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Archive for septembre 2016

 

John Law a-t-il été le premier artisan d’un malheur français sans fin ? Adolphe Thiers avait consacré un livre (paru chez Hetzel en 1858) au « Système Law », réédité par le Jardin des Livres et actualisé en français contemporain…

 

Sophocle avait écrit : « N’être jamais venu au monde est le plus grand des bienfaits »

Si l’aventurier écossais John Law (1671-1729) n’était pas venu au monde ou n’avait pas gagné la confiance des puissants du royaume de France, si son « système » de « monnaie de singe » n’avait jamais existé, l’actuel système de fraude généralisée qui nous lamine en cette fin de cycle d’une ère thermo-industrielle sans issue aurait-il été concevable ?

Dans l’histoire des idées, sa « planche à billets » a beaucoup servi – et ça continue, entre montagnes de dettes rampantes, positions délirantes sur des produits dérivés hallucinants et taux d’intérêts qui tutoient le zéro absolu avant de crever le plancher de l’entendement le plus élémentaire : trois siècles après sa mort, le premier « monétariste » est plus que jamais d’actualité dans un monde sur le point de passer par-dessus bord.

D’abord, il a fait la « une » d’un numéro hors série du Nouvel Observateur(Le Pouvoir et l’Argent, fin 2012) consacré à « l’économie » et il s’est rappelé au bon souvenir des spectateurs français dans Le Système, la pièce d’Antoine Rault donnée depuis 2015 sur les scènes françaises.

Les scandales se sont succédé, inspirés par le « système John Law », comme la retentissante faillite de la multinationale américaine Enron, ruinant en 2001 des millions de petits porteurs et de retraités, suivie de bien d’autres… Mais les planches à billet de la planète n’en continuent pas moins à cracher frénétiquement des milliards de milliards d’euros, de dollars, de yens ou de livres de fausses monnaies tandis que la gangrène des taux négatifs spolie tous ceux, de moins en moins nombreux, qui s’obstinent encore à travailler et épargner honnêtement…

Rappel des faits : en 1715, après la mort de Louis XIV, alors que la dette de la France équivaut à dix années de recettes fiscales à cause des guerres royales, Law propose au Régent Philippe d’Orléans (1674-1723) un système d’émission de papier-monnaie destiné à « sauver » le royaume – et attraper la monnaie d’or et d’argent circulant dans le royaume… Il crée à cet effet la Banque générale qui « offrirait du crédit à tous» puis en 1717 la Compagnie des Indes occidentales ou Compagnie d’Occident pour mettre en valeur la Louisiane française.

En 1718, la Banque générale devient Banque royale, garantie par le roi. Law rachète plusieurs autres compagnies coloniales, qu’il intègre au sein de la Compagnie perpétuelle des Indes.

En 1720, Law, adulé plus que jamais, est nommé contrôleur général des Finances. La Banque royale et la Compagnie des Indes fusionnent. Son idée de substituer à la monnaie d’or et d’argent du papier-monnaie, gagé sur les recettes coloniales et la puissance économique de la France a fait fortune – et le malheur du pays… Les prêts de la banque de Law au Trésor royal entraînent des augmentations de capital suscitant d’intenses spéculations sur les actions. En janvier 1720, plus d’un milliard de livres de billets de banque sont émis, alors que le capital de la banque ne se monte qu’à 322 millions de livres. Lorsque plusieurs grands du royaume se présentent en personne au siège de la banque (rue Quicampoix) pour changer leurs billets contre de l’or, un vent de panique se lève… Par édit du 28 janvier 1720, Law attribue cours forcé de monnaie aux billets émis puis interdit à tout particulier de posséder plus de 500 livres à la foi en espèces sous peine de confiscation assortie d’une amende de 10 000 livres. De surcroît, Law encourage la délation…

Le 21 juillet, la banqueroute est prononcée et les billets de banque sont suspendus à partir du 1er novembre, entraînant la disparition du Système. Réfugié à Venise, Law y subsistera d’expédients et de jeux avant de s’éteindre dans la misère.

En fait, très jeune, Law a toujours confondu capitaux et monnaie – cette dernière n’étant qu’un moyen d’échange de ces capitaux… C’est l’erreur qu’analyse Adolphe Thiers (1797-1877), second président de la République française (du 31 août 1871 au 24 mai 1873), dans l’ouvrage qu’il consacre à Law, celui qui croyait pouvoir donner au papier « la valeur et l’efficacité de l’or » : « Law crut que la prospérité d’un pays, qui se manifeste à travers l’importance de ses échanges commerciaux, tenait à sa masse monétaire et qu’on pouvait accroître cette masse à volonté. Il oubliait que la monnaie n’est pas le pain dont l’homme se nourrit, le tissu avec lequel ses vêtements sont fabriqués ou l’outil dont il se sert pour ses travaux : la monnaie est l’équivalent qui sert à se procurer tous ces biens par la voie des échanges commerciaux, mais il faut d’abord que ces biens existent. Même si on recouvrait une île déserte de tout l’or des Amériques et de tout le papier-monnaie de l’Angleterre, on n’y ferait pas naître, comme par magie, des routes, des canaux, des cultures, des usines, bref toute une industrie. »

Thiers ne manque pas de comparer le désastre financier de Law à celui des Assignats émis durant la Révolution française (1789-1796) ou de la Banque d’Angleterre (1857). Le « Système de Law », rappelle Pierre Jovanovic dans la réédition (actualisée par le Pr. Anne-Marie Bruyant) du livre de Thiers, a été perfectionné depuis – et s’appelle U.S. Federal Reserve, Bank of Japan ou… Banque centrale Eurosystem.

Après avoir inspiré les chansonniers de son temps, Law a eu les honneurs des grands créateurs (Goethe dans son Faust 2, Boulgakov dans Le Maître et Marguerite, etc.) – sans oublier Sympathy for the Devil des Rolling Stones… Et la pierre tombale n’en finit pas de rouler sur de sordides loteries spéculatives sans avenir – mais hypothéquant toute forme d’avenir commun tandis que la fuite vers le gouffre s’accélère jusqu’à télescoper la vision du poète : « la terre est bleue comme une orange »… C’est-à-dire un astre moisi qui n’aurait plus droit à son quartier d’enfance et qui ne fera plus long feu…

Adolphe Thiers & Pierre Jovanovic, L’histoire de John Law, Le Jardin des Livres, 240 p., 21 €

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Le philosophe-mécanicien Matthew B. Crawford propose rien moins que de renouer avec le réel sans filtre ni écran(s)… Comment ? Par un nouvel engagement à travers une capacité d’attention restaurée et un ressourcement dans le travail artisanal ou manuel…

 

