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Archive for novembre 2016

Pour le Pr. Dominique Belpomme, l’origine environnementale de la plupart des affections et maladies graves qui nous frappent ne fait plus aucun doute…

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Cancérologue bien connu et président de l’Association pour la recherche thérapeutique anti-cancéreuse (Artac), le Pr. Dominique Belpomme estime que l’accroissement du nombre de maladies graves (dont les cancers ainsi que des maladies dégénératives) vient de la dégradation accélérée de l’environnement dans les pays fortement industrialisés – donc « a priori pollués »…

Ainsi, nos pathologies peuvent s’expliquer par notre exposition à des polluants variés comme les perturbateurs endocriniens (ces « substances étrangères produisant dans l’organisme des effets délétères en raison d’une modification du système hormonal »), les pesticides, les particules fines et nanoparticules dans les poussières ou les métaux lourds comme le mercure des amalgames dentaires ou le plomb dans l’eau de boisson. Sans oublier les vaccins avec leurs adjuvants aluminiques dont l’utilisation a été rendue obligatoire « alors même que leur efficacité et leur innocuité n’avaient pas été sérieusement éprouvées ». Et que dire du « rôle mutagène et cancérigène des champs électromagnétiques », mis en évidence dès 1984 par les travaux du Dr. Roger Santini ?

 

La maladie d’Alzheimer : vieillesse « naturelle » ou exposition à l’environnement ?

 

Pour le Pr. Belpomme, « l’exposition prolongée à des champs électromagnétiques de basses ou extrêmement basses fréquences est, comme pour le cancer, un facteur de risques potentiellement impliqué dans la genèse de la maladie ». D’ailleurs, les compagnies d’assurance sont tellement persuadées de leur nocivité qu’elles refusent (comme elles l’avaient fait jadis pour l’amiante), de couvrir les risques liés à l’exposition aux radiofréquences…

Par ailleurs, il apparaît « de plus en plus évident que la maladie d’Alzheimer n’est pas à proprement parler une maladie de la vieillesse comme on l’affirme encore trop souvent, mais en réalité elle aussi, une maladie de l’environnement où interviendraient, comme dans le modèle cancer, des agents physiques, chimiques et peut-être microbiens »…

S’est-on préoccupé à ce jour de savoir si le « vieillissement biologique naturel des tissus » est vraiment en cause dans cette maladie ? Ne faudrait-il pas plutôt prendre en compte une « longue période d’exposition à des polluants environnementaux » ?

Au nombre de ces polluants, le rôle du mercure, « métal extrêmement toxique pour le système nerveux » et présent dans les amalgames dentaires comme dans les poissons contaminés, a pu être prouvé : « l’exposition à de faibles doses de mercure reproduit les lésions cellulaires caractéristiques de la maladie, en particulier les fameuses plaques amyloïdes et la dégénérescence neurofibrillaire ».

De surcroît, les champs électromagnétiques sont « capables de créer des courants électriques en bouche qui, en raison de l’érosion du métal qu’ils provoquent, génèrent des vapeurs de mercure » – ces dernières « passent la barrière hémato-encéphalique destinés à protéger les neurones des agents toxiques présents dans le sang »…

 

La « fabrique du diable »

 

Pour le cancérologue, le diable se manifeste par la création et la dissémination dans la nature des polluants physico-chimiques, par la « transformation de micro-organismes naturels en agents malfaisants » et la fabrication de médicaments dont certains se révèlent néfastes en raison des effets secondaires qu’ils provoquent : « Dans le contexte économique actuel, c’est donc la marchandisation du vivant qui est en cause et finalement le principe moral sur lequel repose l’exercice médical depuis Hippocrate »…

Mais toute mise en garde se heurte à des intérêts puissants qui se sont allègrement affranchis de tous « repères éthiques » et au mur d’argent de cette « fabrique du diable » : en dépit des dommages constatés jusqu’à ce jour, cette dernière arrive encore à nous vendre ses gadgets de destruction massive (smartphones, tablettes, etc.) et à nous convaincre de les utiliser sans limites comme s’ils nous étaient indispensables…

Ces « facteurs environnementaux structuraux » peuvent expliquer aussi la « décroissance de fertilité observée dans les pays riches »… Ainsi que des pandémies virales comme la grippe aviaire, liées aux conditions de stress dans « l’espace contingenté des élevages en batterie, à l’utilisation de nourritures artificielles et au dopage chimique et productiviste très éloigné des conditions de vie naturelle » – ainsi favorise-t-on chez les animaux d’élevage « l’émergence d’un déficit immunitaire capable d’entraîner la prolifération et la mutation du virus et par conséquent l’exacerbation de sa violence »…

 

Pour une prévention environnementale

 

Le Pr. Belpomme propose de mettre en place une véritable « prévention environnementale », basée sur le principe de précaution « lorsque le risque est présumé grave ». Il s’agit tout à la fois de « protéger les personnes exposés aux agents toxiques présents dans l’environnement et éviter que ces agents polluent l’environnement ».

Cela commence par le choix du lieu de vie : ne pas s’installer à proximité d’une voie à grande circulation, d’un garage ou d’une station à essence, d’un aérodrome, d’un incinérateur, d’une antenne relais, d’un pylône ni bien entendu d’une zone industrielle…

On pourrait préférer une zone rurale, mais loin d’une zone d’agriculture intensive, des antennes relais dissimulées dans les forêts ou les clochers, des lignes à haute ou très haute tension, etc.

Il faudrait éviter la pollution de l’air intérieur, préférer une cuisinière à gaz ou en vitrocéramique aux plaques à induction, les ampoules à filament à celles dites « à basse consommation » – et s’assurer que toutes les prises de courant sont mises à la terre, etc.

Evidemment, on réduira la téléphonie mobile au profit du filaire, on préférera la connexion par câble au Wi-Fi, sachant qu’en matière de champs électromagnétiques, « toutes les expositions s’additionnent les unes aux autres voire se potentialisent entre elles au plan biologique » (Wi-Fi, WiMax, téléphone portable, DECT, console de jeu, ordinateur, tablette, télévision, réveil électronique, plaques à induction, ampoules à basse consommation, etc.)

