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Archive for mai 2015

Marc Halévy ouvre des voies de sagesse, d’après 35 propositions philosophiques de Marcel Conche, vers une montée de soi…

 

Alors que nous assistons au commencement de la fin de chimériques aventures comme celle d’une « monnaie commune » greffée à des sociétés ayant des économies différentes ou de délires technolâtres ignorants des lois les plus élémentaires de la thermodynamique, un philosophe, spécialiste de la complexité, convie notre espèce prise dans la mutation numérique de son écosystème à assumer le « tragique jubilatoire » du temps – et à faire sa « révolution spirituelle », c’est-à-dire à « se consacrer exclusivement à l’essentiel »…

 

L’accomplissement du Réel

 

D’abord, qu’est-ce que la Sagesse ? « La Sagesse est l’art de toujours vivre en Joie. C’est ce « toujours » qui démontre l’atteinte de la sagesse. Tant que la Joie n’est pas perpétuelle, on n’est qu’à demi sage, on n’est que philosophe, c’est-à-dire ami de la Sagesse, amoureux d’elle, mais non pleinement en elle. ».

« Atteindre l’immortalité », n’est-ce pas « vivre la Vie au-delà de sa propre vie », d’accomplir le Réel en soi plutôt que de « s’accomplir dans le Réel » comme le susurrent les sirènes du « développement personnel » ? Bref, d’accepter le Réel et « le destin qu’il porte », ce Réel qui, bien entendu, ne se réduit pas au « mesurable quantifiable, au comptable » ? Alors, « s’ouvre un large spectre de possibles entre lesquels il faut choisir librement ».

Le premier obstacle à cet art de vivre en sagesse et joie, c’est l’illusion de l’ego : il s’agit bien d’atteindre « l’effacement de soi afin que l’illimité, enfin, pénètre et prenne toute cette place que l’ego occupait comme une forteresse cadenassée » – vaste programme, compte tenu de ce « besoin de domination qui a forgé l’âme occidentale » : « L’ego veut dominer, assujettir, forcer, séduire, subjuguer, instrumentaliser tout ce qui l’entoure. Il a peur, au fond, aussi cherche-t-il à se rassurer en se faisant croire qu’il est le maître du monde. La majorité des humains en sont les esclaves dociles, laissant leur ego mener leur vie, inquiets qu’ils sont du regard des autres qui, en somme, devient leur seule référence de vie. ».

Donc, la « Sagesse est faite d’indifférence à l’inessentiel », « centrage sur le seul essentiel », « parfaite présence au Réel » – la misère du monde ne viendrait-elle pas de ce refus du Réel ?

Alors que chaque instant qui vient appelle à l’accomplissement, à servir son propre destin, à passer de la virtualité à la réalité d’un accomplissement ?

Accepter le Réel, c’est se relier aussi à la communauté, à la nature et à l’absolu – c’est vivre pleinement ce « secret de la reliance et de la résonance entre les êtres ».

 

L’avenir d’une illusion…

 

Mais ne nous complaisons nous pas dans une chimérique prison d’égoïsme aux murs renforcés d’écrans lisses ? « Parmi tous les animaux, l’homme est sans doute celui qui possède et cultive le moins cette capacité de reliance et de résonance entre son monde à lui et le monde de l’autre (…) L’homme a peur de la Nature et du Réel qu’elle manifeste. Il préfère ses phantasmes imaginaires. L’homme n’est plus en résonance avec le monde de la Terre. La technique nous a fait perdre cette acuité. La technique nous a fait perdre cette poétique de la symbiose, de la vie ensemble, de la syntonie, du « sentir l’autre », de la sensibilité réciproque.».

Comment renouer une « patiente reliance, brin après brin », avec tout ce qui nous entoure ? « N’est homme que celui qui gagne sa dignité d’homme en oeuvrant au service de la Vie et de l’Esprit. ». Mais combien parasitent et pillent la Vie et l’Esprit, au nom du « progrès », de la « réussite », de la « prospérité », du « pouvoir d’achat » ou d’une « croissance » fétichisée ?

