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Archive for juillet 2016

La fabrique de la dette

photo voiture 065Mais d’où vient cette « dette publique », ce nœud de notre grand malheur national, qui suscite tant de débats sur une éventuelle perte d’une « souveraineté » de plus en plus évidée ? L’enquête au long cours du sociologue Benjamin Lemoine, chercheur au CNRS et à l’Institut de Recherche interdisciplinaire en sciences sociales (IRISSO- université Paris-Dauphine), rouvre la boîte noire de cette « dette » et débusque ce paradoxe bien français : l’acharnement de la haute fonction publique du Trésor à la créer de toutes pièces en élaborant, comme le rappelle André Orléan dans sa préface, un « nouveau récit économique » et une « nouvelle orthodoxie » légitimant « l’abaissement de l’Etat social »…

Le livre du chercheur est d’abord l’histoire oubliée de la mise en marché de la dette – et de l’amnésie collective sur laquelle s’est construit ce problème aujourd’hui si obsédant dans les discours des « décideurs » : « Tout se passe comme si l’Etat évoluait au même rang qu’un ménage ou une entreprise qui peut être liquidée, cesser d’exister et fermer brutalement. L’arrimage de son financement aux taux de marché a ainsi indexé le projet et la puissance étatique au bon vouloir de créanciers privés et réellement fait advenir l’Etat en tant qu’agent faillible qui, pris dans la nécessité d’obtenir de bons prix pour sa dette, doit jouer le jeu des marchés. »

Mais comment en est-on arrivé là ? C’est le récit d’un « grand renversement » qui a fait de l’Etat « non plus la chose mesurante et planificatrice de l’économie, comme dans la configuration d’après-guerre, mais bien la chose mesurée par les acteurs et organisations du marché financier mais aussi par les institutions européennes »…

La première partie de cette histoire, donc, commence à la Libération et dans l’immédiat après-guerre, lorsque l’Etat se finance au travers d’un système bancaire construit par lui et pour lui – par ce qu’il convient d’appeler une « gestion politique de la monnaie », garante de sa souveraineté…

Mais, dans les années 60, des jeunes énarques et inspecteurs des Finances comme Jean-Yves Haberer (« l’affaire » du Crédit Lyonnais…) reviennent des Etats-Unis, fascinés par la « vitalité des marchés » – c’est ainsi que prend corps une « entreprise de déconstruction » qui, de l’intérieur, fait « craquer l’Etat banquier et les dispositifs de l’économie administrée »…

Après les premières mises aux enchères des titres de la dette publique et la suppression de la séparation entre banque commerciale et banque de marché dans ces insouciantes sixties, les derniers boulons de la machine infernale sont vissés dans les années fric et frime où, après la transmutation des titres de la dette publique en instrument de marché et la dramatisation de la question, l’Etat se retrouve « à la merci des jugements et évaluations des détenteurs d’épargne et prêteurs de toute nature (entreprises, assurances-vie, banques, institutions publiques), des agences de notation et des analystes financiers » – sans oublier de très arbitraires « numérologies » (les 3% de déficit)…

La France endettée, la France enchaînée, la France outragée et passée au laminoir d’un traitement « libéral » de la dette, fait d’anti-étatisme obsessionnel (les « exigences de Bruxelles »…), d’incantations récurrentes à la « faillite » (un occupant de Matignon se proclamant « à la tête d’un Etat en faillite »…), d’invocations à la catégorie des « générations futures » (« sans que jamais la composition sociale de cet agrégat intemporel ne soit caractérisée précisément »…), de marchandisation des actifs, d’austérité budgétaire et d’ « ajustements structurels » dont on se garde d’interroger le fondement – pas plus qu’on ne s’interroge sur la nature profonde d’une « dette publique » dont « l’évidence » est allègrement assénée par les « professionnels de la parole politique »…

La « dette financière contre la dette sociale » ? L’Etat devrait-il se sentir plus « obligé » auprès de ses rentiers que de ses retraités ? Jusqu’où « l’ordre de la dette » peut-il tenir ? interroge le chercheur saisi de vertige au bord de la « poudrière sociale ». Son enquête de sociologie politique a d’ores et déjà joué son « rôle d’aiguillage critique », esquissant une salutaire interpellation sur un présumé « encastrement » de la « dette » dans les « marchés financiers » – et sur les fondements d’un « modèle économique » ayant perdu de vue la finalité humaine et écologique supposée déterminer sa politique et ses « réformes »…