Tant que la « présomption d’innocence » bénéficiera aux industriels, opérateurs ou sociétés pharmaceutiques et que persistera le déni des pouvoirs publics se refusant à aborder les problèmes de santé autrement que sous l’angle financier, la « confiance » citoyenne s’érodera jusqu’à la consommation finale de cette indigeste toxic story dans l’inexorable dégradation du contexte social et de notre milieu de vie où seules prospéreront les maladies en résultant…

Pr Dominique Belpomme, Comment naissent les maladies… et que faire pour rester en bonne santé, Les Liens qui libèrent, 432 p., 23,80 €

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Au nombre des 196 fictions étrangères publiées durant cette « rentrée » littéraire millésimée 2016, un « primo-roman » à clés et doubles tiroirs d’un « jeune débutant » de 67 ans a été fort remarqué : Muse, de Jonathan Galassi, se lit comme un hommage fort critique (et érudit) à un métier pratiqué avec passion depuis quarante ans…

 

 

« Muse » est le premier roman bien huilé d’un homme du sérail, un grand éditeur new-yorkais qui, après avoir tant lu et publié les autres, a  choisi la voie de la fiction pour parler de son métier. Jusqu’à ce jour, Jonathan Galassi a publié les romans des autres, par centaines, chez Farrar Straus and Giroux : la maison FSG, qu’il dirige, fait figure de légende dans le monde de plus en plus étriqué de l’édition ainsi que de fabrique de grands prix littéraires – l’on y « collectionne les Nobel comme d’autres les montres »…

L’on ne sera donc pas étonné outre mesure par la grande maîtrise de son sujet et par la parfaite connaissance du milieu où il officie – un monde de « marchands de mots trop élégants, trop bien nourris », secoué par une implacable « course aux rapprochements et aux effets d’échelle ». Ni par certains passages qui semblent tenir du règlement de compte, comme celui consacré à la Foire de Francfort croquée en « tas de fumier grouillant »…

La « Muse », c’est la mythique poétesse Ida Perkins, « l’avatar de l’optimisme exubérant, effronté de l’Amérique », dont « chaque mot est de l’or pur ». La flamboyante Ida et son « incomparable talent pyrotechnique » sont l’objet d’une adulation qui dépasse le cercle des éditeurs et des amateurs de poésie. Le jeune éditeur Paul Dubach qui apprend son métier, officie chez le flamboyant Homer Stern, dans la maison Purcell & Stern au catalogue fabuleux, où il fait figure d’héritier présomptif. Il vénère Ida Perkins, publiée par le non moins flamboyant Sterling Wainwright, qui dirige la maison d’édition rivale. Il a la chance de l’approcher dans son palais vénitien, dans cette ville des masques et du carnaval des apparences. Pour lui, le visage d’Ida appartient incontestablement à l’histoire littéraire, la grande histoire, comme le révèle le trésor qu’elle lui confiera – il s’agit de poésie, bien entendu…

Poète lui-même et traducteur de poésie, l’éditeur Galassi prête facétieusement son talent à sa « Muse » à l’impressionnante bibliographie – le temps de rappeler « combien l’art est indépendant du créateur », de brouiller les cartes et les frontières entre fiction et réalité… Qu’on en juge :

 

Suis ton

Chemin dans

Le néant

Laisse-moi

Abandonne-

Moi veuve

 

Suis ton chemin

Laisse-moi

Sans défense

Suis juste

Ton

Propre chemin

 

Cette fort élégante « élégie satirique », écrite au plus près de la réalité d’un métier, qui lui dit ses vérités sur le mode de la fiction fait figure de radiographie nostalgique d’un milieu et de ses pratiques souvent si peu vertueuses, certes, mais surtout d’un temps où le livre était important, où il changeait la vie. Désormais confrontée aux métamorphoses que lui dictent les « nouvelles technologies », à la multiplication des contenus gratuits et à la baisse d’appétence pour la lecture, l’édition est entrée en résistance contre ce qui bouscule ses traditions séculaires et ses équilibres traditionnels. Si la première phrase du livre affirme qu’il s’agit d’une histoire d’amour, ce premier roman-événement d’un éditeur éprouvé est avant tout un bel acte de résistance posé comme un miroir le long du chemin. Il y a des histoires d’amour dont la page ne se tourne jamais et des âges d’or qui ne sont pas près d’être révolus, tant que perdurera ce bouillonnement créatif qui n’en finit pas d’interroger en direction de ce qu’il ignore et d’élargir un cercle de ferveur autour de l’éblouissement des mots.

Jonathan Galassi, Muse, Fayard, 272 p., 20,90 €

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Le Mouvement français pour un revenu de base (MFRB) publie son livre blanc, un ouvrage collectif en deux volumes, coordonné par Jean-Eric Hyafil et consacré à une idée qui balaie large, de droite à gauche, déjà analysée et développée sur ce fil… Pourrait-elle redessiner les contours d’une société plus vivable?

 

A l’approche des élections présidentielles, une  idée très ancienne refait débat, suscitant un tsunami éditorial ainsi qu’un mouvement social international qui rallie « rêveurs éveillés », décideurs et nouveaux « convertis » ( ?), échéances électorales obligent… En avril dernier, le député socialiste Christophe Siruge, devenu depuis Secrétaire d’Etat à l’Industrie, remettait un rapport sur les minima sociaux au Premier Ministre, recommandant la création d’une « couverture socle commune » remplaçant le dispositif actuel des aides sociales – une proposition apparemment assumée par son destinataire dans la perspective de l’élection présidentielle à venir…

Cette idée a été formulée pour la première fois par l’humaniste chrétien Thomas Moore (1478-1535) : il imaginait dans L’Utopie (1516) une île où chacun serait assuré de sa subsistance sans dépendre de son travail. Plus de deux siècles plus tard, le révolutionnaire Thomas Paine (1737-1809) plaidait dans La Justice agraire (1796)  pour une dotation inconditionnelle issue des ressources naturelles et de la terre : « Tout propriétaire de terre cultivée doit à la communauté une rente agricole du fait de la terre qu’il possède. »

Le MFRB (800 militants et 50 groupes locaux), créé en mars 2013, la précise ainsi : « Le revenu de base est un droit inaliénable, inconditionnel, cumulable avec d’autres revenus, distribué par une communauté politique à tous ses membres, de la naissance à la mort, sur base individuelle, sans contrôle des ressources ni exigence de contrepartie, dont le montant et le financement sont ajustés démocratiquement. »

 

 

Le revenu universel, un remède universel ?

