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Archive for avril 2016

Si la mort est une question scientifiquement non résolue, elle est assurément objet de perplexité et d’émotion – un bel objet littéraire et métaphysique, en somme, qui ouvre aux vivants un « travail considérable de pensée »…

 

 

Vieillir et mourir, est-ce vraiment indispensable ? Vivre et vieillir sont-ils mortels ? D’abord, pourquoi meurt-on ? Depuis le commencement, le caractère inéluctable voire nécessaire de la disparition des individus, selon le mécanisme d’une implacable horloge cosmique, n’a échappé à personne : l’extinction vient du dedans dans le meilleur des cas – parfois ou trop souvent du dehors quand rien ne va, lorsque des agitateurs de haine « réussissent » à déclencher des guerres…

Damien Le Guay, président du Comité national d’éthique du funéraire, et le journaliste Jean-Philippe de Tonnac ont recueilli les témoignages de sept personnalités, de l’écrivain Amélie Nothomb à l’actrice Juliette Binoche, confessant le lien vital qui les relie à leurs morts.

La confession fut d’une belle profondeur dans la maison que partagent les écrivains Christian Bobin et Lydie Dattas au Creusot – au milieu de la forêt, là où ils se protègent des « nuisances du monde »…

Ainsi, l’épistolier qui « écrit au monde sa ferveur » se souvient avoir tutoyé la mort quatre fois. D’abord, il se souvient, alors qu’il avait dix-neuf ans, de celle de son grand-père en « roi égyptien qui passe la nuit juste derrière la cloison avant qu’on le dépose dans la barque d’un cercueil »…

Puis, en 1999, son père, ce « vivant absolu », lui est arraché – et sa mort, ce jour-là, « prend la figure de chaises empilées », personne dans sa chambre d’hôpital n’ayant pris la peine de mettre des sièges à disposition des visiteurs…

Il se souvient de sa mère devenir une « centrale nucléaire de silence » peu avant sa mort, en février 2013 – et, bien sûr, de celle de son amie, présente dans son œuvre depuis La Plus que vive

Car il ne reste plus à l’écrivain qu’à s’en remettre à la « puissance résurrectionnelle de l’écriture », à ce « sursaut de joie » qu’elle donne, pour dire la ferveur de ce que la mort n’emporte pas – cette poésie non consignée qui circule librement entre les êtres nés-pour-la-mort…

Ainsi, de ce fait divers mettant en scène une jeune fille poignardée à mort – ses derniers mots au passant, venu se pencher sur elle, furent : « Je vais mourir. S’il vous plaît, donnez-moi un sourire. »… Combien d’années ou de siècles d’écriture faut-il pour atteindre cette fulgurance tutoyant les cimes ?

Et puis, « pourquoi n’arrive-t-on pas à voir que nous mourrons aujourd’hui du manque de beauté » ? La tâche de l’écrivain, dans le peu de temps qui lui est échu, serait-elle de « mener une phrase à son maximum de simplicité et de profondeur » – sachant que « la vie n’est rien qu’une infinie variation de très peu » ?

Après tout, « il est dommage que nous que nous ne nous interpellions pas davantage les uns les autres sur ces questions de la mort », que « nous abandonnions ces sujets aux sinistres techniciens de la mort, techniciens de la science, voire techniciens du religieux » – « nous devrions nous en saisir : la mort est notre bien commun »… Pour l’écrivain, le morbide n’est pas dans la mort, il est « ce qu’on fait industriellement sans se préoccuper des personnes, pour racler de l’argent dans le fond de l’humanité comme on traîne des filets pour épuiser les océans » – le morbide est bien là, « dans ce que nous avons fait de la vie »…

L’écrit n’est pas vain, s’il vient d’une intime nécessité et c’est là tout l’avantage des bons écrivains de laisser beaucoup de choses dans leurs livres qui parleront pour eux « lorsque la puissance de parler » leur sera arrachée, quand les mots se mourront dans leur bouche, dans la défaite des cellules et la débâcle des jours – ils n’en ont pas moins frôlé un abîme de joie…

Si la mort gagne toujours à tous les coups, cette évidence n’en demeure pas moins déroutante – et, dans la création, l’on ne meurt pas de la même manière chez les gens de lettres de la postmodernité numérisée, chez les Scythes du temps d’Hérodote ou chez les drosophiles transgéniques…

A leur manière, chacun des sept témoins de cet ouvrage rappelle que s’il y a une chose que nous avons perdu, en cette époque de basses eaux oublieuse des fins dernières d’une humanité en perdition, ce sont d’ores et déjà les vivants – pas les morts… L’interpellation de la mort, ouverte par ce livre qui ne se veut pas d’apprivoisement mais d’éveil, permet-elle encore de faire l’économie d’un humanisme qui n’aura pas l’éclat d’un mirage sous la faux ?