Matthew B. Crawford, chercheur en philosophie à l’université de Virginie, avait connu une première vie dite « active » dans l’« économie du savoir », plus précisément en dirigeant un think thank conservateur à Washington : il y résumait « vingt-trois très longs articles par jour »… Après un premier accès de dépression, il en a démissionné pour… ouvrir un atelier de réparation de motos : « Je me sentais plus engagé intellectuellement quand je réparais des motos que quand je travaillais pour le think thank »…

Une expérience dont il a tiré un très incisif premier essai, célébrant la grandeur du « faire », best-seller dès sa parution outre-Atlantique en 2009, dans le sillage d’un autre succès, l’inusable Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes de Robert Pirsig. Réédité par les éditions de La Découverte dans leur collection de poche, Eloge du carburateur, sous-titré « essai sur le sens et la valeur du travail », rappelle des fondamentaux bien oubliés : alors que l’individu techno-zombifié de notre spongiforme « postmodernité » se laisse griser par un fondamentalisme technologique envisagé comme une extension de sa volonté de puissance infantile, « le métier de réparateur, en revanche, consiste à se mettre au service de nos semblables et à restaurer le fonctionnement des objets dont ils dépendent. » L’aurait-on oublié ?

Prendre soin des choses de notre quotidien, n’est-ce pas aussi prendre soin des êtres et s’inscrire dans une communauté véritable se nourrissant et s’irriguant de ses solidarités ? Pourtant, riches et pauvres, rentiers et soutiers de notre système du tout-jetable habitent des univers irrémédiablement parallèles quand bien même ils seraient présumés partager la même planète et la même dette envers elle – ainsi que « la même réalité physique » dont certains croient pouvoir s’abstraire à grand renfort de chimères et de prothèses « transhumanistes »…

Or, le travail véritablement productif n’est-il pas le « fondement de la prospérité » commune – de moins en moins « commune » car de moins en moins partagée ?

 

Pour une écologie de l’attention

 

Le réparateur de machines à rouler ou à laver détient « un savoir réel sur les choses réelles, celles dont nous dépendons tous dans notre existence quotidienne ». L’artisan indépendant, responsable de son travail, exerce sa liberté au service d’une communauté d’usagers là où un mercenaire de « l’économie de la connaissance » abdique la sienne en s’en remettant à des « arts serviles » et des faux semblants au service de rapports de manipulation, de « compétition » et de domination entre « cols blancs »…

Mais… et « l’éducation » ? Un échec avéré : « En sommes-nous vraiment arrivés là en tant que société : acheter et consommer toujours plus d’éducation dans le seul but d’atteindre de nouveaux sommets de stupidité ? » De plus en plus d’ « éducation » marchandisée, de moins en moins de sens commun ?

Seul le « faire » par soi-même éduque et élève en permettant d’être en prise avec le monde par le biais de ces humbles objets matériels pris en réparation – ou de ces outils et instruments de musique avec lequel on ne fait plus qu’un, comme le font le facteur d’orgue, le pianiste, le menuisier ou le violoniste.

Plus fondamentalement, « s’interroger sur le sens du travail manuel, c’est en fait s’interroger sur la nature de l’être humain », sur « l’interaction manuelle entre l’homme et le monde » – et sur « la caractéristique fondamentale de l’agir humain« …

 

En matière d’apprentissage de la mécanique ou de toute autre discipline tout aussi exigeante, l’individu doit accepter de se plier aux « exigences d’objets qui ont leur propre façon d’être non négociable ». Or, le consommateur d’aujourd’hui, autiste dans sa bulle technologique et « exproprié de toute capacité de production et aussi de jugement », n’a que peu d’occasion de faire quelque chose par lui-même dans un « environnement prédéterminé ». Pire encore : il s’abîme dans ses inutiles gadgets électroniques de destruction massive qui épuisent tant sa faculté de penser que d’agir – comme ils ruinent les « ressources attentionnelles » tant individuelles que collectives…

Analysant, dans son second essai Contact sous-titré « Pourquoi nous avons perdu le monde et comment le retrouver », la « crise attentionnelle » qui mine rien moins que le projet d’émancipation hérité des Lumières, le philosophe-mécano constate : « Nous pensons souvent que la liberté équivaut à la capacité de faire des choix ; maximiser cette liberté nécessiterait donc de maximiser plus le nombre de possibilités qui s’offrent à nous. Alors que c’est précisément cette multiplication qui capte toujours plus notre énergie et notre attention… »

Ainsi, le fardeau qui pèse sur l’individu n’en finit pas de s’aggraver d’addictions supplémentaires, de dispersions et d’émiettements suscités par toutes ces « sollicitations mécanisées » dévorant inexorablement son « temps de cerveau disponible » – sans oublier cette propension à faire spectacle de tout… Le monde à portée de clic, vraiment ? Ou sa contrefaçon « digitale » ? Manipuler sa souris ou bidouiller dans une tuyauterie virtuelle est-ce là ce que l’on appellerait se confronter avec « l’épaisseur du réel » ? Le temps, on le sait, est aussi une « matière première » cotée en Bourse – il y a même des « contrats de volatilité » pour ça… Et le temps de vie plus ou moins « active » devant nous constitue notre seule richesse, convoitée par nombre de prédateurs à l’affût de notre « temps de cerveau disponible » et de nos « ressources attentionnelles » rudement mises à mal…

Le moyen d’en sortir ? Matthew B. Crawford recommande de « s’investir dans une activité qui structure notre attention et nous oblige à « sortir » de nous » afin de repartir à la rencontre du monde… En réparant des motos, des vélos ou des… chaises, histoire de retrouver une assise ?

« Le travail manuel, artisanal par exemple, l’apprentissage d’un instrument de musique ou d’une langue étrangère, la pratique du surf nous contraignent par la concentration que ces activités imposent, par leurs règles internes. Ils nous confrontent aux obstacles et aux frustrations du réel. Ils nous rappellent que nous sommes des êtres « situés », constitués par notre environnement, et que c’est précisément ce qui nous permet d’agir et de nous épanouir. »

Redevenir attentif à soi et aux autres, reconquérir son attention voire sa pleine conscience va bien au-delà de la simple présence à soi et aux autres car « l’attention est aussi une ressource, comme l’air que nous respirons ou l’eau que nous buvons » : « Leur disponibilité généralisée est au fondement de toutes nos activités. De même, le silence, qui rend possible l’attention et la concentration, est ce qui nous permet de penser. Or le monde actuel privatise cette ressource, ou la confisque. »

Les ressources attentionnelles, un nouveau bien commun à préserver d’une « exploitation de plus en plus agressive » voire à reconquérir ? Le retour vers le réel passe par une « nouvelle économie politique » et par un nouveau « grand récit contemporain » renouant avec « l’agir véritable », s’opposant aux « expériences préfabriquées » proposées par un « art de l’ingénierie attentionnelle », élaboré à notre intention par « toute une série de fonctionnaires de l’ajustement psychologique »…

Le philosophe-mécano ne propose pas seulement un nouveau regard sur notre « culture » sursaturée de ces inutiles « technologies visant à capter notre attention et notre vie mentale » ( ainsi colonisées et transformées en « ressources exploitables »…) mais aussi un stimulant exercice de lucidité agissante pour nous retrouver dans un monde véritablement commun – voire de nous recréer avec lui.