 

 

Ce principe d’un « droit à vivre » pourrait répondre tout à la fois à l’essoufflement de notre système de protection sociale fondée sur une norme de « plein-emploi » révolue alors que le loup numérique est entré dans la bergerie de la société du «travail », à la précarisation de la condition salariale et à l’incohérence d’un empilement pour le moins illisible de dispositifs inquisiteurs d’aides conditionnelles …

Un tel « bouclier social » épargnerait aussi au personnel politique d’avoir à se faire élire sur la sempiternelle promesse de « lutte contre le chômage », « d’inversion » de sa courbe voire de retour au plein emploi – quand il ne s’agit pas de « chercher la croissance avec les dents » comme si la dite croissance accroîtrait le bien-être… Il garantirait que « le progrès technique et l’automatisation ne conduisent pas à une explosion de la pauvreté ni à une détérioration du niveau de vie des travailleurs ».

Cette utopie somme toute réaliste pourrait faire fonction d’amortisseur pour absorber le « choc historique » frappant un nombre croissant de perdants de l’automatisation, lors du passage de la société industrielle à une économie numérique allègrement « ubérisée » dont les seules innovations avérées sont fiscales et financières pour se soustraite aux dépenses sociales et à l’impôt tout en épuisant les ressources communes…

Des millions de vies, rendues « inutiles » par « l’ubérisation » du monde, pourraient retrouver une marge de survie voire d’autonomie en apportant une contribution positive à la société par une activité librement choisie grâce à ce filet de sécurité – une autre manière de recréer sur des bases

saines du consentement à travailler gratuitement…

Si le revenu de base est un droit, il ne dispense pas pour autant de « travailler » mais permettrait d’accéder à un travail choisi, porteur de sens et d’utilité sociale, plutôt que de s’étioler dans un travail de mort-vivant subi par des contraintes de survie. Ce que résume un de ses promoteurs, Götz Werner, créateur de la chaîne de magasins dm : plutôt que de demander à une personne de travailler pour un salaire, mieux vaut lui accorder un revenu inconditionnel afin qu’elle puisse travailler et devenir créatrice de richesse sociale en-dehors de l’emploi salarié… D’ailleurs, la « création d’emplois » peut-elle être considérée encore comme une fin en soi ?

Le MFRB tient le revenu de base pour un « nouveau pilier de notre système de protection sociale qui procure à chacun une autonomie accrue pour s’émanciper et se réaliser en tant que travailleur, citoyen et individu ».

Chacun touche un revenu de base et s’intègre dans la société par son travail, qu’il choisisse de se faire rémunérer ou non. Versé à tous, il n’est plus lié à une situation d’exclusion : c’est une « prestation universelle qui traduit une reconnaissance comme membre de la communauté » et un droit émancipateur qui permettrait d’en finir avec la stigmatisation des « sans-emploi », à la rhétorique de « l’assistanat » comme à la tragédie du non-recours au droit à certains minima sociaux.

 

Vers un revenu de base européen ?

 

Philippe Van Parijs prône l’instauration d’un revenu de base européen par la mise en place d’un eurodividende, financé par la TVA- mais son montant de 200 euros par résident de la zone euro, éventuellement ajusté suivant le PIB par tête de chaque pays ne permet pas de « changer la vie » – tout au plus constituerait-il un « supplément de pouvoir d’achat » permettant de soutenir la demande et l’activité locale… Ce n’est pas la promesse du paradis, mais une avancée qui ne pourra s’accomplir qu’à un niveau reconnu comme « finançable »…

Jusqu’alors, le « paradigme dominant » nous empêche de penser le monde qui vient comme il empêche de le créer. Le revenu de base pourrait justement être pensé comme un outil d’émancipation, conjuguant efficacité et équité, voire comme le « prochain modèle économique de l’humanité » (Jeremy Rifkin). Jusqu’alors, la protection sociale s’est construite autour du salariat, les droits sont attachés au statut de salarié, ouverts par la cotisation mais ce système s’essouffle avec la persistance d’un chômage de masse structurel dans une société exponentielle où le travail se fait intermittent, indépendant voire gratuit… Le revenu de base ne permettrait-il pas de passer d’une « société de précarité subie à une société de mobilité choisie » ?

La véritable source de la « richesse des nations » ne reposerait-elle pas sur une « coopération productive située en amont des enceintes des firmes », au-delà de la sphère de « l’économie marchande » ?

Le « droit au revenu » n’est pas incompatible avec le « droit au travail »  mais permettrait de « garder la prospérité, même sans croissance », pour peu que l’on s’attache à ses finalités humaines et sociales sans les stériliser par des considérations comptables ou des théories économiques.

 

 

Mais comment ça se finance ?

 

 

Les pistes de financement de ce « nouveau modèle économique » vont des plus évidentes (par l’impôt sur le revenu) aux plus « radicales », comme celle qui le lie à un « revenu maximum autorisé »…

Le financement d’un revenu de base au niveau de l’actuel revenu social d’activité (RSA) ne bouleverserait pas fondamentalement l’actuelle donne fiscale mais coûterait tout de même 180 milliards d’euros.

L’instauration d’un revenu de base au-dessus du seuil de pauvreté (950 euros) suppose une redistribution des ressources par un taux d’imposition sensiblement plus « progressif » pour les hauts revenus voire de rogner l’assurance chômage et les retraites.