C’est la tragédie de l’époque : « Ceux qui parasitent sont en train de tuer ceux qui construisent ». Or, la « Nature n’est pas qu’une ressource que l’on exploite » – elle est « la vie même et la raison d’être de l’homme »… Ce dernier doit être remis à sa place avant qu’il ne soit trop tard : « L’idée cartésienne de la domination sans frein ni remords de la Nature par l’homme fut le moteur de toute la Modernité et aboutit, aujourd’hui, à une Nature qui meurt, saccagée et pillée par des milliards d’humains débridés, barbares et parasites qui détruisent et tuent tout au nom de leurs caprices consommatoires. Nous sommes au bord du gouffre et nous sommes sur le point de faire un pas en avant. Les bombes démographiques, écologiques et technologiques sont enclenchées : le compte à rebours aussi. ».

Alors, se détacher de cet ego hypertrophié « pour que vive enfin la vie en soi », pour réaliser enfin l’homme dans « l’animal humain », en phase avec ce soi qui ne « demande qu’à s’accomplir en plénitude » ? Rappel utile : « La mort n’est que le symétrique de la naissance et ne concerne qu’un ego qui n’existe pas, qui n’est qu’une apparence, une illusion, un masque changeant qui se donne une identité artificielle, qui n’est qu’une vague à la surface de l’océan. ».

Marc Halévy oppose à la « morale sociétale qui n’est qu’une fiction statistique et légaliste » la chaleur et la douceur de vivre des « éthiques communautaires et la vertu des petits nombres » – à chacun de cultiver ses affinités électives et de goûter cette joie active de vivre de ses fruits, de ses potentialités traduites en actes. Dès lors que « chacun accepte et assume le paysage des possibles qui est le sien, alors tous les voyages, toutes les randonnées, tous les pèlerinages s’offrent et s’ouvrent à la liberté » : « Il ne s’agit pas tant d’aller loin que d’aller bien : il y a plus de merveilles à découvrir dans un petit jardin que dans un immense désert. ». Quel meilleur garant de paix qu’une bienveillance universelle ? « Il ne s’agit pas d’aimer l’autre, il suffit de lui vouloir du bien »… Mais qui donc s’oppose au bien commun, qui entrave cette « intention cosmique d’accomplissement » qui semble la chose au monde la moins partagée à l’ère des prédations exacerbées ? « Le bourreau n’existe que parce qu’un prince veut imposer au monde une vision qui lui est incompatible »…

« Il n’y a de richesse que la vie » rappelait déjà John Ruskin (1819-1900) à l’époque victorienne – c’était juste avant ce si peu résistible tournant épistémologique et anthropologique qui allait tant ébranler notre rapport au réel… Livre après livre, Marc Halévy nous fait traverser le miroir des alouettes plumées pour nous rappeler, au-delà de la fausse évidence de l’inéluctable, à notre devoir de lucidité et à notre responsabilité envers cette vie que nous sommes, bien avant notre naissance et bien au-delà de notre mort… Un traité d’intelligence de la vie, donc, pour faire l’économie de l’absurde : les jeux ne sont pas encore faits dans ce devenir perpétuel qui nous renouvelle.

 

 

Marc Halévy, Petit traité de la sagesse de vie, Dangles, 208 p., 18 €

 

 

 

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On commence à le comprendre : l’expression « création de richesse » est allègrement confondue avec une création monétaire débridée. Pour ceux qui veulent « sauver les meubles », Simone Wapler, directrice de la rédaction des publications Agora, lève le voile et engage les « déposants » à anticiper le grand basculement du système en « mode cessation de paiement » – il s’agit bien d’échapper au sacrifice promis à tous lors d’un ultime « défaut de paiement »… Mais pas en « mode panique » sur le Titanic…

 

 

 

 

Tout le monde en conviendra aisément : il y a eu un avant et un après 2008, suite à la débâcle du crédit subprime – comme il y a un avant et un après Chypre (2013) dont en prendra la juste mesure « en temps voulu »… « L’activité économique n’a jamais retrouvé son niveau d’avant la crise de 2008 » constate Simone Wapler.