 

Le Phénix surendetté…

 

 

Benjamin Lemoine, L’ordre de la dette, La Découverte, 304 p., 22 €

 

 

 

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TONIC200Dernières nouvelles de « l’Enfer vert » qu’on nous mitonne au nom de la « transition énergétique » : la loi du 18 août 2015 instaure sur le territoire français le remplacement à marche forcée de 35 millions de compteurs électriques bleus par le Linky dit « intelligent » – et radiatif… Des associations dénoncent un désastre industriel, financier, sanitaire et technique. La fronde n’en finit pas de s’étendre dans l’Hexagone…

 

L’homme est-il encore chez lui dans sa maison ? Il semblerait bien que l’humain d’ici ne soit plus le bienvenu dans sa demeure. Sera-t-il bientôt chassé de son « foyer » envahi de gadgets connectés et radiatifs ? Devra-t-il laisser sa maison derrière lui quand elle sera infestée de cafards électroniques et d’autres mouchards qui lui rendront la vie impossible sous prétexte de la lui « faciliter » ? L’homme ne serait-il plus maître « chez lui » parce que sa maison serait de plus en plus « intelligente » ? Ainsi en ont décidé ceux à qui nous n’avons absolument rien demandé et dont le délire pourrait bien menacer jusqu’à notre vie…

Rappel des faits : suite à la loi dite de « transition énergétique » promulguée le 18 août 2015, le nouveau compteur « communicant LInky sera déployé sans concertation dans chaque foyer jusqu’en 2021 à raison de 8000 compteurs posés par jour « en remplacement » de nos bons vieux compteurs bleus qui marchent si bien… Ce déploiement commencé de façon bien expéditive, semble-t-il, aurait été subitement accéléré à raison de 40 000 compteurs par jour…

Quelle nécessité, voire quelle urgence y-a-t-il à procéder à ce « grand remplacement » accéléré, au nom de quels « intérêts » ? Qui veut nous connecter de force ?

Parce que nous serions sommés de nous plier à la « révolution numérique » décidée sans nous – et contre nous ? Pour les rentiers de cette « révolution », la source de profit, rappelle le groupe Pièces et main d’œuvre de Grenoble (là où sont fabriqués les Linky…), se trouve dans les données que nous produisons à tout moment par notre activité numérique qui permettent aux entreprises de vendre produits et services à la bonne personne au bon moment » (1). Rien que ça ? Il s’agirait juste d’exploiter nos données, ce nouvel or noir du XXIe siècle, pour prévenir nos désirs et nous créer des besoins, surtout ceux que nous n’avons pas ?

 

 

Le Linky c’est bon pour la santé !

 

Au-delà du délire de pilotage automatisé de la ville (smart city) et de la planète (smart planet), il y a la question de la santé publique, allègrement évacuée par les technolâtres dealers de cette came électronique qui nous pollue : le tout-connecté épaissit davantage encore le brouillard électromagnétique dans nos cités.

Quand la propagande soutient : « Linky émet 150 fois moins d’ondes qu’une lampe basse consommation », Pièces et main d’œuvre rappelle toute la portée de cette insulte à l’intelligence – une de plus : « Même un ingénieur peut comprendre qu’il n’est pas question d’installer LInky à la place des lampes, mais en plus : de l’ajouter à la pollution ambiante (…) Il faut réduire le poids total des pollutions (en millions de tonnes), et de la consommation de ressources et d’énergie. C’est simple à comprendre : « plus de voitures moins polluantes » égale « plus de pollution », égale « arnaque » (1)…

En d’autres termes, à chaque gadget « connecté » de plus at sweet home, c’est l’exposition à la pollution qui augmente …

Le « consommateur » qui n’a absolument rien demandé pourrait bien payer de sa santé le « remplacement gratuit » de son compteur bleu ainsi que le rappelle Annie Lobé dans la lettre recommandée qu’elle a envoyée à la présidence de la République : Le Linky injecterait dans les circuits électriques des fréquences radio dites CPL (Courant porteur en ligne) reconnues comme « potentiellement cancérigènes » (catégorie 2B) par le Centre international de Recherche sur le Cancer qui dépend de l’OMS dans son communiqué du 31 mai 2011, confirmé par la monographie n°102 parue en 2013 (http ://www.santepublique-editions.fr).