 

 

Damien Le Guay et Jean-Philippe de Tonnac, Les Morts de notre vie, Albin Michel, 286 p., 19,50 €

 

 

 

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La vie de la Hollandaise Neel Doff (1858-1942) fut un roman épique, porté à l’écran bien après sa consécration littéraire en 1911. Elle connut la famine et la prostitution, avant de frôler le Prix Goncourt avec son autobiographie écrite directement en français – et de connaître la gloire, l’opulence et… le socialisme…

 

C’est l’histoire d’une enfant affamée, née dans la misère, troisième d’une fratrie de neuf, qui survit de cave en taudis, avec, pour animaux de compagnie, les rats, les poux, les cafards, les puces et les punaises – elle rusait pour ne pas se faire dévorer par eux ou pour tromper sa faim…

En ce temps-là, elle suppliait Dieu de lui donner un peu de foi – mais elle préférait Cendrillon ou La Belle au Bois dormant à la Vie des saints qu’on lui faisait apprendre au catéchisme. Tombée dans la prostitution avec la « bénédiction » de sa dentellière de mère reconvertie en maquerelle, la petite se rêvait riche avec une poupée parée d’une « robe faite d’ailes de papillons, assemblées par un point de dentelle » (1). Elle se rêvait aussi Blanche Neige se cachant dans la forêt des contes alors qu’elle ne connaissait que les canaux de sa Hollande natale – mais personne ne peut lui enlever le petit bonheur entêté de ces « joies et sensations exquises, par le seul effet de l’imagination » (1)… Ou celui de crier en français « Non ! Non ! » – ces « mots suprêmes de la protestation » (1)…

 

La femme modèle

 

Cornelia Hubertine Doff naît le 27 janvier 1858 à Buggenum, un village des Pays-Bas, d’une père garçon d’écurie et d’une mère dentellière. La nourriture manque « à la maison » – une succession de taudis et de caves que la famille investit au fil de ses déménagements, d’Amsterdam à Anvers ou Bruxelles – et la misère se creuse en abîme sans fin : « La misère s’était implantée à demeure ; elle allait s’aggravant à chaque nouvel enfant et l’usure et le découragement de mes parents rendaient de plus en plus fréquents les jours de famine et de détresse » (1).

La fillette fréquente peu l’école, devient « folle de lecture » et enrage de ne pas savoir parler français – la langue des grands auteurs de ce temps comme Victor Hugo (1802-1885) ou Emile Zola (1840-1902), en cet âge d’or de la littérature française et de la culture typographique…

Elle pose pour les grands artistes de son temps comme Félicien Rops (1833-1898) ou James Ensor (1860-1949) – et les impressionne, non seulement par son intelligence de la vie mais aussi par son immense culture… Elle prête également la finesse de ses traits à Nel, la compagne de Thyl Uhlenspiegel, l’icône de la résistance flamande à l’occupation espagnole au XVIe siècle – la statue de ce personnage imaginé par Charles de Coste (1827-1879) et sculptée par Charles Samuel (1862-1938) est toujours visible Place Flagey à Ixelles.

C’est dans les ateliers de peinture qu’elle rencontre son premier mari, l’éditeur Fernand Brouez (1860-1900), rédacteur en chef de la revue La Société nouvelle. Le jeune amoureux transi la fait entrer au Conservatoire de Bruxelles pour prendre des cours de diction et l’initie au socialisme. Mais il meurt prématurément et Neel épouse en secondes noces un avocat, Georges Sérigiers (1858-1930), également militant socialiste.

Dans sa belle maison d’Anvers, l’épouse comblée décide d’écrire directement en français le récit de ses années de misère après avoir vu un enfant se faire maltraiter sous sa fenêtre… Son autobiographie, Jours de famine et de détresse, paraît en 1911 chez Fasquelle et suscite aussitôt l’enthousiasme – dont celui du redouté polémiste Octave Mirbeau (1848-1917). Le poète anarchiste Laurent Teilhade (1854-1919) lui rend visite à Anvers et s’emploie à la faire connaître en France, notamment à travers La Nouvelle Revue.

Parce qu’elle incarne une de ces « voix d’en bas » qui font « toucher du doigt » la « misère vraie » du peuple, la nouvelle venue est comparée avec l’ancienne couturière Marguerite Audoux (1863-1937), Prix Fémina l’année précédente pour Marie-Claire – et même à Zola Finaliste au Prix Goncourt, Neel Doff obtient trois voix – mais les jurés lui préfèrent Monsieur de Lourdines – histoire d’un gentilhomme campagnard d’Alphonse de Chateaubriant (1877-1951). Elle publie la suite de son autobiographie avec Keetje (Ollendorf, 1919), le nom de la petite fille délurée incarnant ses souvenirs – et avec Keetje Trottin (Crès, 1921).

