diable »  – au lieu d’en nommer la grâce… Diable de quels savoirs étaient-elles détentrices?

Officiellement déclenchée en 1484 par la bulle du pape Innocent VIII, la chasse aux sorcières prend fin officiellement par un édit du roi Louis XIV en 1682 stipulant que le « crime de sorcellerie » n’est plus reconnu comme tel et doit être instruit dans le seul cadre des crimes et délits de droit commun. Plus de cent mille personnes avaient été persécutées pour ce « crime » – et une bonne moitié d’entre elles avaient péri sur le bûcher.

Mais les cendres de ces présumées sorcières ne seraient-elles pas aussi celles de notre avenir ? Ne serait-il pas temps de se rappeler la mise en garde du philosophe Santanaya comme nous y invite Jacques Roehrig : « Ceux qui ne se souviennent pas du passé sont condamnés à le revivre » ?

Jacques Roehrig, Procès de sorcellerie aux XVIe et XVIIe siècles, éditions Trajectoire, 376 p., 25

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article-eloise-benhammouUne praticienne de la comptabilité, Eloïse Benhammou, explique comment le « capitalisme financier, système d’extorsion le mieux organisé du monde », conduirait notre société à la faillite. Comment ? En « s’accaparant » le pouvoir de création monétaire et en privatisant « officieusement » l’Etat réduit au « statut » de filiale…

 

Notre « modèle social et fiscal » serait-il voué à la cessation des paiements, la France serait-elle déjà en « virtuel état de cessation de paiement »?  C’est l’avis d’Eloïse Benhammou, qui officie dans un cabinet de comptabilité. Depuis que« les marchés ont entraîné dans leurs rouages l’économie des sociétés toutes entières », l’on observe une ponction parasitaire sur l’économie.  La praticienne des chiffres attire l’attention sur ce qui « caractérise essentiellement le capitalisme financier », à savoir « l’appropriation par des personnes privées du pouvoir régalien de création monétaire ». Celle-ci est fondée sur une « économie de la dette dont le monopole d’émission appartient aux banques ».

Ainsi, l’Etat se retrouverait réduit à une fonctionnalité d’ « appareil de capture des richesses produites par le peuple » – les gouvernements successifs ne cessant pas de « mettre en place des mesures de diminution de redistribution des ressources et d’augmentation des cotisations »…

Rappel : après la dernière guerre mondiale, le gouvernement provisoire de la République française, présidé par le général de Gaulle, a mis en œuvre le programme du Conseil national de la Résistance qui a « pour principaux objectifs économiques d’évincer les trusts, de socialiser les grands moyens de production et de reprendre le contrôle de la politique monétaire » … Après le train de nationalisations, les féodalités économiques et financières sont expropriées et l’émission monétaire devient un service public.

Mais, à partir des années 80, le « modèle anglo-saxon ultra-libéral » se met en place graduellement avec ses « trois fondements : privatisation, libéralisation et dérèglementation ». Après le traité de Maastricht, confirmé par le traité de Lisbonne, la Banque de France n’assure plus sa fonction de création monétaire au service du bien commun et l’Etat est voué à l’impuissance politique : « Les banques spécialistes en valeur du Trésor sont devenues le pivot central du système social, politique et économique. Elles assurent la gestion des dettes de la France ainsi que la fonction régalienne de battre monnaie. En fait et en droit, le monopole d’Etat a été remplacé par un monopole privé. »

Depuis la « crise » de 2008 et l’abondante « littérature » parue sur sa supposée genèse, le lecteur pourrait être convaincu de « vivre » ( !!!) dans un monde de fraude généralisée dont les pratiques de spoliation ne connaissent plus de limites : « L’idéologie repose sur un principe simple : la privatisation des gains distribués sous forme de bonus et dividendes quand tout va bien : la socialisation des pertes dont la charge pèse sur les populations d’Europe en cas de crise du système » – bref, ce sont toujours « les peuples » qui paient pour se retrouver… mis au ban de la démocratie : « ce système exproprie par la contrainte de la force publique le fruit du travail de la classe productive pour le confisquer au profit de sociétés privées »…

Pour Eloïse Benhamou, « le capitalisme financier, conjugué à des intérêts industriels et commerciaux, organise un système totalitaire qui fabrique la misère ». En établissant les déclarations fiscales et sociales de travailleurs indépendants, elle a été amenée à se pencher sur le fonctionnement du RSI qu’elle qualifie d’ « escroquerie en bande organisée »… Ce système de perversion kleptocratique s’exténue, à force de sur-accumulation infondée et de plus en plus visible, vers son auto-destruction annoncée, à ce qu’il semblerait : y aurait-il précisément des limites à l’acceptation de la spoliation et de la misère organisée ? La réalité reprendra-t-elle ses droits sur l’abstraction fondamentale de ce système-là avec la réintégration des dépossédés dans un jeu aux règles assainies?

 

Eloïse Benhammou, Kleptocratie française, Le Jardin des Livres, 272 p., 21€

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Au XIXe siècle déjà, une femme, Victoria Woodhull (1838-1927), avait tenté (à deux reprises et à vingt ans d’intervalle…) d’entrer à la Maison-Blanche…

 

 

 

« Un jour, j’occuperai la Maison-Blanche » aurait jeté la jeune Victoria, née Claflin, depuis le porche de la masure familiale à Homer (comté de Licking), dans l’Ohio profond.