Dans un monde idéal, elle supposerait aussi d’en finir avec « l’optimisation fiscale » permettant de se soustraire aux obligations de solidarité minimales – et avec « l’évasion fiscale » : sortir une population de la pauvreté exige une fiscalité plus « raisonnable » des revenus élevés et la pratique d’une solidarité effective élargie à ceux qui jusqu’alors se « distinguent » par une propension flagrante à s’en exonérer…

 

Plusieurs propositions de financement du revenu de base ont été recensées:

 

  • Par l’impôt sur le revenu applicable dès le premier euro gagné en supprimant l’actuelle première tranche exonérée et en prélevant à la source.
  • Par la cotisation sociale pour alimenter une caisse du revenu de base, assise sur la masse salariale ou la valeur ajoutée .
  • Par la taxe sur la consommation : une hausse de la TVA aurait l’avantage d’être payée par les entreprises comptant peu voire pas de salariés et de ne pas peser sur le coût du travail.
  • Par la taxation du capital et du patrimoine : les gains de productivité réalisés par l’automatisation des tâches pourraient ainsi, grâce à l’impôt sur les revenus du capital (bénéfices des sociétés, dividendes…) et sur le patrimoine (son accumulation au fil des générations est un facteur aggravant d’inégalités), ne pas bénéficier qu’aux propriétaires des entreprises mais être redistribués à tous…
  • Par une redevance sur l’usage des biens communs et l’extraction des ressources, la rente ainsi collectée pouvant être redistribuée à tous les co-propriétaires de ces ressources c’est-à-dire les citoyens, ce qui permettrait de corriger ces facteurs aggravants d’inégalités que sont la propriété privée d’un capital foncier et l’accaparement des terres.
  • Par la redevance carbone : chaque entreprise et chaque ménage la paieraient proportionnellement à leur émission de gaz à effet de serre, les recettes étant redistribuées à tous, puisque tout le monde a les mêmes droits sur l’environnement.
  • Par la création monétaire, une partie ou la totalité du revenu de base pouvant être versée dans une monnaie locale, gérée collectivement par les habitants d’un territoire donné.
  • Par une réforme monétaire, de manière à réduire la capacité inégalitaire des banques privées à créer de la monnaie par le crédit (elles ne prêtent qu’aux riches, c’est bien connu…) et à donner aux banques centrales la capacité de distribuer à tous une part égale de la quantité de monnaie créée mensuellement sous la forme d’un revenu de base : ainsi, cette création monétaire distribuée directement aux citoyens éviterait les bulles spéculatives et l’instabilité du système actuel.
  • Par la taxation des entreprises qui exploitent les données personnelles des citoyens-internautes, une piste qui compléterait le financement du revenu de base.
  • Par la lutte contre l’évasion fiscale : interdiction des « paradis fiscaux », harmonisation fiscale, création d’un impôt européen pour dissuader de toute velléité d’ « optimisation fiscale ».
  • Par la taxe Tobin prélevée sur toutes les transactions effectuées sur les marchés financiers, ce qui réduirait l’emprise de la financiarisation de l’économie et dissuaderait les opérations spéculatives au profit d’investissements réels.
  • Par la fusion du système de chômage et de retraite.
  • La Fondation Jean-Jaurès étudie l’hypothèse d’un revenu de 750 euros, majoré de 1,5 pour les retraités (soit 1125 euros), financé par une « réorientation de l’ensemble de l’assiette de financement de la protection sociale » et par une partie des exonérations patronales (coût : 604 milliards d’euros).
  • Dans ce foisonnement de propositions, il s’agit de s’accorder sur le montant et les pistes de financement à privilégier pour reconstruire un modèle social. Ainsi, les membres d’une société sauront-ils ce qu’ils comptent affecter à sa pérennité voire à sa survie. Si aucune nation ne peut faire l’économie d’un débat à ce sujet, l’apparent consensus actuel autour d’une idée très ancienne se heurte encore à une flagrante indécision quant à son instauration et aux conditions de sa mise en œuvre.

Jean-Eric Hyafil (dir.)

Revenu de base, un outil pour construire le XXIeme siècle, 156 p., 11 euros

Revenu de base, comment le financer?, 186 p., 15 euros

aux éditions Yves Michel

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Résultat de recherche d'images pour "leonard cohen"Pessimiste lumineux et poète visionnaire (Prix Prince des Asturies 2011), Leonard Cohen a tiré sa révérence dans la nuit du 10 au 11 novembre 2016,  nous laissant à nos incertitudes après avoir nous avoir légué une œuvre d’une force de transformation spirituelle inégalée – et réarmé nos consciences…

 

Longtemps, le poète devenu légende vivante avait suspendu son départ, comme pour tenter de nous éveiller encore et toujours à ce que nous avons d’essentiel – à ce qui n’a pas de prix, à ce dont nous avons perdu la valeur, quelque chose comme la puissance lumineuse du verbe qui nous apprend à changer le noir en lumière et à nous éclairer le chemin… Jamais avant sans doute, la chanson n’avait atteint une telle intensité poétique. Et jamais sans doute cette profondeur poétique n’avait rencontré un tel génie mélodique…

Voilà un mois, Leonard Cohen nous donnait You want it darker, un sépulcral quatorzième album comme on donne un adieu au sommet – un bruissement d’âme ample, vibrant et profond, aux accents d’outre-tombe et aux chœurs yiddish (ceux de la chorale de la Congrégation Shaar Hashomayim), qui interpelle la nuit qui vient ou la lumière au bout du chemin…

 

Guerrier de la spiritualité et métaphysicien du cœur brisé

 

En janvier 2012, un poète de soixante-dix-huit ans redescendu de sa montagne (le Mont Baldy où il avait fait retraite) renouait avec une renommée internationale de rock star distraitement abandonnée au seuil d’un monastère zen : serial séducteur vivant en ermite et « chanteur sans voix », Leonard Cohen venait de publier un nouvel album haut de gamme de pure poésie délicatement ciselée et de grâce, Old Ideas.