Et « la bulle du crédit subprime a été remplacée par une bulle obligataire mondiale encore plus grosse » – et pour le moins « prometteuse »…

Ingénieur de formation, Simone Wapler a quitté les laboratoires pour les trépidations des marchés financiers. Dans son livre paru l’année dernière, Pouvez-vous faire confiance à votre banque ?, elle engage ses lecteurs à se préparer au pire afin de pouvoir espérer le meilleur – enfin, ce qui pourrait s’en rapprocher encore, compte tenu d’une (de)règlementation qui « pousse les banques au crime »… Déjà faudrait-il dissiper une confusion pour le moins fâcheuse entre croissance des activités économiques rentables et « croissance du crédit adossé à rien »…

Pour qu’il y ait des gagnants dans un tel système de surproduction de dettes, il doit nécessairement y avoir des perdants : « Il existe un grand principe de politique économique. Si vous ne voyez pas vraiment qui va payer, ne cherchez plus, c’est vous ! ».

 

« Qu’est-ce que je vous serre » ?

 

On croyait « l’affaire » réglée, les excès purgés, les écuries d’Augias nettoyées et les « responsables » enfin « responsabilisés » quant à leur « carrière » si ce n’est sur leur « patrimoine » ?

Que nenni : les banques menacées de faillite en 2008 ont « en réalité été renflouées ou reprises grâce à l’argent des contribuables, de l’Internationale des contribuables ». La preuve par Dexia dont la faillite « se retrouve partiellement dans les dérapages du déficit et de la dette de la France, les 60 Mds€ d’impôts supplémentaires du « choc fiscal » que vous avez subi ces trois dernières années ».

La preuve aussi par des citations bien choisies, émanant de sources pour le moins autorisées : « Il a toujours été dangereux d’avoir un système où les déposants dans les banques, qui étaient assurés par une garantie d’Etat (donc par le contribuable) financent les produits les plus risqués et les activités des banques d’investissement. En somme, nous avons privatisé l’actif de leurs bilans et nationalisé le passif. » (Gene Rotberg, ancien vice-président de la Banque mondiale et de Merrill Lynch).

Simone Wapler révèle le gouffre ouvert sous nos pas qui s’apprête à engloutir l’épargne des ménages dans « le prochain naufrage de l’économie irréelle » – celle qui semble à nouveau saisie par une « exubérance irrationnelle » bien connue des « petits porteurs » depuis deux décennies…

D’abord, il y a le rappel d’une évidence : « Lorsque vous déposez de l’argent sur votre compte en banque, il ne vous appartient plus vraiment. Par un jeu d’écritures, vous êtes titulaire d’un simple droit de créance à l’égard de votre banque qui vous doit votre argent. ». A bon entendeur…

 

« Votre banque mérite-t-elle vraiment votre argent ? »

 

Mais… la « garantie européenne des dépôts » ? Juste une promesse de … zombie ? « Faute de se résoudre à voir l’économie s’assainir par les faillites pour repartir sur des bases saines, les gouvernements préfèrent s’endetter, émettre de la fausse monnaie ou taxer et imposer. Tout ceci pour financer des zombies financiers qui donnent une apparence de vie en payant des intérêts, mais sont en réalité morts car incapables de rembourser le principal. Ces zombies sont des créatures financièrement non viables mais qui donnent les apparences de la vie car elles sont soutenues par l’argent des contribuables. ».

Si les banques ont collecté beaucoup de dépôts, elles ont également accordé beaucoup de prêts sans avoir assez de fonds propres pour couvrir les risques – « fin 2013, la dette des ménages est supérieure de 200 Mds€ à leurs dépôts »…

Le symptôme du zombie n’est-il pas « une dette qui grossit plus vite que les ressources » ? A l’échelle des nations, la dette publique « coûte plus cher que la croissance qu’elle est censée acheter » et les « tractations européennes » prévoient « si nécessaire un vol légalisé des déposants pour renflouer une banque »…