 

Matthew B. Crawford, Contact, La Découverte, 348 p., 21€

Eloge du carburateur, La Découverte/Poche, 250 p., 11 €

 

 

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Aristocrate d’origine russe et égérie trouble des grands hommes de son temps, Maria Zakrevskaïa (1892-1974) a eu plusieurs vies sous plusieurs noms… Bref, tout un roman russe qui a inspiré écrivains et cinéastes – et dernièrement Alexandra Lapierre qui, au terme d’une longue recherche universtaire, lui refait le portrait avec son talent de romancière…

 

Lorsque le célèbre romancier Herbert George Wells (1866-1946), invité en 1919 à une séance du soviet à Petrograd, rencontre la jeune Moura chez son confrère Maxime Gorki (1868-1936), il se sent aussitôt terrassé par sa beauté et subjugué par sa classe ainsi qu’il le relate plus tard : « Elle donnait l’impression de défier le monde. Non seulement de l’affronter mais de le diriger ».

La jeune fille est l’intendante et la muse de Gorki, qui lui dédie son dernier roman en quatre volumes, La Vie de Klim Samguine… A la demande de Wells, elle est officiellement « attachée à sa personne » comme interprète. L’auteur de La Guerre des mondes a le double de son âge mais il en fait son « épouse hors mariage » …

Avant, Moura avait déjà eu plusieurs vies, dont une à la cour du tsar et une autre en Russie bolchévique. Mais le monde d’avant est mort …

 

La « Dame de fer »…

 

Moura naît Maria Ignatievna Zakrevskaïa, petite dernière de quatre enfants, en 1893 à Saint-Pétersbourg, au foyer du sénateur Ignace Platonovitch Zakrevski (1839-1906), l’un des plus puissants propriétaires fonciers d’Ukraine, et de Maria Nicolaïevna Boreisha (1858-1919).

Ses parents lui dispensent une éducation brillante et lui offrent le meilleur de Saint-Pétersbourg. En 1911, ils l’envoient étudier en Angleterre, sous la garde son demi-frère Platon Ignatiévitch Zakrevski (1880-1912), alors conseiller à l’ambassade russe à Londres – il est le protégé de l’ambassadeur, le comte Benckendorff (1849-1917), dont Moura épouse l’un des fils, Ivan Alexandrovitch Benckendorff (1882-1919).

Le jeune couple a deux enfants, Paul (1913 -1998) et Tania (1915-2004), et se partage entre Saint-Pétersbourg et le château familial de Jendel (aujourd’hui en Estonie) où Ivan est assassiné par ses paysans. La jeune comtesse Beckendorff appartient à un monde voué à la disparition depuis la Révolution d’Octobre et louvoie entre les maîtres d’hier et ceux du jour. Son appartement de Saint-Pétersbourg, devenue Pétrograd, est réquisitionné par le Comité des indigents pendant qu’elle se remarie avec le baron Budberg (1896-1972) qui s’éclipse aussitôt en Argentine.

En pleine guerre civile, la jeune baronne rencontre Robert Bruce Lockhart (1887- 1970), « agent spécial » britannique envoyé pour « empêcher la Russie de conclure une paix séparée avec l’Allemagne ». Ils ont une liaison passionnée jusqu’à l’arrestation de Lockhart, accusé d’avoir comploté pour assassiner Lénine (1870-1924), blessé le 30 août 1918 de deux balles tirées par la « socialiste-révolutionnaire » Dora Kaplan. Moura obtient la libération de son amant, probablement au prix d’un « marché » avec le président par intérim de la Tchéka (1), Yakov Christoforovitch Peters (1886-1938) – il est échangé contre l’agent Litvinov (1876-1951), alors emprisonné en Angleterre (2).

La jeune baronne et comtesse entre au service de Gorki, qui dirige les éditions de la « Littérature mondiale », rattachées au Commissariat du peuple à l’Instruction publique – les temps sont archi mûrs pour « gagner sa vie »  … Il l’appelle sa « Dame de fer » et l’installe chez lui, comme traductrice. Là, elle rencontre Wells, hébergé à la même adresse lors de son séjour à Petrograd – les bons hôtels étaient rares. La Tchéka aurait-elle encouragé sa relation avec le socialiste fabien Wells ?

Elle revoit Lockhart à Berlin, Prague, Zagreb, Belgrade ou Vienne : il lui fait savoir où et quand il s’y trouverait – pour Gorki, elle allait « voir les enfants » – ou Kerenski (1881-1970), le dernier chef de gouvernement russe avant les bolchéviques…

Banquier d’affaires devenu journaliste en vue à l’Evening Standard, le quotidien de Lord Beaverbrook (1879-1964), tout en demeurant membre du Political Intelligence Departement du Foreign Office, il renoue par Moura avec la réalité russe. Son livre, Mémoires d’un agent britannique en Russie (1932), connait un grand succès et est porté à l’écran par Michael Curtiz (1886-1962) sous le titre Un agent britannique (1934), avec Leslie Howard (1893-1943) dans le rôle de Lockhart et Kay Francis (1905-1968) dans celui de Moura.

Grâce à Wells, Moura devient « consultante » pour les producteurs Alexandre Korda (1893-1956) et Arthur Rank (1888-1972) – elle est déjà agent littéraire pour Gorki et joue un rôle actif au Pen Club présidé par Wells, intriguant pour que les écrivains russes émigrés n’y soient pas admis…

Les bolchéviques la tiennent pour un agent secret de l’Angleterre, les Anglais pour une espionne de Moscou et les Estoniens pour une espionne soviétique. En France, les émigrés russes pensent qu’elle travaillait pour l’Allemagne… Pendant la Seconde guerre mondiale, elle est « l’œil du Foreign Office » à La France libre, le mensuel créé à Londres par André Labarthe (1902-1967) auprès du général de Gaulle, tout en travaillant aussi au service français de la BBC. Figure incontournable de la vie culturelle, elle tient salon et table ouverte durant trois décennies, recevant le meilleur de la société britannique. Editrice, elle fait publier en anglais le premier roman d’un jeune aviateur français avant qu’il ne sorte à Paris – c’est l’Education européenne (1945) de Romain Gary (1914-1980).