Le vieil homme n’aspirait qu’à la paix et au recueillement dans son monastère (assiégé, disait-on, par les plus irréductibles de ses groupies), mais il avait d’impératives raisons de revenir sur scène : sa « gestionnaire de fortune » venait de le gruger de près de dix millions de dollars et il n’avait plus de quoi payer ses impôts… Son malheur patrimonial et fiscal a fait le bonheur de tous ceux qu’il laissait orphelins : ils retrouvaient un maître de musique et de vie – et le cercle de ferveur de ses inconditionnels n’a pas fini de s’agrandir autour d’une œuvre en perpétuel renouvellement.

Pourtant, son départ était bien préparé. En 1995, le magazine Les Inrockuptibles consacrait (après bien d’autres…) sa Une à Leonard : le journaliste Gilles Tordjman l’avait visité sur le « mont chauve » (Californie) pour nous le révéler en « guerrier de la spiritualité » voire comme « l’un des derniers grands mystiques de notre époque ».

Son nom ne signifie-t-il pas « prêtre » en hébreu ? Son grand-père avait posé en 1921 la pierre angulaire de la synagogue de Montréal. Son œuvre n’évoque-t-elle pas ce koan zen : « Un âne regarde un puits jusqu’à ce que le puits regarde l’âne ? »

Leonard n’était pas né pour la futilité d’être « quelqu’un » serait-ce « quelqu’un qui compte » (la preuve hélas qu’il préférait ne pas savoir « compter »…) mais pour la lutte avec l’ange et avec l’abîme. Alors il a réinventé sur un médium de masse des figures très anciennes – la figure sacerdotale du prêtre juif, celle du troubadour, du poète mystique et du crooner, balayant tous les registres de la vie du cœur comme le rappelle l’un de ses biographes, Chris Lebold, interviewé à l’occasion de la sortie de son livre (Leonard Cohen, l’homme qui voyait tomber les anges, éditions Camion Blanc, 2013) : «  Leonard voit les corps tomber dans un monde soumis aux lois de la gravité, il est dans le jeu avec la gravité et nous donne des armes spirituelles avec son pouvoir de changer une chose en son contraire, une charge lourde en légèreté. Ce visionnaire de la gravité sait utiliser le pessimisme pour nous rendre plus affûtés, plus vivants et plus joyeux. Il nous fait du bien en utilisant des chansons douces comme des armes spirituelles. Les gens n’en sont pas revenus que ce métaphysicien du cœur brisé leur parle de leur condition d’être en chute libre – et leur propose d’entendre une miséricorde angélique, un appel à l’élévation…C’est sur cette brisure du cœur que l’on peut fonder une vraie fraternité… Son premier album n’a pas pris une ride : déjà minimaliste, il est tranchant et aussi indémodable qu’une calligraphie zen… ».

Pessimiste radical réputé « déprimant », surnommé le « maître de la dépression », le Canadien nous laisse une œuvre lumineuse en guise de « manuel pour vivre avec la défaite » : si nos cœurs sont destinés à être brisés et nos âmes à être laminées, autant accueillir la lumière du monde par cette brisure car ce n’est que par là qu’elle peut entrer…Suffirait-il de broyer du noir pour cela ?

En soixante ans de création depuis Let Us Compare Mythologies (1956), le premier de ses neuf recueils de poésie, deux romans et quatorze albums depuis Suzanne (1967), l’alchimiste nous a appris à faire advenir dans nos vies cette lumière qu’il éveillait sur ses pas, prêchant par l’exemple : jusqu’au bout, il est resté un homme debout, une conscience allumée dans la nuit qui tombe sur notre monde…

Dans les concerts de ce grand initié, dit-on, il se faisait un tel silence que l’on entendait « une métaphore tomber » – l’on y sentait même s’ouvrir, à la manière d’une fleur japonaise dans l’eau, quelque chose comme une ardente et vibrante profondeur…

Leonard est parti dans la paix et la joie de l’accomplissement. Parce qu’il y a des morts plus immensément et intensément vivants que jamais, comment rendre hommage à un poète qui s’en va si ce n’est en lui parlant dans sa langue, juste pour lui dire que, jusqu’au bout du chemin, il a été « quelqu’un de bien » ? Quelqu’un à qui il est absolument impossible de dire adieu. Leonard forever…

 

Le monde de Leonard

 

Tu as planté dans nos cœurs

L’épée et la fleur

Cette force et cette fleur d’éternité

Qui nous rendent à la joie d’aimer

 

Si les chansons

Pouvaient faire des maisons

Alors nous avons trouvé notre demeure

Là où jamais rien ne meurt

Au seuil de tendres jardins chantants

Ranimés par le printemps

 

Si une chanson

Pouvait ramener à la raison

Alors cette Terre serait notre maison

Et l’amour notre seule saison

Nous en ferions notre cathédrale

Bâtie sur une mémoire sans mal

 

Si tes chansons

Ont tant embelli la Création

Alors elle a ton visage

De calme briseur d’orages

  • Comme la poésie donne le sien

Aux hommes de bien

 

Nous avons vécu en hôtes ingrats dans ton monde

Tu nous as donné le feu

Pour poursuivre le jeu

Hallelujah tant que la Terre sera ronde

Ta légende nous a transpercés de la fleur ardente

Qui nous voue à sa grâce vivante

 

Mais chiens de guerre

Nous veulent en enfer

Et affairistes au fond du puits

Pourtant le mal tu l’avais aboli

Dans notre nuit affligée ta poésie ouvre les poings

Pour aller toujours plus loin

Allumer d’autres astres

Ou conjurer nos désastres

 

Mais ta légende vivante nous a plantés au cœur

L’épée et la fleur

Le remède à la peur

Le refus de la fadeur

L’antidote à l’horreur

Pour semer nos purs bonheurs

 

Tu as planté dans nos cœurs

La plume et la fleur

Pour tomber les leurres

Ta poésie a armé nos âmes en pleurs

Pour ouvrir aux affligés un chemin à fleur de mots

Vers un monde merveilleusement beau

 