Son fonctionnement exigerait l’implantation de « bon nombre » de postes de transformation (concentrateurs) équipés d’ordinateurs et d’antennes-relais GPRS émettant des micro-ondes pratiquement à hauteur d’homme – on parle de 700 000 : les cas d’electrosensibilité et de cancers pourraient-ils exploser en conséquence ?

L’Observatoire du nucléaire recommande aux Français de prendre soin de la « santé publique » en refusant l’installation du LInky et en notifiant leur refus aux conseils municipaux – à ce jour près de 200 communes l’ont refusé.

Mais le président de l’Association des maires de France (AMF), pourtant alerté par Annie Lobé, leur a adressé un document prétendant « illégales » les décisions des municipalités n’allant pas dans le sens des intérêts de la filière nucléaire…

Devant l’émoi soulevé par le déploiement à marche forcée du Linky, la Direction générale de la Santé a saisi l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) qui rendre ses conclusions à la fin de l’année. Alors, pourquoi cette précipitation à remplacer nos compteurs bleus avant les conclusions de l’Anses ?

 

Le Linky c’est bon pour la France !

 

Conçue en 2006, avant les smartphones, la technologie du Linky s’avèrerait d’ores et déjà obsolète : les câbles, fils et appareils électriques d’un réseau mal entretenu (faute d’investissements RTE suffisants) ne sont pas prévus pour transporter ces radiofréquences. Ce qui déclencherait des pannes et des incendies d’un genre nouveau dans les équipements domestiques : lors des expérimentations menées en Indre-et-Loire et en région lyonnaise en 2010, 8 incendies auraient ainsi été déclenchés en quelques semaines sans compter les pannes répétées de réfrigérateurs, d’ordinateurs ou de téléviseurs qui se soldent par de lourdes réparations – à la charge des victimes, bien évidemment…

Actuellement, en France, on en serait à 60 000 incendies d’origine électrique (dus à des « points de chauffe » sur les circuits électriques de 50 hertz) survenus dans les logements – ils auraient coûté la vie à 200 personnes et blessé 4000 autres… L’injection de radiofréquences dans les circuits démultipliera-t-il le nombre de ces incendies « d’origine électrique » ?

Dans son rapport d’enquête sur les Linky déjà posés à titre expérimental, le Syndicat intercommunal d’énergie d’Indre-et-Loire indique que 19% des particuliers ont été confrontés à des problèmes de disjonctions à répétition, 4% à des soucis d’appareils grillés, de dysfonctionnement de la programmation du chauffage et d’embrasement du compteur et 5% ont vu leur facture gonfler..

L’opérateur EDF en est tellement conscient, souligne Annie Lobé, qu’il s’exonère de toute responsabilité ainsi que sa filiale ERDF (rebaptisée à grands frais Energis), dans ses conditions de vente en cas d’incendie ou de panne… Pour les commerçants, les TPE (très petites entreprises) et PME (petites et moyennes entreprises), les risques encourus pourraient osciller de la perte de marchandises jusqu’à la faillite – sans oublier les problèmes de santé… Donc, en cas d’incendie provoqué par le Linky ou par les radiofréquences injectées par lui dans nos câbles, fils et appareils électriques qui ne sont pas blindées contre elles, il incombe à la victime de prouver la responsabilité d’ERDF dans les « vingt jours calendaires »… Soit double peine pour les victimes et impunité assurée « légalement » pour les responsables-mais-pas-coupables…

Pour les associations (Next Up, Observatoire du nucléaire, Priartem, Robin des Toits) qui suivent « l’affaire » depuis le début, il s’agit rien moins que d’une « mise en péril délibérée de l’économie française toute entière » et de la vie des Français : ces « décideurs » et « représentants du peuple » qui ont promulgué cette loi instaurant le LInky (en dépit de tous les avertissements reçus au sujet des risques qu’ils feraient encourir à la population…) ne seraient-ils pas devenus civilement responsables des dégâts et décès consécutifs à ces incendies ou de l’épidémie de cancers à venir ?