Wells, à sa mort, lui laisse à peine de quoi soutenir son train de vie… Sa taille s’épaissit après guerre, proportionnellement à son pouvoir d’influence – son grand sac noir, bourré de manuscrits, dissimule aussi une bouteille de vodka…

Le 2 novembre 1974, le Times de Londres annonce son décès par une nécrologie intitulée Un leader intellectuel qui s’achève en suggérant une descendance en droite ligne de l’impératrice Elisabeth Petrovna (1709-1762) – mais on a tant prêté à celle qui a fini par se perdre de vue…

En près de 700 pages bien enlevées, Alexandra Lapierre rend à cette femme puissante, toujours aimantée par son dépassement, toute son épaisseur humaine, sa densité aventureuse et jusqu’à sa souveraineté sur elle-même.

 

  1. La Tchéka, commission panrusse extraordinaire de lutte contre la contre-révolution et le sabotage, créée en décembre 1917 par Felix Dzerjinski (1877-1926)
  2. Maxime Maximovitch Litvinov deviendra commissaire aux Affaires étrangères (1930-1939)

 

Alexandra Lapierre, Moura, la mémoire incendiée, Flammarion, 734 p., 22,90 €

 

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Au temps de toutes les insécurités, le « rêve fou » de la libre circulation, intégré au droit européen, prend l’eau avec le plus grand phénomène migratoire depuis la Seconde guerre mondiale. Pour la première fois, une génération prend conscience de la fin possible d’un « système » voire d’une civilisation…

 

C’est un flux ininterrompu : par milliers, ils affluent tous les jours vers l’Eldorado européen qu’ « on » leur avait promis, qu’ « on » leur avait fait miroiter sans relâche à la surface de tous les écrans, petits et grands, toujours rutilants… Sans oublier les millions qui attendent leur heure dans les camps turcs, tête dans leurs écrans. Mais… le « contrôle des frontières » ? Une chimère qui, elle, ne fait pas écran – ni recette : comme des portes enfoncées par des évidences, les dites « frontières » entrelacent et chavirent les espaces de plus en plus surexploités dans notre monde « globalisé »… Le président de la commission européenne ne venait-il pas de bredouiller que les frontières sont « la pire invention politique » ?

Alors que les frontières des richissimes Etats du Golfe (pourtant musulmans…) restent obstinément closes, la présumée « Europe-forteresse », pourtant unique continent « accueillant » dans le monde, est mise en accusation et en demeure de s’ouvrir davantage encore aux « flux migratoires » toujours croissants – jusqu’à la désintégration…

Pendant que l’Europe des eurocrates roule carrosse ou rutilante berline aux frais de la princesse, les « migrants », pratiquement tous armés d’un (voire deux !!!!) « smartphone (s) » ou autres « gadgets de destruction massive » (payés par on ne sait qui…), prennent les transports en commun avec un « titre de transport en règle » et un sauf-conduit vers un pays européen « de leur choix », nous dit-on : « asylum shopping » ?

Les peuples autochtones, eux, commencent à se demander s’ils ne seraient pas l’objet d’une « expérimentation sociale » bien hasardeuse, à très hauts risques – et pour le moins déstabilisatrice pour tous ceux qui croyaient travailler pour quelque chose qui puisse encore faire sens commun

 

Calais, en douce France …

 

En janvier, de violents incidents dans « la jungle » de Calais (« la vitrine de notre renoncement » illustrant la faillite de la « politique migratoire » européenne, écrit Sylvie Kauffmann dans Le Monde), opposent « migrants » et forces de l’ordre – ils auraient été orchestrés par des « associations anarchistes avec No Border en tête » (Cyril Hofstein dans Le Figaro magazine).

La presse mainstream réagit… Raymond Couraud rappelle quelques vagues évidences dans L’Alsace du 25 janvier dernier : « Dans ce coin de France, une partie des migrants et de leurs partisans tentent d’instaurer la loi de la jungle. Le fait d’être un réfugié n’implique pas le droit de braver la loi et de contester les règles d’un pays démocratique. De tels comportements accréditent l’idée qu’une partie des exilés est loin de présenter une moralité à toute épreuve. (…) L’Europe est un vaste espace démocratique qui a intégré des millions de malheureux. Ceux-ci avaient eu l’humilité et l’intelligence de respecter la terre promise. »

Dans L’Alsace du 26 février, il fait savoir que la « générosité » s’use, faute de « respect » : « Les migrants qui arrivent en Europe doivent s’attendre désormais à être accueillis plutôt comme des hôtes encombrants que comme de malheureuses victimes de guerre (…) Les événements du réveillon en Allemagne, de même que les scènes d’assaut contre les installations de Calais ou les infiltrations terroristes, participent à cette menace grandissante. (…) Désormais, le droit d’asile n’est plus une opération portes ouvertes (…) L’Europe est confrontée à un immense défi. Elle doit y répondre avec cœur tout en faisant comprendre à ceux qu’elle accueille qu’ils doivent respecter bien plus que sa richesse. »

Depuis, avec 10 000 occupants de la « jungle », la maire de Calais, confrontée aux agressions quotidiennes perpétrées contre automobilistes et camionneurs, déplore que « la violence des migrants est totalement hors de contrôle » – il y a un an, elle faisait mine de se réjouir de la « richesse culturelle » qu’ils étaient supposés apporter… Ne l’aurait-on pas vu venir – et voudrait-on étendre cette situation « hors de contrôle » à tout le territoire national ?

Alors que certains équipages des bâtiments de la marine italienne se plaignent de jouer aux supplétifs de l’Armée du Salut et déplorent de ne pouvoir compter sur la coopération des garde-côtes des « pays de départ », Sebastian Kurz, le jeune chef d’une diplomatie autrichienne de plus en plus réfractaire au « droit d’asile », rappelait en juin que « les sauvetages ne sont pas des tickets pour l’Europe ».

Pour l’heure, la « patrie des droits de l’homme » fait figure de « terre d’écueil » vouée aux regroupements anarchiques de populations, en ses « jungles » et camps suroccupés, et aux mesures de court terme qui ne peuvent pallier à la sursaturation de son système de prise en charge : « La réalité rattrape les meilleures volontés : loin de se tarir, la pression migratoire s’est intensifiée et n’est pas près de se relâcher » (éditorial du Monde, 30 août).

 

 

Cologne et après : fermer les portes ou… les yeux ?