Ceux qui ouvrent les mots que tu leur donne

Entrent dans ce bel automne

Incendié par le bonheur des roses

Ils se défont de leurs chaînes de si vieilles choses

Ou de mots sans suite

Par-dessus leur ligne de fuite

 

 

Quand rien ne nous parle de ce temps d’affligés

Quand le ciel obscurci par notre poussière

Nous fait grise mine sans plus aucune chance d’aimer

Quand la promesse de chaque matin nous est volée par les chiens de guerre

Quand les vivants commencent à envier les morts

Tu nous mène là où le monde a enfin le visage d’un poème qui s’endort

 

 

Ta légende vivante plante dans nos cœurs

L’épée et la fleur

Cette fleur d’éternité

Qui nous rappelle à tant d’autres raisons d’aimer

 

 

 

 

 

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Après un premier grand rôle dans Chinese Zodiac, blockbuster record du box-office chinois, Laura Weissbeker est sacrée star en Chine et publie un livre-témoignage sur son parcours …

 

Aucune source d’accroissement de l’être ne lui semble étrangère : actrice, chanteuse, mannequin, productrice, mais aussi ingénieur de formation, Laura Weissbecker vient, en perpétuelle réinvention d’elle-même, de livrer en volume les enseignements d’une jeune vie aussi désentravée que bien remplie – celle d’une jeune Alsacienne qui a su écouter la voix de ses émerveillements pour suivre la voie royale qui mène à la souveraineté de soi…

Née à Strasbourg, dans le quartier de la Robertsau, Laura se souvient tant des pénétrants arômes maraîchers que des rues joyeuses, des pimpantes maisons fleuries de géraniums et des « vieux » films du patrimoine français (avec Fernandel et Gabin) qu’elle dévorait, lorsque ses parents les laissaient, avec sa sœur et son frère, devant le téléviseur.

Elle se souvient aussi des délectables spaetzle que mitonnait son grand-père, directeur financier d’une compagnie de transports, et des bredele confectionnés par ses parents, tous deux professeurs de mathématiques : « C’est à Strasbourg que la tradition de Noël est plus forte qu’ailleurs ! »

Bien évidemment, ses matheux de parents la destinent à une carrière scientifique. Si elle est sensible à l’élégance d’une équation ou à la complexité organisée de l’univers, Laura entend de bonne heure la voix qui lui dit ce qu’elle est – et non ce qu’il lui faudrait être juste pour « faire plaisir » à la famille… Comment répondre à l’immensité quand on se sent déborder d’une moisson dont on s’impatiente de dire la récolte ? Par la pratique du théâtre amateur, pour commencer : Laura débute à douze ans dans Le Bal des voleurs de Jean Anouilh : « J’ai toujours rêvé d’être comédienne : ce métier permet de vivre une multitude de vies différentes, de voyager dans les âges et de changer d’époque à sa guise. Si j’avais pu, je l’aurais été dès l’enfance, mais il fallait l’autorisation des parents… C’est une vocation, c’est comme prendre le voile ou la mer… »

 

China girl forever…

 

Après le lycée Marie Curie en classe européenne qui la fait voyager (notamment en Irlande du Nord) , la brindille blonde s’inscrit en maths sup’bio puis intègre l’Institut national agronomique Paris-Grignon (l’INAPG), Agro’Paris, l’une des écoles d’ingénieur les plus prestigieuses – un certain Michel Houellebecq l’y avait précédée…

Enfin, elle est à Paris et s’adonne sans retenue à la grâce toujours vacillante des enchaînements : auditions, castings, défilés, spectacles et court-métrages nourrissent la flamme et l’intensité… Elle joue une blonde princesse indienne au Festival d’Avignon et touche son premier cachet de comédienne (300 francs !) après un tournage pour la télévision japonaise – elle est la Dulcinée de Don Quichotte, la femme idéale qui n’existe que dans ses rêves…

Elle se rend une première fois en Chine pour défiler à la Fashion Week de Pékin. Elle négocie âprement son contrat pour ne passer qu’une semaine dans l’Empire du Milieu, et pas un mois, comme le souhaitent les Chinois – études obligent…

Elle mesure 1,75 mètre et fait cette découverte : « Voilà qu’en Chine, où pourtant je dépassais d’au moins une tête 90% des habitants, pour la première fois de ma vie, je suis trop petite ! Alors qu’en France, on me refusait souvent une audition à cause de ma taille, je découvre qu’on n’est jamais assez grande en Chine : les mannequins sont encore plus minces et plus grandes que moi. Pour ces défilés, les autres filles mesuraient 1,80 mètre minimum. De plus, il se trouve que mon visage et mon teint de porcelaine correspondent à ce que les Chinois recherchent dans les agences de mannequins occidentales… »

Elle fait ses débuts au cinéma en 2002 lorsque Tonie Marshall lui offre un rôle aux côtés de François Cluzet dans France Boutique. Durant l’automne 2003, elle passe dans un hôtel parisien du huitième arrondissement de Paris la seconde étape du casting pour Harry Potter et la Coupe de feu. Alors qu’elle relit son texte, un homme d’âge mûr l’interroge sur la raison de sa présence : elle ne le reconnaît pas mais le directeur du casting lui apprend plus tard qu’il s’agit de David Lynch… Elle fait partie d’une présélection de cinq filles mais finalement, elle n’est pas retenue, alors que la sélection se resserre à deux comédiennes : « Ma taille m’avait éliminée : j’étais trop grande ! »

Elle joue une jeune fille russe dans Rue des sans-papiers avec Paul Belmondo – et apprend le russe. Durant l’automne 2004, elle tourne dans Les Poupées russes de Cédric Klapisch – et pense à ceux qui travaillent dur à l’usine pour gagner en un mois ce qu’elle touche en une seule journée en s’amusant – il y a dans nos sociétés tant d’insensés gaspillages de l’être et d’ « inégalités »…

En 2005, elle joue une jeune Polonaise dans O Jérusalem d’Elie Chouraqui. En 2007, elle incarne Mademoiselle de La Vallière, la maîtresse de Louis XIV, dans Versailles, le rêve d’un roi de Thierry Binisti.