Depuis… un bail, les associations dénoncent ce désastre industriel, ce gâchis financier, sanitaire et technique – ainsi que cette « logique de dilapidation » insensée : le remplacement de 35 millions de compteurs qui fonctionnent parfaitement, d’une durée de vie de 60 ans par des Linky (durée de vie 10-15 ans) est estimé pour l’instant entre 5 et 7 milliards… En d’autres termes : quand tous les « foyers » seront pris dans la nasse électronique interconnectée, le Linly sera obsolète et il faudra alors tout recommencer 10 ans après !

On n’ose imaginer le surcoût écologique de ces 35 millions de compteurs mis à la casse (mais où ?) par décision de ces « responsables-mais-pas-coupables » pressés de fracasser notre Titanic contre l’iceberg numérique… Ni faire le compte de ces substances toxiques utilisées pour fabriquer ce Linky ou nos smartphones tant bichonnés…

 

 

Vous avez dit « économies d’énergie » ?

 

D’abord, qui paie pour ce « grand remplacement » non souhaité alors que l’entreprise publique d’électricité avoue une « équation financière difficile » ?

C’est une règle bien connue par nos grands « amis » les phynanciers qui nous font danser sur leur musique au-dessus du volcan : « quand vous ne savez pas qui est le pigeon, ne cherchez pas plus loin : c’est vous ! »…

On nous dit que la mise en place de la nouvelle infrastructure (centrale de données, compteurs, réseau de communication) sera payée par « les économies sur la relève des compteurs » : plus besoin de personnel pour venir relever votre consommation effective puisque le compteur est « consultable à distance » et « gérable » – 4200 emplois ont été supprimés…

Avec Linky, « on » peut vous couper l’électricité à distance et vous surfacturer– c’est bien « la solution » envisagée … Rappel de Pièces et main d’œuvre : « Les milliards de relevés opérés chaque année par Linky et les montagnes de données à traiter consommeront infiniment plus que tout ce que vous pourrez économiser en obéissant à votre compteur numérique. » (1)

Pour UFC-Que Choisir, c’est bel et bien le consommateur qui va payer pour le LInky. Et sur toute la ligne, si on peut dire… Car les consommations « effacées à distance » par le système Linky ne seront pas déduites le moins du monde de la facture du client : son usage et celui du système de communication est si énergivore qu’il se traduit immanquablement par une surconsommation d’électricité – et de surcroît par une surfacturation là où ces Linky ont été installés : qui sont les « fraudeurs » ?  Le dit usager sera-t-il irradié et grugé pour le plus grand « profit » de « son » si cher distributeur à qui il ne demandait jusqu’alors rien d’autre que de lui distribuer du courant sans faire d’histoires ?

Si « on » veut vraiment diminuer les consommations d’énergie, il suffirait, au contraire, de refuser de s’encombrer de gadgets électroniques et d’écrans qui polluent nos demeures. De bannir les nuisances de la maison au lieu d’en rajouter sans cesse à la pollution électromagnétique ambiante avec des compteurs « communicants » de plus pour l’électricité, l’eau, le gaz – et d’avoir à les « gérer » de surcroît …

N’avons-nous pas autre chose à faire de notre vie qu’à « gérer » des gadgets qui se « connectent » entre eux ?

Autant prévenir cette hémorragie en refusant le « remplacement gratuit » de votre compteur : « Mon assureur m’a fait savoir qu’il refuse d’assurer ce risque. Alors, au nom de quoi devrais-je le prendre ? Le principe de précaution, vous connaissez ? »…

 

Linky c’est bon pour l’intimité !

 

Aujourd’hui, votre cher opérateur sait déjà tout de vous et de vos petites habitudes (pour ne pas en dire plus…) dès l’instant où vous lui aurez donné accès à votre intérieur : le bon « éco-citoyen » de la smart city radieuse n’est-il pas un citoyen « connecté », si prévisible sous son meilleur « profil » ? En acceptant chez vous ce que nos confrères de La Décroissance appellent « la saloperie que nous n’achèterons jamais », vous vous livrez à la meute qui piaffe au seuil d’un juteux marché : celui de la maison « intelligente »…

« Avant d’avoir posé le premier compteur LInky, rappelle le groupe Pièces et main d’œuvre, ERDF avait déjà signé un partenariat avec le fabricant de matériel électrique Legrand dès 2012 pour développer des solutions « Linky ready » pour les consommateurs »… Mais que vont devenir, dans ce meilleur des mondes by Linky, toutes les données captées ? Feront-elles de chacun de nous des proies pour d’autres prédateurs encore plus mal intentionnés au sommet de cette vertigineuse chaîne alimentaire « numérique » ?