 

Les agressions collectives du Nouvel An perpétrées à Cologne (1079 plaintes « recensées » après, semble-t-il, une tentative d’omerta déjouée …) et dans d’autres villes allemandes et les attentats crispent le « débat » sur les « demandeurs d’asile », modifiant la donne : le « willkommen » et autres éléments de langage (« wir schaffen das ») ne sont plus recevables par des populations autochtones qui se sentent discriminées, trahies voire volées au seul profit de « réfugiés » n’ayant jamais travaillé ni cotisé ou épargné dans leurs pays d’accueil : ils s’étaient juste donné la peine de venir… voire de s’y reproduire sans le moindre souci de « l’avenir » de leur descendance dans de vieilles nations sinistrées, en pénurie de logement et d’emplois – et en voie de désintégration… La divine providence pourvoira sans doute à tout, quitte à accélérer cette désintégration…

Les attentats fragilisent la politique d’accueil de Merckel titre Le Monde du 27 juillet – celui d’Anspach marque un tournant : « Les Allemands découvrent la deuxième phase la plus difficile de l’accueil des migrants. Après l’immense effort logistique et organisationnel de l’accueil d’urgence réalisé grâce au soutien enthousiaste de milliers de bénévoles, les Allemands comprennent qu’ils ont potentiellement accueilli des personnes dangereuses, et que l’intégration ne se résume pas à avoir un toit et des chaussures solides. »

Pour l’écrivain Kamel Daoud, offrir un toit, des vêtements, de l’argent de poche et des papiers ne suffit pas à guérir les « réfugiés » du « profond sexisme » en vigueur chez eux – s’il le dit…

Pointant la « surdose de naïveté » qui entacherait la politique de l’accueil européenne, il réagit ainsi aux agressions de Cologne : « On voit le survivant et on oublie que le réfugié vient d’un piège culturel que résume surtout son rapport à Dieu et à la femme. En Occident, le réfugié ou l’immigré sauvera son corps mais ne va pas négocier sa culture avec autant de facilité (…) L’accueillir n’est pas le guérir. (…) Le corps de la femme est le lieu public de la culture : il appartient à tous, pas à elle. (…) C’est cette liberté que le réfugié, l’immigré veut, désire mais n’assume pas. L’Occident est vu à travers le corps de la femme : la liberté de la femme est vue à travers la catégorie religieuse de la licence ou de la « vertu ». Le corps de la femme est vu non comme le lieu même de la liberté essentielle comme valeur en Occident, mais comme une décadence : on veut alors la réduire à la possession ou au crime à « voiler ». La liberté de la femme en Occident n’est pas vue comme la raison de sa suprématie mais comme un caprice de son culte de la liberté. (…) Cologne est-il le signe qu’il faut fermer les portes ou fermer les yeux ? » (Le Monde du 5 février)

Aussitôt, des « intellectuels » lui reprochent sa « lecture essentialiste et culturaliste » des événements de Cologne – tout en reconnaissant que « le corps des femmes est le lieu d’une politique » et même d’une « tension perpétuelle » (Politis du 10/3/2016)…

 

Itsi bitsi p’tit burkini…

 

Justement, dès le 8 janvier, une semaine après les agressions de Cologne, une « artiste » autoproclamée s’est livrée à son coutumier numéro d’exhibitionnisme assumé dans la seule tenue de « travail » qu’on lui connaisse : celle d’Eve devant la cathédrale de la ville désormais de tous les fantasmes, avec une pancarte proclamant : « Respectez-nous ! Même à poil, nous ne sommes pas du gibier »…

On ne saurait être plus prévisible en matière de « transgression » – pour faire juteux commerce de vidéos : la meilleure façon de jeter de l’huile sur le feu d’une « guerre des civilisations » survendue ou de… se voiler la face par son autre versant ? Le narcissisme ne se satisfait plus d’un miroir, il lui faut jouir en public et s’étaler à la face du monde… Tous les prétextes sont bons pour se mirer dans l’admiroir aux vanités et aux incontinences…

Force-t-on le « respect » par une impudeur en chasse perpétuelle de buzz qui met toutes les femmes à nu sous le regard de ces nouvelles populations, si « bienvenues » pour « jouir » de nos inconséquences se donnant si volontiers en spectacle ?

Après tout, ne nous retrouvons-nous pas tout nus face à ce phénomène qui s’est invité chez nous : le « terrorisme », dans ses déclinaisons « psychiatrique », « salafiste », « radicalisation express » ou « loup solitaire » ? « Nous ne sommes plus respectés parce que nous ne sommes plus respectables » éditorialisait jadis un si célèbre éditorialiste.

Il y a 70 ans, le bikini était lancé à la piscine Molitor de Paris – succès de scandale assuré alors et assumé par la « danseuse nue » Michèle Bernardini pour la présentation du dit « costume de bain »… Depuis les dernières vagues migratoires, le si mal nommé « burkini » suscite en France de stériles « débats de société » l’opposant systématiquement au premier (quand ce n’est pas au micro short dont le minimalisme tutoyant le fil dentaire chavire nos rues en plages brésiliennes – toujours la plage sous les pavés…), mobilisant, sous le regard narquois des médias étrangers, ce que notre pays compte de présumée « intelligence » hertzienne ou branchée : notre « temps de cerveau disponible » ne pouvait-il pas être utilisé à des questions plus urgentes que ces batailles de chiffons que l’on veut faire passer pour des « tenues de combat »? Pendant que l’imbécile regarde le doigt de l’illusionniste qui montre le chiffon rouge virevoltant et fait miroiter des eldorados à sa porte, combien de caravanes de régressions lui passent sur le corps, combien de cavaleries de couleuvres lui passent dans le gosier, combien de commandos vraiment terroristes prennent pied sur son territoire – en sus des « cellules dormantes » déjà sur place ?

Dans une interview au JDD, l’actrice Isabelle Adjani a réagi à cette incontinence me(r)diatique autour de l’interdiction, qu’elle juge « ridicule et dangereuse », de cette tenue de plage présumée « islamiste » par de doctes « experts » dont les « expertises » dopent les ventes de la dite tenue : « Je suis toujours mal à l’aise quand on veut imposer la liberté à coups d’interdits »…

Mais, élections obligent, la « sphère politico-médiatique » hexagonale n’en finit pas de souffler sur les braises des communautarismes à coup d’arrêtés municipaux, de postures d’intransigeance et d’injonctions à se dévoiler ou à légiférer. Ainsi, les prétendus défenseurs d’une « identité française » qu’ils ont pourtant allègrement sinistrée radicalisent le « débat » à outrance pour promettre une énième loi défouloir et vaine – après celles sur la burqua ou sur le voile infligées lors de la précédente législature qui ont acculé les femmes au « repli communautaire » – voulait-« on » vraiment les « intégrer » ? « On reconnaît un Etat corrompu à son excès de lois » (Tacite).