Ainsi qu’elle le révèle dans son livre, elle a aussi eu affaire aussi à cette engeance de requins qui rôdent, en ces « eaux paradisiaques », autour des jeunes et jolies comédiennes inexpérimentées. Alors, elle a décidé de n’avoir plus affaire qu’aux 40% restants de réalisateurs « avec qui il ne faut pas coucher pour avoir un rôle »…

 

Les tribulations d’un tournage

 

Le vendredi 13 mai 2011, elle apprend qu’elle est choisie pour interpréter l’un des rôles principaux, celui d’une petite-fille de comtesse, dans le film Chinese Zodiac, de et avec Jacky Chan : « Trois ans plus tôt, j’avais passé une audition pour un film de Jacky Chan qui a été reporté et dont je n’avais plus eu de nouvelles jusqu’à ce que Paul Michineau, le directeur de casting français, m’appelle pour me dire : « Jacky Chan est à Paris et il veut te revoir… »

C’est ainsi que se noue son destin chinois. Elle vit pendant des mois dans une banlieue de Pékin pour les besoins du tournage et s’efforce de devenir chinoise du mieux possible : « J’avais appris le chinois en tournant, avec une méthode Assimil. Puis j’ai fait deux mois de chinois en immersion totale à Middlebury College, une université de la côte est américaine, afin de faire ma part de la promotion du film. Grâce à mes amis, j’ai bénéficié aussi d’une immersion totale dans la culture orientale. Il faut dire qu’un tournage en Chine emploie beaucoup plus de techniciens que dans le reste du monde. Il est moins coûteux de tout fabriquer du décor plutôt que de tout louer comme en France… Je suis devenue chinoise avec application, certes une blonde chinoise, ou pire : une Alsacienne blonde chinoise mais passionnément chinoise ! A la fin du tournage, Jacky Chan me dit : « Chinese Zodiac t’a amenée en Chine, j’espère que tu resteras en Chine !»

Après la sortie de Chinese Zodiac, en décembre 2012, le ministère chinois de la Culture choisit le film pour le projeter à tous les ambassadeurs, peu avant Noël. Arrivée au ministère, Laura est conduite non pas dans la salle dévolue aux diplomates occidentaux, mais dans une autre, où se trouvent les personnalités chinoises de premier plan : « Je suis flattée de ce traitement spécial : les Chinois me considèreraient-ils comme l’une des leurs ? »

Indéniablement, elle a trouvé une seconde famille – à commencer par la « JC Team », un nom chinois (Bài Lùna qui signifie « blanche rosée du matin féminine ») et une place de choix consacrée par le Best Emerging Global Actress à la cérémonie des Huading Awards à Macao (octobre 2013) pour ce film de tous les records, le deuxième plus succès au box-office pour un film chinois dans l’histoire du cinéma en Chine qui lui vaut de fouler le tapis pourpre du festival de Cannes…

A Pékin, Laure aime les hutongs, ces pittoresques quartiers de ruelles anciennes et de vieux passages si propices au vélo : « Mais depuis une quinzaine d’années, les Chinois sont incités à passer du vélo à l’auto, à l’inverse de ce qui se passe chez nous. Les routes deviennent de véritables autoroutes au milieu de la ville et il n’est plus question d’y circuler en vélo… »

Depuis septembre 2011, elle se partage entre Paris et Los Angeles, cette « ville des illusions et des désillusions » qu’elle résume sobrement : « c’est sun et business… »

La fille de l’Est n’y est pas dépaysée car certains quartiers sont majoritairement peuplés de Chinois – bien entendu, elle a aussi appris le kung-fu… Le miroitement à l’infini des signes extérieurs de richesse au sein de l’empire des modes, du calcul et des promesses intenables n’entame pas son ardente vie intérieure. Entre deux périodes de tournage pour le film de Jacky Chan, elle reçoit un « scénario sublime », celui des Malgré-elles, qui lui permet de tourner en Alsace : Denis Malleval lui offre le rôle de la petite-fille de Macha Méril…

Outre son Alsace natale, elle cultive un autre jardin secret : la poésie. Nourrie par la belle lumière tamisée des recueils de Baudelaire et Verlaine, elle vit un état de grâce poétique qui lui va comme une seconde peau : elle a écrit un poème en hommage aux victimes de la tragédie de Pourtalès durant l’été 2001 et déclame un poème de sa composition dans le film de Jacky Chan : « Je crois que mon esprit mathématique d’ingénieur trouve en la poésie le parfait allié de mon esprit artistique et bohême de comédienne, d’artiste et de rêveuse. »

De la poésie à la chanson, il n’y a qu’un souffle : elle chante les chansons traditionnelles chinoises à Los Angeles devant une salle remplie de Chinois et forme un étincelant duo avec le chanteur chinois Mencius Yan. Elle vient de créer une société de production et prépare son premier film, une coproduction franco-chinoise, comme il se doit…

Sa vie, elle l’avait rêvée ainsi en son parfait éclat : il y a tout ce qui fait les bons scénarios avec le feu des rencontres sur le tapis rouge s’étirant sous ses pas, vers la joie des dépassements pour mieux s’atteindre… De toute manière, elle a toujours « l’âge du rôle » pour ajouter encore longtemps plus de vie et de conscience au cumul des expériences, en un perpétuel renouvellement du champ des possibles – par la grâce d’un élan naturel qui lui a fait quitter le chemin où vaquait le plus grand nombre pour approcher le cœur de l’acte créateur… Après avoir signé un partenariat avec Alibaba, Steven Spielberg vient de s’ouvrir les portes du box-office chinois. Et si le monde avait le visage avenant des bonnes rencontres et le regard intense d’un poème pleinement vécu, sans mal des altitudes et des nuages ?