Si l’Histoire l’a oubliée, elle n’en demeure pas moins la première Américaine à s’être présentée aux élections présidentielles à une époque où les femmes n’avaient pas le droit de vote… Lorsqu’elle annonce officiellement sa candidature, en mai 1872, elle n’a même pas l’âge requis pour entrer dans la Maison-Blanche – 35 ans pour les hommes…

Jusqu’alors, elle a été la première femme à s’exprimer devant le comité judiciaire du Congrès américain : le 11 janvier 1871, elle y plaidait la cause, encore inconcevable, du droit de vote des femmes… Ce qui l’encourage à sauter le pas suivant en posant sa candidature à la « magistrature suprême » : « Si ma campagne politique est un échec, cela servira à éduquer les femmes » confiait-elle, lucide, quant à l’issue de son aventure électorale…

En ce temps-là, le pire n’est jamais décevant pour les femmes : le jour de l’élection, le 5 novembre 1872, elle est jetée en prison pour… « obscénité » : son journal, Woodhull and Claflin’s weekly, avait consacré sa Une à la liaison adultérine que l’éminent prédicateur Henry Ward Beecher Stowe (1813-1887), le frère de la romancière Harriett Beecher Stowe (l’auteure de La Case de l’Oncle Tom…) entretenait avec l’une de ses paroissiennes – en l’occurrence, la femme de son meilleur ami, Théodore Tilton… Elle est encore en prison lors du décompte des voix – nul ne sait combien de suffrages elle a obtenus…

 

Courtière et pionnière, toujours « ensorcelante »…

 

Victoria naît le 23 septembre 1838 au foyer de Buck, un père charlatan, alcoolique et coureur de jupons, et de Roxanne, une servante taraudée par des crises mystiques. Le « chef de famille » est rapidement bouté hors de la ville par ses concitoyens excédés par ses escroqueries en tous genres. Victoria et sa jeune sœur Tennessee (1844-1923) se font de la menue monnaie avec des numéros de médium que leur géniteur a eu le temps de leur apprendre – le spiritisme est alors en passe de devenir une nouvelle religion…

A quinze ans, elle rencontre Canning Woodhull, un médecin alcoolique de vingt-huit ans qui devient son peu exemplaire premier époux et lui « donne » deux enfants, dont un garçon, Byron, lourdement handicapé.

Elle fait scandale en divorçant puis en se remariant avec le colonel James Blood (tous deux étaient mariés chacun de leur côté) avant de partir à New York – ne serait-ce que pour fuir la zone des combats de la guerre de Sécession. Là naît sa fille, Zula, le 23 avril 1861.

Dans la capitale de tous les possibles, les deux sœurs rencontrent Cornelius Vanderbilt (1794-1877), le magnat des chemins de fer qui leur offre de quoi ouvrir leur charge d’agent de change, Woodhull, Calfin & Company – la toute première dirigée par des femmes.

Fascinée par ces « ensorcelantes courtières » qui font du lobbying alliant militantisme féministe et voyance, la presse leur ouvre un boulevard – Victoria s’y engouffre en annonçant sa candidature à la Maison-Blanche dans le New York Herald, avant de fonder son propre hebdomadaire qui sera le premier à publier en 1871 la traduction du Manifeste du Parti communiste de Karl Marx (1818-1883).

Dans son organe de presse, Victoria défend non seulement le droit de vote des femmes mais également celui de choisir leur conjoint, de disposer de leur corps à leur guise (« free love »), de porter des jupes courtes voire de se prostituer en toute légalité – ce qui lui vaut d’être exclue de l’Internationale communiste par Marx…

Après une brève liaison avec le jeune philosophe anarchiste Benjamin Tucker (1854-1939), elle épouse en 1883 le richissime banquier anglais John Biddulph Martin (1841-1897), franchit l’océan et devient châtelaine sur le domaine de Manor House (comté de Norton, Worcestershire).

Reniant tous ses engagements antérieurs, elle s’adonne aux bonnes œuvres, fonde avec sa fille le journal The Humanitarian en 1892 et tente une nouvelle fois, cette année-là, de se présenter à l’élection présidentielle américaine avec le soutien de son mari. Un bail plus tard, ce dernier décède prématurément en lui léguant toute sa fortune…

Métamorphosée en grande bourgeoise philanthrope, elle scandalise encore ses voisins en adepte de l’automobilisme naissant – une femme au volant et conduisant à vive allure, de surcroît, est un spectacle encore peu courant voire peu prisé… Pionnière en presque tout, Victoria Woodhull soupirait : « La vérité, c’est que je suis en avance de trop d’années sur mon époque »…

Rattrapée par la sautillante époque suivante qui refusait les alanguissements, elle est tombée dans l’oubli, après avoir suscité le tout premier débat sur la capacité des femmes à investir l’arène politique et à diriger un pays… Depuis, les femmes ont conquis le monde à toutes jambes, en ne cédant en rien ni sur leur « féminité » ni sur leur dû – quand bien même aucune d’entre elles n’est encore entrée à la Maison-Blanche, si ce n’est en « première dame »…

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