La machine infernale à produire de la dette frappe d’une double peine le déposant – qui est aussi contribuable : « Les banques ont des bilans d’une taille monstrueuse, elles ont trop prêté. Les Etats se sont employés à les sauver en taxant leurs contribuables au motif qu’un système bancaire sain est indispensable au bon fonctionnement de l’économie, et surtout pour éviter la panique chez les déposants (…). Les banques sont irresponsables dans les faits puisqu’elles bénéficient de la caution des contribuables (…) La véritable garantie d’une banque trop grosse pour faire faillite, ce ne sont pas ses fonds propres, mais les déposants et les contribuables (…) Fortes de ces privilèges, nos banques sont devenues irresponsables puisqu’elles savent qu’elles ne paieront pas la casse. ».

Les contribuables et déposants français « bénéficient » même d’une perfide spécificité de leur droit : « La faute pénale n’existe que lorsqu’il y a détournement de fonds à des fins d’enrichissement personnel. L’imprudence ou l’incompétence ne sont pas sanctionnées. Les banquiers sont donc irresponsables parce que le cadre légal actuel concocté par les politiques le leur permet. ».

 

 

 

Des solutions « hors zone euro » ?

 

Les canons actuels de la « cuisine financière » contaminée par les toxines mathématiques et les probabilités permettent aux banques de ne pas conserver le risque chez elles, mais de l’évacuer en le revendant à d’autres – compagnies d’assurances ou fonds de pension…

Le lecteur se familiarisera avec des notions troubles comme le « système à réserves fractionnaires », le bail-in ou le bail-out – des faucheuses qui « affûtent leurs lames »… Il prendra la mesure du danger qui menace ses économies – que les banques  « jouent sur les marchés financiers » – en se rappelant qu’en tant que déposant « avec un solde créditeur moyen positif », il est plus qu’un client de sa banque, il est un « prêteur »… Il prendra bonne note des conseils dispensés comme celui de « refuser tout instrument d’épargne comportant des produits dérivés obscurs » dont le fonctionnement lui échapperait ou de ne pas se fourvoyer dans un « marché immobilier » hexagonal qui a « perdu ses facteurs de soutien »…

La dislocation de l’euro pourrait s’accompagner d’une « dévaluation sauvage d’environ 20% assortie de mesures de contrôles des changes et des capitaux » – d’où l’idée de « mettre des dépôts dans une banque européenne hors zone euro »… Mais quelles banques présentent le « moins de levier possible », le moins de risques et des dépôts supérieurs aux prêts ? Simone Wapler en propose une sélection pour le moins documentée dans son « kit de survie » qui comprend bien d’autres conseils – comme « débancariser » ses « liquidités » après passage au scanner des « principales classes d’actifs »…

Il s’agit moins de se gaver de « tuyaux » phynanciers plus ou moins éventés ou « performants » que de comprendre ce qui nous arrive…

Il semble bien que la croissance exceptionnelle que le monde a connue ces deux derniers siècles ait été une exception dans notre histoire- et une parenthèse « enchantée » d’ores et déjà refermée : voilà venu le temps de la surproduction de dettes et de « la croissance de la monnaie sans aucune contrepartie » sur une planète surexploitée, transformée en casino où une minorité « avisée » s’acharne à « gagner » la perte d’une majorité tétanisée – la « demande humaine d’avenir » pourrait bien ne plus être assurée… Alors, « sauver les meubles » ou en faire du petit bois ?

Un tel « capitalisme sans capital » (« puisque reposant sur la dette et la création monétaire ») ne peut que vouer l’espèce à des lendemains de cendres sans avenir… Faute de retrouver la pierre philosophale d’une aventure bientôt révolue, le lecteur tout aussi « avisé » pourra toujours essayer de ne pas être le dindon de moins en moins consentant d’une farce sur le point de changer une belle planète bleue en tombeau des promesses trahies – et les prédateurs bientôt en proies ultimes de leurs propres exactions… Ainsi se termine le grand voyage d’une espèce prédatrice sur le corps céleste qui l’a nourrie jusqu’alors…

 

Le Phénix désargenté…

 

Simone Wapler, Pouvez-vous faire confiance à votre banque ?, Ixelles éditions, 300 p., 17,90€

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