 

Laura Weissbecker, Comment je suis devenue chinoise, La Nuée Bleue/Tchou, 286 p., 19 €

 

 

 

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La comédienne, danseuse et chorégraphe américaine Loïe Fuller (1862-1928) a inventé un style et révolutionné les arts de la scène ainsi que l’histoire de l’art. Un film fait revivre son destin oublié…

 

Paris 1900. La Ville lumière est le nombril de l’univers : la France repue du débonnaire président Emile Loubet exhibe son industrie, son commerce, ses colonies, sa Grande Roue – et son palais de l’Electricité à l’Exposition universelle. Si le corset règne en ville, la Femme est chez elle à l’Exposition – elle y est célébrée. Surtout elle, l’Américaine : on ne voit qu’elle, la Loïe Fuller. Elle danse, serpentine et lumineuse, agitant ses voiles sur une musique de Debussy. Elle triomphe aux Folies-Bergère, fait courir les foules au Moulin-Rouge et se fait construire un théâtre-musée rien que pour elle. A grand renfort de projecteurs, de miroirs et de mètres de voiles souples manœuvrés avec des bambous, elle crée une féerie de lumière : fulgurances de lucioles, ondulations de méduse, nacres opalines des grands fonds marins, tourbillons embrasés ou phosphorescences tropicales… Dix-huit électriciens oeuvrent pour chacun de ses spectacles. Elle est tour à tour phalène, calice, chauve-souris, torche vivante – elle est la Danseuse du Feu…

Emerveillé, Auguste Rodin (1841-1917) écrit : « Toutes les villes où elle a passé lui sont redevables des émotions les plus pures, elle a réveillé la superbe antiquité. Son talent sera toujours imité maintenant et sa création sera reprise toujours car elle a semé et des effets et de la lumière et de la mise en scène, toutes choses qui seront étudiées éternellement »…

Modèle de Rodin, elle intègre dans sa troupe d’amazones dévouées corps et âme une impétueuse compatriote de vingt-trois ans, Isadora Duncan (1877-1927), qui allait rapidement éclipser sa bienfaitrice…

 

La Femme Phare

 

Elle naît le 15 janvier 1862 à Hindsdale (Illanois) et fait ses premiers pas sur scène dès l’âge de deux ans. Très vite, l’enfant de la balle se fait actrice du burlesque ou de vaudeville mais aussi chanteuse d’opéra. Mariée brièvement au colonel William Hayes, un riche agent immobilier (cousin du 19e président américain Rutheford B. Hayes), elle découvre qu’il est déjà marié par ailleurs. Par le plus grand des hasards, elle découvre surtout sa vocation véritable le 16 octobre 1891, lors de la création de la pièce Quack Medical Doctor, en constatant les effets d’un éclairage vert émeraude sur la robe de soie blanche qu’elle portait pour une scène d’hypnose, ainsi qu’elle l’écrit dans ses Mémoires : « Ma robe était si longue que je marchais constamment dessus, et machinalement je la retenais des deux mains et levais les bras en l’air, tandis que je continuais à voltiger tout autour de la scène comme un esprit ailé. Un cri jaillit soudain de la salle : un papillon ! Je me mis à tourner sur moi-même en courant d’un bout de la scène à l’autre et il y eut un second cri : une orchidée ! » (1)

Ce fut une révélation : sa seule prestation sauve la pièce et lui assure un triomphe. Tout naturellement, elle délaisse le théâtre pour la danse. Elle améliore sans cesse ses jeux d’éclairage et ses effets de couleur sur ses longs voiles qu’elle fait tournoyer au-dessus d’elle grâce à des tiges tenues à bout de bras. Redoutant les imitatrices, elle forme une équipe d’électriciens dévoués puis part à la conquête du public européen.

Après avoir séduit Berlin, elle débarque à Paris en 1892 : dans sa valise, un programme de cinq danses, dont la Danse serpentine. Accueillie aux Folies-Bergère, elle devient l’idole de Paris, assurant trois cent représentations de suite.

Toujours en quête de perfectionnements, elle multiplie les recherches sur la lumière, les couleurs, les mouvements et la musique, se qualifiant de « scientifique égarée dans le monde de la danse » – elle fréquente les élites savantes de son temps, fait partie de la Société d’Astronomie et fait breveter ses inventions optiques et scéniques.

Lorsque les travaux de Pierre et Marie Curie sur le radium sont consacrés par le prix Nobel de physique, elle les contacte pour irradier ses costumes. Ils l’en dissuadent mais elle expérimente dans son laboratoire les effets de sels fluorescents – ils lui permettent de rendre phosphorescents les costumes de son spectacle, la Danse du Radium

La couleur étant sa principale préoccupation, elle finit par supprimer tout décor, se produisant dans le noir pour faire ressortir davantage ses lumineuses envolées florales. En impresario accomplie de l’exotisme, elle programme dans ses danses des artistes japonaises comme Sada Yacco (1871-1946).

Si ses cachets sont considérables, sa troupe, son laboratoire et ses techniciens lui reviennent cher, la contraignant parfois à quitter précipitamment les hôtels de grand luxe où elle descend. Le contraste entre les formes fluides qu’elle crée en volutes féériques et son corps épaissi devient de moins en moins soutenable. Et les tensions s’exacerbent dans sa troupe d’amazones sculpturales, qui s’adonnent à l’éther ou l’alcool. Souvent épuisée par le maniement des bambous nécessaires à ses spectacles, elle se retire devant le succès de jeunes danseuses touchées par la grâce. En couple avec Gabrielle Bloch, elle fréquente la nouvelle Mytilène créée par sa compatriote Nathalie Barney (1876-1972) dans son Temple de l’Amitié au 20 rue Jacob à Paris et s’éteint en pleines Années folles.

Véritable « expression chorégraphique de l’Art nouveau », elle a suscité l’imagination des créateurs de son temps, de Carabin et Carrière à Toulouse-Lautrec. La Danseuse, le premier long métrage de Stéphanie Di Giusto fait revivre au public d’aujourd’hui le choc esthétique ressenti par nos arrière grands-parents à la vue de ses féeries chorégraphiées et restitue son parcours de haute intensité qui a jeté tant de clartés à la Belle Epoque.

  1. Loïe Fuller, Quinze ans de ma vie, Mercure de France – première édition en 1908 avec une préface d’Anatole France.

 

 

 

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