Neel Doff s’essaie à la fiction avec Contes farouches (Ollendorf, 1913) ou Une fourmi travailleuse (Au Sans Pareil, 1931). Mais les critiques font la fine bouche, lui reprochant ses néerlandismes. Devenue riche héritière, elle publie encore Quitter tout cela suivi de Au jour le jour (Entre Nous, 1937) avant de prendre ses distances avec ce qu’elle fut : « Mon moi d’hier m’est devenu étranger, aujourd’hui je suis une pauvre vieille qui ne sait où elle en est, et moi de demain m’est inconnu. ».

Après avoir habité rue Ransfort à Mollenbeck, elle s’éteint le 14 juillet 1942 au 36 rue de Naples à Ixelles, léguant sa fortune entre autres à son banquier, à sa bonne Eva Kövelin, à son amie Helène Temersen et sa maison d’Ixelles aux enfants de l’écrivain Franz Hellens (1881-1972). Le cinéaste Paul Verhoeven adapte son autobiographie à l’écran sous le titre Zeetje Trottin (1975). Mais la petite Hollandaise, née dans la misère et morte en Belgique dans l’opulence, était déjà bien oubliée – quand bien même son destin littéraire est loin de se fermer…

  1. Neel Doff, Jours de famine et de détresse, Babel, 1995

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L’aventurière Marga d’Andurain (1893-1948) a trouvé son paradis à Palmyre – et sa perdition au large de Tanger…

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La belle et impétueuse Marga ne portait pas chance aux hommes entrés dans sa vie…

Au printemps 1933, entre les ruines dorées de Palmyre, une vieille bédouine dit à son compagnon d’alors, Jeffrey Sinclair, le chef des services secrets de Sa Majesté en Palestine : « La malédiction du ciel est sur tout ce que cette femme approche. Si tu ne la quittes pas tout de suite, tu seras mort avant un an »…

Deux mois plus tard, le major Sinclair est retrouvé dans sa chambre d’hôtel à Haïfa avec deux balles dans la bouche – assurant la légende de sa maîtresse en « Mata-Hari du désert » …

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Revivre à Palmyre…

 

Marguerite Clérisse naît en toute précipitation le 29 mai 1893 à Bayonne, au foyer de Maxime – le brin de femme en devenir sort si vite de sa mère, Marie, qu’il se retrouve précipité au pied du lit…

Taraudée par une envie de vie illimitée, refusant la vie conventionnelle d’une jeune fille de bonne famille, elle connaît à quatorze ans ses premiers émois avec Jean, le rougeaud maître d’hôtel quadragénaire de son magistrat de père. Pour dévorer le monde plus vite, elle épouse à dix-sept ans son cousin Pierre d’Andurain, de dix ans son aîné – la particule emporte l’accord paternel…

Ce « mari-passeport » (1) lui ouvre le monde : elle élève des chevaux dans la pampa argentine et lui donne deux fils. Mais la Grande Guerre rappelle Pierre à ses « devoirs » dans le Vieux Monde. La comtesse se retrouve au pays basque en « repos du guerrier », réfractaire à ses « devoirs » maternels : une de ses amies, descendue se baigner à la Chambre d’Amour, trouve un landau abandonné, contenant un poupon endormi – et ce mot sur la courtepointe : « je prends mon biberon à 4 heures », avec le dit biberon délicatement posé… La mère réapparaît après un long périple de naïade, rétorquant que son bambin profitait simplement du bon air qui « fait les poumons »…

La guerre finie, le couple spécule en achetant, décorant et revendant des appartements. Comme le prix de la pierre peine à s’envoler jusqu’au ciel, il s’essaie au mobilier chinois et aux perles artificielles… Mais « la comtesse » réalise sa « meilleure opération financière » en louant l’un de ses fils pour cent mille francs à une vieille tante ne pouvant avoir d’enfants…

Paris devenant trop petit, la famille prolonge la fête des Années folles dans la société cosmopolite du Caire où Marga ouvre un institut de beauté pour dames fortunées baptisé Mary Stuart. Monsieur tient la caisse et laisse madame assouvir ses sens – ou s’improviser décoratrice dans les salons du jeune roi Farouk …

Palmyre la fait rêver, elle s’y rend en bateau et prend en 1928 la gérance du seul hôtel de la ville, escale obligée entre Bagdad et Damas. Elle le baptise Zénobie – la reine de Palmyre dont elle se prétend l’incarnation – et ne reçoit que du beau monde : Alphonse XIII, roi d’Espagne (1886-1941), Walt Disney (1901-1966), Agatha Christie (1891-1974) ou la Croisière jaune… A une amie, elle explique : « Un écrivain de l’Inde compare l’instinct sexuel à un éléphant attaché à une patte. Mon éléphant à moi est déchaîné et brise ses entraves. Quand je regarde un homme, n’importe lequel, il me regarde, et je n’aurai de cesse, je ne vivrai pas jusqu’à ce que je sois dans ses bras. Après, je vais mieux, le corps comblé, l’âme s’allège. Mais c’est une fausse paix, le chaos que je porte en moi demeure et chaque crise est plus violente, plus folle. Le désert, bizarrement, me calme, c’est pour cela que j’aime Palmyre ».