Mais quelles véritables « urgences » cache donc l’outrance du « débat » sur le voile ou le burkini ? Pourquoi cette frénésie législatrice sur des tissus surinvestis de symboles ? Alors qu’ils se complaisent en polémiques oiseuses, quitte à instiller toujours plus de haine dans le corps social, les Français sont condamnés à voir la République outragée en permanence par ces « figures d’autorité » dévoyées et ces contrefaçons de « responsables »  travestis en petits marquis des élégances balnéaires voire en éminents membres de la  « police des mœurs » : « c’est quand qu’ils se mettent au travail pour s’occuper enfin des vrais problèmes des « vrais gens » ? se désole le populo dont l’horizon s’obscurcit proportionnellement à la frénésie du « débat » alors qu’il demande juste qu’on règle vraiment la « question terroriste » et, pourquoi pas, celle du chômage de masse…

Voilà les femmes criminalisées à coups d’injonctions contradictoires, voire présumées « ennemies de la nation » en « tenue djihadiste », voilà les policiers sommés d’intimer à celles, « trop vêtues » ou « insuffisamment découvertes », de se déshabiller, à rebours des Gendarmes de Saint-Tropez. Voilà même certains « élus » se complaire dans une mâle posture de « rébellion » ( !!!) à l’encontre du Conseil d’Etat qui avait « dit le droit » – que ne se sont-ils « rebellés » contre d’autres « dangers » qui mettent à mal le « vivre ensemble » comme l’endettement frauduleux des collectivités ou la fraude fiscale…

On aurait cru les belles plages de notre pays « espaces de liberté » ou de détente, on ne les voyait pas en théâtre de grotesques incontinences polémiques, pourvoyeuses de lois liberticides, ni en théâtre d’affrontements perpétrés, selon le cas, contre des femmes « trop habillées » ou « trop dévoilées » – l’hystérie est à son comble…

Cette surenchère gave l’espace me(r)diatique jusqu’à la stéatose tout en gonflant le chiffre d’affaires de la créatrice australienne, d’origine libanaise, nous dit-on, de la tenue si décriée… Est-ce ainsi que l’on déchire ce qui reste du tissu d’une vieille civilisation, devenue celle de l’impudeur pour ces populations qui n’en affluent pas moins sur nos si accueillants rivages puisqu’on persiste à les y « inviter »?

« Je suis Syrien, vous devez bien me traiter : Maman Merckel m’a invité et m’a promis MA maison dans votre pays » auraient rétorqué des suspects de Cologne aux rares membres des forces de l’ordre tentant de les appréhender… Ces « éléments de langage » proviendraient d’un lexique de conversation arabo-allemand – comportant d’autres phrases-clés à l’attention de prédateurs sexuels décomplexés venus se servir au libre service/libres sévices de nos démocratures hypermarchandisées…

En Allemagne l’ « on » construirait allègrement des centres pour réfugiés en face de… camps naturistes ou de clubs de danses dites « de société », ce qui n’est pas sans rappeler une fâcheuse tendance à construire des centres nucléaires sur des failles sismiques… Une piscine naturiste en Rhénanie du Nord-Westphalie aurait même été investie par une demi-douzaine de « barbus » vociférant des menaces à l’encontre des baigneuses (atlantico.fr)…

Bientôt la lutte finale entre la « tyrannie de l’impudeur » et la « dictature du vêtement » présumé confessionnel ? Ou juste le choc entre deux fondamentalismes – l’un faisant du corps de la femme une « propriété privée », l’autre exigeant d’elle, au nom de la « liberté », de s’afficher à la vue de tous comme s’il devait être consacré « propriété publique » ? Video ergo sum ? Tant de luttes « féministes » pour un tel dévoiement du  sens de la « propriété » et de la « visibilité »?

 

Opérations portes ouvertes…

 

La « pression migratoire » ne se relâche pas – ni les épidémies de viols dans les villes et villages des 16 Länder allemands, d’après le Gateston Institute (New York) qui a lancé l’alerte dès septembre 2015 dans le silence assourdissant de la dite « sphère politico-médiatique ».

Pourtant, si les pays nordiques, si accueillants, commencent à restreindre leur « attractivité », c’est qu’il y a urgence – tout internaute de bonne foi peut se faire son idée sur les faits divers tragiques déjà advenus dans ces pays…

Logés en centre d’hébergement (ou à l’hôtel…), les « réfugiés » toucheraient entre 160 et 300 euros mensuels et bénéficient de la gratuité des transports : aurait-on la naïveté (ou le cynisme insensé…) de croire qu’ils accepteront de travailler pour moins d’un euro de l’heure ? Des voix se risquent à poser des questions somme toute élémentaires, au risque de se faire taxer de « populistes » – quand on n’accuse pas le citoyen lambda de « faire le jeu de l’extrême droaaâte » pour oser exhaler ses p’tites inquiétudes : comment la France ou l’Allemagne pourraient-elles se payer le luxe d’importer des pauvres par millions alors qu’elles ne parviennent pas à subvenir aux besoins vitaux des plus démunis de leurs ressortissants autochtones sur leur sol ? Pourquoi s’acharne-t’ « on » à infliger aux populations autochtones, déjà frappées par une double peine (la double crise de l’emploi et du logement), une charge supplémentaire, absolument impayable et… explosive ?

En France, la ministre du Logement envisage de créer des « dispositifs d’hébergement de migrants chez les particuliers » – et annonce la « réquisition » de bâtiments publics… Jusqu’où, l’extension du domaine de la « réquisition » ? Que n’y a-t-on pensé avant pour tous les SDF ou « mal-logés » autochtones de l’Hexagone ? Peut-on décemment en demander toujours plus à une « société civile » saignée à blanc, au mépris de la notion la plus élémentaire de « capacité de charge » ?

« L’immigration est devenue une charge trop lourde pour la société » rappelle Hans Werner Sinn, directeur de l’Institut IFO de Munich pour la recherche économique. Il en estime le coût à 450 milliards pour  le million de demandeurs d’asile avoué, entré en 2015, soit 450 000 euros par « réfugié » et par an. Mais son estimation n’en pêche pas moins par « optimisme » : le nombre des « arrivants est difficilement quantifiable et semble d’autant plus sous-évalué que la distinction entre immigration légale et illégale aurait été abolie en catimini …

Merckel fait face à une Allemagne qui doute titre Le Monde du 18 août, prenant acte de la « propagation d’une tentation sécuritaire voire identitaire » dans le paysage politique. D’autres commentateurs, las de devoir « euphémiser à mort », la tiennent pour le fossoyeur de son pays – et du continent…

Pour le seul mois de janvier 2016, 100 000 « arrivées » auraient été « recensées » en Allemagne, soit une « moyenne quotidienne de 3300 » et un « total prévisible » de 1,2 million pour 2016. Mais la situation est-elle encore de l’ordre du prévisible ? Les classes moyennes et populaires allemandes vivent de moins en moins bien la pression immobilière suscitée par « l’accueil » de plus d’un million de « réfugiés » – et la flambée des prix, se détachant de plus en plus des fondamentaux, qui leur rend l’immobilier de leur propre pays de plus en plus inaccessible…

A force de semer cette « assistance » pourtant tant stigmatisée par certains tribuns en mal de « problématiques » électoralistes à bon compte quand elle bénéficierait aux seuls autochtones, « l’industrie du social » des pays d’accueil récolte immanquablement toujours plus d’assistés venus en flots incessants du bout du monde pour réclamer leur part du « rêve européen » à crédit…

Que sacrifie l’Occident « au nom du droit » et combien de reniements peut-il se payer encore (à crédit…) avant que les nations ne reprennent la maîtrise des « entrées » sur leur territoire, si ce n’est de leurs « frontières » et de leur destin?