Par compteur « intelligent » il faut d’abord comprendre, rappelle l’historien François Jarrige dans La Décroissance, « intelligence service » au sens de « renseignement » ou information exploitable au profit de diverses officines ou bandes organisées plutôt que celui de « faculté  humaine » susceptible de rendre le monde meilleur… Dans ce meilleur des mondes si « intelligent » où l’existence de chacun sera semblable à celle d’un menu gibier le jour de l’ouverture de la chasse, les cambriolages que vous subirez ne tiendront même plus de la plus aléatoire des petites musiques du « hasard mais seront bel et bien imputables à ce « machin » machinique entré chez vous par force ou effraction  …

Que deviendront tous ceux qui ne veulent ni « détecteur de présence », ni capteur design pour mesurer la moindre de leur consommation voire leur taux de cholestérol ? L’ « enfer vert » se travestit de fausses « bonnes intentions » pour mieux s’introduire dans nos foyers et faire avancer le désert sous nos pas. Dans la ville de demain, l’homme ne pourra plus respirer librement dans sa maison – ce sera elle qui le respirera avant de le débrancher parce qu’il le veau bien, faute d’avoir exercé son humanité…

Jusqu’à ce jour, le seul gadget connecté obligatoire est le bracelet électronique que l’on met à ceux qui sont censés purger une « peine » après un délit… Mais diable quel délit ont commis tous les Français condamnés (par qui ?) au compteur « communicant »? Quelles perversions et quelles turpitudes doivent expier tous ceux qui doivent endurer la pollution de tous ces gadgets « connectés » que l' »on » s’acharne à fabriquer sans nous demander le moins du monde si nous avons envie de les acheter ?

La ville de demain arrive si vite : l’homme y aura-t-il encore sa place dans sa maison devenue trop « intelligente » pour lui ? Y aura-t-il encore de la place pour tous ceux qui voudront juste vivre tranquilles, le plus simplement du monde, sans gadgets aussi nuisibles qu’inutiles à « gérer » ? La maison « intelligente » de l’homme sera-t-elle sa déroute, sa ruine – et son extinction?

 

 

 

  1. Piecesetmaindoeuvre.com

 

www.observatoire-du-nucleaire.org

Priartem.fr

www.robinsdestoits.org

next-up.org

santepublique-editions.fr

 

cf. le mensuel Tonic n°200 (mars 2016) et 204 (juillet-août 2016)

 

 

 

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IMG_0030A l’heure où une industrie automobile en surcapacité connaît des froissements dans l’aile et où les roues de la fortune patinent dans le virtuel, un nouveau garage gagne à être connu…

 

Une petite rue bien discrète en sous-banlieue peut celer bien des perles discrètes dont certaines s’entrouvrent pour vous laisser monter à bord d’un vieux rêve à quatre roues… Ainsi, ce lumineux atelier automobile que rien n’annonce au fond d’une cour – ni enseigne voyante ou néon flamboyant… Le visiteur ne pourrait pas même s’annoncer, faute de sonnette : « Il faut frapper fort à la porte ! » précise le jeune maître des lieux qui a voué son art à un véhicule qui ne roule pas des mécaniques – quoiqu’il lui soit arrivé de crever l’écran dans plus d’un film des sixties : les 2 CV Citroën.

C’est là, au numéro 9, que Jean-Christophe Dartoy restaure ses trésors que n’affectent pas les coûts du volant : « Je me suis spécialisé dans les 2 CV car ce sont des voitures anti-crise qui consomment peu (4 litres aux 100 km) et ne nécessitent pas de gros budget d’entretien… De plus, elle est décapotable et adaptée à toutes les saisons… ».

En deux générations (1948-1990), la 2 CV n’a-t-elle pas réconcilié l’automobile du cultivateur avec celle de l’épicière, l’auto de papy avec la bagnole du jeune impécunieux d’autrefois et du… bobo ? N’a-t-elle pas tout simplement concilié la voiture des villes et celle des champs ?