Pourtant, elle y multiplie les scandales et part après avoir invité cinq amies à déjeuner pour leur annoncer que chacun de leur mari a été un de ses cinq derniers amants…

Après un divorce de convenance avec Pierre, elle épouse le bédouin Soliman afin d’être la première Européenne à entrer à La Mecque. Convertie à l’islam, elle est repérée comme « roumi » par la police secrète. Internée au harem du gouverneur à Djeddah, elle initie les femmes aux danses occidentales et aux jeux, sort se baigner et se faire inviter dans les consulats : « La vie au harem est agréable, à condition d’en sortir de temps en temps »…

Son mari Soliman meurt empoisonné après une entrevue orageuse – elle le pourvoyait en médicaments… Réfugiée à l’hôtel avec le fils du consul Maigret – son nouvel amant – elle échappe au lynchage. Au terme d’un procès houleux, « l’émule de la Brinvilliers » quitte le pays pour échapper à la vengeance des tribus – mais Pierre est poignardé à Palmyre en décembre 1936.

Sous l’Occupation, Marga vivote à Paris du trafic de tableaux voire d’opium et chavire entre collaborateurs et résistants – son fils Jacques en est et en meurt…

Accusée en 1947 d’avoir empoisonné son neveu, elle retrouve la prison. Après un non-lieu en janvier 1948, elle part à Tanger, dans l’espoir d’acheter de l’or au Congo pour le revendre en Egypte… Le 5 novembre 1948, la presse annonce sa disparition sur son yacht, le Djeilan – elle aurait été jetée par-dessus bord par son équipage.

« Mourir en mer, qu’on me fasse glisser dans l’eau et que je m’enfonce doucement, librement dans les profondeurs marines » aurait-elle confié peu avant.

A mesure qu’elle s’efface de la mémoire collective, la figure de Marga d’Andurain se nimbe de « l’éclat tragique d’un roman ». Julie d’Andurain a rendu sa part de vérité à son aïeule par un mémoire de DEA soutenu à la Sorbonne sous la direction du professeur Daniel Rivet (2). Quels biographes répondront encore à l’appel d’une ardeur qui a aimanté tant d’hommes – et, peut-être, brûlé le néant ?

 

  1. Marga d’Andurain, Le mari passeport, Froissart, 1947
  2. Julie d’Andurain, Marga d’Andurain une occidentale d’avant-garde en Orient, Paris-I Sorbonne, 1996

 

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La reine des courtisanes de la Belle Epoque, « meilleur article d’exportation de la France », finit ses jours en sainte…

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Son ami Jean Lorrain (1855-1906) dont elle joue L’Araignée d’or aux Folies-Bergères, en fée Oriane juste couverte de quelques centimètres de brocart lamé or, la décrit accueillant riches visiteurs et têtes couronnées dans son hôtel particulier parisien, « plus grande, plus mince plus raffinée que jamais, avec ce teint transparent et ces cercles bleutés autour de ses grands yeux de biche effrayée ». La « plus belle femme du siècle» incarnait en sa personne « les Etats-Unis de l’Europe galante » (1) avant de devenir sœur séculière Anne-Marie Madeleine de la Pénitence…

 

La favorite des princes de ce monde rêve de princesses…

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La belle Liane naît Anne-Marie Chassaigne le 2 juillet 1869 à La Flèche au foyer de Pierre Chassaigne (1812-1891), ancien officier de cavalerie, et d’Aimée-Marie-Gabrielle Lopez.

La famille a quatre enfants et vit pauvrement sur la maigre pension (300 francs) du père qui apparaît à la petite Anne-Marie comme un « vieillard misanthrope » dont « la barbe piquait » et dont l’odeur de pipe la suffoquait – un homme, ça pique et ça sent le tabac… Dans ses mémoires, Mes cahiers bleus, elle écrit : « J’étais ardente et toujours attirée par les femmes, craintive et dégoûtée près des hommes ». A l’âge de sept ans, elle veut quitter sa famille pour l’écuyère Annette Secchi, aperçue au cirque Bazola.

Au couvent des Fidèles Compagnes de Jésus, elle apprend « la bonne tenue » qui fera d’elle la favorite des princes de ce monde… Ses parents se hâtent de marier celle dont la jeune beauté fait tourner toutes les têtes : le 15 juillet 1886, elle épouse à dix-sept ans l’enseigne de vaisseau Armand Pourpe (1862-1892).