Un « camp d’été décolonial » (ou, si l’on préfère, un « séminaire de formation à l’antiracisme »…) a eu lieu à Reims du 25 au 28 août : il était interdit aux personnes de « race blanche » – et même aux couples mixtes – par « nécessité politique », selon ses organisatrices…

Thomas Jefferson (1743-1826), troisième président des Etats-Unis (1801-1809), écrivait : « Contraindre un homme à subventionner avec ses impôts la propagation d’idées auxquelles il ne croit pas et dont il a horreur est péché et tyrannie. »

Plus près de nous, le Pr. Abdessamad Belhaj, chercheur en islamologie, rappelait lors d’une récente interview à l’Institut hongrois pour la Recherche migratoire : « Les migrants musulmans considèrent que tous les biens sont donnés et non acquis par le travail ». Décodage proposé par dreuz.info : « Dès lors, les musulmans s’imaginent qu’en prenant possession des terres européennes, ils recevront gratuitement ces richesses ». Cette « expertise » se vérifiera-t-elle lors du bail en cours ?

Alors que les arbres de Noël disparaissent des écoles, le paradis européen fantasmé en conte de Noël perpétuel par les uns (quand bien même l’existence du père Noël ne soit pas établie, la « pensée magique » d’autres confessions semble s’accommoder de la hotte du bonhomme débitant ses cadeaux par millions) ne deviendrait-il pas l’enfer des autres ? Combien de temps des légions croissantes de vers peuvent-ils ronger le même fruit jusqu’à ce que des dents leur poussent ?

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La monnaie est un bien commun, qui en douterait ? Mais cette fonction première a été dénaturée par une ardente obligation ( ?) de réaliser des profits monétaires croissants à tout prix… Ce qui fragilise l’ordre monétaire et ruine la société ainsi que la planète… Le dernier dossier d’Alternatives économiques propose de « rendre sa vraie richesse à la monnaie » tandis que le mouvement Prosper prône la « désargence » c’est-à-dire l’avènement d’une « société sans argent » fondée sur la « valeur travail » plutôt que sur la spéculation – et sur la « maîtrise que les usagers peuvent avoir de leurs usages »…

 

Pour les Encyclopédistes, la « monnoie est un signe qui représente la valeur, la mesure de tous les effets d’usage et est donnée comme le prix de toutes choses ». Les rédacteurs de l’Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers (en l’occurrence, « une société de gens de lettres  autour de M. Diderot & quant à la partie mathématique, de M. d’Alembert », tome XXII, Genève, 1778) poursuivent : « On prend quelque métal pour que le signe, la mesure, le prix soit durable ; qu’il se consomme peu par l’usage et que sans se détruire, il soit capable de beaucoup de division »…

Depuis, le monde a échappé à l’équation originelle pour devenir une « manufacture à risques » (Ulrich Beck), « l’économie » a changé de nature pour entrer dans une instabilité permanente, la monnaie a perdu son répondant métallique pour devenir une abstraction engrammée dans la mémoire d’un ordinateur, l’humanité est entrée pour la première fois de son histoire dans un cycle de taux d’intérêts négatifs et le spectre d’une « stagnation séculaire » hante le XXIe siècle. Passé d’une économie de subsistance à une économie de développement, attisée par des envies grandissantes de richesses, le « monde moderne » se diviserait-il entre ceux qui travaillent de plus en plus durement pour « gagner leur vie » de plus en plus pauvrement et ceux qui font simplement… travailler leur « argent » – ou « celui des autres » qu’ils jouent impunément au casino ?

Désormais démunie de toute « matérialité » constitutive, la « monnaie » telle que nous la connaissons, constatent Wojtek Kalinowski, codirecteur de l’Institut Veblen pour les réformes économiques, et Philippe Frémeaux, éditorialiste d’Alternatives économiques et président de l’institut Veblen, « génère des crises à répétition et affiche une parfaite indifférence à tous les grands défis de notre époque » La raison ? « c’est une monnaie captive : trop de finance, pas assez de régulation publique »…

 

Quand la monnaie-crédit ne tourne plus rond…

 

Il est désormais presque admis que « les banques créent de la monnaie via leur activité de crédit » – un « pouvoir mal employé », à en juger l’enfermement de la société toute entière dans « ce cycle perpétuel de dettes contractées et de remboursements, où les nouveaux prêts remplacent les anciens » – un circuit qui n’est guère « géré dans l’intérêt du public » rappelle Wojtek Kalinowski : « Ce n’est pas tant la monnaie-crédit mais son usage actuel qui pose problème. Puisqu’elle est utilisée massivement pour spéculer, la monnaie-crédit bancaire est au cœur des cycles d’instabilité financière… »

Depuis les années 80, l’emprise de la finance a mis à mal le lien étroit qui liait la monnaie à la production, rappelle Jean-François Ponsot. La « vocation productive » du crédit bancaire a été pervertie par le « capitalisme financier » qui a « transformé la monnaie en instrument financier déconnecté de l’économie réelle ».