 

 

Auto Portrait…

 

Venu de Lorraine, Jean-Christophe Dartoy se forme chez les Compagnons et entame, à l’aube du millénaire, son Tour de France qui l’entraîne jusqu’en 2007 dans les coins parfois les plus inattendus de l’Hexagone. Il aime à se souvenir de sa formation chez le maître carrossier strasbourgeois Hubert Haberbusch (2003-2007), bien connu des amateurs de Bugatti et autres voitures de rêve.

C’est à la faveur de cette longue escale que Jean-Christophe Dartoy consomme sa relation privilégiée avec celle qui fait plus que jamais figure de « voiture pour tous » – quand bien même la fabrication de la « Deuche » aurait été arrêtée en 1990 : « En 2004, j’ai acheté une 2 CV Acadyane fourgonnette et j’ai commencé à bricoler ce type de véhicule facile d’entretien. Actuellement, toutes les pièces sont refabriquées, les châssis sont faits en Argentine : on ne pourrait pas imaginer travailler dans de meilleures conditions… Par extension, j’ai été amené à réparer tous les dérivés de la 2 CV comme les Dyane, les Ami 6 et Ami 8, les GS. Et bien sûr aussi les CX, Traction ou autres DS… ».

Le 15 mai 2014, ce résident de la Krutenau investit, grâce au soutien d’Alsace Active, les 300 m2 d’un ancien atelier de serrurerie transformé en garage par d’inventifs prédécesseurs. Une généreuse verrière éclaire ses trésors du jour : outre une 2 CV 4 couleur sable millésimée 1977 et une autre couleur myosotis (sa voiture personnelle millésimée 1979), l’on remarque d’autres carrosses comme un magnifique break Ami 8 de 1973, aux rutilants chromes du plus bel orange, qui semble sorti d’usine – et une étrange épave au nez de squale : « C’est une 2CV Radar, du nom du constructeur qui a proposé, dans les années cinquante, ce véhicule de son invention à Citroën : il avait un nez de DS et un moteur de 2 CV. ». Mais cet audacieux lifting est demeuré confidentiel – et l’invention a été reléguée au cimetière de celles qui n’auront pas eu les faveurs de la fabrication de série…

Amoureux des belles lignes de la voiture française, Jean-François Dartoy est intarissable sur les grands carrossiers aux signatures affirmées et au dessin raffiné qui illustrèrent une excellence hexagonale que de mornes déclinistes s’acharnent à nous prétendre révolue : « Il y a eu Falachi, Figoni, Pininfarina (qui a signé notamment la Peugeot 404) et bien sûr Chapron. Leur art est en cours d’inscription au patrimoine de l’Unesco… ». Nostalgie d’une ère où la suavité des formes faisait oublier la dureté des temps qui alors n’étaient pas au renoncement ?

Par le bouche à oreille et les « réseaux sociaux », Jean-François Dartoy se constitue une clientèle d’inconditionnels – pas seulement d’irréductibles citroënnistes : « Je me déplace partout en France pour trouver mes clients. L’un d’eux m’a confié une 2 CV type A de 1952 : il la veut dans son jus d’origine… ».  Justement, une Citroën Trèfle dans son jus attend un coup de jeune… Ne trouve-t-on pas parfois encore des chevrons de choix dans un potager ou au fond d’un poulailler ? Mais la Deuche personnelle du jeune mécanicien-carrossier est d’ores et déjà valorisée à 15 000 euros : « Il y a là-dedans 200 heures de travail et toutes les fournitures, pièces et sellerie comprises… ». « L’intelligence de la main » ne s’arrête pas aux moteurs emballés dans une carrosserie : Jean-Christophe Dartoy aime aussi fabriquer ses propres savons qu’il offre à ses clients. Dans son atelier où le temps a suspendu son vol, il a manifestement misé sur une bonne plaque et est assuré de ne pas rester sur une voie de garage – il demeurerait plutôt au bord d’un récit à venir : comme partout où l’on se rend la vie plus simple voire plus belle pour aller vers plus de jour ?

Le Semainier

L’Atelier de Jojo, 9 rue du Ziegelfeld 67100 Strasbourg

Tél. 06 78 01 29 86

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