Sa nuit de noces et son accouchement sont un cauchemar – elle donne naissance, le 18 mai 1887, à un garçon prénommé Marc, qu’elle abandonne après une incartade qui lui vaut deux balles conjugales dans les fesses… Divorcée à vingt ans, elle gagne la capitale du monde, célébrée pour son plus bel article en vitrine : la Parisienne…

Accueillie au 34 rue de Chazelles chez la courtisane Valtesse de la Bigne (1848-1910), elle devient Liane de Pougy – une allusion à sa sveltesse inaccoutumée de « cygne parmi les oies » (1) et à un château de l’Aube. Sur 80 000 « filles publiques », une quarantaine d’hétaïres souvent à particule, croqueuses de diamants, tiennent alors le haut du pavé. Sa protectrice l’initie à la haute galanterie : bonnes fortunes et grands noms se bousculent au portillon – si Liane en fait sa spécialité et fait payer l’homme très cher, elle « réserve ses soupirs les plus sincères aux dames » (1).

Une Yulka Radziejowska subjuguée, « ex-baronne de Rothviller », la tient pour un « objet d’art » et l’introduit dans la noblesse d’Europe centrale. La cote de la beauté professionnelle, devenue stratosphérique, force le cercle très fermé des Quarante. « La presse » se fait l’écho servile de ses exploits de « grande horizontale de marque » – elle est notamment « Notre Dame du Gil Blas » (1) qui emplit ses Potins de Cythère de ses frasques…

Le librettiste Henri Meilhac (1830-1897) lui verse 80 000 francs-or rien que pour contempler son corps nu et l’introduit aux Folies-Bergères où elle présente un numéro de magie rose en collant noir avec des lapins blancs, fort applaudi par le prince de Galles… Sarah Bernhardt (1844-1923) lui conseille de n’ouvrir la bouche que pour sourire…

En 1894, lors d’une tournée en Russie, elle joue la fée Urgèle dans Le Baiser de Bainville et Sylvie dans Le Passant de Coppée, prenant langue avec les grands-ducs, fort prodigues en diamants et fourrures, qui s’empresseront de la retrouver dans son hôtel particulier à Paris, fréquenté notamment par le banquier Bischofheim, le neveu du maréchal Mac-Mahon dont elle gobe la fortune, Lord Carnavon (1866-1923) – et bien d’autres dont on ne donne que les initiales…

En février 1897, le jeune journaliste Albert Flament (1877-1956) l’aperçoit dans l’atrium du casino de Monte-Carlo dans sa diaphane robe de mousseline blanche, « belle sans ornement » autre qu’une rose contre le sein et… suivie par sa camériste dont la robe est littéralement écrasée par le poids de tous les bijoux de sa maîtresse. Cette apparition éclipse celle de sa grande rivale chamarrée, la belle Otéro (1868-1965) dont elle enlève de surcroît le banquier à 25 000 francs or du quart d’heure – mais les tarifs de Liane sont plutôt de 120 000 francs le quart d’heure…

Femme de lettres, elle couche par écrit dans Idylle saphique sa liaison avec la jeune et riche héritière Nathalie Barney (1876-1972) mais il se dit que sa jolie plume est tenue par Alsacien Henri Albert (1868-1921).

Il se dit aussi que la belle Liane aurait inspiré le personnage d’Odette de Crécy à Marcel Proust (1871-1922). Comme Marcel, elle n’aime que ses semblables « les plus semblables possibles » – si elle se vend très cher aux hommes, elle donne le meilleur d’elle à ses sœurs en beauté…

En 1893, elle décline une offre de mariage du maradjah de Kapurtala mais épouse, le 18 mai 1910, le jeune prince Georges Ghyka (1884-1945), neveu de la reine Nathalie de Serbie – et de 15 ans son cadet.

En lisant distraitement Le Gaulois, elle apprend que Marc, son fils oublié est devenu un héros de la Grande Guerre dans l’aviation – et qu’il est « tombé au champ d’honneur » le 2 décembre 1914 …

A la mort de son époux, en avril 1945, l’ancienne « reine d’amour de l’Europe » se retire au couvent à Lausanne et déclare : « Si je meurs pendant l’année sainte et surtout si ma coupable vie s’achève le jour de Noël, je saurai que Dieu m’a pardonnée »…

Elle rend l’âme le soir de Noël 1950 dans sa chambre transformée en cellule à l’hôtel Carlton de Lausanne en soupirant : « Quel monde! »

Conformément à ses vœux, l’enterrement de « la plus belle femme du siècle » passa absolument inaperçu.