Il n’en demeure pas moins que la monnaie est par essence « un bien commun et une institution centrale de toute société », quand bien même ce rôle de lien social serait occulté par une perception marchande qui en ferait un objet de désir et d’appropriation – ou un « actif financier » déstabilisateur : « Ce désir vient d’une de ses qualités essentielles : la liquidité. Contrairement aux autres formes de richesse, détenir de la monnaie permet l’accès à tous les biens et services, sans délai et sans coût. Le désir de liquidité est donc sans limites. Cette contradiction entre la monnaie comme bien public et son appropriation privée constitue son ambivalence. »

Si la monnaie représente en virtualité toutes les marchandises puisqu’elle rend possible leur appropriation, elle n’est pas à confondre pour autant avec la richesse, cette dernière étant créée « quand quelqu’un utilise son temps, ses compétences et des ressources pour produire quelque chose. »

Simple protocole d’échange (ou code résultant d’un accord social), afin que les « richesses puissent être mesurées et échangées entre les individus qui les produisent », si l’on s’en tient à la définition de l’Encyclopédie, la monnaie devrait donc permettre à chacun d’échanger ce qu’il produit (son travail, son art, son artisanat, ses marchandises, bref, le temps qu’il passe et les ressources qu’il utilise pour produire quelque chose) contre ce que les autres produisent… « L’argent n’est réel que lorsqu’il est le représentant d’un travail vraiment exécuté et de la valeur que ce travail a créé » rappelle le mouvement Prosper (1) – le reste n’étant que fiction basée sur « la seule confiance mutuelle des acteurs »… Il apparaît que « l’argent créé par le crédit à chaque fois que quelqu’un s’endette » génère toujours plus de dette que de monnaie… Le sens commun se cabre : comment est-il possible d’accorder un prêt si le montant dudit prêt n’existe pas sous forme d’épargne au préalable ? Bruno Théret déplore la « domination sans partage de la monnaie de crédit bancaire devenue la monnaie tout court » qui dénature l’économie mondiale : « Nous payons, avec les politiques d’austérité et la détérioration des services publics et sociaux, le prix de la réduction de la monnaie à un actif financier. »

Jean-François Ponsot identifie trois « dynamiques » contribuant à la déconnexion entre monnaie et économie réelle : la libéralisation financière qui a dérèglementé les marchés notamment ceux du crédit, les « innovations financières » dues aux « nouvelles technologies » suscitant des « produits financiers » de plus en plus déstabilisants (Credit Default Swaps, etc.) – et enfin la « dynamique de mondialisation » provoquant une « déterritorialisation accélérée des flux monétaires et financiers »… Mais la production de ces flux peut-elle être considérée comme une fin en soi ?

Face à une « expansion démesurée du crédit, bien au-delà des besoins de l’économie productive », les monnaies locales complémentaires tentent de « se réapproprier la monnaie capturée par la finance et d’ériger les piliers monétaires d’un nouveau projet de société » en soutenant une dynamique économique locale ancrée sur un territoire…

Mais… l’euro ? La « monnaie unique » incarnerait davantage un projet commun si elle « reposait sur un système productif capable de fournir et de répartir plus efficacement et plus équitablement les biens et les services auxquels la monnaie sert de contrepartie »…

Serait-il possible de nous libérer de notre addiction à la dette en… créant une « monnaie libre de dette » ? Jean-Michel Servet rappelle l’ampleur du mouvement citoyen international pour retirer aux banques commerciales leur pouvoir de création monétaire et plaide pour une « monnaie pleine » participant de la mise en place de « communs » dont les monnaies locales constituent « une sorte de mise en pratique à échelons locaux ». Et si l’Etat, au lieu de se financer sur les marchés, émettait une monnaie gagée sur ses ressources fiscales ? Si cette monnaie était mise au service de l’investissement écologique ? Et si l’on reconnaissait aux Etats membres de la zone euro, « en vertu du principe de subsidiarité, le droit d’émettre des monnaies fiscales complémentaires, circulant en parallèle de l’euro » ? Le foisonnant dossier d’Alternatives économiques recense bien des pistes : quelle « volonté politique » les explorera vraiment ?

 

Y a-t-il une vie après l’ « argent » ?

 

Le mouvement Prosper (1) plaide pour une économie « fondée directement sur les ressources naturelles » et leur capacité de renouvellement ainsi que sur une comptabilité qui ne prenne en compte que ces ressources,  sans recourir au chiffrage en « argent » : « Dans une économie sans argent, la gestion, la politique, sont entièrement orientées par la recherche, le renouvellement, le partage des ressources réelles. La comptabilité ne prend en compte que ce que nécessite une production ou un service : la matière d’œuvre, l’énergie et les transports, les compétences (…) Abolir l’argent donne une force nouvelle à la défense des acquis sociaux, à leur conquête pour ceux qui ne les ont jamais connus, à la nécessité de laisser une planète vivable à nos enfants. »

Oui, mais… « la production » dans un monde sans argent ? Nous définissons-nous par ce que nous consommons, par ce que nous « valons » ou par ce que nous créons ? La création et la consommation de richesses sont-elles des fins en elles-mêmes ou bien des moyens d’atteindre un certain niveau de bonheur individuel ou collectif ? Le monde de l’après-argent comme celui de l’après-pétrole suppose toute une préparation, compte tenu de l’inflammable accumulation d’ « avoirs financiers » et d’ « actifs sous gestion » en quête de « rendement » au sein du système financier mondial :

« Dans une société sans argent, ce que nous appelons « organisation du travail » ne vise plus à faire apparaître des soldes monétaires positifs. Elle s’applique à la capacité de chaque usager de s’investir dans des activités très diverses. Elle l’y prépare dès son plus jeune âge par des moyens et enseignements libérés de la perspective du « combien ça rapporte ». L’organisation du travail vise à donner à chacun le maximum d’initiative, d’expérience(s), au singulier et au pluriel, fondées sur l’usage des ressources humaines et naturelles, exclusivement, et non plus des ressources en capital. Dans une économie sans argent, l’organisation du travail déboîte de l’urgence, pour les entreprises, de s’adapter au marché monétaire, et, au plan politique, de la délégation de pouvoir à une classe dont le pouvoir s’arrête à celui gérer au mieux celui que donne l’argent. » (cahier Prosper n°24)

Si l’exploitation des ressources terrestres de façon non soutenable peut paraître « rentable » à court terme, il ne suffit pas d’en diluer les effets négatifs dans la biosphère… Ni de les reporter sur la société tout entière et sur les générations futures… Nos modes de vie et nos sociétés peuvent-elles être repensés ainsi que notre idée de la « prospérité » ? Assurément, ce n’est pas la réserve de « richesse monétaire » qui peut définir cette dernière, mais la qualité de l’appareil productif et sa capacité de « pourvoir aux besoins futurs ». L’abstraction et la profusion de la « valeur monétaire » tutoie celles des « éléments de langage » – ou, si l’on préfère, de la « production langagière »… Si la parole est rare, les discours et bavardages prolifèrent… L’erreur fondamentale des alchimistes de la phynance, « oublieux » de la convertibilité entre la chose et son équivalent monétaire, sera-elle un jour réparée par une évidence qui aurait l’éclat franc du répondant métallique dont la monnaie s’est dépossédée ou de la réalité palpable dont elle a pris congé ?

 

  1. Prosperdis.org & desargence.org

 

Les Dossiers d’Alternatives économiques n°6, 98 p., 9,50 €

 

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