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  1. Jean Chalon, Liane de Pougy, courtisane, princesse et sainte, Flammarion, 1994

 

 

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Les « crises » ne révéleraient-elles pas, avant tout, la « crise de confiance dans la parole politique et pour tout dire dans la parole tout court » au sein d’une société « de la norme et de l’expertise généralisée des comportements » sous la férule d’un implacable système technicien ? Face au danger des techno-fascismes et des théo-fascismes, le psychanalyste Roland Gori appelle à réhabiliter la parole et le récit dans un partage du sensible qui revivifie « l’expérience ordinaire autant que la décision démocratique »

 

L’horizon social de « l’individu néo-libéral » se réduirait-il à la « conformité aux normes » managériales – celles d’une « micro-entreprise autogérée, ouverte à la concurrence et à la compétition sur le marché des jouissances existentielles » ? Car, cela commence à se savoir, l’entreprise est devenue l’espèce animale la plus évoluée d’un monde qui pratique à marche forcée le management des humains par la technique et la robotique… Dans sa pratique professionnelle, Roland Gori a sans doute eu à traiter des maladies transmises par les entreprises comme le burn out ou la gestionnite aïgue …

Le psychanalyste, professeur émérite de psychopathologie clinique à l’université d’Aix-Marseille et initiateur en 2009 de l’Appel des appels contre « la transformation de l’Etat en entreprise », dresse le constat cliniquement attristé des lieux survoltés d’une dévastation par une raison instrumentale qui engendre des monstres : « Aujourd’hui, la langue des logiciels qui nous gouvernent produit un monde, un monde technique, numérisé, digitalisé, désincarné, financiarisé. Ce nouveau totalitarisme, technofasciste, est à portée de main, de clavier plutôt »…

La génération qui vient, née tête dans les écrans, « n’aura pas eu l’expérience d’un autre langage que celui de la technique » : ces digital natives auraient-ils d’ores et déjà perdu le monde commun au « profit » d’un chimérique monde numérique dont le « discours technicien » et la « bureaucratie d’expertise » semblent tout aussi irréversible que la volatilisation du bien commun dans les incontinences spéculatives des prédateurs ?

 

Le « gouvernement par les machines»

 

Le système technicien, analysé par Jacques Ellul (1912-1994), « constituerait aujourd’hui la solution trouvée par notre société pour résoudre les problèmes que poserait depuis son origine l’art de gouverner, d’éduquer et de soigner »… Alors, l’organisation sociale du travail industriel fait travailler le sujet contre lui-même pour l’adapter à ce que Hannah Arendt appelle les « conditions du désert » – ce qui d’autant plus facile, compte tenu de cette « véritable fascination de l’humain pour l’inanimé, le mécanique, l’automate » qui le conduit à « consentir à la soumission radicale, au reniement subjectif » – jusqu’à la fiction d’un « individu gouvernable par sa raison et son intérêt» dont l’effondrement a fait le miel des idéologies totalitaires. Comme on s’en doute, « adapter » les hommes à vivre le désert, ça ne donne pas la possibilité de préserver un monde commun… Et ce n’est pas en occupant ce désert-là par toujours plus de machines et de gadgets de destruction massive que l’on gardera sous nos pieds un monde qui soit vraiment commun…

Chaos monétaire, chômage de masse, pénuries et krachs boursiers ne sont pas seulement des événements économiques mais aussi des « faillites symboliques », celles des systèmes précisément supposés empêcher le monde et ses sociétés de sombrer dans le chaos mais l’y précipitant à la vitesse de l’emballement des « innovations » sans finalité…

Voilà l’homme sommé d’accroître ses « performances cognitives », de vivre « au-dessus de ses moyens psychiques et corporels » et de se conformer aux dispositifs de servitude plus ou moins consentie. Il ne peut répondre aux injonctions contradictoires qui lui sont faites que par toujours plus de technique, « quitte à s’identifier à elle et à perdre son humanité », dans une société du risque où la « production des risques et leur gestion sociale comme politique tendent à prévaloir sur la logique de répartition des richesses ». Ce n’est pas le moindre des paradoxes de cette société : le recours à toujours plus de technique déshumanisante met bel et bien un terme à « la croyance dans un progrès technique et social infini »… Et voilà tout un continent en pleine dislocation alors que la « construction européenne » promettait rien moins que du bonheur collectif…

Or, « l’individu est ingouvernable lorsqu’il doit chercher seul une finalité à ses actes et à son existence. La liberté de l’individu requiert la présence d’autrui ». Mais il n’y a plus personne au bout de la ligne dans cette société qui se robotise et fonctionne sans hommes – elle ne fonctionne même plus pour les hommes, dont les droits ordinaires sont suspendus « au nom de la sécurité »… Les voilà soumis à un état d’exception devenu « l’état normal au nom duquel on gère et administre des « vies nues », des existences dépouillées de leur dignité morale, de leur caractère sacré et de leur pouvoir citoyen ».

Cette part d’ingouvernable, c’est le surgissement de « l’impensé anthropologique du libéralisme » : la fiction du sujet autonome fait place à une réalité fragmentée, morcelée et conflictuelle, à l’image d’une société traversée par des intérêts divergents, tragiquement marquée par cette brutalisation et cette technicisation des rapports sociaux ainsi que par la déconstruction des institutions d’autorité.

 

 

L’émergence de la psychanalyse

 

Est-ce un hasard si la psychanalyse, en tant que « fabrique d’un nouveau sujet éthique », est née dans la Vienne de la fin du XIXe siècle, que Durckheim (1858-1917) présentait comme le centre de la « zone suicidogène » de l’Europe ?

Pour Roland Gori, « loin de se limiter à une pratique thérapeutique, la psychanalyse freudienne élabore une pensée sur la condition humaine, pensée qui ne surgit qu’à un certain moment de l’histoire européenne ».

En l’occurrence, l’émergence de la psychanalyse accompagne la deuxième révolution industrielle ainsi que les mouvements sociaux que suscite l’asservissement de l’humain à un productivisme sans finalité et à la rentabilité à tout prix. L’Art nouveau déroule ses arabesques, en réaction à ces industries morcelantes qui fabriquent une humanité standardisée et machinale. S’il fut un feu de paille dans l’histoire de l’art, la normalisation technique de l’humain, en revanche, semble avoir atteint son point de non-retour, ne serait-ce qu’ « en raison » de notre consentement à l’économisme, à « l’efficacité » et à la « performance » dans un monde perçu comme soumis à une compétition perpétuelle et accepté comme un fait établi…

Pour Carl Schorske (1915-2015), « la découverte freudienne constitue une réponse à la crise d’une conception libérale du monde, produite par la contradiction entre l’idéal d’autonomie rationnelle et le système primitif de l’usine, qui réduit les individus à de simples automates ».

Voilà l’espèce acculée jusqu’à la « confiscation de la possibilité de juger et de vivre ensemble », voilà le vivant devenu objet de prédation et d’accaparement privatif – et la vie transformée en marchandise ou en spectacle – celui-ci étant « le lieu où la marchandise se contemple elle-même »…

« Qu’est-ce qui fait que nous ne savons plus raconter une histoire ? » interroge Roland Gori. Pour répondre à cette crise de la parole d’une société ayant perdu sa capacité à mettre en récit et en commun, il propose de s’affranchir des illusions mortifères par un nouveau récit collectif et par un « nouvel humanisme » qui, bien entendu, ne reposerait pas sur de bons sentiments… Il s’agit de ne pas abandonner le champ des valeurs du politique aux prédateurs, quand bien même il n’existerait plus de discours politique qui engage.

Cette réhabilitation de la parole, du récit, de l’audace de la création ouvrira-t-elle un passage ou une échappée vers une toute autre réalité à plusieurs voix et plusieurs langues, enfin à l’air libre ? Cette bouffée d’air en volume sauvera-t-elle l’espèce de ce perpétuel mouvement de retour au no future qui se ferme sur l’humain ? Suscitera-t-elle une levée de ces solidarités informulées qui nous réclamant et nous rendent possibles ?

 

Le Phénix ingouvernable…

 

Roland Gori, L’individu ingouvernable, Les liens qui libèrent, 350 p., 22,50 €

 

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L’eau, l’air, la biosphère sont-ils des « biens communs »? Peuvent-ils faire l’objet d’une appropriation privée ? La propriété doit-elle s’arrêter là où commence « le bien commun » ? Le philosophe Pierre Dardot et le sociologue Christian Laval proposent d’interpeller la dite propriété et de la subordonner à « l’usage commun », de supprimer le droit d’en abuser en réinstituant des « communs » – et de la démarchandiser pour retrouver la nature de ce « commun » qui nous échappe…

 

L’eau, l’air, la biosphère sont manifestement des « biens communs » – en anglais : des « commons ». Elles sont aussi des ressources limitées dont l’appropriation pourrait bien être qualifiée de « spoliation ». La question de leur accès pourrait bien se poser pour le « commun des mortels », comme l’annoncent les tensions en cours et les débats sur cette notion de « commun »… D’ailleurs, ces ressources ne fonctionnent-elles pas déjà comme une machine à produire la rente de quelques intérêts privés ?

Au cours de cette décennie, on a vu se multiplier des mouvements contestataires dénonçant l’appropriation par une « oligarchie » (« les 0,1% ») de ce qui appartient à tous : les ressources naturelles, les espaces et services publics, les connaissances et réseaux de communication. Et on a pu entendre la jeunesse engagée dans le mouvement « Nuit Debout » exiger de « retrouver le sens du commun »… Pourquoi ne pas  écouter les doléances de ces jeunes ? Et pourquoi ne pas leur apporter un commencement de réponse (pour le moins…)  pendant qu’il en est encore temps?

 

L’impasse

Le terme de « commun » a fait irruption dans le débat public, comme le rappellent Pierre Dardot et Christian Laval, en raison de « la prédation généralisée orchestrée par des oligarchies qui se gavent de la richesse collective ». Et aussi à cause de « l’extension des droits de propriété dirigée par les grands oligopoles sur tout ce qui vient accroître leur champ d’accumulation sur la connaissance, la nature et le vivant »…

Peut-on séparer la terre de l’homme ? Dans leur essai réédité dernièrement en collection de poche, Pierre Dardot et Christian Laval invitent à considérer la « tragédie du non-commun » : elle est due à l’illimitation capitaliste qui se solde par des appropriations plus ou moins violentes, des régressions sociales, des désastres environnementaux et une désolation qui s’étend à la surface de notre belle planète bleue dont certains sont incapables de respecter les limites…

Tout le monde connaît les « privatisations » qui ont fait passer « des mains de l’Etat aux mains de groupes particuliers oligarchiques ce qui pouvait être regardé comme le fruit du travail commun ou relevait de l’usage commun » – il suffit d’ouvrir les yeux et d’en faire la liste…

Au XVIe siècle, le mouvement des « enclosures » a transformé les campagnes anglaises en parcelles clôturées à usage privé – on peut voir là la naissance du « capitalisme »… Prenant pour référence  cet ancien terme de commons renvoyant à ce « processus d’accaparement des terres utilisées collectivement (« communaux ») et de suppression des droits coutumiers dans les campagnes européennes du fait de la « mise en clôture » (enclosures) des champs et des prés » par une aristocratie prédatrice, Dardot et Laval entendent refonder, à la racine du droit et de l’économie politique, ce concept, rappelant que l’eau, l’air ou « le climat » ne sont pas « par nature » des « biens communs », pas davantage qu’ils ne sont des « biens privés » ou des marchandises négociables, car tout dépend des « rapports sociaux dont ils sont partie prenante ».

En d’autres termes, il s’agit d’une « pratique démocratique » appuyée sur des actions de « transformation sociale », à opposer d’urgence aux « évolutions du capitalisme contemporain » : accaparement privé de ressources vitales jusque là partagées, marchandisation de toutes les sphères de l’existence, pouvoir accru des multinationales.

Mais ces pratiques-là suffiront-elles à faire « revenir en douceur le capitalisme dans son lit » alors que celui-ci a passé le monde au laminoir d’une redoutable fiction, celle d’une « concurrence universalisée » et d’un « marché auto-régulateur » – et alors que la « puissance publique » cautionne ces « enclosures » actuelles en décernant des permis d’exploiter forêts et fonds marins ou en autorisant le brevetage du vivant ?

 

L’alternative

 

Le « commun » que Dardot et Laval opposent à la grande dépossession en cours est un principe d’action, une « praxis instituante » et émancipatrice, une dynamique égalitaire à mettre en œuvre – ce qui suppose une rupture par rapport à l’économisme dominant : « le commun n’est pas un bien (…), il est le principe politique à partir duquel nous devons construire des communs et nous rapporter à eux pour les préserver, les étendre et les faire vivre »…

Le chantier est immense : parce qu’« il existe des ressources particulières qui appellent, comme par nature, une gestion collective », ils invitent à lancer un « projet démocratique de résistance » à l’accaparement de cette richesse commune qui donne une stabilité à notre vie…

Pour les auteurs, « le commun constitue la nouvelle raison politique qu’il faut substituer à la raison néolibérale » de même qu’une « norme d’inappropriabilité » qu’il faudrait édicter… Mais par quel retournement de l’histoire une autre organisation politique pourrait-elle être substituée au cadre institutionnel existant ? Faudrait-il nous déprendre de l’emprise d’une illusion (notamment « gestionnaire ») et reconnaître, au-delà des conflits d’intérêts, ce commun inscrit dans « la nature et les propriétés des choses » ? Ainsi pourrait émerger une « démocratie des communs » sur un territoire approprié – à commencer par celui de la « commune », constitutive d’un « commun politique de base »…

Si la terre est destinée aux besoins de tous, encore faut-il « en régler l’usage sans s’en faire le propriétaire » c’est-à-dire sans la considérer comme un « bien » marchandisable – ou une machine à produire de la rente… Sinon, ce serait accepter pour longtemps encore de la séparer de l’homme pour satisfaire la fiction d’un « marché » et subir les fluctuations erratiques de cette marchandisation comme celles d’un désert avançant sous nos pas – jusqu’à la racine de l’inhabitable…

 

le Phénix commoniste?

Pierre Dardot et Christian Laval, Commun essai sur la révolution au XXIe siècle, La Découverte, 600 p., 13,50€

 

 

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